mardi 10 mai 2016

Peut-on connaître l'Univers sans se raconter des histoires de mondes? Copie de Juliette Rauch (Terminale S3)


De nos jours l’être humain ne connaît qu’une conception bien définie du monde et de l’univers. Toute notre science a été fondée sur des présupposés mais surtout sur l’idée d’un univers dans lequel les théories que nous utilisons sont corroborées et applicables. Or l’homme est curieux et se pose de plus en plus de question : n’y aurait-il pas d’autres univers et d’autres mondes ? En effet, chaque présupposé part d’une invention et d’une histoire, toutes deux consdérées comme crédibles puique nous y adhérons. Connaître l’Uinivers, c’est le comprendre, et pouvoir anticiper ses actions afin de le maîtriser. Nous pourrons également nous imaginer des histoires comme les mythes pour nous rassurer et ne pas évoquer l’inconnu. En effet, les gens se voient comme dans une bulle qui les protège mais ne s’agirait pas d’une bulle narrative au sein de laquelle chacun se raconte sa propre histoire de monde ? Y-a-t-il un « en soi » de l’Univers ? N’y-a-t-il que des interprétations ?
Ce sujet nous ramène au cœur et à la naissance du monde que nous connaissons. C’est pourquoi il est important de distinguer la cosmologie et la cosmogonie. Cette dernière caractérise les mythes fondateurs que les hommes ont inventé pour rendre raison de l’existence du monde mais de façon irrationnelle et surnaturelle. Ces récits mythologiques font intervenir des divinités. Or la cosmologie est toute autre. La logique qu’utilise l’homme de la Grèce Antique pour expliquer les phénomènes qui les entourent fait appel à la raison et à la rationalité. Cependant un point les réunit : toutes deux apportent des réponses à l’étonnement devant la fait qu’ « il y a »…quelque chose, de l’être, de la vie, de l’univers, le « thaumasein » en grec.
L’homme a tout de même du faire preuve de curiosité pour comprendre ce qui compose l’univers, que ce soit scientifiquement ou de façon imaginaire par le biais d’histoires racontées. Le mythe de la création de la terre selon Hésiode marque la naissance même de l’explication selon laquelle il y a un « dehors » et que l’univers n’est pas qu’un « dedans ». Cette proposition  a du sens, nous nous impliquons dans l’histoire et nous réïtérons l’expérience réelle chaque jour. En effet le mythe peut s’avérer plus scientifique que la science elle-même puisqu’elle n’était pas très performante à l’époque. Selon la plupart des personnes l’intelligence serait définie comme la capacité de faire des liens. L’homme est d’une nature rassurante, et préfère intégrer les évènements de sa vie dans l’intrigue d’un récit, même si l’histoire à l’intérieur de celui-ci est inventée. Cependant la science commence quand le mythe finit et connaître un fait est synonyme d’un effacement devant la chose que l’on connaît. L’action de se raconter des histoires de mondes implique l’invention et l’adhésion au récit proposé.

La science est quelque chose de neutre, qui rend possible, praticable la connaissance de l’Univers. Si nous prenons l’exemple de l’Odyssée, cette histoire fait sens et expose un effet de vérité, celui qu’Aristote définit comme Catharsis. L’être humain est parfois attristé par telle ou telle situation, par une histoire fictive à laquelle il n’appartient pas. Il accepte alors le monde qui lui est proposé ainsi qu’une histoire qui n’est pas réelle. Pour reprendre le récit d’Hésiode, celui-ci n’est pas réaliste mais il fait sens. Il suscite en nous le sentiment le plus vrai et le plus pur qui puisse exister en s’adressant à notre sensibilité. C’est pourquoi la vérité de la catharsis de nos émotions est contraire à l’autre conception de la vérité que nous voulons retrouver dans la science, cependant toutes deux peuvent être vraies. Par exemple, la loi de la relativité générale correspond à ce que nous savons de la réalité mais n’oublie pas d’intégrer les phénomènes observables quotidiennement. Toute la force d’une démarche scientifique réside dans la capacité qu’a le théoricien à ne jamais laisser ses émotions dénaturer sa vision et son raisonnement ; il a un rôle bien défini qui consiste à dire « ce qui est » et non ce qui l’arrange. D’ailleurs certains moments sont décisifs dans la science, certaines choses sont évoquées et nous ne pouvons pas ne pas les penser. La notion de cosmologie est en quelque sorte l’interface de la connaissance que l’univers prend de lui-même. En tant qu’homme, nous ne pouvons connaître l’Univers qu’en étant le conteur d’une histoire que l’univers se raconte à lui-même et peut-être de plusieurs histoires s’il s’agit d’un multivers. La science a vraiment pour but de comprendre l’Univers de la façon la plus exacte, c’est pourquoi le scientifique relie les propositions qu’il est impossible de ne pas relier. Si son regard n’est plus impartial, il ne fait plus de science, il se rassure dans une histoire qui l’arrange.
De plus, selon Popper, une théorie peut être valide expérimentalement un certain temps, jusqu’à ce qu’un fait vienne la réfuter. Elle ne sera jamais vraie en tout lieu et en tout temps. En effet, cinq critères sont essentiels pour la scientificité : premièrement la cohérence interne car celle-ci ne doit pas se contredire. Ensuite, la théorie doit correspondre à la réalité, des expériences doivent la confirmer. Sans oublier la simplicité et la prédiction : l’homme doit pouvoir anticiper sur des phénomènes observables grâce à des lois édictées. Pour revenir à Popper, le critère qu’il qualifie de nécessaire est la falsifiabilité de la théorie. Elle est considérée comme scientifique si nous sommes capables de mettre en œuvre une expérience pour l’infirmer : il ne faut pas oublier qu’une loi peut être réfutée. Galilée a cassé l’histoire sensée et finalisée du monde d’Aristote. Serait-ce le début d’un autre roman et d’une autre intrigue ?
Aristote est en effet le premier à proposer un modèle cosmologique et non cosmogonique. Dans sa représentation du cosmos, il y a deux mondes régis par des lois distinctes : le monde sublunaire qui est soumis à la corruption, et le monde supralunaire qui est éternel et incorruptible. En fait Galilée connaît l’univers là où Aristote se racontait l’histoire de deux mondes distincts. La thèse qu’il défendait et qu’il essayait de prouver a moins de crédibilité après l’expérience qu’au début. Nous croyions à son histoire au début mais l’expérimentation en a fait un tout autre. Un autre corps lâché ne pourra jamais dépasser la vitesse d’une balle propulsée par une arquebuse. Galilée conçoit  la conclusion d’une expérience qu’il n’a pas faite à partir d’une certitude fondée et éprouvée. Il a cette confiance indétrônable qui murmure que le résultat de l’expérience ne peut pas être autre que celui qu’il prévoit.» La bonne physique se fait a priori. La curiosité est la clé de toute découverte, mais il ne faut pas laisser l’imagination prendre la place prendre la place de la théorie. Aristote racontait l’histoire d’un monde dans lequel un corps tombait plus vite parce qu’il  était plus lourd et Galilée a cassé son mythe.
Un autre philosophe s’est intéressé au sujet, il s’agit de Kant. La nature a tout à nous apprendre, il faut juste l’interroger et ne pas laisser prendre les devants. D’après Kant, l’homme doit se munir de deux armes devant la nature : l’évocation d’une loi tout d’abord et une expérimentation précise capable d’imposer à la nature un fait vrai qui l’empêchera et rendra impossible son échappatoire. Pour cela, toujours s’appuyer sur des phénomènes observables : il peut connaître l’Univers mais dans le monde qu’il se raconte. Kant dit qu’il faut être comme un juge qui force les témoins à répondre aux questions qu’il leur pose.
Arrivés à ce stade, nous nous rendons compte qu’Aristote n’avait pas si tort que cela. Les découvertes de Galilée n’ont pas été complètement concluantes, mais elles sont parties d’un a priori plus cohérent. De toute façon tout ce que nous pouvons penser de l’Univers se limite à ce qu’il a de pensable. Le problème est récurrent dans la science. L’auteur de fictions  trouve en lui de quoi écrire, il sait inventer et rendre une histoire crédible : trois conditions doivent être respectées. Le récit, une fois inventé doit pouvoir être adopté. Le lecteur doit y adhérer ; de plus cette histoire doit faire sens et être cohérente. Contrairement à l’auteur, le scientifique trouve hors de lui l’objet de son étude et la connaissance de l’Univers. Le problème c’est que dans la cosmologie la notion d’extériorité reste floue. L’astrophysicien se place bien entendu hors de lui pour observer le monde extérieur, mais il ne le fera jamais assez pour connaître la totalité du Cosmos.
Malgré ces différences, deux critères se regroupent entre science et histories de mondes : la cohérence interne et la simplicité. Cependant 3 autres marquent une forte incompatibilité : la conformité au réel, la prédiction et la falsifiabilité. La définition d’une histoire est de ne pas se référer à des phénomènes observables mais à des choses inventées, d’où une telle contradiction. Tout de même quelque chose du récit est impliqué dans la démarche scientifique de la connaissance de l’Univers mais quoi ?
Grâce aux découvertes, nous sommes rassurés, car il est plus facile de vivre dans un monde géocentré que dans un univers héliocentré. Or tout ne tourne pas autour de la terre. Si Aristote a offert sa propre conception de la science, ce n’est peut-être pas la bonne. Rien selon lui n’a été engendré dans la nature sans être investi d’un but, d’une finalité.
Pour connaître avec certitude l’extériorité des choses, Descartes a décrit l’expérience de la cire. On perçoit d’abord sa couleur, son odeur, sa forme, etc. Ces propriétés sont celles que nos sens peuvent collecter mais en approchant une flamme, ces qualités disparaissent. Nous n’observons plus un bloc mais une flaque : ce n’est plus la même couleur, ni la même odeur, ni la même consistance, etc. Cependant si on ne connaît pas la même cire par nos sens, cela veut dire que ce n’est pas le mêm objet, or sa composition chimique est la même. La cire a juste changé d’état et nos sens sont discrédités pour dire si la cire est « vraie » ou non. Descartes pense que notre imagination ne peut pas nous aider. Cette cire est « une » là où mes sens nous offrent une double vision. Qui sait si la cire ne peut pas être une infinité d’autres figures qui ne peuvent pas être explorées par notre imagination ? La seule faculté à laquelle nous pourrons nous référer reste l’entendement. Même les physiciens n’ont pas la même vision des choses : Kant et Descartes ne sont pas d’accord. Pour Kant la cire en elle-même n’est pas reconnaissable par l’esprit humain. Il peut juste faire un apriori de son unité. Or pour Descartes l’expérience st un fait qui s’impose à l’entendement par soi-même : si les sens se font berner, l’entendement est toujours objectif. Mais peut-être que Descartes se raconte lui aussi l’histoire d’une cire unique.
Même si aujourd’hui de nouveaux astrophysiciens ont de nombreuses questions concernant le multivers comme Aurélien Barrau, certaines théories ne resteront que des hypothèses, certes crédibles mais toujours fondées sur des a priori. Si cette idée se vérifiait, ce ne serait qu’une autre histoire à laquelle nous adhérerions. Le monde mime les actions que nous devons faire : rigoler à un anniversaire, pleurer à un enterrement. Pourquoi ? Nous ne sommes que la représentation de ce que le monde veut qu’on soit. Nous exprimons des choses pour répondre à ce que l’on attend de nous. Mais parfois un fait extérieur nous fait ressentir autre chose, un sentiment bizarre qui est peut-être le reflet de la vérité. Celle-ci fonde les a priori qui attisent la curiosité des hommes. Connaître l’univers sans se raconter d’histoires de mondes est un fait impossible : chacune des théories évoquée peut être réfutée par une autre et pourtant toutes les deux sont cohérentes et font sens. C’est pourquoi l’hypothèse que défend Aurélien Barrau est vraiment pertinente ne serait-ce que parce qu’elle revendique le droit d’être une histoire et peut-être au-delà d’elle-même le droit pour la science d’être aujourd’hui considérée et perçue comme la matrice de nos mythes d’aujourd’hui.


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