mercredi 8 juillet 2026

Baccalauréat second groupe (rattrapage) - D'un prétendu droit de mentir par humanité d'Emmanuel Kant. Explication résumée

 


1 - Le contexte et un aperçu de la morale de Kant

En 1797, Le philosophe et écrivain  français Benjamin Constant défend l’idée selon laquelle des principes absolument justes et moraux peuvent se révéler inapplicables selon les circonstances. Et il cite Emmanuel Kant qui avait pris dans son livre « fondements de la métaphysique des moeurs » l’exemple des assassins qui veulent tuer un ami et qui vous demandent s’il s’est réfugié chez vous. » Kant déjà défendait dans ce livre la réponse positive. Il faut toujours et partout dire la vérité parce que c’est un devoir moral qui ne peut pas accepter des exceptions (parce qu’alors un principe se soumet à des circonstances précises et ce n’est plus un devoir MORAL).  Benjamin Constant essaie de contredire rationnellement Emmanuel Kant et c’est précisément pour détruire le raisonnement de Benjamin Constant que Kant écrit cet opuscule. 

Kant est né en 1724 à Koenigsberg et mort en 1804 dans cette même ville qu’il n’a jamais quitté. Il a catégorisé toute son oeuvre au fil de 4 questions:

  1. que puis je connaître?
  2. Que dois je faire?
  3. Que m’est-il permis d’espérer?
  4. Qu’est ce que l’homme?

Ici cet opuscule se range évidemment dans la catégorie 2. Ce que l’on peut reconnaître à Kant c’est notamment d’avoir vraiment théorisé ce qu’est la morale quitte à en donner une conception trop rigoureuse pour être suivie dans les faits. C’est justement ce rapport aux faits, à la vie réelle qui donne à sa théorie à la fois sa force et sa faiblesse, car il considère qu’il est impossible d’être conséquentialiste dans la morale. Qu’est ce que ça veut dire « conséquentialiste »?  C’est une attitude qui considère que l’on peut juger de la moralité d’une action en fonction de ses résultats, de ses conséquences. Par exemple, on peut mentir (ce qui EN SOI, est mal) quand les circonstances l’exigent (ça c’est justement ce que Benjamin Constant défend, comme finalement la plupart d’entre nous) parce que ça aboutira à un résultat qui sera juste: mon ami ne sera pas tué.

Cela va complètement à l’encontre de ce que dit Kant parce qu’une action  ne peut être considérée comme morale que si son intention est bonne. C’est ce que nous appelons une bonne volonté et tout le travail moral de Kant consiste à définir ce qu’est une bonne volonté, une volonté pure qui n’agit jamais selon son intérêt propre.  Il faut connaître un peu la totalité de la philosophie morale de Kant pour saisir ce qui peut justifier ce qu’il soutient, à savoir qu’il faut toujours dire la vérité, quelles que soient les circonstances. 

Une action est donc morale quand la maxime de sa volonté est pure, c’est-à-dire quand la motivation ce celle ou de celui qui l’entreprend est dépourvue de ce qu’il appelle des motifs pathologiques, c’est-à-dire sensibles. Il faut VOULOIR et finalement on pourrait dire qu’il faut se vouloir soi-même comme volonté pure et non comme un désir, une pulsion, une passion parce qu’alors nécessairement l’action sera faite pour vous, pour votre intérêt sensible, pathologique. Par pathologique ce qu’il faut entendre en fait c’est la racine grecque « pathein », subir, être passif. Le propre de l’être humain est d’avoir une raison et avoir une raison c’est être actif. Dés qu’on laisse entrer en jeu des motivations sensibles, sensitives, pulsionnelles, vous êtes du côté du corps, de l’inclination, vous êtes inclinés vers…., cela veut dire que vous ne vous comportez pas en tant qu’homme raisonnable, vous n’êtes pas libres. La liberté est vraiment la clé de voûte de toute la morale kantienne et nous allons voir que cette liberté implique selon Kant que l’on agisse en tant qu’être humain, c’est-à-dire pour tous les êtres humains comme si une loi régissait en même temps et partout toutes les actions des humains. Il faut se vouloir humain, c’est-à-dire raisonnable (et pas pulsionnel) donc vouloir la loi universelle, donc ne jamais consentir à mentir, ne serait ce qu’une seule fois. Dés qu’on se laisse fléchir par une circonstance, on se laisse incliner vers un motif pathologique et on ne se comporte pas comme un être humain raisonnable DONC on ne ment JAMAIS.

De fait Kant n’a pas tort, quand vous mentez quelque chose en vous se dit bien que c’est mal, mais immédiatement vous vous dites que vous n’avez pas le choix, que c’est comme ça et finalement si l’on y réfléchit on va trouver nécessairement un motif d’ordre affectif, pulsionnel, passionnel, sensible. Vous préférez votre intérêt propre, celui de votre amitié, de votre sensibilité à l’analyse objective, raisonnable, de la situation qui est qu’un mensonge est EN SOI condamnable. 

Pour bien saisir la position kantienne faut comprendre la notion de liberté et le fait que la morale finalement c’est la capacité à imposer à ce qui est CE QUI DOIT ËTRE.  Ce qui en vous se soumet à la situation c‘est la sensibilité, ce qui fait apparaître un monde raisonnable HUMAIN, c’est la raison et la raison c’est ce qui est totalement détaché de VOTRE sensibilité donc une décision qui engage l’HUMANITE. Or aucune loi ne peut se concevoir en autorisant le mensonge, ce serait comme condamner l’idée même de parole et donner son accord à un monde humain dans lequel quiconque me parle me ment.

  Kant distingue dans sa philosophie de la connaissance le moi empirique sensible que l’on éprouve physiquement et qui peut être affecté par les circonstances d’un moi transcendantal dont on ne peut pas faire l’expérience sensible mais qui en même temps est nécessairement  efficient. Si je vois cette table et si je me la représente comme une table c’est que quelque chose en moi fait la synthèse de toutes les représentations, de tous les angles, de toutes les sensations multiples et diverses de la table. Donc il y a bien en moi un moi non sensible que l’on pourrait dire intelligible (c’est finalement le sujet du « je pense donc je suis » de Descartes). On pourrait dire que c’est le moi grâce auquel je fais l’expérience des choses en tant que choses unifiées mais je ne fais pas l’expérience sensible de ce moi lui-même. Il est raisonnable, c’est-à-dire pas sensible, donc intelligible.

D’un point de vue moral c’est le moi transcendantal qui comprend le principe de toute loi et qui l’observe sans avoir aucune résistance sensible. On sait bien qu’obéir à une loi nous coûte physiquement pulsionnellement mais si on le fait quand même c’est qu’on sait que notre moi transcendantal est plus moral que notre moi empirique. Donc il faut toujours faire primer le sujet transcendantal sur le moi empirique. Ici c’est exactement ça en tant que moi empirique je mens, en tant que moi transcendantal je ne mens jamais et pas même en cette circonstance.  Il y a quelque chose de ce moi transcendantal qui n’est pas dans le temps ni l’espace, et qui donc ne doit jamais se soumettre à une situation particulière.



(juste un petit mot sur la légende de cette vignette qui est complètement à côté de la plaque comme le développera notre conclusion, ce n'est pas du tout l'éthique selon Kant mais LA MORALE. Cette légende ne prend pas en compte le fait qu'en philosophie l'éthique et la morale sont deux notions différentes (et, en un sens opposées, comme le décrira la conclusion, donc il ne faut pas en tenir compte)

2 - Le texte

L’argument de Benjamin Constant est que les assassins en tant qu’assassins ne sont pas dignes  que l’on ait à leur égard un devoir de vérité. Ils se placent en dehors du droit en voulant tuer, donc on ne leur doit rien, pas même la vérité.

Emmanuel Kant détruit ce raisonnement et il va le faire par quatre arguments:

  1. L’argument de la vérité objective (pas de droit à la vérité)

C’est assez simple: la vérité est universelle et objective. Si vous faites dépendre la vérité de la nature morale de la personne à laquelle vous la révélez, ce n’est plus de vérité dont vous parlez. Si j’ai bien la volonté de dire la vérité, le rapport se situe entre moi et ce que je dis, c’est tout et c’est même cette exclusivité du rapport entre mon discours et moi que se situe la vérité.   On peut aussi parler de vérité subjective et affirmer que chaque être humain a le droit de connaître la vérité sur soi, mais ce n’est pas du tout de cette vérité dont ile st question ici. 

Ici on parle de vérité objective, apodictique. Et de ce point de vue l’idée d’un droit à la vérité ne tient pas. On n’imagine pas un professeur de mathématiques qui ferait parmi ses élèves le tri moral pour dire que telle élève a le droit au bon résultat et telle autre non. Si l’on apple de vérité stricte, objective, universelle, scientifique, la notion de droit est parfaitement inopérante. De fait soit mon ami est chez moi soit il n’y est pas. Je dis la vérité quand il est chez moi et quand je dis qu’il est chez moi. Il y a adéquation entre ce qui est et ce que je dis, c’est la définition première de la vérité: l’adéquation entre la chose ou le fait et l’idée, ou la proposition. C’est une vérité en soi? Une vérité qui dépendrait de la moralité de l’interlocuteur ne serait pas une vérité, une vérité objective.

  1. L’argument de la morale (impératif catégorique) 

Il s’agit probablement du passage crucial que l’on va expliquer en détail (si vous avez la possibilité de choisir, il est vraiment possible de cibler ce passage où se retrouve vraiment le fond de la conception kantienne de la morale. 

( de « La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter jusqu’à …du moins l’humanité en général »)

C’est un devoir « formel » cela veut dire que ce n’est pas une question de contenu, de situation particulière. Il y a quelque chose de pure. Vous ne pouvez pas dire: « normalement il faut dire la vérité mais pas à cette occasion parce que ce ne serait plus formel mais circonstanciel. Vous feriez droit au contenu d’une situation et c’est impossible, pour les raisons déjà indiquées, vous vous comporteriez comme un être passif qui accepte les données sensitives d’une situation. Le contexte n’ a rien à voir avec la pureté morale de l’intention d’un sujet transcendantal, donc vous dites nécessairement, formellement la vérité quelle que soit la situation. « quelque grave inconvénient qu’il puisse en résulter pour lui ou un autre ». Si effectivement vous commenciez à penser aux effets, vous ne seriez pas en train de réfléchir à la moralité de votre action mais à ses conséquences, vous seriez un calculateur et moralement un calculateur est nécessairement en faute. Vous devez aveuglément vouloir vouloir, vous interroger sur la possibilité que l’humanité puisse se faire à partir de la maxime de votre action. Puis je vouloir d’un monde dans lequel tous les humains mentent? Non donc je ne mens pas. C’est la boussole de toute action morale pour Kant, c’est l’impératif catégorique « agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée (construite) comme maxime universelle » C’est cela le fond de la morale kantienne: j’agirai toujours moralement quand je me poserai cette question et que je suivrai l’impératif catégorique kantien, c’est ce qu’il appelle la loi morale, c’est la loi de toutes les lois parce qu’en fait c’est l’esprit de toute loi: être appliquée à tous les hommes en toute occasion en tout lieu.  Et c’est cela qui compose un monde humain. Le terme « en général » est donc décisif. En fait on ne peut pas prendre en compte la notion même de « situation particulière ». Dés que vous faites une exception, vous faites comme si on devait se soumettre à quelque chose et l’être humain ne serait plus libre, plus raisonnable, plus humain. C’est comme si vous posiez un monde humain à chaque volonté à chaque action. Il faut que ce soit une action PURE et pas une PASSION, c’est-à-dire pas une PASSIVITE.  C'est ce qu’il veut dire quand il affirme: « j’en commets une (injustice) en général (et c’est en italique) dans la plus importante partie du devoir  par une semblable altération » (une altération est une exception, un coup porté à une loi, contre elle). « En effet je fais en sorte autant qu’il est en moi  que les déclarations ne trouvent aucune créance (ne soient pas crues) ». Ici il faut comprendre ce que cela veut dire « en général ». Kant réfléchit moralement c’est à dire pour un moi transcendantal, pour un être de raison et pas de sensibilité. Vous ne pouvez pas accepter qu’un homme manque à la loi morale. Si vous mentez rien qu’une fois, c’est comme si vous signiez une sorte de décret qui ferait du mensonge la loi de toutes les juridictions dans tous les pays habités par des humains. Ce n’est pas possible, parler deviendrait mentir et l’humanité disparaîtrait dans tous les sens du terme. Ce serait une injustice faite à l’humanité EN GENERAL. La parenthèse sur les jurisconsultes  est très interessante. Un jurisconsulte c’est un juge dans une juridiction, autrement dit c’est la justice du droit positif telle qu’elle est légalement appliquée. 

Or Kant défend ici l’idée que la morale doit valoir au-delà des lois légales. De fait légalement si vous dites la vérité à des assassins il y a des chances que vous soyez condamné pour complicité. Kant est bien conscient qu’ici la philosophie qu’il défend va au-delà des lois. La LOI MORALE est un concept philosophique qui n’a aucune valeur légale ou juridique. Kant nous dit la morale c’est ça, elle n’est finalement quasiment jamais prise en compte et pourtant si on réfléchit philosophiquement, c’est ça. On comprend bien pourquoi il est aussi difficile de le suivre dans son action, c’est qu’il répond en philosophe, pas en tant qu’être humain sensible et pas en tant que juriste légal. Les juristes ne diraient pas nécessairement que c’est un mensonge mais « assistance à personne en danger », ce qui est vrai dans la situation mais m’incite à commettre une faute du point de vue de la morale PURE. 




  1. L’argument des circonstances (hasard)

Page 1: le mensonge dont il est ici question peut d’ailleurs….

Ici c’est une troisième argumentation que Kant tente ce n’est pas la meilleure (la meilleure c’est la précédente). Il prend lui aussi un cas de figure particulier. Supposons que vous mentiez aux assassins et que pendant ce temps, votre ami caché dans votre maison sorte par une fenêtre. Comme vous avez menti, les assassins sont partis de chez vous et ils tombent alors sur votre ami et ils le tuent. Dans cette situation là, vous êtes vraiment et pleinement responsable de ce meurtre, parce que non seulement vous vous êtes écarté de la loi morale, mais il se trouve que ce manquement a en plus créé les conditions du meurtre. 

Résumons: si vous mentez de deux choses l’une :

 -  Soit cela aide votre ami, mais vous avez quand même commis une faute morale et ce n’est pas ce qu’il faut faire. Ici on peut reprocher à Kant que si vous dites la vérité  les assassins vous tuer votre ami, mais en fait Kant ne précise pas ce qu’il va faire quand les assassins vont tuer votre ami devant vous. Si on applique l’impératif catégorique: puis je consentir sans agir au meurtre d’une personne devant moi en tout lieu en tout temps, pour tout homme? La réponse est plutôt non, donc en fait il n’est pas du tout exclu que Kant agirait (peut-être en pure perte, il serait tué aussi, mais il aura agi conformément à la morale). IL FAUT VRAIMENT PENSER A ÇA. 

  • Soit cela n’aide pas votre ami, et là vous avez vraiment perdu sur tous les tableaux, non seulement vous avez commis une faute mais vous avez aussi créé la situation qui va le tuer. Si vous avez dit la vérité et s’il est tué, vous n’avez commis aucune faute morale. Il ne faut pas se situer dans la dimension ‘une causalité contextuelle, sensible. Vous n’êtes cause de rien parce que là nous sommes dans la moralité, c’est-à-dire dans la dimension du moi transcendantal qui n’est plus vraiment dans notre temps ni notre conception de l’espace, c’est quelque chose de pur, de gratuit, qui ne se détermine lui-même que comme une bonne volonté, une intention « pure ». 

Il y a ce que vous devez faire et en l’occurrence ici, c’est ne pas mentir. Après si vous mentez, vous vous situez au niveau des circonstances et vous n’êtes plus du tout un sujet moral. Les choses peuvent tourner à l’avantage de votre ami ou pas. S’il s’avère que votre ami est tué, vous avez vraiment toutes les raisons de vous en vouloir 1) parce que vous n’avez pas respecté l’impératif catégorique 2) parce qu’en plus il est mort et c’est totalement votre faute dans les deux dimensions celle du devoir moral et celle de la réalité sensible.

  1. L’argument politique (la notion de principe intermédiaire)

C’est le passage le plus difficile du texte: « Pour aller d’une métaphysique du droit….mais bien la politique sur le droit »

Benjamin Constant défend l’idée selon laquelle il faut parfois un principe intermédiaire grâce auquel un principe moralement pur pourra être appliqué concrètement en étant un peu modifié. C’est le fond de son argumentation, en fait. Cela veut dire qu’il faut mettre un peu d‘eau dans son vin, comme on dit. Ce passage est difficile mais on comprend tout à la lumière de l’exemple que prend Benjamin Constant. 

Il prend l’exemple de l’égalité des citoyens dans la question du gouvernement d’un état. Aucun homme ne peut être soumis à d’autres lois que celles auxquelles il a participé, c’est un peu ce que l’on appelle la démocratie. Les citoyens sont égaux parce qu’ils ont aussi participé aux lois qui sont imposées à la population.  C’est purement vrai et juste. Mais dans les faits cela peut marcher  dans les petites communautés, pas dans les grandes (trop de population, plus de problèmes). Donc on a inventé comme principe intermédiaire pour être appliqué concrètement la notion de représentation. En France ce sont les députés que l’on élit aux législatives. Le citoyen ne participe donc pas directement aux lois mais indirectement parce qu’il désigne par le votre celle ou celui qui le représente. C’est exactement sous ce régime que nous vivons actuellement c’est ce que nous appelons la démocratie représentative. 

Benjamin Constant insiste sur le fait qu’il ne faut jamais complètement abandonner le principe pur, en l’occurrence ici l’égalité. Kant ici se moque un peu de lui: « l’excellent homme »: oui il a raison mais c’est contradictoire parce que c’est justement ce qu’il faut faire pour le mensonge: ne jamais abandonner le principe pur (donc il est en contradiction avec lui-même)

Kant va détruire méthodiquement cet argument en montrant que Constant confond finalement la politique et la morale. Dans la morale, il faut que l’on soit pur, dans la politique on peut accepter son principe intermédiaire mais de façon plus rigoureuse. Kant reprend donc l’exemple de Constant mais en y appliquant sa réflexion, sa méthode. 

Si l’on veut rendre applicable en fait ce qui est juste en doit il faut 

  1. un axiome: « dans l’exemple de Constant, c’est l’accord de la liberté de tous avec la loi  qui leur sera appliquée, autrement dit c’est la liberté de tout citoyen
  2. Un postulat, ce dont il faut postuler la justesse  pour que l’axiome soit appliqué, cii c’est l’égalité.
  3. Un problème: ici c’est le nombre important de la population et donc la nécessité de passer par la représentation. C’est concret et ça peut marcher mais nous sommes ici dans la politique et pas dans la morale.

On voit bien que ça ne marche pas du tout pour le mensonge, cela donnerait le résultat suivant:

  1. l’axiome: il faut toujours dire la vérité
  2. Le postulat selon lequel il y en a qui le droit de l'avoir et pas d’autre: le postulat ce serait le droit à la vérité (mais ça n’a aucun sens)
  3. Le problème: on ment. On voit bien que ça ne va pas parce que c’est le contraire de l’axiome.

Lorsque Kant dit: « tirée de la connaissance expérimentale des hommes », on voit bien qu’il ne se situe pas dans la dimension de la morale mais de la politique. On peut effectivement réfléchir à la possibilité d’appliquer dans le monde physique et réel les principes de la morale mais alors c’est à la politique de se soumettre à la morale et pas le contraire (on voit bien ici à quel point Kant est opposé à Machiavel, c’est le contraire totale de ce que dit le penseur politique italien).

Ici on peut utiliser la distinction entre les vérités apodictiques: 2+2 = 4 et les vérités assertoriques: il fait beau aujourd’hui, la Bastille a été prise le 14 juillet 1789. Les vérités apodictiques sont théoriques, absolument incontestables, nécessaires et pas contingentes, pas hasardeuses. Les vérités assertoriques sont au contraire contingentes: il aurait pu ne pas faire beau, il aurait été possible que le 14 juillet, les parisiens  ne prennent pas la bastille.  La morale nous placent dans la dimension de la vérité apodictique alors que la politique se situe dans les vérités assertoriques. 

Il ne peut absolument pas exister de principe intermédiaire en morale. Il n’y a que l’impératif catégorique qui, comme son nom l’indique est inconditionnel, posé, indiscutable, CATEGORIQUE. Tout ceci revient une fois de plus à l’idée qu’une action morale est commise par pure bonne intention par ce qui en nous est  le moi ou le sujet transcendantal, ou encore un sujet de raison libre qui veut ici et maintenant un monde humain géré par la loi morale. Quel que soit le problème auquel je suis confronté, je dois agir librement en étant soumis à rien ni personne. Il ‘est pas question d’obéir à ces assassins. De fait je ne leur dois rien à EUX, mais j’ai un monde humain à vouloir une juridiction UNIVERSELLE à définir et de ce point de vue je ne peux pas vouloir d’un monde  humain mensonger menteur. C’est impossible, donc je ne mens JAMAIS pas spécialement  à cause des ces humains là, qui effectivement sont en faute  et des assassins mais au regard de l’humanité en général. On comprend tout à la position Kantienne quand on fait le lien entre la morale et l’universel. Une morale ne peut être qu’UNIVERSELLE. Il n’y a pas de morale personnelle, ni de morale conséquentialiste ni de morale sensible (moral et sensible sont deux termes dont les sens sont inconciliables: toute morale est raisonnable, elle nous pose en tant qu’être de raison, que moi transcendantal). Il y a LA morale et c’est la stricte application de l’impératif catégorique en TOUTE situation. Un principe intermédiaire ici n’a pas sa place. 

Conclusion

On peut ici insister sur le terme « humain ». Parfois on dit qu’être humain, c’est faire preuve de compréhension, de souplesse, de sensibilité et d’affect. Quand on demande à quelqu’un d’être un peu humain, cela signifie qu’on attend de lui qu’il laisse tomber ses principes et fasse droit à une situation particulière. On saisit ce que Kant entend par « humain » quand on se place totalement à l’opposé de ça. Etre humain c’est vouloir être humain. Or un être humain c’est justement un être qui n’est pas seulement physique, affectif, sensible, pulsionnel mais raisonnable. Or en tant qu’être raisonnable il ne se laisse pas fléchir par la sensibilité par l’inclination; IL VEUT et il veut que la volonté triomphe de la sensibilité,  de la pulsion, de l’intérêt personnel. La liberté c’est sans cesse vouloir un monde humain dans lequel aucun humain ne se laisse aller et fléchir par un cas particulier, c’est vouloir que la volonté soit, ce qui impose que l’on agisse, que l’on ne soit pas passif donc que l’on agisse par respect de la volonté pure sans motif pathologique.  Dans ce que j’ai à faire ici dans cette circonstance, qu’est ce qui peut faire surgir un monde humain dans lequel tous les humains seraient humains, raisonnables? Un monde où, quoi que je fasse, je fais ce que tous les humains pourraient faire en tant qu’êtres raisonnables. 

Or je ne peux pas vouloir que le mensonge soit une loi qui vaille entre les humains tout simplement parce que toute interaction, toute entente, toute confiance, tout pacte, tout contrat serait impossible. Quand on vous parlerait, vous vous diriez: « il me parle donc il me ment ». Personne ne peut vouloir un monde comme ça parce qu’il ne serait pas humain. Donc on ne ment JAMAIS. Tout est cohérent chez Kant. Il a raison en ce sens que c’est ça la morale. 

Toutefois on peut lui opposer que l’on n’ y croit pas, que l’on ne croit pas applicable une telle morale. Il nous donnerait raison. Il a lui même dit « qu’il était possible qu’aucune action morale n’ait jamais été accomplie dans ce monde. »  Charles Péguy a dit: « la morale de Kant est pure mais c’est une morale qui n’a pas de mains », que l’on ne peut pas suivre dans la vie concrète, matérielle, physique. 

Mais alors ce serait quoi une morale avec des mains? Ce serait l’éthique, c’est-à-dire l’inverse de la morale, une attitude qui vise à bien agir mais en acceptant la situation telle qu’elle est donnée, une éthique c’est ce que l’on retrouve chez les penseurs de l’antiquité comme les stoïciens.  Cela revient à réfuter totalement l’idée qu’il existerait un « devoir » moral. L’être humain c’est justement cet être qui doit sans cesse composer avec ce qui lui arrive et faire droit à ce qui lui arrive. Dans les comités d’éthique au sein de certains hôpitaux, c’est ça qu’il faut faire. Il y a un cas particulier, par exemple un témoin de Jéhovah (dans cette croyance on refuse la transfusion) qui arrive inconscient en urgence. Or on apprend que sa confession refuse la transfusion mais sans cela il va décéder. Il y a un cas de conscience pour le personnel médical et il faut bien gérer la situation. On réunit des comités d’éthique dans les hôpitaux pour prendre une décision rapide pour un cas qui pose problème d’un point de vue éthique. Comment un médecin une infirmière va-t-elle pouvoir se regarder en face par rapport à cette situation? C’est juste une décision collégiale dans cet hôpital là, à ce moment là. C’est ça l’éthique et c’est ce qui va se produire à cette occasion là. Ici on peut dire que Kant ne nous aide pas beaucoup. Pour le cas que nous avons évoqué, il est probable que le témoin de Jéhovah une fois réveillé ne sera pas content. Il pourra même porté plainte. Mais il faut bien prendre une décision. Il est également possible d’invoquer ici l’opposition entre l’impératif catégorique de Kant et l’éternel retour pour Nietzsche. Ces deux critères sont absolument contradictoires. Nietzsche va au bout de cette idée qu’il n’y a que cette vie à vivre (alors que Kant finalement évoque un moi transcendantal qui est imperceptible) mais que chaque instant de cette vie est infini. Toute décision nous engage éthiquement à l’infini, c’est la thèse de Nietzsche. Pour Kant . Le critère de la morale , c’est l’universalité d’un monde « humain ».




vendredi 12 juin 2026

Terminales 2 / 5 / 7: Derniers conseils avant la fin du mon....Avant l'épreuve

 

La bonne nouvelle: Michel Onfray ne corrige pas la baccalauréat: il fait l'essuie glace avec ses mains plutôt.


        La première règle à bien intégrer avant de se présenter à l’épreuve de la philosophie, c’est qu’il n’existe nulle et pour personne de raison tenable de partir avant la fin de l’épreuve. Tout  argument visant à défendre que l’on ait "fini" avant le terme du temps alloué est nul et non avenu (ça sert probablement à rien que je le dise mais moi, ça me fait du bien!😁). On peut tourner autour du pot, mais il est évident que tout(e) candidat(e) qui pour des raisons autres que de santé part de l’épreuve à 10h00 ou même à 11h30 n’a pas compris cette matière ni la nature de l’épreuve 🤨. Il se peut que la note ne soit pas mauvaise, que finalement la personne s’y retrouve au moment des résultats et tant mieux pour elle, mais elle sera passée à côté de la philosophie, et c’est dommage pour elle (la philosophie s’en remettra).

Ce qui vous est demandé, c’est quatre heures de concentration non-stop (ou 5h20 pour les PAP PAI), c’est à cela qu’il faut se préparer et ça suppose de ne pas venir fatigué.e. 

           Entrons maintenant dans l’aspect technique de la préparation à cette épreuve. Le choix du sujet est déterminant et il ne doit pas vous prendre trop de temps. Qu’est-ce qui compte?

1 - Pour les deux sujets de dissertation (Sujets 1 et 2), Avez vous d’emblée deux noms d’auteurs qui s’opposent sur le problème? Voyez vous le problème (c’est-à-dire distinguez-vous clairement les notions en jeu, et percevez vous que les différents sens de ces notions rendent la question vive, profonde, infinie, en fait?  Le sujet  est traitable par vous quand la réponse est « oui » à toutes ces questions. 

2 - Pour l’explication de texte (Sujet 3), vous sentez vous porté.e, capable d’apporter à ce texte la valeur ajoutée de votre approfondissement, de votre regard et de votre rigueur d’analyse? Pour expliquer un texte en philosophie il y a un positionnement à adopter d’emblée et 90% (au moins) des candidat.e.s du baccalauréat qui prennent le sujet 3 partent d’emblée dans une mauvaise direction pour ne pas adopter cette situation. Il ne vous est pas demandé de partir du fait que le texte a été écrit et de rajouter dessus une couche de « commentaire » style « l’auteur dit que » (la personne qui corrigera votre copie sait lire). Ce qu’il s’agit de produire, c’est d’expliquer comment et pourquoi ce texte est là, de saisir le texte dans toute la démarche au terme de laquelle seulement il a été rédigé. Il ne faut pas vous situer « après » son écriture mais « pendant », voire « avant ».  Comment peut-on expliquer le mouvement suivi pour que ce texte soit ? C’est la genèse d’un texte, sa création avec laquelle il faut être en phase, et pas du tout son débriefing, ou son « après coup ». Il n’est pas question de dire: on peut lire ça comme ça ou alors comme ça…Non! Il faut se mettre à la place de l’écrivain.e être son co-auteur ou sa co-autrice.  Il ne vous est pas demandé de prendre acte que le texte « est », mais de le prendre suffisamment à votre compte pour vous situer dans le mouvement même au fil duquel il a vu le jour. Ça change considérablement le positionnement et cela évite la paraphrase (qui constitue malheureusement 90% des productions habituelles)


Euh....ça va Michel? Tu souris sûrement...Mais pas dans ce monde là!

Ce qu’il vous faut travailler dés à présent, c’est votre aptitude à vous donner les moyens d’écrire sur votre feuille d’examen en sachant où vous allez, en ayant un plan suffisamment performant pour vous assurer durant tout le temps de la rédaction que vous n’êtes pas en train de partir en vrille. Qu’est ce que ça veut dire: "performant"? Deux choses:

  1. vous traitez le sujet
  2. Vous progressez en allant du plus simple au plus complexe et subtil

C’est évidemment particulièrement déterminant pour les sujets 1 et 2 car le plan dépend exclusivement de vous. Trois éléments sont décisifs ici:

  1. la capacité de prendre le sujet avec neutralité, voire innocence, de se rendre néophyte, de se garder une sorte de naïveté pour faire comme si le sujet vous tombait dessus. C’est assez étrange mais il est possible que cette phase soit vraiment révélatrice de perspectives nouvelles et cela vous aidera pour l’introduction
  2. Les références d’auteurs (c’est un peu le contraire du mouvement précédent). Il est évident que ces auteurs joueront un rôle essentiel dans le plan, parties et sous-parties.
  3. La dernière partie sera donc cruciale: elle peut porter l’empreinte d’une adhésion plus forte de votre côté à condition qu’elle soit justifiée, qu’on perçoive pourquoi la portée de l’argumentation est plus forte dans la troisième que pour les deux premières parties. Peut-être tels ou tels auteurs vous ont-ils davantage convaincu que les autres, mais pourquoi? Parce que leurs thèses sont plus approfondies, plus difficiles. Il est réconfortant de savoir vers quelle conclusion vous vous dirigez, cela oriente vos efforts dans une direction efficace. C’est comme une randonnée dont vous avez l’itinéraire dans la tête (si vous ne savez pas, vous allez improviser et ce n’est pas idéal)


Pour le texte, le plan vous est suggéré par son développement linéaire mais ce n’est pas pour autant qu'il faut le négliger. Distinguer le plan d’un texte n’est pas évident, il faut se rendre attenti.ve.f   aux paragraphes, aux connecteurs logiques, comprendre ce que l’auteur fait à tel moment à tel autre, etc.  De plus certains passages vous apparaîtront comme plus propices que d’autres à des explications ayant trait à d’autres auteurs. Il faut marquer tout cela et ne pas vous embarquer dans l’écriture de votre copie d’examen sans savoir TRES PRECISEMENT ce que vous allez faire. Il importe de  travailler dés à présent sur des sujets extraits des annales votre aptitude à  rédiger des plans détaillés, y compris pour le texte.  Dans l’idéal, la lecture de votre plan doit vous réjouir, vous donner envie de donner de la chair à ce squelette. Cela vaut la peine d’y passer du temps, d’y placer toutes les références qui vous semblent  indispensables, de bien vérifier que chaque partie et sous partie apporte quelque chose de plus ou de contradictoire à la précédente. Si à 10 heures vous n’avez pas encore commencé à écrire sur la copie mais vous disposez d’une introduction et d’un plan très détaillé, c’est bien. Mais il faut s’y coller maintenant, sans attendre. 


La clarté graphique de votre copie est un élément déterminant de la notation et c’est justement pour cela que le plan est essentiel. Il va de soi que vous faites un alinéa à chaque partie et sous partie (vous pouvez même sauter une ligne pour que cela soit plus clair). Mais vous pouvez dans une sous partie rédiger plusieurs paragraphes (dés qu’une idée nouvelle et qu’une nouvelle référence est utilisée il faut changer de paragraphes (pour les références, cela peut éventuellement dépendre de l’importance que vous lui accordez, cela dit, citer une référence en ne lui consacrant qu’une ligne est désinvolte et n’augure rien de bon quant à son utilité). Une copie sans espace ni ligne sautée est irrespirable et indigeste: elle atteste d’une faiblesse de plan, voire de son absence pure et simple).

N’utilisez JAMAIS de blanc (faites des ratures si nécessaire) et essayez d’écrire le plus lisiblement possible. Soulignez les références d’auteurs et d’oeuvres.  Une remarque s’impose et il convient que vous compreniez qu’elle n’est pas contradictoire avec tout ce qui a été dit sur le plan. Quand vous rédigez directement votre copie, vous utilisez une main connectée à votre esprit, une main pensante. Vous êtes une pensée incarnée dans un corps et plus précisément dans une main qui dessine des lignes sur une feuille. C’est ça composer (et c’est génial). Si votre concentration est bien ce qu’elle doit être, il est évident que de nouvelles idées, références, de nouveaux exemples vont vous venir en cours d’écriture et il y a de grandes chances que ces idées soient bonnes, meilleures que celles qui vous sont venues à 8 ou 9h. Il faut donc qu’elles soient dans votre copie.

  • Mais ça chamboule mon plan
  • Tant mieux!

Mon plan B: aller voir un autre film

Il y a ici une phase de « bricolage » qui s’impose: puis-je garder les étapes essentielles de mon plan ancien en y incorporant les idées nouvelles? Oui, faites le! Même à une heure de la fin de l’épreuve. Il est éventuellement possible de faire des étoiles ou des repères pour faire comprendre à votre correct.rice.eur que vous avez intercalé un développement (si vous pouvez l’éviter c’est mieux mais si ça vous semble indispensable, faites le, utiliser une feuille en plus pour intercaler des passages au bon endroit, vous serez lu.e par une personne soucieuse de vous rendre justice qui lira votre copie dans le bon ordre, soyez claire dans l’ordonnancement de votre copie quitte à mettre clairement des repères ou des instructions de lecture: style lire *1 ou **2, etc.)

La conclusion peut être rédigée assez rapidement surtout si vous êtes totalement impliqué.e dans la dynamique d’écriture.  On n’écrit pas une bonne copie de philosophie sans un minimum d’intensité, voire d’ébullition. Ce mouvement devrait vous guider pour rédiger une conclusion qui reprend les articulations cruciales et qui se termine par ce que développe votre dernière sous partie de votre dernière partie. 

Vers 11h, 11h15, il faudra suspendre un moment votre rédaction regarder votre brouillon, mesurer le temps qu’il vous reste et éventuellement remodeler votre plan pour faire place à des références ou arguments absolument fondamentaux selon vous.  Ce qui décidera de votre note finale hormis le traitement du sujet évidemment, c’est la qualité de votre argumentation et l’ordre structuré de vos parties…Le plan donc! Pour l’explication de texte, c’est la plus value de votre copie par rapport au texte: avez vous pu rendre compte de son existence et de son déploiement, de son ordre, de son écriture ? Avez vous utilisé des références qui permettent de saisir pourquoi il a été écrit? Le plan est donc également essentiel.


Il faut dire (encore) un mot  sur l’analyse des notions. C’est très simple, pour les correct.eur.trice.s, il y a deux types de copies: 1) celles qui n’envisagent à aucun moment de traiter vraiment un sujet et qui vont enchaîner les clichés, les lieux communs, les opinions toutes faites, les préjugés (et qui très probablement sont écrites par des élèves qui se sont ennuyé.e.s ferme en cours). Ces copies se font immédiatement remarquer par leur précipitation à se jeter dans un sujet non compris, non problématique, non analysé. Cela se voit (VRAIMENT) tout de suite.  2) L’autre type de copie sait que le sujet est donné pour que l’on approfondisse le problème qui s’y trouve contenu. Ce problème vient non seulement de l’ambiguïté d’une notion et éventuellement de la confrontation entre deux notions interrogées mais aussi du fait que ces notions sont plurivoques, qu’elles revêtent plusieurs significations. Par conséquent, elles ne se jettent jamais dans le sujet sans a) l’avoir problématisé, et donc avoir mis à jour cette plurivocité de sens (et cela dés l’introduction) et b)  avoir approfondi cette première problématisation par une analyse plus poussée dans un paragraphe qui suit directement l’introduction (que nous demande-t-on exactement? En quoi consiste vraiment le problème dés lors que l’on a mis à jour l’ambiguïté des notions, et de la question?). 

Plus vous passez du temps à vous demander précisément en quoi consiste la question, pourquoi elle est si prenante, difficile, embarrassante, plus vous êtes en train de progresser dans la copie. Les pires copies de philosophie sont celles qui « disent des choses » sans traiter un sujet. De ce point de vue, un stylo qui écrit trop vite et une main qui se laisse aller à simplement noircir de la feuille sont très suspects. Vous devez écrire dans l’épaisseur d’une certaine résistance du problème et cela impose qu’une aiguille questionneuse soit fichée dans votre pensée tout le temps de l’épreuve: pourquoi suis-je en train d‘écrire cela? La dynamique de ma pensée est-elle vraiment portée, travaillée par le problème, par le texte ou suis-je en train de simplement « dire des trucs »? Soutenez cette vigilance qui vous maintient continuellement dans une certaine difficulté, dans une tension, dans un approfondissement constant, dans la recherche de la formule juste, ciselée, adéquate, et il est impossible que vous vous égariez.  Cela peut vous apparaître comme un effort, une attention, et c’est bien le cas mais c’est aussi le seul fil d’Ariane qui vous permet de sortir du labyrinthe du Minotaure. Quelque chose en vous le sait bien et le reconnaîtra au fil de l’écriture de votre excellente copie.