jeudi 5 février 2026

Présentation de la spécialité HLP aux élèves de secondes


« La plus grande chose au monde, c’est de savoir être à soi. » -  Montaigne                                  

 1) Qui choisit?

            Probablement avez vous déjà entendu une multitude de conseils venant de personnes très bien intentionnées à votre égard dans votre entourage: vos ami.e.s, vos parents,  vos professeurs, etc. Aussi pertinentes que soient leurs opinions, il y a une vérité à la fois première, évidente et pas nécessairement agréable, c’est que vous êtes seul.e à décider, absolument seul.e! Avant tout autre critère, il faut simplement vous poser la question de savoir quelle est l’activité qui l’année prochaine va vous donner envie de sortir de votre lit et de venir au lycée. Il faut vraiment vous méfier de celles et ceux qui, sans vraiment prendre en compte vos envies, vos passions, vos désirs, vos expériences heureuses et malheureuses vous disent que eux savent ce qui est bon pour vous ou bien que vous n’êtes pas assez mûr.e.s pour vous décider, ou que la société d’aujourd’hui est ainsi faite qu’il faut choisir ceci ou cela. 

Ce ne sont pas ces personnes qui l’année prochaine devront se lever, remplir leur sac de tel ou tel livre, partir dans le petit matin pluvieux, etc. Pour faire tout ça, il va vous falloir de l’énergie et de quoi l’alimenter, vous et personne d’autre! Ne pas vous tromper, c’est d’abord envisager la possibilité que vous puissiez gagner sur tous les tableaux et ça tout au long de votre vie, qu’un métier, qu’une carrière n’est pas forcément ce qui demande des sacrifices mais tout simplement que vous misiez sur vous même et que vous vous connaissiez suffisamment vous même pour avoir la certitude que telle ou telle mati!ère satisfera en vous une certaine soif, des envies,  et pourquoi pas? Une vraie joie. « La plus grande chose au monde dit Montaigne, c’est de savoir être à soi. » (Les essais - Livre 2 chapitre 16) Vous êtes à vous même votre meilleur compagnon ou votre meilleure compagne, celle ou celui qui ne vous lâchera jamais. Ne faites pas un choix qui pourrait faire naître un désaccord avec vous, parce que vous êtes à vous même la seule personne à laquelle tôt ou tard vous devrez rendre des comptes.  Ne laissez pas la peur ou quelque sentiment négatif que ce soit dicter votre choix. Vous êtes assez mature pour décider et de toute façon il faut que vous le soyez puisque c’est maintenant! 





2) Quel profil?


En premier lieu, il faut éprouver en soi une vraie curiosité ainsi qu’une certaine aptitude à ne pas se satisfaire des réponses toutes faites ou des idées reçues. Nous vivons une époque où les réseaux sociaux, les médias et une certaine façon de faire ou justement de ne pas faire de la politique revendiquent clairement un pouvoir d’influence sur la population, voire une remise en cause de tout critère de vérité ou de vérification. Si cela ne provoque en vous qu’une acceptation blasée, c’est que vous n’êtes pas fait.e pour cette spécialité. Il y a en HLP quelque chose qui prolonge les questions que peut-être vous vous posiez quand vous étiez enfant notamment sur tout ce que nous nous représentons comme « autre », comme différent: aussi bien l’autre culture que l’autre personne ou encore l’animal, le but étant de savoir en quoi cela consiste d’être humain (ne jamais oublier que le premier H est l’initiale d’humanité. 

En second lieu, il faut aimer les cours vivants, c’est-à-dire oser intervenir pendant les séances, ne pas s’attendre à copier pendant deux heures ce que disent les enseignant.e.s, bref renoncer à toute attitude de passivité. Si vous aimez au contraire rester bien au chaud dans votre coin à prendre des notes et à espérer que les professeurs ne vous remarquent pas, vous allez avoir des déconvenues. Le premier chapitre en première HLP concerne les pouvoirs de la parole et c’est un titre que nous prenons au pied de la lettre, en provoquant la prise de parole et ce jusqu’au concours d’éloquence que notre spécialité organise chaque année. Le deuxième signe que cette spécialité est faite pour vous  peut donc se définir comme de la non passivité. Si vous n’attendez rien d’un cours, mieux vaut ne pas venir aux nôtres. Vous pouvez vous dire que nous allons essayer de vous faire sortir de ce que vous pensiez « être vous » (les métamorphoses du moi: cours de terminale HLP)




Enfin le troisième signe à partir duquel le choix de cette spécialité peut être envisagé n’est pas inconciliable avec le deuxième mais recouvre une autre dimension de l’expression de soi, c’est le rapport à l’écriture. Il est nécessaire de savoir, avant de s’engager dans cette spécialité, que nous allons tester et améliorer votre rapport à l’écrit. Même si l’apport de cette spécialité est de vous donner l’opportunité de sortir de votre zone de confort et de participer oralement de toutes les façons possibles, l’épreuve finale du baccalauréat est écrite et aimer écrire est un atout. Or l’écriture est un exercice qui suppose que l’on soit seul.e. La spécialité HLP peut donc aussi se concevoir comme une activité visant à peupler sa solitude de rencontres avec des auteur.e.s, des pensées, des raisonnements.  Cette expression de « solitude peuplée » vient du philosophe  français Gilles Deleuze. Elle désigne selon lui, le fait que contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est parfois dans le rapport à soi que l’on fait les meilleurs rencontres. Il est « bon » et parfois vraiment salutaire de briser le contact avec une actualité très agressive et saturés d’influenceur.se.s pour rencontrer des auteur.e.s et entamer avec eux, avec elles un dialogue écrit ou parlé (pour une intervention orale). Il faut insister sur le fait que cette solitude peuplée suppose un rapport avec toutes les formes d’art (et notamment le cinéma: un intérêt marqué pour les films voire certaines séries est vraiment un atout dans cette spécialité - Cette solitude se peuple de toutes les expériences et de toutes les nourritures possibles) 




Si nous résumons tout ce qui vient d’être dit, nous pouvons donc caractériser les « signaux » à partir desquels le choix de cette spécialité peut être fait:

  • La curiosité
  • La non passivité
  • Le désir de cultiver et d’améliorer ses aptitudes à l’écrit


3) Les avantages de la spécialité HLP


En premier lieu, l’atout de cette spécialité est de  vous permettre de préparer quatre épreuves du baccalauréat qui ne font pas l’objet d’un contrôle continu:

  • L’épreuve de français en première à l’oral et à l’écrit: coefficients 5+5=10
  • L’épreuve de philosophie: coefficient 8
  • L’épreuve de spécialité: coefficient 16
  • L’épreuve de grand oral: coefficient 10

L’addition de toutes ces données chiffrées nous permet d’obtenir un coefficient de 44. La plupart des autres spécialités vous préparent à une ou deux épreuves, au plus. HLP est la seule à couvrir un éventail aussi large dans les épreuves du baccalauréat. 

C’est une spécialité bi-disciplinaire (Français / Philosophie) qui vous permet d’aborder des thèmes communs sous deux angles différents, de telle sorte qu’on réalise immédiatement l’impasse dans laquelle nous conduisent les préjugés de séparation des compétences et des intérêts. Il faut cultiver en soi une véritable ouverture d’esprit pour saisir cette réalité qu’est l’interaction des disciplines (et cela ne se limite pas au français et à la philosophie). Les deux matières ne cessent de se faire écho dans une résonance où finalement se dessine une voie que l’on pourrait qualifier de devenir de l’humanité. De fait le programme de terminale est directement en prise avec les défis que nous traversons aussi bien par rapport la violence des guerres que la question des limites au-delà desquelles nous prenons le risque de perdre notre humanité (transhumanisme). 

Le troisième avantage de cette spécialité est de ne jamais perdre le fil de ce que vous êtes et de ce que vous aimez. Si tout se passe bien, pendant ces deux années que nous vous proposons, non seulement vous en sortez avec des compétences qui vous auront permis d’avoir la meilleure note aux quatre épreuves du bac déjà mentionnées, mais vous n’avez jamais été noyé.e.s dans des apprentissages pour lesquels la performance doit prendre la pas sur l’humanité, l’éthique et tout simplement le respect de soi. C’est sans contestation la plus grande force de cette spécialité: il est absolument impossible de suivre cette formation et de la comprendre sans réaliser qu’il existe des limites éthiques au métier que vous exercerez. Violer ces limites, c’est donner votre consentement à une culture du mépris continuel de soi. Aussi importante que soit la compensation financière de ce mépris, elle ne pourra pas suffire à vous éviter la confrontation avec l’évidence du ratage de votre existence. 


4) Pour quelle poursuite d’études?


Des échos très récents venus d’enseignant.e.s universitaires en plusieurs disciplines, notamment celles de Droit, STAPS, IEP/Science Po, écoles de journalisme, prépa commerciales, études en communication, école d’art et d’architecture,  et de toutes les filières du soin expriment leur lassitude de se retrouver en face d’étudiant.e.s de première année qui ne savent ni écrire ni parler et pensent pouvoir accéder à des pratiques très spécialisées sans passer par ces apprentissages. De plus en plus de plus de formations universitaires, de classes préparatoires, de domaines d’apprentissage supposés sélectifs font porter leur critère sur ce qui fait spécifiquement l’objet de la spécialité HLP: savoir s’ exprimer.

C’est précisément parce que l’expression est finalement l’objet même de cette spécialité qu’elle est compatible avec la quasi totalité des autres spécialités dans la perspective d’une poursuite d’étude avantageuse.  En fait, il suffit de réaliser que quel que soit la poursuite d’étude choisie: droit, soins, commerce, sciences politiques, communication, ou carrière artistique, il vous sera demandé de savoir défendre une idée et de  vous exprimer avec aisance et confiance. Or ces deux savoir-faire désignent précisément la matière même de l’enseignement de cette spécialité. 



lundi 2 février 2026

Terminales 2 / 5 / 7: Méthodologie du 3e sujet (explication de texte)

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté. »

                                    Karl Marx - Le capital





Quelques conseils pour choisir le sujet

3 critères doivent être pris en compte pour le choix du 3e sujet:

  1. La différence entre une explication un commentaire et la notion de compréhension. Commenter un texte revient à rédiger un développement sur ce que l’on peut produire à l’occasion de la lecture d’un texte. On commente un évènement quand « on en parle », mais on n’a pas l’ambition d’en rendre compte, de l’expliquer, c’est-à-dire de justifier qu’il soit tel qu’il est. L’explication est donc plus exigeante qu’un commentaire. Elle désigne la capacité à exprimer clairement ce qui est implicite dans un texte. Expliquer veut dire démêler les plis, exactement comme si le texte était un papier froissé dont il faut aplanir la forme, décomplexer le sens. C’est exactement le mouvement inverse de la compréhension, non pas qu’il faille absolument se méprendre sur le texte, mais il n’est pas question de résumer le texte, ni de le synthétiser. Le préfixe « ex » désigne une dynamique exactement contraire à « cum ». On n’attend pas de vous que vous résumiez le texte, que vous le rameniez à une expression concentrée, mais au contraire que vous le développiez que vous en saisissez tous les présupposés et tous les implicites, comme s’il y avait des choses à dire « entre les lignes », des implications. 
  2. L’unité de sens: le texte a été découpé dans la totalité d’une oeuvre. Cela signifie que les personnes qui proposent ce texte (et qui sont des enseignant.e.s de Philosophie savent qu’il y a une idée développée dans ces lignes, ET SEULEMENT  UNE. Par conséquent si vous ne parvenez pas à discerner cette unité directionnelle qui fait pencher toutes les phrases du passage vers un seul sens, c’est que vous ne disposez pas du minimum nécessaire pour en tenter l’explication. 
  3. La valeur ajoutée. Toute explication d’un texte y rajoute quelque chose. Quoi? De la clarté, la capacité à dissiper des ambiguïtés ou au contraire des formules trop brutes. Il faut donc d’emblée avoir le sentiment que vous disposez de cette faculté d’apporter de la clarté, du « défroissement », de rendre plus digeste des expressions obscures, ésotériques, trop empreintes d’un vocabulaire philosophique parfois difficile.

 A) Rappel clair de l’exercice global

 

En explication de texte (sujet 3), vous devez :

Reconstruire le problème posé par le texte, pas faire un résumé.

Mettre au jour la thèse de l’auteur et la démonstration qui la soutient.

Suivre le texte ligne par ligne, en expliquant les notions, les articulations logiques et les enjeux. Attention: cela ne veut pas dire expliquer les lignes une à une séparément mais suivre au plus prés ce processus d'implication des phrases qui les relient et grâce auquel telle proposition rend possible celle qui suit.

Vous ne rajoutez pas un « plan personnel » comme en dissertation : votre plan doit être celui du texte lui-même, reformulé clairement. C'est ça de moins à faire mais il ne faut pas vous tromper de  plan. Il convient de rendre vraiment compte des différents mouvements


B) Modèle d’introduction (réutilisable partout)

 

Vous pouvez vous fixer un canevas en 4 moments, que vous remplissez à chaque fois.

1 et 2 (liés) ) Thème et thèse du texte
Vous  formulez d’abord le thème, puis la thèse en une phrase nette :

Thème : le travail, plus précisément la spécificité du travail humain (il faudra amener ce thème là éventuellement à partir de l’expérience quotidienne que nous en faisons)

Thèse (type) : « Marx soutient que ce qui distingue radicalement le travail humain du travail animal, ce n’est pas la simple habileté technique, mais la capacité de concevoir le résultat dans la pensée avant de le réaliser. »

3) Problématique
Vous transformez  la thèse en question philosophique, en montrant la tension :

Exemple de problématique pour ce texte :
« En quoi le travail humain se distingue-t-il du travail de l’animal, alors même que certains animaux semblent accomplir des tâches très complexes ? Est-ce une simple différence de degré dans l’habileté, ou bien une différence de nature liée à la conscience et au projet ? »

Vous pouvez la formuler en 2 phrases si vous préférez, mais elle doit vraiment naître du texte.

 

4) Annonce du plan (linéaire)

 
Vous annoncez la progression du texte, pas un plan de dissertation.
En gros, vous dites: « D’abord Marx… puis… enfin… », à partir des articulations du passage (pas de liste ni de petit a, petit b)

Schéma général pour un texte argumentatif comme celui de Marx (il ne faudra pas le formuler de cette façon sur le copie mais le rédiger de façon plus fluide) :

I. Tout travail suppose une transformation de ce qui est naturel en objets, en structures, en processus artificiels humains. 

II. Comparaison entre travail humain et travail animal, à partir de l’exemple de l’abeille et de l'araignée

III. Mise en avant de la spécificité du travail humain : la représentation préalable, le projet. Conséquences philosophiques : le travail comme réalisation d’un projet conscient, expression d’une essence proprement humaine (ou d’une puissance) et non simple activité vitale.

Dans l’introduction vous ne détaillez pas trop mais reformulez chaque moment en une ligne.


C)  Application au texte de Marx 


a) Intro rédigée (modèle)

1) Thème

Le travail est une activité à laquelle nous nous livrons par contrainte, parce que nous ne pouvons pas faire autrement

2) Thèse :
Mais ici Marx montre que la supériorité du travail humain ne tient pas seulement à une habileté technique plus grande, mais au fait que l’homme conçoit mentalement l’ouvrage avant de l’exécuter. Le travail est donc une activité dans laquelle nous nous incarnons en tant qu’être humain.

3) Problématique :
« Comment le travail peut-il être ce qui distingue l’homme de l’animal, alors que certains animaux réalisent des tâches extraordinairement complexes ? La différence entre l’abeille et l’architecte est-elle seulement une question de perfection technique, ou révèle-t-elle une différence de nature liée à la conscience du but et au projet ? »

4) Annonce de plan (linéaire) :
« Marx commence par comparer le travail de l’architecte à celui de l’abeille afin de montrer que l’habileté ne suffit pas à caractériser le travail humain (I). Il met ensuite en évidence que l’homme anticipe le résultat de son activité dans la pensée avant de le réaliser, ce qui fait du travail une activité guidée par un projet conscient (II). Enfin, il en tire la conséquence que le travail humain exprime une essence proprement humaine, en donnant forme au monde selon une finalité que l’homme s’est lui-même fixée (III). »


D) Méthode pour le développement linéaire

 

a) Pour chaque grande partie du texte (I, II, III), on peut répéter  un « mini-rituel » :

1. Situer le passage
« Dans les premières lignes, Marx… », « Dans la suite du texte… », etc.

2. Idée directrice du segment. vous dites en une phrase ce que fait Marx :

Il compare, il distingue, il définit, il tire une conséquence, etc. Dans cette qualification, il convient vraiment d'apporter quelque chose, de manifester que vous saisissez bien la façon dont l'auteur avance ses pions.

3. Explication détaillée
Ligne par ligne ou groupe de lignes :

Vous expliquez les expressions difficiles.

Vous explicitez les présupposés.

Vous mettez en évidence les connecteurs logiques (mais, car, donc, au contraire…).

Vous reconstruisez le raisonnement : « S’il prend l’exemple de l’abeille, c’est pour montrer que… ». Ce point est vraiment capital: reconstruire n'est pas répéter, c'est manifester une intelligence de l'ensemble. 

4. Enjeu philosophique
À la fin de chaque partie, vous répondez à la question "implicite" suivante  :
« Quel progrès fait-on dans la réponse au problème posé en introduction ? »


Application rapide aux trois moments du texte

I. Le travail comme transformation

         - Le travail est d'abord une opération naturelle au cours de laquelle  le corps de l'être humain change la nature, la modifie à son profit mais finalement sans que cela  ne décrive un processus culturel. Cela reste de la nature.

            - On pourrait presque évoquer une phase archaïque du travail où toutes les opérations accomplies par l'être humain sont animées par une forme d'instinct. En d'autres termes dans cette phase l'être humain ne réalise pas son humanité dans le travail

          - Certes il développe ainsi des capacités qui, sans ces opérations, demeureraient à l'état latent ou larvaire, mais cela n'empêche pas que ce n'est pas encore de l'humain qui sort de cette transformation (Il n'est pas indifférent de prendre l'exemple des fourmis avant même d'évoquer les animaux choisis par Karl Marx. Il est vraiment impossible de voir "le travail de fourmi des fourmis" sans réaliser toute la machinerie insoupçonnable de prime abord de ces animaux, mais justement ici animaux et humains sont finalement au même niveau. Humain et animal modifient la nature. Si le travail humain n'était que ça, on ne voit pas du tout en quoi il ne serait qu'humain. D'où le 2e moment:

 

II. Comparaison abeille / architecte

• Marx met sur le même plan, d’abord, le travail de l’abeille et celui de l’architecte pour montrer qu’un simple critère d’habileté ne suffit pas à distinguer l’homme de l’animal.

À expliquer :

Pourquoi Marx choisit une abeille (exemple d’un animal « travailleur », très organisé).

En quoi l’abeille pourrait même sembler supérieure sur le plan instinctif.

Enjeu : montrer que la question est plus profonde que « l’homme est plus habile ».

 

III. La représentation préalable (le projet)

Idée directrice : Marx affirme alors que la vraie différence tient au fait que l’architecte a le plan de sa construction dans la tête avant de travailler, alors que l’abeille agit par instinct sans représentation consciente du but.

À expliquer :

La notion de « plan préalable », de « représentation ».

L’opposition instinct / projet conscient.

Le rôle de la finalité : l’architecte travaille en vue d’une forme anticipée.

Enjeu : faire apparaître le travail comme activité spirituelle (au sens large : pensée, conscience), pas seulement corporelle.


IV. Conséquences : essence humaine et travail (les implications de tout ceci sont si fortes qu'il est possible de faire une 4e partie qui globalement vont souligner la notion de liberté)

Idée directrice : à partir de là on peut conclure que le travail humain révèle une essence propre : l’homme se donne des fins et réalise dans le monde ce qu’il a d’abord conçu mentalement. Il fait advenir à la surface de la terre des produits de sa pensée, de son univers mental, des structures ou des processus dont il a préalablement conçu la faisabilité, la pertinence, l'utilité

Comment le travail devient une manière pour l’homme de se réaliser lui-même.

Éventuellement le lien avec d’autres passages de Marx : l’idée que l’homme se produit lui-même à travers son activité productive, que le travail est « médiation » entre l’homme et la nature. Même si Karl Marx n'insiste pas sur ce point (et il faut le dire), on a du mal à ne pas penser à la temporalité. Est ce que le travail évoqué au sens archaïque (première partie) ne désignerait pas finalement un travail qui se situe dans l'aiôn alors que le travail proprement humain fait émerger une temporalité propre (Chronos)? Marx croit au sens de l'histoire, mais en fait quelque chose du travail humain fait advenir un temps historique avec des successions, des crises, des chutes d'empires et des guerres. On aurait tendance à penser que c'est parce qu'il y a ce type d'évènements qu'il y a de l'histoire sans réaliser qu'il faut d'abord qu'il y ait une façon chronologique de percevoir et de poser le temps, c'est parce qu'il y a d'abord du temps historique qu'il y a ensuite des évènements. Or pour que le temps historique soit,  il faut qu'il y ait quelque chose d'une intentionnalité travailleuse humaine. Marx ne dit pas cela mais c'est une conséquence directe de tout ce qui est posé ici.

Enjeu - Répondre à la problématique : la différence homme/animal n’est pas de degré, mais de nature, parce qu’elle touche à la conscience du but et à la liberté de se donner des fins.


E)  Modèle de conclusion

En 3 mouvements très courts :

1. Rappel de la thèse du texte :
« On a vu que Marx soutient que le travail humain se distingue du travail animal par la représentation préalable du but : l’architecte construit d’abord dans sa pensée ce qu’il réalisera ensuite dans la matière. »

2. Bilan par rapport à la problématique :
« La comparaison avec l’abeille montre ainsi que la différence ne porte pas seulement sur l’habileté, mais sur la capacité de se donner consciemment un projet et de le réaliser. »

3. Enjeu contemporain (travail automatisé, IA, robotisation : la machine imite-t-elle vraiment le projet humain ?) - Rapport avec le capitalisme