mercredi 2 septembre 2026

EMC 2026 : la science fiction historique


 

L’exercice consiste à se projeter en l’an 2100, à se mettre dans la peau d’un.e archéologue de cette époque et à partir de ce futur de décrire la façon dont nos prédécesseurs présenteraient  notre actualité, ce que nous sommes en train de vivre, en direct, en 2026 dans plusieurs domaines: climatique, culturel, politique, religieux, technologique, scientifique, éducatif, économique, relations internationales (guerre, alliances, mouvements migratoires, etc,) médiatique.


Ce travail donnera lieu à une prestation orale de la totalité du groupe au cours de laquelle des historiens ou des archéologues de l’an 2100 (le groupe)  font connaitre à leurs contemporain.e.s (la classe)  à partir d’un document, d’une trace,  la réalité que nous sommes en train de vivre dans un domaine en particulier. Il s’agira donc aussi pour chaque groupe de concevoir la trace ou la vidéo et de la commenter.  


La prestation doit approfondir le domaine qui lui a été attribué et durer au minimum un quart d’heure. Il est grandement conseillé de faire preuve d’un esprit d’innovation suffisamment développé et audacieux pour que la prestation soit crédible et fasse signe du présent à partir duquel les historiens et archéologues prennent la parole (et qui en fait constitue notre futur). Chacun des groupes pourra réfléchir à la façon dont on s’exprimera dans 76 ans, même si techniquement nous ne pouvons pas faire autrement d’un point de vue technologique que de supposer que les vidéos, les conférences, l’étude du passé existeront encore.  




En fait, nous pourrions définir cet exercice comme de la science fiction historique. Il sera donc question, pour chaque groupe, de produire à la fois un travail d’analyse de notre présent et de projection vers un futur possible (plus ou moins pessimiste, humoristique, imaginaire) Une vraie liberté vous est donnée au sujet des traces, des documents sur lesquels vous appuierez votre présentation, mais il est impératif de se « téléporter » le plus que l’on peut dans l’esprit, la peau, la langue d’un être humain du troisième millénaire après JC (si d’ailleurs vous en avez l’envie et le temps, il vous est possible de réfléchir aux tenues vestimentaires des humains de l’an 3000 et de nous en donner un aperçu le jour de votre prestation) 

Ce travail doit être achevé pour le 15 octobre, jour où commenceront « les conférences de l’année 2100 »


Groupes et sujets:


L’Education: Shana Gaudillier-Bonnot - Luka Gellner - Marie Biraud


Les médias : Camille Poidevin - Angèle Luigi - Era Shurdhaj


Les relations internationales:  Emy Mels - Roman Bottreau - Mathis Bôle


La culture (l'art): Hugo Briot - Roméo Lhomme -Sasha David


La religion: Louann Frenot - Edgar Gautier - Elsa Pourtier


La politique (nationale) : Christiane Belmas- Sorribas - Cris Caisson - Elan Kuc


La science : Roméo Gagnepain - Lisa Barbey - Benjamin Pretre 


La technologie: Martin Huard - Axel Burgy - Sofia Candido Da Silva


Le climat (et ses conséquences) Denise Bailly- Maître - Eugénie Menna Ruiz - Théa Jeanblanc


Economie: Anaëlle Bunodiere -  Martin Huard - Vadim Aubert 


Quelques points de repère:

Il convient:

  1. de décrire les conditions dans lesquelles le document, la trace, le témoignage, etc. a été découvert
  2. De montrer la vidéo ou de décrire, ou commenter le document tel qu’il se présente
  3. De développer les déductions qu’un.e historien.ne de l’année 2100 pourra construire à partir de cette trace concernant notre présent (évidemment c'est un moment crucial de votre prestation: comment l'humanité de l'an 2100 nous percevra nous aujourd'hui, avec éventuellement des effets de décalage plus ou moins saisissants, significatifs)
  4. De répondre aux questions du public de l’an 2100 (vos camarades de classe) 


Il faut souligner la nécessité de laisser insister dans votre travail le présent à partir duquel les conférencière.er.s parlent, l’éventuel condescendance (voire mépris ou, au contraire, admiration, surprise, étonnement, etc.) avec laquelle ils peuvent analyser nos habitudes, nos choix stratégiques, scientifiques, etc. Il va de soi qu’entre 2026 et 2100, beaucoup d’évènements plus ou moins graves se seront produits. A cet égard l’effort que vous devez fournir doit tenir à la fois d’une certaine imagination et d’un travail rigoureux d’exploitation des données objectives dont nous disposons aujourd'hui. Il est absolument impossible de mener à bien cet exercice sans se faire une idée crédible, réfléchie des modes de vie des humains de l’an 2100 (cette année est éloignée mais vous  avez toutes les chances de la vivre - Vous aurez autour de 90 ans).




mardi 1 septembre 2026

Terminale 4 / 5: Peut-on être heureuse.x quand les autres ne le sont pas?

 


Tout sujet de philosophie en terminale pose un problème, c’est-à-dire se pose à partir d’une contradiction à laquelle il faut remonter comme d’une rivière on rechercherait en amont la source. Plus que toute autre chose, la question s’impose à nous avec une résonance, un écho. On la pose sur la table et cela crée un bruit qui dure, peut-être même qui ne cesse jamais, c’est ce bruit, ce tintement du sujet qui fait sa profondeur, sa nature. 

Cela signifie concrètement que si nous nous précipitons vers la possibilité d’une réponse qui serait unilatérale, qui ne serait QUE oui ou QUE non, nous abordons le sujet d’une façon falsifiée, gauchie, incorrecte et surtout très pauvre. Existerait-il dans le bonheur la jouissance d’un état qui ne serait concevable, praticable qu’en corrélation avec les autres êtres humains? En partage? 


1) la distinction entre avoir et être, le bonheur et le plaisir

La distinction entre avoir et être peut se révéler ici très éclairante: le bonheur est-il une condition que l’on acquiert, que l’on possède ou bien une condition que l’on « est ». Dans le sujet c’est le verbe être qui est utilisé, mais en même temps, nous savons bien que nous vivons dans un type d’économie au sein de laquelle le bonheur semble conditionné par notre niveau de vie, c’est-à-dire par l’argent que l’on gagne et le niveau de confort auquel nous pouvons prétendre. Peut-être ne suffit-il pas que ‘j’ai une belle voiture, encore faut-il que j’ai la plus belle voiture du quartier et que les autres ne l’aiment pas et qu’ils m’envient. Nous serions alors heureux de jouir de la possession d’un bien dont les autres seraient privés. Soyons cyniques: est-ce que nous pouvons vraiment assurer qu’il n’existe pas une partie de nous, quand nous assistons ou entendons parler des malheurs d’une personne que nous connaissons, qui se réjouit de ne pas être victimes des mêmes souffrances? MOI, ça va quand tant d’autres êtres humains dans le monde sont dans la misère.  Peut-il exister un bonheur égoïste, quasiment sadique, méchant? 

Il ne fait aucun doute que cette interrogation est bien dans le sujet, même si elle n’est pas encore vraiment argumentée. Peut-être nous est-il arrivé d’éprouver cette satisfaction malsaine aux malheurs des autres. Un philosophe comme le Marquis de Sade l’a même théorisé sauf que lui l’a défini plutôt comme plaisir, comme tendance dictée, si on le suit (mais bon! Suivre le marquis de Sade n’est pas une super idée, à tous les points de vue)  par la nature. 




Sans aller jusqu’à adhérer aux thèses de ce philosophe extrême (qui nous parle de jouissance aux souffrances que l’on impose aux autres: les pulsions « sadiques »), nous pouvons difficilement nier l’évidence d’un comportement indifférent. De fait, il nous est impossible de porter assistance aux personnes qui sont les plus démunies et quiconque marchant dans une rue a déjà été sollicité pour aider, donner un peu d‘argent et, pour peu que cela se produise trop souvent, a été obligé de refuser. C’est même pire que cela: le fait de vivre dans une économie mondialisée induit que l’on ne peut acheter «  ici » sans créer « là »  de l’inégalité. A moins de n’acheter que des produits étiquetés par la mention « commerce équitable » dans certaines boutiques spécialisées (et plus chères), nous vivons avec la conscience de créer par nos achats l’injustice dans le monde, une injustice dont d’autres personnes feront les frais au sens propre. Vivre, notamment pour les habitants de l’occident, c’est nécessairement participer à une chaine des malheurs et comme l’a dit le premier ministre Michel Rocard « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Cette conscience d’être l’un des maillons de ce que l’on pourrait appeler « la chaîne de la souffrance » nous empêche-t-elle ou nous interdit-t-elle d’être heureux.se? 

Probablement avons nous envie de répondre « non », parce que de fait, l’emprise  mondialisée d’une économie capitaliste fondée sur la libre initiative de l’individu aux dépens des autres nous semble si forte que si nous répondions « oui » nous renoncerions au bonheur.  Et pourtant nous mesurons bien l’impossibilité d’être heureux avec une conscience empreinte de culpabilité. Nous pouvons même aller un peu plus loin: quiconque a déjà connu des joies d’équipe ou de groupe  ou de public a déjà perçu une augmentation de sa joie proportionnelle à sa capacité à être partagée, comme si le bonheur supposait que l’on sorte précisément des limites de son ego. Il n’est pas besoin d’ailleurs d’aller jusque là: quand une personne inconnue nous demande un renseignement dans la rue, nous nous sentons (espérons-le!) obligé.e de répondre à sa demande et nous faisons notre possible pour le faire. Les motivations du bénévolat ou de notre participation à des mouvements de solidarité semblent pointer vers le « non ».

Nous ne sommes pas encore entrés dans la dimension philosophique du sujet, mais dans ce tout début de réflexion, quelque chose de la difficulté du problème a percé et plusieurs termes sont apparus: égoïsme, individualisme, solidarité, justice, économie, politique, etc.. Nous ne sommes pas très loin de la question éthique, de la question de l’ethos, de l’attitude. Peut-on se satisfaire de soi dans l’indifférence totale à autrui? Le bonheur est-il conditionné par notre niveau de confort, de jouissance de tel ou tel bien? 




dimanche 26 juillet 2026

Du rapport entre Olivier Hamant, Georges Perec et Sophocle


Il existe déjà dans ce blog un article consacré au travail de Olivier Hamant sur la robustesse. Cet entretien avec Olivier Berruyer dans sa chaîne Elucid m'est apparu encore plus clair et plus alarmant. C'est une "voix" que je ne peux pas m'empêcher de rapprocher de la réflexion sur l'infraordinaire menée par Georges Perec. De prime abord, aucun rapport pourtant, mais Oliver Hamant fait référence à un tout petit détail de la vie quotidienne dont seul.e.s des cinquantenaires ou sexagénaires peuvent se souvenir: ce pare brise encombré d'insectes qui enfant me terrifiait un peu. 

Il se trouve que nous faisions assez souvent plus de 1000 km en voiture et que le pare brise de la voiture dont je n'étais évidemment que passager était constellé de cadavres d'insectes que l'essuie glace écartait avec une indifférence sidérante. Lorsque Georges Perec nous conseille de ne pas lire les journaux et de ne pas regarder les prétendues actualités en nous concentrant plutôt sur ce dont les détails de notre vie quotidienne sont porteurs, il a profondément raison (réalisons tout ce qui se cache derrière un pare brise nickel!) 



Il y a bien d'autres informations dans cet échange extrêmement riche. Lorsque la pertinence scientifique s'accompagne d'une sagesse philosophique et tout simplement d'un souci éthique, on ne perd pas son temps. Je me permets de republier un article avec la video d'Elucid  parce que les catastrophes écologiques actuelles et la façon dont elles sont restituées dans plusieurs médias sont hallucinantes de bêtise et d'aveuglement néo-libéral (comme si la vraie question posée par la canicule était la climatisation ou les incendies de forêt notre système pénal). 

Olivier Hamant me semble vraiment "juste" lorsqu'il évoque la question de la culture (c'est-à-dire le fait que c'est un changement culturel qui seul peut nous permettre de ne pas disparaître, du moins de tenir un peu plus longtemps) . Parfois la tentation de critiquer des positions absurdes et profondément incohérentes est trop forte pour moi et c'est ce qui explique les références à Luc Ferry,  à Laurent Alexandre, à Olivier Babeau, à cette fantastique brochette de c…Mais je suis convaincu que l'on gagne beaucoup plus à regarder cette vidéo là plutôt que celles de l'article précédent, à l'exception des idées larges avec Anne Alombert. Les ancien.ne.s élèves qui consultent encore ce blog (un grand merci  à elles et à eux) savent à quel point la référence au Deinos de Sophocle dans le premier Stasimon d'Antigone revient chaque année. C'est le privilège des petit.e.s enseignant.e.s de terminale de pouvoir revenir ainsi sans cesse sur des "moments", des auteurs, des pièces qui leur semblent au sens propre incontournables. Chaque année j'essaie de dire différemment ce qui me trouble dans le deinos, dans son insondable richesse et "heureusement" sans y parvenir. 

Ce que l'éducation nationale publique nous donne, à nous enseignant.e.s est inestimable: cette incroyable chance de pouvoir renouveler notre écoute, de formuler moins mal (espérons-le!) notre lecture de tel ou tel texte ancien, année après année.  Or même si je ne sais pas encore comment ni à quel moment j'introduirai à nouveau cette référence au Deinos à mes futur.e.s élèves, je crois vraiment que la teneur de cette profondeur de champ que le rappel à ce texte ancien nous permet d'acquérir sera un peu plus "pressante" que d'habitude. Quand je fais cours, il y a des liens que je fais et d'autres que je n'ai pas le temps (ou le coeur)  de faire. L'humanité décrit une condition qui ne cesse de se rendre la tâche d'être quasiment  impossible à tenir. Mais cela ne justifie pas, contrairement à ce que l'on pourrait penser la préparation à l'apocalypse à venir (de toute façon l'apocalypse, nous la vivons déjà, à bien des titres), c'est plutôt une feuille de route et il ne fait aucun doute que la robustesse d'Oliver Hamant et l'infraordinaire de Georges Perec figurent dans cette feuille de route. L'humanité tient dans l'apprentissage de ce "quasiment" de ce presque rien, de cet ethos, de cette humilité, de cette puissance qui est la notre de ne jamais céder au pouvoir.



jeudi 23 juillet 2026

De l'IA et des ravages de la canicule

        Laurent Alexandre et Olivier Babeau ont écrit un "livre" qui s'intitule "ne faites plus d'études". Luc Ferry…..Euh…... Ben c'est Luc Ferry, l'illustration des ravages de la canicule, de l'arrogance contractée en période de surexposition médiatique, de l'insondable bêtise du "sachant" (il a récemment touché le fond en minorant les effets du réchauffement climatique par rapport à la chaleur des fours des chambres à gaz nazies. C'est vraiment troublant lorsque on songe à l'avertissement qui se fait entendre sur les ondes en période de canicule: si quelqu'un tient des propos incohérents, appelez le 15…autant demander au SAMU d'assurer une permanence sur les plateaux de LCI, BFMTV, C-NEWS)  Nous disposons  donc dans cette vidéo de tout ce que l'on peut considérer de pire en termes de réflexion (et l'on peut dire ça littéralement, puisque de fait la conclusion de cette "prise de parole" consiste à nous conseiller d'arrêter de faire des études, de penser, de faire de la philosophie et de la création). 

(Encore une petite parenthèse…Je sais bien qu'il ne faut pas s'acharner mais bon….Je voudrai aussi rappeler que Luc Ferry confond les pays baltes et les Balkans.. C'est plutôt ballot quand vous êtes interrogé sur des questions géo-politiques.)

            Bref jamais l'expression " belle brochette de c….." n' a mieux porté son nom. Les fers de lance du transhumanisme français sont ici, tels qu'en eux-mêmes. Il ne manque plus que les analyses du multivers de Michel Onfray et le tableau sera complet (tu es sûr que tu ne veux pas une mangue Michel? cf article dans ce blog). J'ai longtemps pensé qu'une boussole qui indiquerait systématiquement la mauvaise direction pouvait être aussi utile que celle qui est en bon état de marche mais j'avoue que là…Non! De fait les développements de Luc Julia, d'Olivier Rey et surtout d'Anne Alombert me semblent d'autant plus précieux qu'on ne les entendra jamais sur les plateaux susnommés.


mercredi 8 juillet 2026

Baccalauréat second groupe (rattrapage) - D'un prétendu droit de mentir par humanité d'Emmanuel Kant. Explication résumée

 


1 - Le contexte et un aperçu de la morale de Kant

En 1797, Le philosophe et écrivain  français Benjamin Constant défend l’idée selon laquelle des principes absolument justes et moraux peuvent se révéler inapplicables selon les circonstances. Et il cite Emmanuel Kant qui avait pris dans son livre « fondements de la métaphysique des moeurs » l’exemple des assassins qui veulent tuer un ami et qui vous demandent s’il s’est réfugié chez vous. » Kant déjà défendait dans ce livre la réponse positive. Il faut toujours et partout dire la vérité parce que c’est un devoir moral qui ne peut pas accepter des exceptions (parce qu’alors un principe se soumet à des circonstances précises et ce n’est plus un devoir MORAL).  Benjamin Constant essaie de contredire rationnellement Emmanuel Kant et c’est précisément pour détruire le raisonnement de Benjamin Constant que Kant écrit cet opuscule. 

Kant est né en 1724 à Koenigsberg et mort en 1804 dans cette même ville qu’il n’a jamais quitté. Il a catégorisé toute son oeuvre au fil de 4 questions:

  1. que puis je connaître?
  2. Que dois je faire?
  3. Que m’est-il permis d’espérer?
  4. Qu’est ce que l’homme?

Ici cet opuscule se range évidemment dans la catégorie 2. Ce que l’on peut reconnaître à Kant c’est notamment d’avoir vraiment théorisé ce qu’est la morale quitte à en donner une conception trop rigoureuse pour être suivie dans les faits. C’est justement ce rapport aux faits, à la vie réelle qui donne à sa théorie à la fois sa force et sa faiblesse, car il considère qu’il est impossible d’être conséquentialiste dans la morale. Qu’est ce que ça veut dire « conséquentialiste »?  C’est une attitude qui considère que l’on peut juger de la moralité d’une action en fonction de ses résultats, de ses conséquences. Par exemple, on peut mentir (ce qui EN SOI, est mal) quand les circonstances l’exigent (ça c’est justement ce que Benjamin Constant défend, comme finalement la plupart d’entre nous) parce que ça aboutira à un résultat qui sera juste: mon ami ne sera pas tué.

Cela va complètement à l’encontre de ce que dit Kant parce qu’une action  ne peut être considérée comme morale que si son intention est bonne. C’est ce que nous appelons une bonne volonté et tout le travail moral de Kant consiste à définir ce qu’est une bonne volonté, une volonté pure qui n’agit jamais selon son intérêt propre.  Il faut connaître un peu la totalité de la philosophie morale de Kant pour saisir ce qui peut justifier ce qu’il soutient, à savoir qu’il faut toujours dire la vérité, quelles que soient les circonstances. 

Une action est donc morale quand la maxime de sa volonté est pure, c’est-à-dire quand la motivation ce celle ou de celui qui l’entreprend est dépourvue de ce qu’il appelle des motifs pathologiques, c’est-à-dire sensibles. Il faut VOULOIR et finalement on pourrait dire qu’il faut se vouloir soi-même comme volonté pure et non comme un désir, une pulsion, une passion parce qu’alors nécessairement l’action sera faite pour vous, pour votre intérêt sensible, pathologique. Par pathologique ce qu’il faut entendre en fait c’est la racine grecque « pathein », subir, être passif. Le propre de l’être humain est d’avoir une raison et avoir une raison c’est être actif. Dés qu’on laisse entrer en jeu des motivations sensibles, sensitives, pulsionnelles, vous êtes du côté du corps, de l’inclination, vous êtes inclinés vers…., cela veut dire que vous ne vous comportez pas en tant qu’homme raisonnable, vous n’êtes pas libres. La liberté est vraiment la clé de voûte de toute la morale kantienne et nous allons voir que cette liberté implique selon Kant que l’on agisse en tant qu’être humain, c’est-à-dire pour tous les êtres humains comme si une loi régissait en même temps et partout toutes les actions des humains. Il faut se vouloir humain, c’est-à-dire raisonnable (et pas pulsionnel) donc vouloir la loi universelle, donc ne jamais consentir à mentir, ne serait ce qu’une seule fois. Dés qu’on se laisse fléchir par une circonstance, on se laisse incliner vers un motif pathologique et on ne se comporte pas comme un être humain raisonnable DONC on ne ment JAMAIS.

De fait Kant n’a pas tort, quand vous mentez quelque chose en vous se dit bien que c’est mal, mais immédiatement vous vous dites que vous n’avez pas le choix, que c’est comme ça et finalement si l’on y réfléchit on va trouver nécessairement un motif d’ordre affectif, pulsionnel, passionnel, sensible. Vous préférez votre intérêt propre, celui de votre amitié, de votre sensibilité à l’analyse objective, raisonnable, de la situation qui est qu’un mensonge est EN SOI condamnable. 

Pour bien saisir la position kantienne faut comprendre la notion de liberté et le fait que la morale finalement c’est la capacité à imposer à ce qui est CE QUI DOIT ËTRE.  Ce qui en vous se soumet à la situation c‘est la sensibilité, ce qui fait apparaître un monde raisonnable HUMAIN, c’est la raison et la raison c’est ce qui est totalement détaché de VOTRE sensibilité donc une décision qui engage l’HUMANITE. Or aucune loi ne peut se concevoir en autorisant le mensonge, ce serait comme condamner l’idée même de parole et donner son accord à un monde humain dans lequel quiconque me parle me ment.

  Kant distingue dans sa philosophie de la connaissance le moi empirique sensible que l’on éprouve physiquement et qui peut être affecté par les circonstances d’un moi transcendantal dont on ne peut pas faire l’expérience sensible mais qui en même temps est nécessairement  efficient. Si je vois cette table et si je me la représente comme une table c’est que quelque chose en moi fait la synthèse de toutes les représentations, de tous les angles, de toutes les sensations multiples et diverses de la table. Donc il y a bien en moi un moi non sensible que l’on pourrait dire intelligible (c’est finalement le sujet du « je pense donc je suis » de Descartes). On pourrait dire que c’est le moi grâce auquel je fais l’expérience des choses en tant que choses unifiées mais je ne fais pas l’expérience sensible de ce moi lui-même. Il est raisonnable, c’est-à-dire pas sensible, donc intelligible.

D’un point de vue moral c’est le moi transcendantal qui comprend le principe de toute loi et qui l’observe sans avoir aucune résistance sensible. On sait bien qu’obéir à une loi nous coûte physiquement pulsionnellement mais si on le fait quand même c’est qu’on sait que notre moi transcendantal est plus moral que notre moi empirique. Donc il faut toujours faire primer le sujet transcendantal sur le moi empirique. Ici c’est exactement ça en tant que moi empirique je mens, en tant que moi transcendantal je ne mens jamais et pas même en cette circonstance.  Il y a quelque chose de ce moi transcendantal qui n’est pas dans le temps ni l’espace, et qui donc ne doit jamais se soumettre à une situation particulière.



(juste un petit mot sur la légende de cette vignette qui est complètement à côté de la plaque comme le développera notre conclusion, ce n'est pas du tout l'éthique selon Kant mais LA MORALE. Cette légende ne prend pas en compte le fait qu'en philosophie l'éthique et la morale sont deux notions différentes (et, en un sens opposées, comme le décrira la conclusion, donc il ne faut pas en tenir compte)

2 - Le texte

L’argument de Benjamin Constant est que les assassins en tant qu’assassins ne sont pas dignes  que l’on ait à leur égard un devoir de vérité. Ils se placent en dehors du droit en voulant tuer, donc on ne leur doit rien, pas même la vérité.

Emmanuel Kant détruit ce raisonnement et il va le faire par quatre arguments:

  1. L’argument de la vérité objective (pas de droit à la vérité)

C’est assez simple: la vérité est universelle et objective. Si vous faites dépendre la vérité de la nature morale de la personne à laquelle vous la révélez, ce n’est plus de vérité dont vous parlez. Si j’ai bien la volonté de dire la vérité, le rapport se situe entre moi et ce que je dis, c’est tout et c’est même cette exclusivité du rapport entre mon discours et moi que se situe la vérité.   On peut aussi parler de vérité subjective et affirmer que chaque être humain a le droit de connaître la vérité sur soi, mais ce n’est pas du tout de cette vérité dont ile st question ici. 

Ici on parle de vérité objective, apodictique. Et de ce point de vue l’idée d’un droit à la vérité ne tient pas. On n’imagine pas un professeur de mathématiques qui ferait parmi ses élèves le tri moral pour dire que telle élève a le droit au bon résultat et telle autre non. Si l’on apple de vérité stricte, objective, universelle, scientifique, la notion de droit est parfaitement inopérante. De fait soit mon ami est chez moi soit il n’y est pas. Je dis la vérité quand il est chez moi et quand je dis qu’il est chez moi. Il y a adéquation entre ce qui est et ce que je dis, c’est la définition première de la vérité: l’adéquation entre la chose ou le fait et l’idée, ou la proposition. C’est une vérité en soi? Une vérité qui dépendrait de la moralité de l’interlocuteur ne serait pas une vérité, une vérité objective.

  1. L’argument de la morale (impératif catégorique) 

Il s’agit probablement du passage crucial que l’on va expliquer en détail (si vous avez la possibilité de choisir, il est vraiment possible de cibler ce passage où se retrouve vraiment le fond de la conception kantienne de la morale. 

( de « La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter jusqu’à …du moins l’humanité en général »)

C’est un devoir « formel » cela veut dire que ce n’est pas une question de contenu, de situation particulière. Il y a quelque chose de pure. Vous ne pouvez pas dire: « normalement il faut dire la vérité mais pas à cette occasion parce que ce ne serait plus formel mais circonstanciel. Vous feriez droit au contenu d’une situation et c’est impossible, pour les raisons déjà indiquées, vous vous comporteriez comme un être passif qui accepte les données sensitives d’une situation. Le contexte n’ a rien à voir avec la pureté morale de l’intention d’un sujet transcendantal, donc vous dites nécessairement, formellement la vérité quelle que soit la situation. « quelque grave inconvénient qu’il puisse en résulter pour lui ou un autre ». Si effectivement vous commenciez à penser aux effets, vous ne seriez pas en train de réfléchir à la moralité de votre action mais à ses conséquences, vous seriez un calculateur et moralement un calculateur est nécessairement en faute. Vous devez aveuglément vouloir vouloir, vous interroger sur la possibilité que l’humanité puisse se faire à partir de la maxime de votre action. Puis je vouloir d’un monde dans lequel tous les humains mentent? Non donc je ne mens pas. C’est la boussole de toute action morale pour Kant, c’est l’impératif catégorique « agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée (construite) comme maxime universelle » C’est cela le fond de la morale kantienne: j’agirai toujours moralement quand je me poserai cette question et que je suivrai l’impératif catégorique kantien, c’est ce qu’il appelle la loi morale, c’est la loi de toutes les lois parce qu’en fait c’est l’esprit de toute loi: être appliquée à tous les hommes en toute occasion en tout lieu.  Et c’est cela qui compose un monde humain. Le terme « en général » est donc décisif. En fait on ne peut pas prendre en compte la notion même de « situation particulière ». Dés que vous faites une exception, vous faites comme si on devait se soumettre à quelque chose et l’être humain ne serait plus libre, plus raisonnable, plus humain. C’est comme si vous posiez un monde humain à chaque volonté à chaque action. Il faut que ce soit une action PURE et pas une PASSION, c’est-à-dire pas une PASSIVITE.  C'est ce qu’il veut dire quand il affirme: « j’en commets une (injustice) en général (et c’est en italique) dans la plus importante partie du devoir  par une semblable altération » (une altération est une exception, un coup porté à une loi, contre elle). « En effet je fais en sorte autant qu’il est en moi  que les déclarations ne trouvent aucune créance (ne soient pas crues) ». Ici il faut comprendre ce que cela veut dire « en général ». Kant réfléchit moralement c’est à dire pour un moi transcendantal, pour un être de raison et pas de sensibilité. Vous ne pouvez pas accepter qu’un homme manque à la loi morale. Si vous mentez rien qu’une fois, c’est comme si vous signiez une sorte de décret qui ferait du mensonge la loi de toutes les juridictions dans tous les pays habités par des humains. Ce n’est pas possible, parler deviendrait mentir et l’humanité disparaîtrait dans tous les sens du terme. Ce serait une injustice faite à l’humanité EN GENERAL. La parenthèse sur les jurisconsultes  est très interessante. Un jurisconsulte c’est un juge dans une juridiction, autrement dit c’est la justice du droit positif telle qu’elle est légalement appliquée. 

Or Kant défend ici l’idée que la morale doit valoir au-delà des lois légales. De fait légalement si vous dites la vérité à des assassins il y a des chances que vous soyez condamné pour complicité. Kant est bien conscient qu’ici la philosophie qu’il défend va au-delà des lois. La LOI MORALE est un concept philosophique qui n’a aucune valeur légale ou juridique. Kant nous dit la morale c’est ça, elle n’est finalement quasiment jamais prise en compte et pourtant si on réfléchit philosophiquement, c’est ça. On comprend bien pourquoi il est aussi difficile de le suivre dans son action, c’est qu’il répond en philosophe, pas en tant qu’être humain sensible et pas en tant que juriste légal. Les juristes ne diraient pas nécessairement que c’est un mensonge mais « assistance à personne en danger », ce qui est vrai dans la situation mais m’incite à commettre une faute du point de vue de la morale PURE. 




  1. L’argument des circonstances (hasard)

Page 1: le mensonge dont il est ici question peut d’ailleurs….

Ici c’est une troisième argumentation que Kant tente ce n’est pas la meilleure (la meilleure c’est la précédente). Il prend lui aussi un cas de figure particulier. Supposons que vous mentiez aux assassins et que pendant ce temps, votre ami caché dans votre maison sorte par une fenêtre. Comme vous avez menti, les assassins sont partis de chez vous et ils tombent alors sur votre ami et ils le tuent. Dans cette situation là, vous êtes vraiment et pleinement responsable de ce meurtre, parce que non seulement vous vous êtes écarté de la loi morale, mais il se trouve que ce manquement a en plus créé les conditions du meurtre. 

Résumons: si vous mentez de deux choses l’une :

 -  Soit cela aide votre ami, mais vous avez quand même commis une faute morale et ce n’est pas ce qu’il faut faire. Ici on peut reprocher à Kant que si vous dites la vérité  les assassins vous tuer votre ami, mais en fait Kant ne précise pas ce qu’il va faire quand les assassins vont tuer votre ami devant vous. Si on applique l’impératif catégorique: puis je consentir sans agir au meurtre d’une personne devant moi en tout lieu en tout temps, pour tout homme? La réponse est plutôt non, donc en fait il n’est pas du tout exclu que Kant agirait (peut-être en pure perte, il serait tué aussi, mais il aura agi conformément à la morale). IL FAUT VRAIMENT PENSER A ÇA. 

  • Soit cela n’aide pas votre ami, et là vous avez vraiment perdu sur tous les tableaux, non seulement vous avez commis une faute mais vous avez aussi créé la situation qui va le tuer. Si vous avez dit la vérité et s’il est tué, vous n’avez commis aucune faute morale. Il ne faut pas se situer dans la dimension ‘une causalité contextuelle, sensible. Vous n’êtes cause de rien parce que là nous sommes dans la moralité, c’est-à-dire dans la dimension du moi transcendantal qui n’est plus vraiment dans notre temps ni notre conception de l’espace, c’est quelque chose de pur, de gratuit, qui ne se détermine lui-même que comme une bonne volonté, une intention « pure ». 

Il y a ce que vous devez faire et en l’occurrence ici, c’est ne pas mentir. Après si vous mentez, vous vous situez au niveau des circonstances et vous n’êtes plus du tout un sujet moral. Les choses peuvent tourner à l’avantage de votre ami ou pas. S’il s’avère que votre ami est tué, vous avez vraiment toutes les raisons de vous en vouloir 1) parce que vous n’avez pas respecté l’impératif catégorique 2) parce qu’en plus il est mort et c’est totalement votre faute dans les deux dimensions celle du devoir moral et celle de la réalité sensible.

  1. L’argument politique (la notion de principe intermédiaire)

C’est le passage le plus difficile du texte: « Pour aller d’une métaphysique du droit….mais bien la politique sur le droit »

Benjamin Constant défend l’idée selon laquelle il faut parfois un principe intermédiaire grâce auquel un principe moralement pur pourra être appliqué concrètement en étant un peu modifié. C’est le fond de son argumentation, en fait. Cela veut dire qu’il faut mettre un peu d‘eau dans son vin, comme on dit. Ce passage est difficile mais on comprend tout à la lumière de l’exemple que prend Benjamin Constant. 

Il prend l’exemple de l’égalité des citoyens dans la question du gouvernement d’un état. Aucun homme ne peut être soumis à d’autres lois que celles auxquelles il a participé, c’est un peu ce que l’on appelle la démocratie. Les citoyens sont égaux parce qu’ils ont aussi participé aux lois qui sont imposées à la population.  C’est purement vrai et juste. Mais dans les faits cela peut marcher  dans les petites communautés, pas dans les grandes (trop de population, plus de problèmes). Donc on a inventé comme principe intermédiaire pour être appliqué concrètement la notion de représentation. En France ce sont les députés que l’on élit aux législatives. Le citoyen ne participe donc pas directement aux lois mais indirectement parce qu’il désigne par le votre celle ou celui qui le représente. C’est exactement sous ce régime que nous vivons actuellement c’est ce que nous appelons la démocratie représentative. 

Benjamin Constant insiste sur le fait qu’il ne faut jamais complètement abandonner le principe pur, en l’occurrence ici l’égalité. Kant ici se moque un peu de lui: « l’excellent homme »: oui il a raison mais c’est contradictoire parce que c’est justement ce qu’il faut faire pour le mensonge: ne jamais abandonner le principe pur (donc il est en contradiction avec lui-même)

Kant va détruire méthodiquement cet argument en montrant que Constant confond finalement la politique et la morale. Dans la morale, il faut que l’on soit pur, dans la politique on peut accepter son principe intermédiaire mais de façon plus rigoureuse. Kant reprend donc l’exemple de Constant mais en y appliquant sa réflexion, sa méthode. 

Si l’on veut rendre applicable en fait ce qui est juste en doit il faut 

  1. un axiome: « dans l’exemple de Constant, c’est l’accord de la liberté de tous avec la loi  qui leur sera appliquée, autrement dit c’est la liberté de tout citoyen
  2. Un postulat, ce dont il faut postuler la justesse  pour que l’axiome soit appliqué, cii c’est l’égalité.
  3. Un problème: ici c’est le nombre important de la population et donc la nécessité de passer par la représentation. C’est concret et ça peut marcher mais nous sommes ici dans la politique et pas dans la morale.

On voit bien que ça ne marche pas du tout pour le mensonge, cela donnerait le résultat suivant:

  1. l’axiome: il faut toujours dire la vérité
  2. Le postulat selon lequel il y en a qui le droit de l'avoir et pas d’autre: le postulat ce serait le droit à la vérité (mais ça n’a aucun sens)
  3. Le problème: on ment. On voit bien que ça ne va pas parce que c’est le contraire de l’axiome.

Lorsque Kant dit: « tirée de la connaissance expérimentale des hommes », on voit bien qu’il ne se situe pas dans la dimension de la morale mais de la politique. On peut effectivement réfléchir à la possibilité d’appliquer dans le monde physique et réel les principes de la morale mais alors c’est à la politique de se soumettre à la morale et pas le contraire (on voit bien ici à quel point Kant est opposé à Machiavel, c’est le contraire totale de ce que dit le penseur politique italien).

Ici on peut utiliser la distinction entre les vérités apodictiques: 2+2 = 4 et les vérités assertoriques: il fait beau aujourd’hui, la Bastille a été prise le 14 juillet 1789. Les vérités apodictiques sont théoriques, absolument incontestables, nécessaires et pas contingentes, pas hasardeuses. Les vérités assertoriques sont au contraire contingentes: il aurait pu ne pas faire beau, il aurait été possible que le 14 juillet, les parisiens  ne prennent pas la bastille.  La morale nous placent dans la dimension de la vérité apodictique alors que la politique se situe dans les vérités assertoriques. 

Il ne peut absolument pas exister de principe intermédiaire en morale. Il n’y a que l’impératif catégorique qui, comme son nom l’indique est inconditionnel, posé, indiscutable, CATEGORIQUE. Tout ceci revient une fois de plus à l’idée qu’une action morale est commise par pure bonne intention par ce qui en nous est  le moi ou le sujet transcendantal, ou encore un sujet de raison libre qui veut ici et maintenant un monde humain géré par la loi morale. Quel que soit le problème auquel je suis confronté, je dois agir librement en étant soumis à rien ni personne. Il ‘est pas question d’obéir à ces assassins. De fait je ne leur dois rien à EUX, mais j’ai un monde humain à vouloir une juridiction UNIVERSELLE à définir et de ce point de vue je ne peux pas vouloir d’un monde  humain mensonger menteur. C’est impossible, donc je ne mens JAMAIS pas spécialement  à cause des ces humains là, qui effectivement sont en faute  et des assassins mais au regard de l’humanité en général. On comprend tout à la position Kantienne quand on fait le lien entre la morale et l’universel. Une morale ne peut être qu’UNIVERSELLE. Il n’y a pas de morale personnelle, ni de morale conséquentialiste ni de morale sensible (moral et sensible sont deux termes dont les sens sont inconciliables: toute morale est raisonnable, elle nous pose en tant qu’être de raison, que moi transcendantal). Il y a LA morale et c’est la stricte application de l’impératif catégorique en TOUTE situation. Un principe intermédiaire ici n’a pas sa place. 

Conclusion

On peut ici insister sur le terme « humain ». Parfois on dit qu’être humain, c’est faire preuve de compréhension, de souplesse, de sensibilité et d’affect. Quand on demande à quelqu’un d’être un peu humain, cela signifie qu’on attend de lui qu’il laisse tomber ses principes et fasse droit à une situation particulière. On saisit ce que Kant entend par « humain » quand on se place totalement à l’opposé de ça. Etre humain c’est vouloir être humain. Or un être humain c’est justement un être qui n’est pas seulement physique, affectif, sensible, pulsionnel mais raisonnable. Or en tant qu’être raisonnable il ne se laisse pas fléchir par la sensibilité par l’inclination; IL VEUT et il veut que la volonté triomphe de la sensibilité,  de la pulsion, de l’intérêt personnel. La liberté c’est sans cesse vouloir un monde humain dans lequel aucun humain ne se laisse aller et fléchir par un cas particulier, c’est vouloir que la volonté soit, ce qui impose que l’on agisse, que l’on ne soit pas passif donc que l’on agisse par respect de la volonté pure sans motif pathologique.  Dans ce que j’ai à faire ici dans cette circonstance, qu’est ce qui peut faire surgir un monde humain dans lequel tous les humains seraient humains, raisonnables? Un monde où, quoi que je fasse, je fais ce que tous les humains pourraient faire en tant qu’êtres raisonnables. 

Or je ne peux pas vouloir que le mensonge soit une loi qui vaille entre les humains tout simplement parce que toute interaction, toute entente, toute confiance, tout pacte, tout contrat serait impossible. Quand on vous parlerait, vous vous diriez: « il me parle donc il me ment ». Personne ne peut vouloir un monde comme ça parce qu’il ne serait pas humain. Donc on ne ment JAMAIS. Tout est cohérent chez Kant. Il a raison en ce sens que c’est ça la morale. 

Toutefois on peut lui opposer que l’on n’ y croit pas, que l’on ne croit pas applicable une telle morale. Il nous donnerait raison. Il a lui même dit « qu’il était possible qu’aucune action morale n’ait jamais été accomplie dans ce monde. »  Charles Péguy a dit: « la morale de Kant est pure mais c’est une morale qui n’a pas de mains », que l’on ne peut pas suivre dans la vie concrète, matérielle, physique. 

Mais alors ce serait quoi une morale avec des mains? Ce serait l’éthique, c’est-à-dire l’inverse de la morale, une attitude qui vise à bien agir mais en acceptant la situation telle qu’elle est donnée, une éthique c’est ce que l’on retrouve chez les penseurs de l’antiquité comme les stoïciens.  Cela revient à réfuter totalement l’idée qu’il existerait un « devoir » moral. L’être humain c’est justement cet être qui doit sans cesse composer avec ce qui lui arrive et faire droit à ce qui lui arrive. Dans les comités d’éthique au sein de certains hôpitaux, c’est ça qu’il faut faire. Il y a un cas particulier, par exemple un témoin de Jéhovah (dans cette croyance on refuse la transfusion) qui arrive inconscient en urgence. Or on apprend que sa confession refuse la transfusion mais sans cela il va décéder. Il y a un cas de conscience pour le personnel médical et il faut bien gérer la situation. On réunit des comités d’éthique dans les hôpitaux pour prendre une décision rapide pour un cas qui pose problème d’un point de vue éthique. Comment un médecin une infirmière va-t-elle pouvoir se regarder en face par rapport à cette situation? C’est juste une décision collégiale dans cet hôpital là, à ce moment là. C’est ça l’éthique et c’est ce qui va se produire à cette occasion là. Ici on peut dire que Kant ne nous aide pas beaucoup. Pour le cas que nous avons évoqué, il est probable que le témoin de Jéhovah une fois réveillé ne sera pas content. Il pourra même porté plainte. Mais il faut bien prendre une décision. Il est également possible d’invoquer ici l’opposition entre l’impératif catégorique de Kant et l’éternel retour pour Nietzsche. Ces deux critères sont absolument contradictoires. Nietzsche va au bout de cette idée qu’il n’y a que cette vie à vivre (alors que Kant finalement évoque un moi transcendantal qui est imperceptible) mais que chaque instant de cette vie est infini. Toute décision nous engage éthiquement à l’infini, c’est la thèse de Nietzsche. Pour Kant . Le critère de la morale , c’est l’universalité d’un monde « humain ».