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lundi 28 septembre 2020

Terminale 2 - Travail en temps limité 1

 

 Questions:

1) Pourquoi peut-on dire que la démarche de Descartes aboutissant à cette affirmation selon laquelle « il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition: Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. » est « une seconde naissance » ? Expliquez (la démarche elle-même et votre réponse à la question)
2) Quelles sont les trois phases méthodologiques d’une introduction de dissertation?
3) Rédigez une introduction pour le sujet suivant: « Puis-je vivre sans me raconter d’histoires? »
 

 Réponses:

1) Le doute sceptique s'attaque à tout, "mord" sur toutes les modalités de témoignage, de perception, d'information à tel point qu'aucune proposition ne semble pouvoir être pensée, affirmée sans qu'une remise en cause éventuelle ne puisse pointer le bout de son nez. N'existerait-il pas pourtant quelque chose que l'on pourrait dire, penser, avec la certitude avérée qu'elle est indubitable? Dans sa descente "infernale", Descartes a jeté un voile de suspicion sur les sensations, les représentations, les raisonnements, allant jusqu'à envisager que dieu soit trompeur. Le corps, l'espace, le mouvement: toutes ces données sur la base desquels nous construisons notre vision de monde, des autres et de soi-même sont, pour le moins suspendues. Mais "moi", se demande Descartes, se pourrait-il que je ne sois pas? Je pense que je suis un corps, mais je peux être en train de rêver que j'ai un corps ou ce malin génie peut m'en avoir persuadé pour me tromper, puisque rien ne prouve qu'il ne serait pas trompeur. Mais ne s'ensuit-il pas néanmoins que je suis bien quelque chose, ne serait-ce que parce que je "pense" avoir un corps et que, corps ou pas, pour le penser il faut bien que quelque chose s'active en moi, par moi? Descartes réalise petit à petit qu'il existe bien une sorte de "zone protégée" de toute tentative de désinformation, c'est celle au sein de laquelle, trompé ou pas, corps ou pas, il faut bien que "penser se fasse". Il se peut que je ne sois rien mais même dans  cette pensée nihiliste, penser s'effectue, par quoi il apparaît bien que je suis au moins cela: une chose qui pense et aucun dieu trompeur, aucune matrice ne pourra y changer quelque chose. La pensée: "je n'existe pas" est absolument impossible, parce qu'elle se contredit dans les termes mêmes. Il faut bien que je sois quelque chose pour penser que je ne suis rien. En quoi s'agit-il d'une seconde naissance? Une pensée, par son propre mouvement, découvre qu'elle consiste dans cette effectuation de soi par soi grâce à laquelle une conscience se définit comme nécessairement existante. Je pense et puis je pense que je pense par quoi je découvre que nécessairement je suis. Je suis à moi-même la preuve et le principe. Je détiens cet incroyable pouvoir de me faire exister en tant que substance pensante parce que j'active en ce moment la seule faculté dont personne, aucune puissance aussi souveraine soit-elle, ne peut contester l'existence. Ce qui est factuel, irrévocable, indubitable, dans toute pensée en acte, c'est qu'elle est, même si on ne sait pas bien en tant que quoi elle est. Notre naissance physique dépend de nos parents mais notre naissance métaphysique elle dépend exclusivement de nous en tant qiue nous sommes un  "je pense".

2) Toute introduction de dissertation doit:

a) Partir d'une observation simple qui se situe au niveau du sens commun et va rapidement amener le problème. Il importe que cette observation illustre la capacité de l'opinion à trancher rapidement un paradoxe sans se rendre compte qu'il en est un. Par exemple, nous parlons de notre vie, comme s'il allait de soi que ma vie m'appartient, que j'en suis propriétaire alors même que de nombreux épisodes de nos vies ne sont aucunement de notre fait.

b) Déclencher un processus de problématisation qui doit philosophiquement jeter le trouble sur cette résolution suspecte de la pensée commune, en pointant tout ce qui, en réalité, est paradoxal dans cette situation. On peut ici utiliser une ou deux interrogations mais il faut aussi très précisément exposer les deux thèses qui vont se contredire sans trop les développer, puisque on le fera plus tard, mais plus nous parviendrons à être précis dans cette opposition, plus nous gagnerons des points. Le but ici est de formuler le plus clairement possible un embarras, de mettre en échec le principe de non contradiction. Nous avons l'habitude de penser qu'il est impossible que deux propositions contraires disent toutes les deux la vérité. ici, nous devons nous situer dans cette extrême ambiguïté où c'est pourtant bien le cas.

c) Formuler très clairement ce paradoxe, en n'hésitant pas à utiliser des notions philosophiques, en ciblant le plus possible la contradiction que le sujet ne faisait qu'effleurer. Ici on peut décrire plusieurs questions à la suite, chacune étant plus précise que l'autre jusqu'à parvenir à une formulation claire de ce qui, par sa nature même est ambigu.

3) Nous faisons toutes et tous l'expérience de ce monologue intérieur qui accompagne les expériences que nous vivons consciemment. Quoi que nous vivions, nous nous témoignons à nous-même que nous le vivons, si nous en sommes conscients, en le transformant en récit, si bien que nous sommes en même temps le personnage principal et l'écrivain d'une histoire que l'on pourrait appeler "notre vie". Mais quelle est exactement la nature de ce récit? Décrit-il exactement la réalité des expériences consciemment vécues? Cette distance du monologue et du témoignage est nécessairement un gage d'authenticité puisque elle nous permet de réfléchir, de nous savoir vivant, de nous maîtriser lorsque les pulsions nous inciteraient plutôt à réagir aveuglément.  Et pourtant elle établit un décalage, ne serait-ce que parce qu'en moi l'écrivain et le personnage ne peuvent absolument pas se synchroniser: ce que je me vois vivre est nécessairement déjà vécu, et je ne suis jamais exactement en train de vivre ou d'éprouver ce que je me vois vivre ou éprouver. Suis-je ce que j'ai conscience d'être? Ne serais-je pas précisément autre que ce personnage bien policé que ma conscience me décrit? Ne serait-ce pas précisément ma conscience qui me raconte des histoires, en me faisant croire que je suis maître de moi-même comme un écrivain semble l'être de son récit alors qu'en réalité, ma vraie vie se déroule "sans histoire racontable", dans l'opacité d'une inconscience brute et ineffable? Il n'est pas certain que cette existence serait vraiment "humaine", du moins pas au sens que l'on donne habituellement à ce terme. N'est-ce pas le propre de l'homme que d'interposer entre lui-même et cette vie pure que l'on pourrait qualifier de "matière première et brute" la mise à distance du récit, de la fable, de la fiction?



Rédiger l'introduction - Tle 1/2/3

 

            "Ne commencez surtout pas à rédiger si vous n'êtes pas sûr d'être sur la bonne voie", mais que signifie "être sur la bonne voie?" Avoir compris là où veut en venir l'auteur du sujet. C'est pour cela qu'il vaut mieux rédiger votre introduction au brouillon. Mais on peut aussi insister en amont sur l'état d'esprit dans lequel il faut se lancer dans la rédaction d'une introduction et cette disposition préalable est celle de la plus grande clarté possible. Il faut vous concerter, vous sonder et vous interroger sur votre intention. Partez-vous avec l'arrière pensée de faire illusion sur votre compréhension du problème parce qu'en réalité, vous êtes sûr de n'avoir pas du tout réalisé en quoi un tel sujet cachait un problème philosophique insoluble? Il est CERTAIN que votre correcteur détectera très, très rapidement cette intention. Donc tant que vous en êtes là, il est inutile de commencer à rédiger quoi que ce soit. Autant on accueillera avec plus que de la bienveillance l'élève qui se sent dépassé(e) par le problème mais qui fera tout son possible pour rendre compte de son embarras dans une formulation claire, autant la correction sera dure pour quiconque essaie de "donner le change", de brouiller les cartes et d'envoyer une impression de maîtrise sur un sujet qui lui échappe complètement. En fait, formuler l'embarras posé par la question, c'est tout ce qu'on vous demande.  C'est donc bien plus que de la bienveillance que le correcteur manifestera pour l'élève qui se confrontera honnêtement à un sujet littéralement infaisable (au sens d'insoluble).

        Un cours de philosophie peut et même doit se dérouler dans un climat de confiance réciproque au fil duquel l'enseignant est ouvert à toutes les formulations, à toutes les questions concernant une question, mais le climat d'une copie est différent, beaucoup plus "sec", en l'occurrence. Une exigence de rigueur doit présider à l'enchaînement de toutes vos phrases. Rien ne peut être écrit "gratuitement"comme une affirmation qui se passerait de preuve ou de rapport avec ce qui se précède. 

        Mais précisément rien ne précède la première phrase d'une introduction. Il faut donc s'en tenir à ce qu'on appelle "le sens commun".Cette appellation est très difficile à situer, car nous avons sûrement tendance à penser que tout le monde tient des propos assez communs excepté nous, évidemment. Le sujet ne peut pas être trop compliqué dans sa formulation (dans son interrogation et son approfondissement il va se révéler vraiment problématique évidemment). Par conséquent il faut se situer à ce même degré de simplicité voire d'innocence (feinte) que la personne qui donne ce sujet.

- "Suis-je l'auteur de ma vie, en fait?"

- Ben oui, puisque c'est "ma" vie!

            Voilà, nous tenons un début possible: chacune et chacun de nous considère sa vie comme lui appartenant en propre. C'est bien ce que suggère le pronom possessif. (en deux lignes, nous venons de poser l'amorce du sujet: c'est indiscutable, mais ça ne va pas bien loin: on fait tous ça: on parle de sa vie comme si c'était la notre).  Mais possessif de quoi au juste et par qui? (ici on voit que l'on passe à une autre dimension: "on fait de la philo", on ne se satisfait pas du niveau de réflexion habituel concernant cet énoncé. Quelque chose ne va pas et on va le montrer).

            Il faut absolument s'interdire de partir du principe que le sujet est donné. Toute introduction qui commence ainsi: "nous sommes interrogés sur la question" est hors des clous. Elle se prépare à blablater sur un sujet qui lui est extérieurement donnée alors qu'il faut le faire sien.  En règle générale, ce genre de métadiscours dans le registre duquel vous dites ce qu'il faut faire plutôt que de le faire est suspect et sanctionnable. De plus, il ne faut pas passer trop de temps sur cette première étape parce que c'est souvent une remarque ou un exemple qui vaut dans un contexte particulier et tout ce qu'on attend de vous c'est que vous soyez capable de la poser à un niveau universel. Tout au long de votre dissertation, vous n'êtes plus votre nom propre, cette personne qui a tel vécu, telle expérience, vous êtes comme le "je pense" de Descartes, un "sujet" qui pense comme tout autre sujet et fait l'épreuve d'une dimension concernant de la même façon tous les sujets pensants. Ne consacrez pas plus de 3 lignes à cette première étape.

             Mais possessif de quoi au juste et par qui? Cette vie que je dis mienne est-elle celle que j'ai décidée? Non puisque elle se compose de nombreux accidents, aléas, que je n'ai pas souhaités. Même le fait d'exister, en soi, n'est aucunement de mon fait. Pour autant, il semble délicat, faux voire irresponsable d'affirmer que cette vie n'est pas la mienne. Il y a bien un esprit de problématisation qui s'effectue ici à un niveau universel car tout homme dirait exactement la même chose. Il va falloir clarifier ici pour bien faire sentir à notre correcteur que nous sommes sur la piste du bon gibier: "le problème". Deux évidences se contredisent: c'est fantastique, nous percevons l'extrême acuité problématique d'une expression que pourtant nous utilisons tous les jours. L'important ici est de poser des questions mais pas trop, parce qu'alors on resterait dans un certain "flou" et nous sommes de bons pisteurs. Nous nous approprions les épisodes de notre existence en les incluant par cette expression: "ma vie" mais éprouvons en même temps cet écart parfois énorme entre notre existence telle qu'elle est et celle et celle que nous aurions souhaitée si nous avions pu décider de tout ce qui la compose, si nous avions pu l'écrire comme un auteur rédige l'histoire de ses personnages. Mais de quelle vie serions-nous  plus légitimés à la considérer comme "notre" si ce n'est précisément "celle-ci", puisque de fait c'est bien celle que nous vivons réellement, dans les faits. Il y a un effet d'authentification qui vient de la réalité de nos vies, du fait que c'est bien l'existence que je vis et un autre effet d'authentification qui vient de la paternité et de l'esprit de responsabilisation que je peux exercer à l'égard de toute action que j'ai effectivement voulue, planifiée, conçue et effectuée. C'est l'opposition entre ces deux effets d'authentification qui pose la question de savoir si notre vie est bien cette succession d'épisodes qui sont nôtres parce que nous les assumons ou cette fatalité qui nous frappe arbitrairement, peut-être accidentellement et que nous subissons sans y être le moins du monde pour quoi que ce soit. Toutefois si je me considère moi-même comme cette entité étrange posée à part de sa vie. Si c'est ma propre vie qui m'exclue, ne serais-je pas réductible à du vide, à du rien, à un non sens absolu? Il faut être à la fois très rigoureux dans l'enchainement des phrases, dans la capacité à tirer les bonnes conclusions de celle qui précède et en même temps soucieux de se mettre soi-même dans l'embarras le plus profond. il faut voir clair dans la confusion. C'est justement parce qu'à ce moment là, nous avons conduit la question à son maximum de trouble, et cela de la façon la plus claire possible que nous sommes parfaitement dans le droit fil de la bonne introduction, d'un point de vue méthodologique.

  



Terminale 3: Travail en temps limité 1

 


1)  Quel(s) sens faut-il donner au terme d’ « auteur » dans ce sujet ?

2) Quels sont les références philosophiques ou autres (littéraires, cinématographiques, etc.) auxquelles vous pensez pour traiter cette question. Justifiez ?

3) Rédigez une introduction (au minimum 10 l en respectant bien ces trois phases):
    a - Partez d’une situation, d’une illustration, ou d’une remarque extraite de la vie quotidienne qui amène le problème sans toutefois le poser comme tel
    b - Montrez que cette situation est faussement simple car en fait l’attitude pointée par le sujet (ici être l’auteur de sa vie) n’est pas du tout évidente. Elle ne va pas de soi. Dites pourquoi en avançant un argument contre cette thèse (nous ne pouvons pas être l’auteur de notre vie)
    c- Formulez le plus efficacement, simplement, et le plus précisément possible le problème posé par le sujet.

Réponse 1:  Être l'auteur d'un geste, d'un acte, d'une œuvre, c'est  assumer l'entière responsabilité de leur réalisation. Si ces gestes ou ces actions "sont", c'est bien à cause de nous et nous constituons la causalité première, efficiente de leur production. Ce n'est pas seulement ici l'idée selon laquelle ces effets ne se seraient pas concrétisés si nous n'avions pas été "là" qui est ici soulignée mais plus encore le fait qu'ils entretiennent avec nous une relation profonde, soit qu'ils soient tels que nous avons voulu qu'ils soient, soit qu'ils portent la marque de notre unicité, de notre signature authentique, comme cela peut être le cas pour l’œuvre d'un artiste. En effet, le créateur d'un roman ou d'une toile n'a pas nécessairement planifié consciemment la réalisation de cette œuvre mais, puisqu'il en est l'auteur, il les a marqué du sceau de son singularité, de son style, ce qui en fait des œuvres uniques, inimitables. La question posée ici n'est donc pas seulement celle de savoir si notre vie se développe à cause de notre existence, car ce serait une question stupide, mais si la relation que nous entretenons avec notre existence peut se concevoir sur le modèle de l'acte à l'auteur de cet acte ou celui de l’œuvre à l'artiste. L'initiative, la responsabilité et la singularité constituent donc les trois critères définissant l'auteur par rapport à son action ou à son œuvre. Aussi étrange que cela puisse sembler, la question consiste ici à se demander si l'on peut signer sa vie comme on le ferait d'une déclaration dont nous assumons la responsabilité ou d'une œuvre dont nous sommes le créateur.



Réponse 2:   Les références choisies par les élèves sont le plus souvent Descartes, Sartre et Schopenhauer.

Descartes cherchant une proposition telle que rien ni personne ne serait à même de la remettre en cause mesure l'extrême fragilité de nos connaissances, de ns sources d'information: celle de nos sens, de nos raisonnements, de nos représentations. Mais cet inventaire finit par se heurter à ce que l'on pourrait considérer comme une zone d'influence qui finalement échappe à son contrôle car même à considérer l'existence d'une puissance souveraine passée maîtresse dans l'art de me faire adhérer à des représentations, du monde, des autres, de moi-même de ma vie qui seraient fallacieuses, elle ne parviendrait pas à me faire douter que j'existe car même si j'envisageai la possibilité de n'être rien, il faudrait bien que je sois capable de penser pour me représenter une telle hypothèse. Aussi loin qu'on puisse aller dans la capacité à douter de moi, encore faut-il que je sois pour penser cette option selon laquelle je ne serai rien. il est donc impossible que je ne sois rien. A tout le moins suis-je cette pensée de n'être rien, ce qui suppose que je suis bien quelque chose. La pensée: "je ne suis rien" ne peut pas ne pas se contredire dans les termes. Descartes découvre donc une zone à l'intérieur de laquelle je peux concevoir  avec une certitude absolue une connaissance certaine: "je suis". Je suis l'auteur de cette pensée et avec elle d'une réalisation effective de mon existence. Personne ne saurait me faire croire que je ne suis rien tant que je penserai être quelque chose. Je suis l'instance auto-fondatrice de mon existence et donc en ce sens là (sens métaphysique) l'auteur de ma vie.

Sartre reprend de Descartes cette intuition d'une liberté infinie du sujet du "je pense". Lorsque nous affirmons que la vie nous contraint parce qu'elle nous impose des choix, nous ne comprenons pas que c'est justement l'infini de notre liberté qui s'effectue devant ces choix. En d'autres termes, être placé impérativement devant des choix à faire, c'est être mis en situation de pouvoir exercer l'infini de notre liberté. Nous sommes constamment les auteurs de notre vie et cela nous place en situation de responsabilité permanente. Nous préférons donc nous mentir à nous-même et faire preuve de mauvaise foi an affirmant que nous ne sommes pas libres. En réalité, c'est l'infini de notre liberté tel qu'il se réalise an chaque choix qui nous tétanise.

Schopenhauer s'opposerait totalement à cette conception pour la bonne et simple raison qu'elle ne prend pas la situation humaine au "commencement". Mais quel est ce commencement? C'est le fait que rien ne peut exister sans être d'abord soumis à un impératif qui est celui du vouloir-vivre. Même ce prétendu infini de la liberté humaine doit s'accomplir dans un être" qui, en tant qu'être est traversé par cette pulsion du vouloir-vivre. On peut toujours se justifier après coup et invoquer de la volonté, de la conscience, des usages, des lois humaines, la vérité est qu'en tant qu'être vivant nous sommes tous animés de vouloir vivre et que cette pulsion nous manipule en nous faisant continuellement osciller comme un pendule de la souffrance à l'ennui, souffrance de manquer de ce que nous désirons, ennui de l'avoir assouvi.  « Comme point de départ destiné à être le fondement explicatif de tout le reste, on doit prendre ce qui ne peut s’expliquer plus avant, mais ne peut non plus être mis en doute, ce dont l’existence est certaine, mais inexplicable. Et c’est le vouloir-vivre. » Si on prend quoi que ce soit d’autre pour point de départ, il faudra pouvoir en déduire cette aspiration à l’existence : « Cela ne marchera jamais. »

Réponse 3:  De notre naissance à notre mort, se succède une série d'épisodes que nous nous représentons à nous-mêmes comme tissant la trame de notre vie. Des évènements se produisent mais ils ne se produisent pas sans que nous les appréhendions comme nous arrivant à nous, impactant "quelque chose" que nous appelons "notre vie". Pourtant il n'est pas faux que ces situations s'effectuent aussi "extérieurement". Elles se réalisent et nous n'avons pas la prétention de penser que c'est nous qui avons orchestré leur émergence, leur effectuation de A à Z. Mais que dois-je faire de cette part de l'évènement qui, "en arrivant", m'arrive à moi précisément, spécifiquement ? Comment pourrais-je en être l'auteur puisque je ne l'ai pas décidé? D'un autre côté, on ne voit pas non plus comment je pourrai m'en désolidariser puisque, de fait, cet évènement qui s'est passé dans ma vie sans que je l'ai souhaité a produit sur mon existence des effets qui auront un impact sur moi, qui feront advenir au grand jour un aspect de moi qui m'est encore inconnu sans pour autant que je puisse nier qu'il sera bel et bien "moi"? Se dessine ainsi une modalité d'appropriation étrange des évènements de notre vie qui à la fois font partie intégrante de nous-mêmes sans pour autant que nous puissions affirmer que nous en sommes les maîtres d’œuvre. Comment désigner cette modalité d'assomption de notre existence? Fait-elle de nous les auteurs de notre vie ou simplement des destinataires touchés, comme on dit du hasard des affectations, par la fatalité de telle ou telle existence?

 



Tle 1: Travail en temps limité 1

 

 

1) Formulez en une phrase ou deux le « problème » posé par le sujet: « Suis-je l’auteur de ma vie? ». Le problème désigne le paradoxe contenu dans l’énoncé qui vous est donné. Il ne consiste pas simplement dans une autre formulation.

2) Pourquoi peut-on affirmer que la démarche de Descartes au terme de laquelle il écrit: « De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition: Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. » développe une réponse positive à la question: « Suis-je l’auteur de ma vie?

3) Rédigez une introduction pour le sujet suivant: « Un homme se définit-il par ses actes? »

Réponse 1: ma vie n'est-elle constituée que d'épisodes que j'ai souhaités, voulus, orchestrés? "Évidemment non", sommes-nous tentés de répondre en premier lieu parce que nous avions probablement d'autres désirs, d'autres ambitions. Vivre, c'est faire, de temps à autre, l'expérience de l'échec, de la difficulté à satisfaire ses désirs. Mais en même temps, il nous est impossible de nous dérober à ce constat: de fait, cette succession d'espoirs souvent déçus, cette multiplicité d'instants durant lesquels nous avons tantôt triomphé des circonstances tantôt échoué devant elle constituent bien "quelque chose", une trame qu'il me faut nécessairement  appeler "ma" vie, ce qui suppose une certaine modalité d'appropriation ou du moins d'assomption (assumer) de sa vie. Mais quelle est exactement la nature de ce rapport que j'entretiens avec ma vie? Est-ce quelque chose que j'ai ou que je suis? Puis-je me considérer comme son maître d’œuvre véritable ou comme son destinataire accidentel et contingent?  Puis-je me sentir exclu par ma vie, comme si elle ne consistait qu'en une sorte de décret que je subirai de l'extérieur, sans qu'à aucun moment je ne puisse me sentir concerné? Nous subissons parfais des évènements d'une telle violence et d'un pouvoir de contrainte que nous sommes tentés de répondre "oui" mais, en même temps, qui suis-je si je ne suis pas ma vie? 

   



 Réponse 2:   Quand pouvons nous jouir de la certitude de dire une vérité? Si j'affirme que je vois un oasis, puis-je être sûr que je ne suis pas en train de subir une hallucination, comme le capitaine Haddock dans "le crabe aux pinces d'or"? Si je dis que je suis en train de taper un article sur mon blog, ne suis-je pas en train de rêver ? Si je dis que 2+2=4, ne suis-je pas en train de me fier à un principe de cohérence purement logique qui certes revêt bel et bien une pertinence universelle pour l'esprit de tous les hommes mais qui de ce fait n'aurait de sens et de pertinence que pour l'homme et aucune dans la réalité pure, extérieure (il n'y a pas de chiffres dans la nature, il y a seulement des variables)? 

Et si finalement, nous étions victimes d'une tentative de désinformation constante de nos sens et de notre esprit par une puissance qui se serait rendue maîtresse de notre jugement par la mise en place d'un processus d'autosuggestion continuel? Représentons-nous une telle puissance: quelle serait sa limite? Pourrait-elle me faire croire que je suis quelque chose alors qu'en réalité, je ne serai rien? Mais si je n'étais vraiment rien, comme pourrais-je expliquer qu'en cet instant, je me représente à moi-même comme la possibilité de n'être rien? Il faut bien que je sois quelque chose pour être l'auteur de cette pensée de n'être rien. Je suis donc nécessairement "quelque chose", ne serait que cette puissance de me représenter à moi-même comme rien. Dire:" je n'existe pas" est une contradiction flagrante qui pointe vers une réalité indiscutable, c'est que je suis, même si je ne sais pas ce que je suis, moi qui sait que je suis. "je suis une chose qui pense"

Réponse 3:   Nous ne cessons d'induire des actes de nos proches des caractéristiques, des qualificatifs voire des déterminations morales: tu es "méchant" si un jour tu as frappé un animal, "gentil" si tu as donné deux euros à un SDF dans la rue, "bienveillant" si tu écoutes patiemment tel ami te raconter pour la dixième fois consécutive le chagrin d'amour qu'il a subi deux ans auparavant. De fait il semble difficile de juger des qualités morales d'une personne en se fiant à un autre critère que celui de ses actions car un geste accompli est une réalité que nous avons pu constater sans contestation possible. Mais, en même temps, il n'est pas impossible que ces actions aient été réalisées pour "donner le change", pour jouer le jeu des usages et envoyer de soi aux autres l'image de celle ou celui que nous voulons paraître. Nous sommes tellement soucieux de déterminer l'essence d'une personne que nous nous laissons aveugler par des actes sans prendre garde aux intentions qui, elles ne se voient pas. Les actes sont donc trompeurs et les intentions difficiles à interpréter. Convient-il donc de miser sur la totalité des actes exécutés par une personne pour qualifier son être comme si nous ne consistions que dans cette "écume" de gestes , dans cette réalisation effective, matérielle, dans cette trace qui se forme à partir de notre capacité à impacter sur notre milieu physique et humain, ou bien faut-il croire en une marge d'indétermination entre les actes d'une personne et son essence de telle sorte que nous lui ferions ce crédit de ne jamais être totalement, simplement dans ce que ses actions laisse pressentir de son authenticité? Le rapport aux être humains s'enrichit considérablement de notre adhésion à "cette marge", à ce droit de défaussement que nous accorderions à nos semblables, mais, en même temps, cela ne manquerait pas de maintenir constamment le jugement dans l'indétermination de la nature véritable de nos contemporains.  Puis-je vraiment me fier à une personne dont je considère que la nature est indépendante de ses actes? N'avons nous pas socialement besoin de cette face immergée de l'iceberg que constituent ses actions? Quel crédit convient-il que nous accordions aux actions d'un être humain dans la détermination de son être? Peut-on situer cette essence en dehors de toute effectuation visible dans le champ des réalités physique, légale et sociale de nos existences?