Affichage des articles dont le libellé est Humanités Littérature Philosophie 2019/2020. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Humanités Littérature Philosophie 2019/2020. Afficher tous les articles

mardi 10 mars 2020

Travail en groupes sur le texte de Francis Bacon - HLP: les représentations du monde

Dans toutes les réponses aux questions, il s’agit de prendre appui sur le texte, donc de répondre d’abord à partir des éléments qu’il nous propose et de les prolonger, éventuellement de s’y opposer, à partir des vos arguments, lesquels peuvent à leur tour d’appuyer sur d’autres références. Il convient de rédiger une réponse collégiale, à laquelle chaque membre de groupe a VRAIMENT participé et qui sera présentée à l’ensemble de la classe, demain.

Groupe 1:      Pourquoi les hommes d’aujourd’hui se font-ils du monde des représentations d’hier?
Groupe 2:    Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus vieux que leurs parents? A partir d’exemples précis, argumentez la réponse positive à cette question.
Groupe 3:       Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus vieux que leurs parents? A partir d’exemples précis, argumentez la réponse négative à cette question.
Groupe 4:     Quels sont les différents sens du terme: « expérience » (au moins 3)? L’expérience d’une autre personne peut-elle m’être utile à moi? Pourquoi?
Groupe 5:     Faut-il nécessairement « être de son temps »?  Argumentez la réponse positive à cette question.
Groupe 6:        Faut-il nécessairement « être de son temps »?  Argumentez la réponse négative à cette question.
Groupe 7:         Qu’est-ce qu’un argument d’autorité? (Celui-ci consiste à faire appel à une autorité plutôt qu’à la raison, et d’utiliser une autorité appropriée aux connaissances de l’adversaire- Stratagème 30 de Schopenhauer.) Faut-il s’y soumettre? Pourquoi?
Groupe 8:            A-t-on toujours raison de se révolter? Développez les arguments en faveur de la réponse positive à cette question.
Groupe 9:          A-t-on toujours raison de se révolter? Développez les arguments en faveur de la réponse négative à cette question.
Groupe 10:       Peut-on connaître l’univers sans se raconter des histoires de mondes?

vendredi 27 décembre 2019

Concours d'éloquence - HLP

Exercice: dialoguer avec un objet

Bonjour à toutes et à tous,
    
                Je me tiens devant vous aujourd’hui, non pas seulement pour ce concours d’éloquence, je me tiens aujourd’hui devant vous, mon très cher public, afin que mon objet symbolique puisse s’exprimer en toute impunité et il en va de même de la liberté de toutes les femmes de France qu’il leur soit permis de le faire.

Cher voile,
       

                    Voile que j’aperçois quotidiennement, voile que le monde aperçoit quotidiennement, sais-tu que tu provoques d’innombrables débats au sein des plateaux télévisés, des institutions politiques, des bars et même des maisons? Sais-tu que ta présence (bien que tu sois un détail futile) dérange? Sais-tu que tu effraies une partie de la population? Sais-tu que durant de nombreuses semaines tu as occupé plus des trois quarts  du débat public, tu es devenue une vraie star! Tu es devenu le centre d’attention d’une nation entière, que telle ou telle population t’aimes ou te haïsse. Malheureusement ce n’est pas que pour dire du bien de toi….Mais ne t’en fais pas, je m’apprête à le faire.
        Tout a commencé le 11 octobre 2019, lorsqu’un élu du RN a demandé à la présidente  de Région de faire partir une maman portant le Hijab qui accompagnait un groupe d’enfants venu assister aux débats de l’assemblée lors d »une séance du conseil régional. Oui, Oui, tu as bien entendu: Monsieur Julien Odoul souhaitait que l’accompagnatrice retire son voile ou quitte la salle. A ce moment tu te demandes ce que dit la loi, non? Et bien sache que sa demande n’était même pas légitime (mais ça ce n’était pas un secret puisque son visage n’était pas dissimulé et que Fatima se trouvait dans un lieu public où, selon la loi du 15 mars 2004, il est autorisé de porter « le voile traditionnel »).
       
             Puis , le 13 octobre, Jean-Michel Blanquer affirme en plein débat politique que le port du voile par les mères accompagnant leurs enfants en sortie scolaire, que « le voile n’est pas souhaitable dans notre société » sur le plateau de BFMTV.
        Il tient les mêmes propos trois jours plus tard au micro de France Inter cette fois-ci en disant: « est-ce qu’on doit se réjouir du développement du voile dans la société et chez les mères accompagnatrices? Non je ne peux pas ‘en réjouir! Sinon il faudrait que j’abandonne l’objectif d’égalité Homme/Femme auquel je tiens.
        Ensuite, jean-Louis Masson, sénateur, compare les femmes voilées à des sorcières d’Halloween, pense qu’elles polluent les enfants et en conclue donc qu’elles devraient « retourner d’où elles viennent »
        Enfin Nadine Morano dit « je suis favorable à l’interdiction du voile dans l’espace public » et que « le ministre de l’Education Nationale ne va pas assez loin » puisque il ne veut pas de loi nouvelle et cette dernière voit de la dangerosité en toi, cher voile, autrement dit elle voit de la dangerosité dans une femme voilée qui accompagne des élèves dans une sortie scolaire?
        Et donc, très cher voile, te reconnais-tu dans le discours qu’on donne de toi? Penses-tu que les femmes te portant, puisque il ne faut surtout pas oublier qu’elles sont avant tout des femmes, se reconnaissent dans le discours donné? Penses-tu qu’elles trouvent ça juste?
       
         Premièrement, la France pays situé à la 133e place sur la question de l’égalité des salaires H/F à poste égal, se permet donc de dicter aux femmes voilées ce que cette égalité devrait représenter pour elles, d’autant plus que c’est principalement les hommes qui le font! Et ce n’est pas parce que les hommes ne portent pas le Hijab qu’il y a un rapport de valeur: différence ne signifie pas inégalité. Les homes Sikhs couvrent leur tête avec un turban et pas les femmes, est-ce pour autant qu’ils sont inférieurs aux femmes?
        Toi tu le sais très bien, mon très cher, mais il est nécessaire de le rappeler: ces femmes te revêtent parce que tu es le fruit d’un cheminement spirituel. C’’st par respect pour Dieu qu’elles te portent et surtout par respect pour une démarche religieuse, mais tu n’es pas un signe de soumission, puisque c’est un acte et un choix personnel.
        Ensuite les amalgames entre l’islam et le mythe des grands frères dans les quartiers qui décideraient à la place de ces personnes de ce qu’elles doivent faire sont à éviter tant cette soi-disant vérité est rare.
        Des chercheurs sur la question en France affirment que l’on a fait une généralisation de certains cas de femmes forcées à le porter, et que l’on a présenté comme des exceptions celles qui l’ont choisi, alors qu’en réalité, c’est l’inverse.
        La liberté de se vêtir  comme on le souhaite et non pas comme les hommes (certainement déçus de ne pas pouvoir assouvir leur désir en observant les formes des corps de ces femmes, puisque elles sont cachées, ou ne comprenant pas que certaines femmes ne souhaitent pas s’habiller d’une autre manière (respectable également) ) est une liberté qui ne devrait jamais être menacée.
        Ensuite sais-tu que certaines personnes te reprochent d’imposer ta religion? Oui, oui, tu as bien entendu: ton foulard serait magique et dés qu’on le porterait on serait transformé en musulman pratiquant!
        Puis THE argument, sais-tu qu’ils pensent que, puisque eux s’adaptent lorsqu’ils sont en voyage dans un pays musulman, nous devrions nous adapter en France?  Pour commencer, comme ils le disent ce sont des pays musulmans, la France, elle, est un pays laïc, puis ils critiquent ces pays mais souhaitent faire exactement la même chose: imposer aux femmes une certaine manière de s’habiller.
       
          Par ailleurs, ces femmes ne retourneront pas dans leur pays, puisque leur pays c’est la France. Elles sont nées en France pour la plupart, ont grandi et ont étudié grâce à l’Ecole de la République et méritent tout autant leur place dans notre société.
        Je vais terminer par le fait que « CE N’EST PAS ECRIT DANS LE CORAN », et en fait je pense que ces femmes veulent bien parler d’interprétation avec des personnes ayant au moins  des bases sur cette religion.
        Il faut avoir l’humilité de reconnaître que ces femmes ont beaucoup plus de connaissance qu’eux dans ce domaine, et accepter que des arguments de quelqu’un qui loin de présenter les années d’études et la maîtrise de l’arable coranique nécessaire (à savoir que les musulmans s’appuient sur deux sources principales: le Coran et la Sunna)
        Penses-tu pouvoir vivre un jour en paix? Penses-tu que nos politiques vont comprendre qu’il existe des causes bien plus importantes à défendre que celle d’une telle futilité?
                           
                                                                                                                    Tamara


Exercice:  Écrire et jouer une fable

                                            Maitre Moineau et les Besaces

(Elisa)
Moi Maitre Moineau allant préparer mon procès                                                               Cherchant mes dossiers pour que tout soit parfait
Quel bazar, foutoir, dépotoir,
Pas une place dans cette besace
Ah qu’est-ce que ça m’agace !
C’est à ne plus rien y voir

(Lucie)
Mais pour qui vous vous prenez pour traiter
Ainsi une besace de ma renommée ?
Car au cas où vous l’auriez oublié,
Je suis une besace de lignée ;
En moi ni plastique ni coton ni même caoutchouc
Je suis royale et ce plus que vous !
Déjà du temps de mes grands parents
Nous avions la noble tâche de garder l’argent
Donc pour qui te prends tu,
Petit huluberlu ?
Moi qui suis biodégradable,
Moi qui ne traite donc point d’enfants de manière exécrable,
Contrairement à toi, humain,
Qui traite tes prochains tels des moins que rien
Nous les besaces, voulons vider notre sac !

(Lison)
Exactement, marre de cette arnaque !
Car je ne vous parle pas de cette odeur de tabac froid
Que j’ai fort grand malheur à garder en moi !
Son ami le briquet, toujours à ses cotés
M’a d’ailleurs calmement avoué
De son air le plus pyromane
Qu’il était grand fan de la bombe FatMan
Qui avait emporté toute la ville de Nagasaki
Ainsi que des milliers de vie
C’est également après cela qu’il m’avoue
Provoquant alors chez moi un violent effroi
Qu’il était le meilleur ami de celui
Qui avait provoqué ce feu en Amazonie
Et avait emmené avec lui le poumon de la planète
Ainsi que des milliards de petites bêtes
Outre la dangerosité de ma situation
Ne pensez-vous pas qu’un peu plus d’implication
Dans la protection de notre nation
Qu’un peu plus d’intelligence
Dans ce projet de coexistence
Et qu’un peu plus de respect 


Envers ce qui n’est pas votre jouet
Eviterait quelques désagréments
Notamment sur l’environnement

(Elisa)
Et toi as-tu quelque chose à dire
Ou comptes-tu t’abstenir ?

(Nina)
Tous ses tampons ses serviettes dans mon bide 
Acide putride morbide.
 Lentement contaminé aux pesticides. 
C’est sûr que je ne prendrai pas une ride. 
Tout ce maquillage qui me tache à longueur de journée 
On me fouille on m’inspecte on s’éprend de moi.  
Et toi qui me laisse la, vide et souillée. 
Sans que moi je ne sois rien qu’un objet pour toi. 
Sans que toi tu ne passes pas une journée sans t’introduire en moi
 C’est sûr que je ne pourrai rien contre toi
 

(Elisa)
N’avez-vous point fini, vous, besaces !
N’avez-vous point fini avec toutes vos menaces !
Objet, tu ne laisses pas de traces !
Objet, tu es trop loquace !
Objet, je n’ai que faire de tes menaces !
Objet tais-toi !

(Nina)
Mais de quel droit ?
 Nous besaces, nous l’ouvrons pour une raison 
Pour que nos paroles ne soient pas vaines 
Qu’elles suscitent des pensées plus saines 
Nous luttons pour être une aspiration

(Lison)
Arrêtons l’humano-centrisme !
C’est une forme de terrorisme !
Traitez-vous en égaux
Et ce sera la fin de vos maux

VOUS ! Vous ne créez que des inégalités ! (Lucie)
VOUS ! Vous ne faites que hiérarchiser ! (Lison)
VOUS ! Vous ne vivez que pour dénigrer ! (Nina)

(Elisa)
Arrêtez ! Ne vous posez qu’une seule question :
N’est ce pas tordu que des besaces vous fasse la leçon ?

                                                                                             Lison, Lucie, Elisa et Nina


Exercice:    Faut-il tenter le diable?



Pour commencer j'aimerai vous faire un aveu :
J'aime le sinistre, le macabre et le fantastique
J'aime de ghost et gorgoroth la douce musique
J'aime de Cthulhu l'ancien le mythe énigmatique
J'aime de la mort rouge le son du glas fatidique
        Et enfin j'aime les jeux de rôles horrifique dont le point critique implique un rituel nécromantique pour invoquer une antique créature cadavérique et rachitique tandis que les hérétiques pris de panique fuient ce décor apocalyptique ou encore le sanglant soubresaut du corps sans vie lors d'une célébration satanique dans laquelle les serviteurs du seigneur sombre psalmodiant de sordides incantations tandis que le sorcier de sa lame assassine saigne l'innocent dans un sinistre sourire.
        Oui, je sais! On m'a dit de consulter. Il parait que j'ai des tics de langage et une compulsion morbide à faire des alexandrins.
Mais imaginez. Imaginez un monde où les parties de donjons et dragons se concluraient par l'arrivée sur Terre de Tchoupi convoqué par une secte de bisounours dans un pentacle dessiné en pâte de  guimauve ? Un monde où les fleurs du mal deviendraient les coquelicots de la béatitude ?
        Un monde où Cthulhu distribuerait des free huggs dans sa cité de R'lyeh ? Ou bien encore un monde où Cannibal Corpse serait remplacé par amical love pour le plus grand bonheur de mes parents ?
Non, le diable nous est indispensable mais alors vient la question :
Faut-il résister à la tentation du tentateur tant détesté ou tout au contraire tituber et tomber tétanisé sous l'attrait satanique de sa tyrannique et traitresse tutelle ?
        En son sens premier, tenter le diable c'est multiplier les risques, faire du vélo sans son casque, passer ses vacances à Tchernobyl, aller à un concert de Jul sans protection auditive. En bref, on frôle le danger, la mort et la folie. On va à l'encontre de notre instinct de préservation mais d'un individu à l'autre le risque pris diverge. Par exemple, pour moi passer à moins de 500 mètres de la boutique d'un coiffeur c'est tenter le diable et il est évident que ce ne sera pas de même pour Bruce Willis ou Zinédine Zidane. On pourrait donc conclure que, étant donné que la notion de risque n'est pas la même pour tout le monde, il n'y a pas de réponse à cette question mais certaines personnes diront quand même que prendre des risques permet de se sentir vivant et de profiter pleinement de la vie.
        Laissez moi vous dire que ce n'est pas la vraie raison. Le véritable motif c'est que le risque rapporte et souvent beaucoup. Que ça soit de la gloire, de l'argent ou de la fierté on cherche simplement à gagner quelque chose. Si on monte le mont Blanc en chaussure de ville on sera fier mais on le sera encore plus avec quelqu'un à côté. Le loto, l'investissement en bourse, les casinos et autres jeux d'argent, autant de risques pris par avarice. Pourtant il existe des gens qui prennent des risques seul, sans avoir comme objectif l'argent ou la réputation. Des gens qui se lance dans une carrière incertaine de peintre, d'acteur, qui veulent protéger les ours polaires de l'extinction, établir l'égalité homme-femme, mettre fin à la discrimination et j'en passe. Toutes ces personnes prennent des risques pour une chose très simple : un rêve. et c'est pour ça qu'il faut tenter le diable. Pour ses passions, pour ses rêves pour ses idées….. et surtout pour la thune.


        Mais il existe un sens bien plus intéressant : Dom Juan tente le diable en provoquant dieu, il teste les nerfs divins jusqu'à ce que le Créateur l'envoie au diable. On tente le diable en tirant trop sur la corde, ou sur la miséricorde de Dieu jusqu'à l'arrivée de quelque chose de surnaturel qui prouverait l'existence du divin. C'est un peu paradoxal : Dom Juan n'essaierait-il pas un autre type de croyance en faisant tout pour que Dieu se manifeste ? Il serait stupide de vouloir épuiser la patience d'un être  auquel on ne croit pas. N'aurait-il pas l'air un peu niais si on lui disait que toutes ses provocations se seraient faites dans l'absence du tout-puissant ? Et à force de tenter le diable, ne finit-il pas par tenter Dieu ?

       
Tenter le diable c'est aussi essayer le diable, prendre sa voix ou encore lui vendre son âme. Vous connaissez surement l'alchimiste diabolique de Wittenberg, le sournois savant de Satan, la victime de Méphistophélès, j'ai nommé Faust !
        Faust. On ne peut pas vraiment dire que tenter le diable lui a réussi. Au fil des versions il a soit été emmené dans les terres brûlées des enfers soit sauvé par les prières de son amantes...emprisonnée après avoir noyé leur enfant. On ne peut pas vraiment dire que son contrat lui ai rapporté beaucoup et pourtant que ferions-nous si la tentation du Malin ne venait pas éclairer nos monotones possibilités de la pires des perspectives, de la plus chaotique des hypothèses, de la joie perverse et brillante à prendre la voie la plus inattendue, la plus longue, la plus tordue ? N'oublions pas que Lucifer était l'ange de la lumière et qu'à choisir trop systématiquement le droit chemin on risque de finir comme un cheval de trait dont les oeillères ne laissent pointer de l'horizon que le seul sillon du labour quotidien.

        Nous arrivons maintenant au sens le plus intéressant de tous, le sens le plus délicieusement paradoxal : dans la genèse, le diable c'est le tentateur, celui qui séduit Eve, donc tenter le diable c'est tenter le tentateur, c’est, par exemple, proposer à un dealer une dose de substances illicites plus alléchante que celle qu'il nous propose. Le tentateur sera tenté, l'arroseur arrosé.
       
                             Richard Matheson a écrit une nouvel intitulée "Le Jeu du bouton" et qui raconte l'histoire suivante: un couple respectable, Arthur et Norma Lewis, font la connaissance de Mr Steward qui leur propose pour 50 000 $ d'appuyer sur un mystérieux bouton. Ce bouton tuera sur place une personne qu'ils ne connaissent pas. Steward est ici le diable : il tente Norma et Arthur mais il les divise et c'est exactement le sens de l'étymologie du mot "diable" qui vient de "diabolos", celui qui divise : Arthur refuse d'appuyer sur le bouton mais Norma reconsidère la question. Dans cette situation, qu'est ce que tenter le diable ? Tenter le diable se serait de proposer à Mr Steward de bloquer le bouton pour 100 000 $ mais vous n'avez peut-être pas 100 000 $. Mettons que le couple n’en dispose pas non plus. La tentation ce n'est pas le fait de choisir mais c'est ce que l'on met dans la balance, dans les deux plateaux du choix. Toute tentation est un bluff, elle ne fait que tester de vraies intentions en faisant miroiter des offres dont il importe peu qu'elles soient tenues. Et si jamais le diable hésite, ne serait-ce qu'une microseconde, alors il est aussi peu crédible qu'une pause cigarette dans un entrepôt logistique d'Amazon. Il se vend au plus offrant. C'est à désespérer de pouvoir faire le mal gratuitement. Bref, on a bluffé le bluffeur, tenté le tentateur, arnaqué l'arnaqueur, recalé Lucifer au casting des démons de la mort qui tue, ridiculisé Behemoth, décrédibilisé Belzebuth. On a vaincu le malin avec ses propres armes.

         
Mes amis, je veux vous adresser, pour finir, cet avertissement ultime: ne pas tenter le diable, c’est vous satisfaire du Père Noël, de sa grosse bedaine et de ses petits lutins exploités emballant à la chaîne des cadeaux inutiles pour des privilégiés repus. Je préfère me laisser tenter par le démon de la perversité plutôt que par cette baudruche obèse péniblement tractée par des rennes sous alimentés. Contre ce clone ivrogne et pathétique du marchand qui vient narguer, le jour de sa naissance, celui qui l’a chassé du temple, aiguise ta machette Jason!  Et bon vendredi 13!
                                                                                                                      Sébastien


Exercice: Hommage

Tu étais là, Steve,
Alors que dans la nuit du 21 juin la musique battait son plein,
4h, alors que le murmure de nos voix sur le macadam trempé résonne dans cette nuit d’été,
Nuit de fête, de pardon, d’harmonie, de fraternité
4h 30, les voix se distordent, le silence prend le pied sur l’allégresse de cette assemblée
La bête noire arrive, grondante, fumante, épaulée de sinistres charges
Les poils se hérissent, le stress nous tourne autour façon vautour, et tour à tour les langues se délient, la peur nous lie, les soldats de la paix ont perdu leurs fleurs, la douleur résonne à nos côtés.
4h30, le brouillard enlace nos chevilles, étrangle nos gorges, les coups adverses colorent d’une encre vermeil le pavé, nos pas sont acculés par les sbires bleus, et toi, Steve, je te vois perdre pied
La Loire t’aspire, tes poumons se remplissent d’une eau trouble tandis que tout ce que tu vois, c’est des flashs bleus, des étincelles, qui t’attirent vers la terre comme un phare
Tu te raccroches à ses lumières synonymes de douleurs, préférant la vie à ce fleuve qui t'enchaîne
L’eau te repousse, délicieusement mortelle, te relâchant par sa chaleur de la terrible froideur de tes assaillants.
Tu appelles à l’aide, et personne ne t’entend, mais toi tu écoutes tes camarades déchus, là, tout prêt.
Tu appelles à l’aide, mais seuls des sons de désordre et de pleurs terrorisés te répondent.
Tu appelles à l’aide, mais seuls des ordres aboyés te reviennent.
Tu n'appelles plus à l’aide, le silence te répond, et te voilà disparu.
Il a fallu que tu meures, Steve, pour rejoindre ce terrible cortège de symboles.
Malheureusement pour eux, il a fallu qu’on se souvienne des autres qui sont partis comme toi
Qu’une colonne s’anime en fredonnant ton nom, que le silence se brise par cette question dont ils ont honte :
“Où est Steve ?”
C’est alors qu’ils pâlissent, les choses qu’ils pensaient enfouies resurgissent, elles sortent et les étranglent par leur vérité dérangeante, les font suffoquer par ses effluves d'ammoniaque qu’elles dégagent.
Ton corps ne sera retrouvé qu’un mois plus tard, et tandis qu’il se décompose, nous, nos voix se rallient
Mais, contrairement à eux, Steve, nous t'honorons par nos mots durs et par notre présence blanche.
Nous t’honorons par la musique que tu aimais tant,
Nous t’honorons par notre solidarité que tu chérissais
Nous t’honorons par nos gestes sans violence que tu applaudissais
Nous t’honorons par notre silence porté par des regards courroucés.
Bien sûr, aucun lien n’a voulu être établi entre ta mort et cette charge policière.
Bien sûr, la mort d’un jeune homme de 24 ans est regrettable pour eux, mais n’est pas le résultat de leurs crimes rougissants
 Bien sûr, nos mots sont noyés dans ce flot de mots creux dictés par nos chers ministres qui volent ainsi la vérité, ta vérité.
C’est pourquoi, par ta mort,
Steve, tu seras symbole
Steve, tu seras l’incarnation de toutes nos valeurs

Steve, tu seras fondement de nos pleurs, nos colères, mais aussi de notre fraternité,
L’incarnation d’une étincelle de détermination enflammée par notre courage
Et ce feu, timide, sera protégé par des milliers de voix qui s’élèvent
Par ses hommes et ses femmes qui se drapent d’indignation et de dégoût, portant cet halo d'or avec fierté
Steve, tu ne seras pas oublié
Steve, je te le promets, nos pleurs pour toi ne seront pas vain
Parce qu’on va reformer cette colonne de bras cassés qui demande la vérité
Et enfin, je brise encore ce silence pour vous demander :
“Où est la justice ?”

                                                                                                                        Nina



Exercice:  défendre une cause perdue

(Nina monte sur une chaise)
“Mesdames et messieurs, l’éducation scolaire est morte.
(silence)
-Oh capitaine, mon capitaine, qu’est ce que tu fous là haut?
(Nina descend de la chaise)
-Et puis, sérieusement ? L’éducation en cause perdue ? t’aurais pas pu trouver mieux ? Comme, je sais pas moi, manger en 15 min  a la cantine, la philo, ou la résurrection des dinosaures par un culte sataniste?
(échange de regard, silence)
-Nan, nan,...nan. T’inquiète! Je gère!
- (élisa, chuchotant): d’t’facon on fait toujours comme tu veux
-Tu as dit quelque chose ?
-Oui, tu parlais du contexte historique nan ?
-(nina,d’un air suspicieux) Mais ok… mais oui! mais tout à fait ! (graduation du ton)
(se frottant les mains) Alors ! le contexte Historique ! (blanc)
-Ca va vous ? C’est normal elle réfléchit.
-Eh…(Nina donne un petit coup de coude) Ça te dit un peu de culture?
(Elisa s'écarte)
-Euh, oui ok...
-Tu savais que Condorcet, déjà en 1789, luttait pour une école égalitaire, gratuite, mixte et obligatoire ?
Tu savais que Hugo disait ““Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison.”
-Ben je vois pas où tu veux en venir ?
-Là où je veux en venir, c’est que c’est vrai que la société a pris en compte leurs paroles. Hum.
C’est vrai l’école est devenue obligatoire, mixte et gratuite que peu de temps après, comme je sais pas moi, un siècle, quoi.
Oh, et tu savais que des méthodes pédagogiques, qui visent, bien entendu à épanouir l’enfant, travailler son autonomie, exploiter sa puissance avaient été testés? Mais si, tu sais, la pédagogie Montessori…,
-Celle qui a été subventionnée par Mussolini?,
-...méthode d'éducation basée sur la confiance en soi, l'autonomie, les expérimentations et l'apprentissage en douceur.
Ou encore Freinet, avec l'expression libre des enfants!
-La méthode qu’on n’applique pas, en gros ?
-Et Dolto, avec son travail sur l’enfant…
-Et son fils Carlos!
(Nina s'énerve):
-Nan mais c’est bon là! Carlos, quoi! je suis sur qu’il a fait de grandes choses !
-Oui de grande choses comme tirlipinpon sur le chihuahua,tout nu et tout bronzé...
Ah, mais du coup ça fait longtemps que c’est une cause perdue non?
-C’était exactement là ou je voulais en venir!
(chuchote): j’ai toujours raison!
du coup, cause perdue... de nos jours… tututut...
(illumination d'Elisa): La maternelle !
(Nina réfléchit): La.. La maternelle?
-Tu sais le début de tout, de ton éducation, épanouissement ,le début du goût du savoir, la période décisive quoi!
-Mais oui ! Le début des budgets mal gérés, par exemple la France et ses 15% en moins pour subventionner les maternelles par rapport à nos pays voisins, comme le souligne Libération!
-Parlons en de libération, les enfants sont censés libérer leur puissance et pourtant, ils sont oppressés par un pouvoir, en perpétuelle compétition et peur de l'échec ! Et ce, dès la maternelle.
- Alors oui, tout à fait. Je parlais juste du journal, mais ta pensée est juste, hein. Comme le dit Ken Robinson, le potentiel, l’envie d’apprendre d’un enfant est incroyable !
-Mais du coup, t’as due entendre parler de Céline Alvarez ?
-Nan, mais je sens que tu vas m’en parler ?
-Eh ben, notre chère Céline, elle s’est intéressée à notre méthode d’apprentissage. Elle a été conviée par la ministre de l’éducation belge puisque la France ne voulait plus d’elle, pour revoir les méthodes d’éducation. Elle a démontré que ce n’était pas une question de budget, ou de matériel, mais plutôt de méthodes et de formation des enseignants.
-Ben moi je pensais plutôt à la politique, avec tous ses politiciens qui, COMME PAR HASARD, changent les réformes à tout va, pour leur propre intérêt et pas à l’avantage des élèves.
Ben tiens, comme avec les ZEP (zone d’éducation prioritaire), des études montrent qu’elles ont un meilleur budget, et pourtant elles n’ont pas réduit les inégalités, ni eu de résultats probants !
-Et cette compétition entre élèves là, y’a plus de plaisir d’apprendre, juste des notes qui nous rangent dans des cases, et comme seul objectif de ne pas échouer
-Ça c’est bien dit ça!
-Waw.merci.
-Et en plus, c’est un objectif impersonnel !
Sérieusement, vous croyez pas qu’on s’ennuierait moins, qu’on apprendrait mieux, si notre objectif NOUS tenait à cœur, si on s'appropriait ce savoir pour NOUS et pas pour EUX.
-Et comme disait Montaigne.:
“Régurgiter la nourriture telle que l’on l’a avalée prouve qu’elle est restée crue sans avoir été transformée : l’estomac n’a pas fait son travail, s’il n’a pas changé l’état et la forme de ce qu’on lui a donné à digérer”
-Il était quand même sympa ce Michel.
(blanc)
...bon ben du coup, c’est un peu de la mélasse, l’éducation.
--------


(Elisa tape du poing sur la table):
-Mais battons nous pour cette éducation! Parce que c’est un combat auquel nos ancêtres ont participé! Parce que c’est un combat qui vient à peine de porter ses fruits! Parce que c’est un combat …
Parce que l’éducation, elle permet de s’appuyer sur le savoir ancien, pour construire le monde de demain! Cette même éducation, elle nous transmet le devoir de mémoire ! D’ailleurs, Churchill disait:
“Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre”,
-Et oui! sachant que notre éducation est le reflet de notre société, et vice versa! ça colle!
-En parlant de société, l’Homme est, selon Aristote, un “animal politique”, et l’éducation permet de nous socialiser, de comprendre et d’appréhender notre vie en société.
-Et surtout, t’oublies un point important ! Ben si! eh, t’es censée la défendre cette éducation, et t’as déjà plus d’arguments?
-Ben si, je te parlerais bien de l’Homme en perpétuelle évolution, et que cette éducation permet la transmission de savoir !
-C’est bien, c’est beau hein, mais moi je te parle du côté humain de la chose. Même si elle n’est pas parfaite, même si elle n’est pas égalitaire en terme de chiffres, vous savez ce qu’elle permet ? Elle permet d’avoir une éducation autre que celle sa famille, de confronter ses idées, à un nouveau système, de se remettre en question, de développer son libre arbitre et donc élargir sa pensée! Pour que nous, tous, on puisse être égaux.
-C’est beau ce que tu dis…
-Je sais, je sais. Mais tu parlais du monde de demain, c’est bien beau hein, mais on fait quoi maintenant ?
 
-Ben qu’est ce que tu veux faire ? Créer un programme?
-Non, c’est pas notre rôle et on n’est pas prof. MAIS, on peut toujours lancer des idées. On pourrait, je sais pas… Déjà, on peut reprendre tout ce qu’on a dit  sur pourquoi c’est une cause perdue, et améliorer ça ?
-Rooh, c’est trop long… Innove un peu!
-Si t’insistes… Pourquoi ne pas s’inspirer des systèmes d’éducations étrangers sans angélisme? Que ce soit la Finlande, l’Allemagne où les enfants se développent à leurs rythmes, en plus grande autonomie, où le plus important est la collectivité, et non pas les évaluations.
-Ouh, je sais ! mettre en place de nouvelles pédagogies, comme avec les classes inversées ou encourager la coopération!
-Impliquer plus les élèves, leur donner des responsabilités, et qu’ils s’expriment
- Accompagner plus les professeurs dans leur début, que leur formation soit moins théorique et plus pratique.
(blanc)
-Finalement, pourquoi on ne prendrait pas des risques ?C’est à nous de changer notre regard! (Nina monte sur la chaise)
- C’est à nous de tester...
-C’est à nous d’imaginer...
-C’est à nous de créer un nouveau mode d’éducation (Elisa monte sur la chaise)
-...qui mieux que nous, élèves d’aujourd’hui pour construire l’éducation de demain……..”
                                                                                                   Elisa et Nina


Pour voyager, faut-il partir loin?


Bonjour.
 Aujourd’hui je me suis jointe à vous pour partir en voyage dans cette vieille et petite ville du Moyen-âge, dans ce lycée aux murs si âgés, dans cette pièce elle-même si ancienne. J’ai envie de tout mon cœur que me paroles vous fassent voyager. Car oui, on pourrait se demander : peut-on voyager en allant dans un établissement pour seulement écouter quelqu’un  dans une pièce qui nous est déjà connue, et sans s’éloigner de l’endroit où l’on se trouve habituellement ? Pour voyager, faut-il partir loin?
Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut partir loin de chez soi pour voyager alors qu’il y a sûrement encore tellement d’endroit près de leur foyer qui n’attendent qu’à être exploré. Car oui, nous n’avons pas besoin de partir loin pour voyager. Il faut sortir de l’habitude, s’intéresser à ce qu’il y a autour de nous et découvrir. De plus, en voulant toujours aller plus loin, on finit par ne plus connaître notre propre toit. Un jour, une française avais dit qu’elle avait découvert en allant au Japon un arbre au tronc blanc et qu’elle n’en n’avait jamais vu au par avant. Pourtant, elle parlait simplement d’un bouleau. Vous voyez donc à quel point cela est absurde!                            
       

Car pour faire le plus beau des voyages qui soit, par exemple, nous pouvons aller nous promener près de notre logis, prendre un trajet inhabituel, ouvrir grand nos yeux et découvrir ainsi, des choses qui nous étaient inconnues bien que toutes proches. Ou bien, nous pouvons voyager en nous-même, en rêvant, par exemple. Il est sûrement déjà arrivé à tout le monde de se sentir emporter par un rêve au point d’avoir l’impression qu’il est réel et d’avoir donc réussi par son imagination à faire un voyage. Le voyage ce n’est pas une question de distance, c’est le renouvellement du regard de l’observateur. En effet, peut-on dire que quelqu’un qui part tous les jours loin, pour son travail, et qui ne se soucie jamais de ce qu’il y a autour de lui, fait un voyage?
Enfin, quand on a l’impression, par exemple, d’être ailleurs ou d’être dépaysé, peut-on considérer que ce qui produit cette impression nous fait en même temps voyager ?
Eh bien, oui, nous pouvons aller dans un restaurant qui cuisine des plat étranger nous aurions fait un voyage sensoriel grâce aux odeurs, aux gouts et à la texture particulière de ce que l’on aurait dégusté, nous pouvons aussi ouvrir un livre et nous plonger dans son histoire. Par notre imagination nous pouvons nous ancrer dans un personnage et suivre l’aventure avec lui. Nous pourrions, nous transporter sur la lune par exemple, avec la seule suggestion de ce mot. En effet, nous pouvons prendre tous les jours un même chemin en le percevant chaque jour d’une façon différente, dans ce cas-là, nous aurions fait un voyage grâce au renouvellement de notre perception des choses et en fonction de l’endroit où l’on va. Enfin, comme l’avais dit Claude Roy dans Le Bonne usage du monde publié en 1964:
« Il faut avoir besoin de se remplir les yeux, l’esprit et le cœur pour que le voyage ne soit pas seulement une façon d’aller d’une ville à l’autre, mais un bonheur. Quand ces conditions sont remplies, le voyage est au coin de la rue. Le premier chemin qui s’offre à vous, la plus courte distance vous suffisent pour rapporter un inépuisable butin. On va souvent bien loin pour trouver ce qu’on ne savait pas posséder tout près. On va souvent tout près pour se sentir soudain transporté très loin. Ce ne sont point les kilomètres qui font le voyage, c’est la poésie. Aucun guide ne peut donner l’adresse de celle-ci. Elle est en  nous où nulle part»
                                                                                                        Gwendolyne


mardi 3 décembre 2019

Discours de Robert Badinter, garde des sceaux, pour l'abolition de la peine de mort

      
Parce qu'aucun homme n'est totalement responsable, parce qu'aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable. Pour ceux d'entre nous qui croient en Dieu, lui seul a le pouvoir de choisir l'heure de notre mort. Pour tous les abolitionnistes, il est impossible de reconnaître à la justice des hommes ce pouvoir de mort parce qu'ils savent qu'elle est faillible. 
        Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales - celles qui l'ont faite grande et respectée entre toutes - la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination. Cette justice d'élimination, cette justice d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l'humanité. J'en ai fini avec l'essentiel, avec l'esprit et l'inspiration de cette grande loi. Raymond Forni, tout à l'heure, en a dégagé les lignes directrices. Elles sont simples et précises. Parce que l'abolition est un choix moral, il faut se prononcer en toute clarté. 
          
Le Gouvernement vous demande donc de voter l'abolition de la peine de mort sans l'assortir d'aucune restriction ni d'aucune réserve. Sans doute, des amendements seront déposés tendant à limiter le champ de l'abolition et à en exclure diverses catégories de crimes. Je comprends l'inspiration de ces amendements, mais le Gouvernement vous demandera de les rejeter. D'abord parce que la formule "abolir hors les crimes odieux" ne recouvre en réalité qu'une déclaration en faveur de la peine de mort. Dans la réalité judiciaire, personne n'encourt la peine de mort hors des crimes odieux. Mieux vaut donc, dans ce cas-là, éviter les commodités de style et se déclarer partisan de la peine de mort. (Applaudissements sur les bancs des socialistes.) 
              Quant aux propositions d'exclusion de l'abolition au regard de la qualité des victimes, notamment au regard de leur faiblesse particulière ou des risques plus grands qu'elles encourent, le Gouvernement vous demandera également de les refuser, en dépit de la générosité qui les inspire. Ces exclusions méconnaissent une évidence : toutes, je dis bien toutes, les victimes sont pitoyables et toutes appellent la même compassion. Sans doute, en chacun de nous, la mort de l'enfant ou du vieillard suscite plus aisément l'émotion que la mort d'une femme de trente ans ou d'un homme mûr chargé de responsabilités, mais, dans la réalité humaine, elle n'en est pas moins douloureuse, et toute discrimination à cet égard serait porteuse d'injustice ! 
        S'agissant des policiers ou du personnel pénitentiaire, dont les organisations représentatives requièrent le maintien de la peine de mort à l'encontre de ceux qui attenteraient à la vie de leurs membres, le Gouvernement comprend parfaitement les préoccupations qui les animent, mais il demandera que ces amendements en soient rejetés. La sécurité des personnels de police et du personnel pénitentiaire doit être assurée. Toutes les mesures nécessaires pour assurer leur protection doivent être prises, Mais, dans la France de la fin du XXème siècle, on ne confie pas à la guillotine le soin d'assurer la sécurité des policiers et des surveillants. 
            
Et quant à la sanction du crime qui les atteindrait, aussi légitime quelle soit, cette peine ne peut être, dans nos lois, plus grave que celle qui frapperait les auteurs de crimes commis à l'encontre d'autres victimes. Soyons clairs : il ne peut exister dans la justice française de privilège pénal au profit de quelque profession ou corps que ce soit. Je suis sûr que les personnels de police et les personnels pénitentiaires le comprendront. Qu'ils sachent que nous nous montrerons attentifs à leur sécurité sans jamais pour autant en faire un corps à part dans la République. 
        Dans le même dessein de clarté, le projet n'offre aucune disposition concernant une quelconque peine de remplacement. Pour des raisons morales d'abord : la peine de mort est un supplice, et l'on ne remplace pas un supplice par un autre. Pour des raisons de politique et de clarté législatives aussi : par peine de remplacement, l'on vise communément une période de sûreté, c'est-à-dire un délai inscrit dans la loi pendant lequel le condamné n'est pas susceptible de bénéficier d'une mesure de libération conditionnelle ou d'une quelconque suspension de sa peine. Une telle peine existe déjà dans notre droit et sa durée peut atteindre dix-huit années. 
         Si je demande à l'Assemblée de ne pas ouvrir, à cet égard, un débat tendant à modifier cette mesure de sûreté, c'est parce que, dans un délai de deux ans - délai relativement court au regard du processus d'édification de la loi pénale - le Gouvernement aura l'honneur de lui soumettre le projet d'un nouveau code pénal, un code pénal adapté à la société française de la fin du XXème siècle et, je l'espère, de l'horizon du XXIème siècle. A cette occasion, il conviendra que soit défini, établi, pesé par vous ce que doit être le système des peines pour la société française d'aujourd'hui et de demain. C'est pourquoi je vous demande de ne pas mêler au débat de principe sur l'abolition une discussion sur la peine de remplacement, ou plutôt sur la mesure de sûreté, parce que cette discussion serait à la fois inopportune et inutile. Inopportune parce que, pour être harmonieux, le système des peines doit être pensé et défini en son entier, et non à la faveur d'un débat qui, par son objet même, se révèle nécessairement passionné et aboutirait à des solutions partielles. Discussion inutile parce que la mesure de sûreté existante frappera à l'évidence tous ceux qui vont être condamnés à la peine de réclusion criminelle à perpétuité dans les deux ou trois années au plus qui s'écouleront avant que vous n'ayez, mesdames, messieurs les députés, défini notre système de peines et, que, par conséquent, la question de leur libération ne saurait en aucune façon se poser. 
              
Les législateurs que vous êtes savent bien que la définition inscrite dans le nouveau code s'appliquera a eux, soit par l'effet immédiat de la loi pénale plus douce, soit - si elle est plus sévère - parce qu'on ne saurait faire de discrimination et que le régime de libération conditionnelle sera le même pour tous les condamnés à perpétuité. Par conséquent, n'ouvrez pas maintenant cette discussion. Pour les mêmes raisons de clarté et de simplicité, nous n'avons pas inséré dans le projet les dispositions relatives au temps de guerre, le Gouvernement sait bien que, quand le mépris de la vie, la violence mortelle deviennent la loi commune, quand certaines valeurs essentielles du temps de paix sont remplacées par d'autres qui expriment la primauté de la défense de la Patrie, alors le fondement même de l'abolition s'efface de la conscience collective pour la durée du conflit, et, bien entendu, l'abolition est alors entre parenthèses. Il est apparu au Gouvernement qu'il était malvenu, au moment où vous décidiez enfin de l'abolition dans la France en paix qui est heureusement la nôtre, de débattre du domaine éventuel de la peine de mort en temps de guerre, une guerre que rien heureusement n'annonce. 
            Ce sera au Gouvernement et au législateur, du temps de l'épreuve - si elle doit survenir - qu'il appartiendra d'y pourvoir, en même temps qu'aux nombreuses dispositions particulières qu'appelle une législation de guerre. Mais arrêter les modalités d'une législation de guerre à cet instant où nous abolissons la peine de mort n'aurait point de sens. Ce serait hors de propos au moment où, après cent quatre vingt-dix ans de débat, vous allez enfin prononcer et décider de l'abolition. 
                  
Les propos que j'ai tenus, les raisons que j'ai avancées, votre coeur, votre conscience vous les avaient déjà dictés aussi bien qu'à moi. Je tenais simplement, à ce moment essentiel de notre histoire judiciaire, à les rappeler, au nom du Gouvernement. Je sais que dans nos lois, tout dépend de votre volonté et de votre conscience. Je sais que beaucoup d'entre vous, dans la majorité comme dans l'opposition, ont lutté pour l'abolition Je sais que le Parlement aurait pu aisément, de sa seule initiative, libérer nos lois de la peine de mort. Vous avez accepté que ce soit sur un projet du Gouvernement que soit soumise à vos votes l'abolition, associant ainsi le Gouvernement et moi-même à cette grande mesure. 
                         Laissez-moi vous on remercier. Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. A cet instant plus qu'à aucun autre, j'ai le sentiment d'assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c'est-à-dire au sens de "service". Demain, vous voterez l'abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon coeur, je vous en remercie.

dimanche 1 décembre 2019

La parole comme acte de résistance à l'emprise d'un pouvoir étatique sur la langue

Répondre à cette problématique nous impose de mettre en perspective la novlangue décrite dans 1984 de Georges Orwell et le discours d’inauguration à la chaire de sémiologie au Collège de France de Roland Barthes. Pourquoi? Parce que la première référence explique avec précision la méthode utilisée par Big Brother pour étouffer toute possibilité de contestation et de révolution « dans l’oeuf », c’est-à-dire dans le coeur même de cette systématique par le biais de laquelle des Idées nous viennent à l’esprit, autrement dit « notre langue ». Or c’est précisément de l’imposition même de cette systématique dont il est question dans le discours de Roland Barthes, lequel contient cette formule courte et sans ambiguïtés: « la langue est fasciste ». Il nous faut néanmoins faire très attention à cette mise en forme, car c’est dans le même discours que Roland Barthes affirme: « malheureusement, le langage humain est sans extérieur, c’est un huis clos ». Cela signifie qu’il est absolument impossible de réfléchir, de penser, de créer sans langage. C’est exactement comme si nous disions  que l’existence nous est arbitrairement imposée et qu’à ce titre elle est totalitaire mais en même temps, il n’y a rien d’autre. C’est toujours en existant déjà que je peux critiquer le fait d’avoir été jeté dans l’existence sans l’avoir choisi. Exactement dans les mêmes termes, nous ne pouvons critiquer la dictature totalitaire de la langue sans avoir à reconnaître que c’est elle qui nous a nourri, éduqué, appris à penser. Comment résister à une oppression si originelle, si déterminante dans la construction de mon être, dans la façon même de prendre conscience de soi, des autres et du monde? Si nous nous interrogeons dans la façon même dont nous prenons conscience de nos sensations, de nos sentiments, nous trouverons nécessairement des mots, des phrases, de la syntaxe, des catégories et des opérations linguistiques. Comme le dit le linguiste Lothar Kelkel: « si l’expression de « langue maternelle » a un sens, c’est celui qui fait de la langue notre mère », voire notre matrice.
        Par conséquent si, reprenant la formule de Roland Barthes, nous considérons qu’il y a un fascisme étatique (on pourrait dire politique, mais comme le fait très justement remarquer Hannah Arendt: le totalitarisme, c’est la mort de la politique) et un fascisme linguistique. Le premier est conjoncturel, c’est-à-dire qu’il est épisodique, qu’il se manifeste dans certaines circonstances et que nous pouvons le renverser. Le second est structurel. Cela signifie qu’il est absolument impossible de concevoir une langue qui ne soit pas totalitaire. Toute langue impose des catégories, des opérations sans lesquelles penser nous serait rigoureusement impossible. Il est complètement illusoire de croire que l’on peut inventer un mode d’expression qui ne soit pas à quelque niveau linguistique. On ne sort pas de l’emprise totalitaire de la langue puisque elle est structurelle mais on peut lutter contre la tentative d’un pouvoir étatique de confisquer à son profit le pouvoir linguistique. Non seulement on le peut, mais on le doit parce que si cette emprise parvient à ses fins, alors le pouvoir étatique se donne une dimension première, fondamentale, originelle, structurelle. Nous comprenons parfaitement le projet de Big Brother quand nous réalisons ce mouvement là.
       
Bien saisir dans un premier temps le totalitarisme linguistique est une démarche que l’on peut appuyer sur le texte d’Alain extrait d’ « Eléments de Philosophie ». L’auteur est tout à fait favorable à cette emprise, à ce que l’on pourrait appeler « un rapt ». Le bébé crie naturellement, inconsciemment, mais il est aussitôt compris par sa mère. Il est compris dans la mesure même où il est mal compris, à savoir qu’il ne veut rien dire. On pourrait dire qu’il est compris au sens d’ « intégré » mais pas au sens où son message serait assimilé, d’ailleurs justement: il n’y a pas de message. Son cri ne s’adresse à personne mais sa mère « fait comme si » son enfant s’adressait à lui. Elle lui impose ainsi un lien qui va lui donner à elle quatre statuts: a) familial: elle est la génitrice b) social: elle assume aux yeux de la société son rôle de mère c) culturel: elle est la personne qui va intégrer l’enfant à la culture de son pays, de sa civilisation d) humain: elle est le vecteur par lequel le bébé est d’emblée accueilli, comme le dit Alain dans un monde de signes et non dans un monde de choses. L’enfant finalement vient moins au monde physique qu’au monde humain parce qu’on le contraint à « vouloir dire », à s’inscrire dans un système où tout est signifiant. Il est absolument impossible à une mère de ne pas faire ça puisque c’est justement dans ce détournement que l’enfant va s’accomplir en tant qu’homme et assimiler très vite les codes de signification, d’échange, de reconnaissance. C’est donc souhaitable si l’on veut, mais en même temps, l’enfant est d’emblée arraché à son immersion possible dans un monde purement physique, naturel, monde dans lequel ne s’activent que des forces, et non des signes. Alain a donc à la fois complètement raison d’affirmer que le premier monde de l’enfant est un monde de signes, un monde humain, et non un monde de choses. Mais reste en suspens la question de savoir si l’être humain a vraiment dit complètement « Adieu » au monde des forces, au monde naturel. N’existent-ils pas des troubles, ou plutôt ce que nous définissons comme tel qui attestent de la capacité de certains d’entre nous de percer ce mur des signes et d’apercevoir une réalité plus complexe, moins catégorielle, moins policée, moins lisse? N’est-ce pas le propre de l’artiste que de diriger notre perception du côté de ce monde dont nous avons été détournés dés notre venue au « monde » (mais justement lequel?)
        Nous sommes donc en présence de deux fascismes, l’un étatique, l’autre linguistique. Pour lutter contre le premier, il existe la résistance politique et pour « moduler » le second (car il est invincible) il existe l’art, c’est-à-dire une certaine manière de « détourner le détournement » dont Alain nous a parlé, contre Alain lui-même (puisque lui est totalement favorable à cette substitution d’un monde de signes à un monde de choses ou de forces). Combattre Big Brother et le fascisme étatique qui entreprend de s’approprier le fascisme linguistique suppose très logiquement que nous investissions la langue d’une dimension plus stylisée, plus artistique, plus poétique, plus inattendue, moins prévisible ou programmatique, moins systématique, que nous lui donnions des caractéristiques qui assouplissent et luttent en son sein contre cette fonction de mots d’ordre qui en même temps, lui est propre (c’est là toute la difficulté).
        Une précision fondamentale doit ici être exprimée: il ne s’agit pas de donner à une oeuvre d’art une fonction politique, car si nous agissons ainsi, nous perdons précisément tout ce qui en fait une oeuvre, laquelle est fondamentalement une brèche ouverte vers un monde physique et non socialisé, non signifiant, non humain. Il est plutôt question de faire valoir dans le discours politique cette même tentative de détournement, de renversement de l’art à l’égard de la langue telle qu’elle se manifeste dans la littérature, dans le droit que se donne la littérature d’aller à l’encontre de la systématique totalitaire de la langue Il faut faire valoir dans le discours politique la variable artistique d’un style qui contredise autant qu’elle le peut l’efficace banalisatrice, généralisante, caricaturale de tout langage. Et c’est très exactement sur ce point crucial que la parole prend vraiment tout son sens parce qu’elle s’oppose, en tant qu’« acte » à la langue qui est déjà une institution, un ordre, un système. Nous ne faisons ici que reprendre exactement les termes de Ferdinand de Saussure. La parole est vivante, elle s’effectue dans le présent (même si elle est préparée), elle est un acte et elle est « physique ».
        Dans cet extrait d’une prise de parole de Boris Johnson à la chambre des communes, nous percevons exactement le contraire de cette possibilité de résistance de la parole politique. Une succession d’hyperboles sans nuances ni style est ainsi « dégurgitée », à l’encontre de toute argumentation et analyse sérieuse. On martèle des mots d’ordre pour abrutir l’auditoire sans lui laisser le temps de comprendre, ni de prendre le moindre recul à l’égard d’un tableau que démentent formellement toutes les analyses économiques pertinentes. Cette rhétorique de l’outrance pour reprendre le terme de Clément Viktorovitch tue purement et simplement la capacité de résistance de l’éloquence (qui est un art) à la tentation totalitaire du discours politique (ou prétendu tel).


        Pour parfaitement illustrer cette capacité de résistance de la parole politique éloquente contre l’abrutissement de ce qu’il faut bien appeler l’usage totalitaire et grossier de la parole étatique, il est possible de citer, au-delà de la différence de contextes, les dernières paroles du discours à l’assemblée de Robert Badinter, garde des sceaux, pour l’abolition de la peine de mort:
« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, des exécutions furtives, à l’aube sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. A cet instant plus qu’à aucun autre, j’ai le sentiment d’assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c’est-à-dire au sens de « service ». Demain vous voterez l’abolition de la peine de mort. Législateurs, français, de tout mon cœur je vous remercie. »

      
                 Cette prise de parole est engagée. C'est clairement le combat auquel la vie de cet homme s'est consacrée qui parvient ici sous nos yeux à son apogée. La rhétorique est utilisée et assumée (rythme ternaire, images, grandiloquence, engagement personnel, (cœur)). Le discours est écrit mais un risque est toujours investi dans une prise de parole: que la voix ait une défaillance, qu'un incident interrompe le cours de l'audience, qu'un détail divertisse l'attention des parlementaires à ce moment là, etc. La stylisation de l'éloquence est ici évidente, convaincante. Il est clair que les phrases sont bien tournées, qu'elles sont grammaticalement correctes, c'est-à-dire que le fascisme de la langue cité par Roland Barthes n'est aucunement démenti, mais le fait même qu'un style s'y reconnaisse, qu'un homme y signe, de façon absolument claire, singulière et revendiquée "son" combat, plaide en faveur d'un "art" de l'éloquence. Robert Badinter utilise très exactement ce que "peut" la parole contre l'usage limitant, caricatural, appauvrissant de la rhétorique politique que nous reconnaissons dans le discours de Boris Johnson.