lundi 23 septembre 2024

Terminale 4 - Questions pour l'oral (24/09)

 1) Qu'est ce que le subconsient? Y croyez vous? Combien de fenêtres au rez de chaussée de la Charité?

2) Qu'est-ce qui permet de passer de la référence à Alain à celle de Proust?  Éventuellement écrivez une transition.

3) que veut dire Jean Paul Sartre quand il affirme que "nous sommes condamnés à être libre"? 

4) qu'est ce que la quasi-causalité selon Gilles Deleuze? Donnez un exemple

dimanche 22 septembre 2024

Terminale 1 / 4 / 5: suis-je ce que mon passé a fait de moi? - Utiliser la référence à la vengeance



L’être humain a une façon d’être dans le temps qui se traduit par trois facultés: la mémoire, l’attention et l’anticipation ou l’attente. Ces trois capacités sont dans l’esprit de l’être humain et c’est à partir d’elle que l’on peut parler de passé, de présent et de futur. En toute rigueur, il n’y a ni passé, ni présent, ni futur. Tout ce qu’il y a objectivement dans le monde c’est un mouvement sous la dynamique duquel tout devient toujours sans être jamais.  Cela veut dire qu’indépendamment de toute façon de parler humaine, il faudrait seulement nous interroger sur ce que nous sommes en train de devenir, parce que sous cet angle, ce qu’ IL Y A, c’est ça et juste ça. 

C’est bien ce que suggère saint Augustin à la fin de son texte. Il ne parle pas de la question de l’identification mais, rien ne nous empêche, nous, de la poser à partir de ce qu’il établit. Je ne peux pas vraiment être ce que le passé « pur » a fait de moi parce que ce passé « pur » n’existe pas ou plutôt il n’existe plus. Il a disparu. Si je conserve la trace de mon passé, c’est grâce à ma conscience, à ma mémoire, à ma sensibilité. Il est possible que je conserve un souvenir traumatique de tel ou tel épisode de mon passé. Quelque chose se fait jour ici, c’est qu’en fait il est possible que ce soit ça: la formation de soi, à savoir une façon propre aux hommes de se constituer quelque chose comme un être ou une identité à partir d’évènements qui ne sont plus mais autour desquels, un peu comme l’huître qui secrète de la nacre autour d’un grain de sable qui s’est immiscé dans la coquille, nous cristallisons de l’identité, le désir d’être quelqu’un ou quelque chose. Serions nous autre chose que cette sorte d’écho conscientisé (ou pas) qui se sédimente, se concrétise autour d’un évènement disparu? Un moi, est-ce que c’est autre chose que de la pensée qui se secrète autour d’une situation qui n’existe plus? (Notons ici que si la réponse à cette question est OUI, je ne suis pas ce que le passé a fait de moi, je suis ce que c’est que de se définir soi autour de tel ou tel évènement passé, je suis ce que c’est que de ne pas pouvoir se décoller d’un passé qui pourtant a disparu. Je suis l’impossibilité de faire son deuil d’un passé mort)





Nous pouvons ici penser à la vengeance tant elle réside précisément  dans une configuration mentale qui s’inscrit entièrement dans le « oui » à la question du sujet.  Dans certaines versions de Batman, on voit ainsi se développer une espèce de processus (un peu absurde) d’auto-engendrement réciproque. Le Joker accuse Batman de l’avoir « fait », de lui avoir donné naissance, en le balançant dans une cuve d’acide sulfurique et inversement Batman accuse le Joker de l’avoir fait naître en ayant tué ses parents.  Nous nous définissons comme des trajets de billes de flipper renvoyés par des bumpers qui désigneraient les évènements, et ce jusqu’à la mort. La vengeance, c’est ce mouvement très caractéristique par le biais duquel une personne décide de faire d’une agression, d’un drame, d’une blessure affective très forte qu’il a subi à cause de la malveillance d’une autre une « cause » ou plus simplement une direction existentielle un choix de vie auquel il soumet toute ses autres préoccupations. Le comte de Monte-Cristo, Beatrix Kiddo, Batman sont, en un sens (mais vraiment en un sens, il faut relativiser)  ce que le passé a fait d’elle ou d’eux. 

Il n’est pas du tout indifférent ici de penser que ce sont des personnages de fiction qui suscite en nous un « intérêt » pour le moins, voire de l’admiration. Beatrix Kiddo, dans le film de Quentin Tarantino veut tuer Bill et cela donne lieu non seulement à des scènes de combat au sabre hallucinantes mais plus philosophiquement à une espèce de fatalité, à la vie d’un personnage qui certes connaîtra des ratés, des problèmes mais, en même temps se déploiera exactement comme la détente d’un ressort que l’on aurait préalablement comprimé. En un sens le scénario entier de ces deux films tient dans ces deux mots: « Kill Bill ». 

Ce n’est pas seulement que ces héroïnes et ces héros décident de plus laisser quelque chose qu’on leur a fait mais c’est surtout que dans l’ouvrage de cette « réparation » qui n’en est pas une, ils semblent se conquérir un nom, une identité, un style de vie, une compétence, une violence, un « mode d’emploi » de la vie, tout simplement parce qu’ils savent quoi en faire: kill Bill (il se trouve en plus que Bill veut dire facture en anglais).




Mais pourquoi nous laissons nous favorablement impressionner par ce comportement là, par cette démarche qui consiste à se faire un nom dans une sorte « d’arrêt sur image », de pause, de fixation sur un instant de malheur auquel on va répondre par du malheur?  Comment pouvons nous concevoir comme des modèles, comme des attitudes parfaites irréprochables voire imitables des personnages masqués qui prennent prétexte d’un malheur arrivé dans leur vie pour se fermer à toute nouveauté, à toute nouvelle relation, à toute acceptation du caractère aléatoire et finalement aventureux du présent.

Cela pose une vraie question: où est l’aventure en fait? Dans notre capacité à nous fixer sur une identité close, gainée dans son armure anti-balles, dans ses repères identitaires légendaires: le S de superman ou le logo de la Chauve Souris ou bien au contraire dans notre aptitude à dépasser le passé et à s’ouvrir aux aléas du présent à sa contingence, à la nécessité d’y devenir cet autre que celui que l’on vient juste de cesser d’être? 

Il existe pour le moins deux films dont l’intelligence de scénario creuse beaucoup plus que la plupart des autres traitant de la vengeance le rapport au temps, à l’identité, à la liberté.

Il s’agit de Seven de David Fincher et de Memento de Christopher Nolan.

Attention SPOILER - Dans « Seven » la scène la plus caractéristique de cette réflexion sur la liberté est la dernière: David Mills tient en joug le criminel en série baptisé « John Doe » (mais son vrai nom reste inconnu)  alors que celui-ci s’est débrouillé pour que lui parvienne un paquet dans lequel se trouve la tête de la femme du détective. L’intégralité de ce film consiste dans le développement parfait et finalement sans accrocs du tueur qui, aussi bien dans ses crimes que dans ses prévisions, ne laisse pas la moindre prise aux aléas, au hasard. La dernière pièce de son puzzle est celle-ci: l’orchestration de sa propre mort par un policier qui cède à une colère, laquelle peut être considérée comme légitime mais certainement pas légale. Jusqu’où peut-on aller dans l’affirmation de ce que l’état de droit prévaut sur le sentiment?

Peut-on programmer un être humain comme un réveil dont on fixe l’heure à laquelle il sonnera? Pour John Doe, on le peut de telle sorte qu’il est possible d’attester de l’incapacité des êtres humains à résister à la tentation des 7 péchés capitaux. John Doe a un plan et ce projet vraiment implacable repose sur l’incapacité des humains à résister aux tentations des péchés. L’espèce humaine sera mûre pour la religion lorsque elle pourra manifester sa liberté à l’égard de pulsions qui l’enracinent dans des comportements vils et surtout prévisibles. 




Evidemment nous imaginons mal David Mills joué par Brad Pitt ranger son arme après avoir découvert ce que le criminel a fait à sa femme, ou encore Beatrix Kiddo enterrer son projet de tuer Bill après tout ce qu’il lui a fait. Toutefois David Fincher filme avec beaucoup d’intelligence le visage de Brad Pitt en intercalant des clichés rapides des moments heureux passés avec sa femme. De fait la décision ne se produit pas immédiatement, non seulement parce que l’autre détective qui comprend ce qui se passe lui hurle à distance qu’il lui faut ranger son arme, mais aussi parce qu’il est policier, ou peut-être plus encore parce que cet instant est « présent ». Nous qui assistons à cette scène comprenons à quel point la défaite de John Doe aurait précisément consisté à voir David Mills renoncer à la vengeance, à la colère et ranger son arme. Ce « choix » aussi improbable soit-il était « possible ». Il figurait parmi les lignes de suites envisageables à ce face à face. 

Le génie de ce film réside précisément dans le fait de ne pas se tromper sur ce que l’on pourrait fallacieusement appeler le triomphe de la vengeance. Tuer John Doe comme il le souhaite lui-même ardemment et comme cela va effectivement se produire, c’est non seulement se laisser glisser sur la pente de la programmabilité de l’être humain, de son téléguidage, tout comme un rat sur le système de récompense duquel on aurait branché des électrodes, mais c’est aussi choisir de ne pas voir ce fond de possibilités sur la base duquel s’effectuent tous nos choix, la contingence de tous les moments de notre existence.



David Mills a été ce que le passé a fait de lui, c’est-à-dire qu’il a agi comme il était prévisible qu’il agisse, qu’il a laissé le passé de tous les moments d’amour et de bonheur vécus avec sa femme décider de son geste présent et confirmer en tous points la démonstration du criminel. Mais contrairement au Comte de Monte-Christo ou à Kill Bill cette vengeance n’est absolument pas filmée ni célébrée comme héroïque. David Mills n’a pas seulement perdu sa femme enceinte, mais aussi sa liberté (dans tous les sens du terme), probablement sa plaque et un certain type de rapport à l’existence. 

Une personne habitée  par la vengeance choisit de s’enfermer dans un épisode du passé, de n’être que ce que le passé a fait d’elle. Nous pouvons juger que cette vengeance est légitime, mais elle ne peut s’inscrire dans la trame d’un droit légal et plus que cela encore elle suppose nécessairement une forme d’aveuglement, de névrose obsessionnelle, de fixation.

Cet instant est là maintenant: faut-il l’aborder comme l’occasion qui nous est donnée de nous enfermer dans une « réaction » ou de nous ouvrir à l’indétermination d’une « action »?  Il est possible que la première option soit pour nous la possibilité de nous faire un. « nom », de trouver une forme de réparation physique dans la douleur ou la mort que l’on inflige à la personne qui nous a blessé, offensé, agressé mais c’est également une occasion d’être libre que nous avons raté « librement », une forme pathologique de déni de l’ouverture de tout instant présent vers un futur improgrammable et inédit.





vendredi 20 septembre 2024

Terminales HLP groupe 1 et 2

 Questions pour l'oral - Terminales HLP 1 et 2 (23/09)

1) Qu'attendons nous d'un.e ami.e lorsque nous lui faisons partager le récit d'une expérience qui nous est propre?

2) Quelle est la différence entre l'empathie et la sympathie?

3) Pouvons nous vivre la même expérience qu'une autre personne? 

4) Parlons nous vraiment aux autres pour leur dire quelque chose?

Questions pour l'oral - Terminale 5 (24/09) et Terminale 1 (25/09)

 1) Comment faut-il commencer une dissertation de Philosophie type bac?

2) Pourquoi est-il impossible de s'identifier et d'exister dans le présent?

3)  Pour Saint Augustin, peut-on dire que le passé, le présent et le futur existent objectivement? Pourquoi?

4) Petit sujet de réflexion: comment utiliser la référence à la vengeance (vous pouvez penser à des films qui développent ce thème là, comme Seven de David Fincher)  dans cette dissertation?

mardi 17 septembre 2024

Terminale 1 / 4 / 5 - Suis-je ce que le passé a fait de moi ? - Texte de Saint Augustin



 « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent.
Comment donc, ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus. » (chap. XIV)

« Si le futur et le passé existent, je veux savoir où ils sont. Si je n’en suis pas encore capable, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont ni en tant que futur, ni en tant que passé, mais en tant que présents. Car si le futur y est en tant que futur, il n’y est pas encore ; si le passé y est en tant que passé, il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils ne sont qu’en tant que présents. Lorsque nous faisons du passé des récits véritables, ce qui vient de notre mémoire, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, qui ont cessé d’être, mais des termes conçus à partir des images des choses, lesquelles en traversant nos sens ont gravé dans notre esprit des sortes d’empreintes. » (chap. XVIII)

« Ce qui m’apparaît maintenant avec la clarté de l’évidence, c’est que ni l’avenir, ni le passé n’existent. Ce n’est pas user de termes propres que de dire : « Il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir ». Peut-être dirait-on plus justement : « Il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. » Car ces trois sortes de temps existent dans notre esprit et je ne les vois pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est l’intuition directe ; le présent de l’avenir, c’est l’attente. » (chap. XX) 

                                                                Saint Augustin (354 - 430) 


  Dans cet extrait des Confessions, Saint Augustin ne cesse de pointer les paradoxes du temps. On ne peut pas échapper à ces contradictions parce que nous sommes bien confronté.e.s dans le réel de nos vies à des évènements qui sont passés, qui se passeront ou qui sont en train de se passer. Rien n'est plus effectif, concret que le temps en ce sens.

            Et pourtant le passé n'est plus et le futur n'est pas encore. Évoquer ces deux temps, c'est le faire au présent. Donc seul le présent existe. Mais ce qui est troublant c'est qu'en fait le présent que je peux mentionner est en fait déjà du passé, certes récent mais passé quand même.  Résumons cette contradiction entre passé et présent. Le passé n'est pas puisque il n'est plus par rapport au présent qui déjà est en train de le dépasser mais ce présent lui-même puisque il passe est passé. Je ne peux en parler qu'en tant qu'il est solidifié dans un passé. C'est quoi ce présent que je ne peux identifier qu'en tant qu'il n'est plus ce qu'il est???

                Saint Augustin n'a pas la prétention de résoudre ce paradoxe mais de l'élucider un peu. Une chose est sûre dit-il c'est qu'objectivement (on pourrait dire "extérieurement") il n'y a pas de passé, ni de présent ni de futur. Par contre, l'esprit humain utilise cette distinction: de fait nous avons des facultés de mémoire (passé)  d'attention (présent)  et d'anticipation (futur). Par conséquent, dés que nous parlons de passé, de présent ou de futur, nous ne sommes pas du tout dans le monde, dans l'univers, dans le cosmos "brut" mais nous sommes dans un rapport qui relie l'être humain et sa pensée d'une part  avec le monde, la vie, l'être d'autre part.

         En quoi cela nous aide pour ce sujet là? En ceci que la question ne peut se comprendre qu'en tant qu'elle nous met en face de notre esprit. En d'autres termes, ce texte fait naître un soupçon qui est bel et bien une forme de réponse au sujet. Ce soupçon c'est qu'en fait tout cela se passe en moi dans la pensée humaine et donc que si je ne suis que ce que mon passé a fait de moi, c'est davantage une affaire de configuration mentale qu'une fatalité qui me frapperait de l'extérieur. Qu'il y ait dans la vie un mouvement qui m'impose de devenir (autre), c'est un fait indiscutable. Que mon présent pour être identifié comme présent est paradoxalement déjà posé comme passé, c'est indiscutable aussi. Le problème donc tient à moi et surtout au degré d’intensité auquel je vais décider de porter la question "qui suis-je?" Si ce que je veux c'est une identité, savoir qui je suis, je vais nécessairement me tourner vers mon passé....Sauf qu'en fait, c'est plutôt celui que j'étais et donc si mon souci est celui de l'exactitude, du moment pile, de ce que je suis en train d'être, je serai bien dans mon présent sauf que la réponse à la question qui suis-je va nécessairement demeurer en suspens, faute de portrait identifiable. Le présent pur fait perdre tout caractère opérationnel à la question qui suis-je? On pourrait dire qu'elle est en train de faire ce qu'elle peut pour maintenir le suspens de la question suis-je? C'est exactement comme si le passé répondait à une question que le présent re-pose à chaque instant comme une blessure ouverte (le roi pêcheur dans la quête du Graal). "Oui, tu étais cela, mais maintenant? Et maintenant? Et maintenant?" Nous ne pouvons que répondre par un balbutiement à la question "qui suis-je?", si nous la posons dans la rigueur de son instantanéité la plus stricte.

Terminale 1 / 4 / 5 - Suis-je ce que mon passé a fait de moi? - Un exemple d'introduction

 


Ce qui suit est un exemple d'introduction. On y retrouve les trois phases:

1) L'amorce qui amène le problème en partant d'une situation courante

2) la mise en lumière de la contradiction qui pointe à la surface de cette situation

3) Le travail de formulation du problème philosophique vers lequel le sujet nous oriente

        Si cette introduction semble longue, c'est que chaque moment est très développé, dans un souci d'élucidation des étapes qu'il convient de suivre. L'exigence de clarté est une donnée vraiment fondamentale de la rédaction d'une dissertation, mais il est évidemment possible de faire plus court. l'essentiel ici est que chacun et chacun réalise ce qu'il faut faire et l'enchaînement des trois moments. Il faut rappeler à quel point la question finale est cruciale. Nous y formulons le problème (le rapport entre l'identité et la liberté). Rater cette étape revient à ne pas saisir le problème implicitement compris dans le sujet. il aboutit à un hors sujet, défaut extrêmement dommageable.



( 1er moment) Lorsque nous nous rendons à notre travail, nous effectuons un trajet déjà emprunté plus d’une centaine de fois. Il se produit alors une routine au sein de laquelle le corps commande l’action effectuée en suivant les automatismes de l’habitude. Cette emprise est si forte qu’il n’est pas rare que l’on se retrouve surpris d’arriver à notre destination sans vraiment avoir guidé nos jambes qui semblent avoir parfaitement assimilé le chemin. C’est comme si  l’itinéraire était gravé dans les muscles, inscrit dans nos nerfs. Mais ce n’est pas seulement notre corps qui manifeste ici une forme de contrôle de notre personne, c’est un corps « dressé » dans les mécanismes duquel quelque chose a été comme implanté ainsi qu’on le dirait d’un programme. C’est le souvenir des trajets passés qui a motivé le déplacement présent, lequel finalement n’agit que sous influence d’un passé cent fois répété. En un sens nous pourrions dire que nous avons marché au gré de notre souvenir, dans notre tête, plus que sur une route réelle.  (2e moment) Mais alors où suis-je? Que suis-je en train d’être si c’est mon moi passé qui déploie son programme dans ma vie actuelle? Si mon présent se limite à répéter les choses que j’ai vécues dans le passé , en quoi est-il présent? Cette imprégnation de mon passé dans mon quotidien présent ne peut pas se vivre autrement que comme une fermeture, comme un repli, voire comme un refus. Mais de quoi, au juste? D’une considération qui s’impose avec évidence et relativise la dictature du moi passé, celle qui met en lumière que c’est finalement moi qui laisse ainsi le présent s’effacer devant le passé. En deçà de ce que je lui surimpose, il existe bel et bien un dynamisme, une réalité mobile, un flux qui fait advenir un instant pur, le jaillissement d’un moment absolument improgrammable, incertain, indéterminé au sein duquel tout peut arriver, y compris ma mort.  Aussi conditionné que je sois à répéter les gestes de mon passé dans mon présent, ce présent est celui de toutes les aventures, de tous les dangers aussi. Il n’est absolument rien qui puisse me garantir quoi que ce soit de cet instant présent, en tant qu'il est présent. Ce que je suis en train d’être, c’est justement un autre être que celui que j’étais hier. J’ai choisi de laisser mon passé envahir mon présent mais l’instant en lui-même est celui d’un passage, d’un devenir, d’une altérité, d’une mort imminente possible. (3e moment) Nous pouvons ainsi mesurer tout ce que notre présent doit à notre passé puisqu'il  en est la continuité, mais réaliser aussi que s’il est présent c’est justement parce qu’il n’est plus mon passé. Le terme « identité » vent du latin idem qui signifie « même » (mais même que quoi?). Je connais mon identité quand je parviens à déterminer une ressemblance et nous ne voyons pas à qui nous pourrions mieux ressembler qu’à celle ou celui que nous venons juste d’être, mais en même temps si nous venons de l’être, nous ne le sommes déjà plus. Faut-il se résoudre à ne pouvoir s’identifier qu’à un moi passé? Y’aurait-il une réponse à la question « qui suis-je? » si je prends en compte cet inconnaissable qu’est l’instant présent fluide, dynamique, inarrêtable? Si nous nous identifions à notre passé, nous disposons d’une réponse à la question « qui suis-je? », mais n’est-ce pas au prix de notre liberté que nous  jouissons de cet autoportrait? 




mercredi 11 septembre 2024

EMC - Seconde 5: Joute oratoire

 


Expliquer un comportement délinquant, est-ce l'excuser?


Oui: Samuel Degay - Zoé Passard - Lélia Fradet

Non: Eléa Ognier - Evan Seibel - Anaëlle Regent


Peut-on envisager sérieusement une humanité nomade?


Oui: Rachel Guillaume - Nathan Cheviet - Manon Nasom

Non: Lilie Piot - Camille Barcelo - Antoine Roy


A-t-on raison de s’indigner?


Oui: Eléonore Varrier - Eliott Ruisseaux - Nina Petiot

Non: Océane Dussouillez - Clovis Didier - Martin Bonzon


Peut-on aimer quelqu’un sans rien attendre en retour?


Oui: Zoé Grandvuillemin -  Elyssa Loiodice - Oscar Tronc

Non: Robin Villefranque - Arthur Chaussin - Kellya Rollier


Les réseaux sociaux sont-il un facteur de progrès social? 


Oui: André Bastien - Camille Michaud -  Rose Ngoh 

Non: Luc Bizot - Joris Marle - Florine Le Bars 


L’augmentation de l’espérance de vie est-elle nécessairement un bien? 


Oui: Alexis Jacquot - Gabriel Dechaume- Lala

Non:  Gabin Mont - Clara Michaud Ferrari - Ambre Roussel-Galle




Dans la joute oratoire, chacun des groupes utilisera ce plan. Il disposera  avant la « confrontation (qui n’aura lieu que dans le troisième moment) du temps pour développer sa compréhension de la question et posément les trois arguments, au moins, qui ont été travaillés par les tenants du oui et du non. Il est vraiment essentiel que chacune et chacun comprenne que des références à des personnes ou des situations que vous avez connues ne peuvent EN AUCUNE MANIERE constituer des arguments valables. Des arguments sont des raisonnements compréhensibles par toutes et tous et pas du tout des expériences que seul.e.s celles et ceux qui les ont vécues pourraient comprendre. Les joutes oratoires commenceront le jeudi 10 octobre.

  1. Comment nous avons compris le sujet
  2. Les trois arguments (au moins)  que nous avons trouvés
  3. Discussion « frontale »
  4. Les références utilisées 
  5. Pourquoi nous avons raison et les autres ont tort
  6. S’il n’y avait qu’un argument à donner, ce serait celui-là