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samedi 9 mai 2026

EMC Terminale 5: Concours d'éloquence - Nina VUKADINOVIĆ

 



La femme est-elle une louve pour l'homme ?


Vukadinović. C'est mon nom. Et avant que vous ne vous demandiez d'où il vient — laissez-moi vous le traduire. Vuk : le loup. Ović : fils , descendant, la lignée, le sang, la transmission.

Mon nom signifie, mot pour mot, fils du loup.

Je suis une femme. Et on m'a demandé si j'étais dangereuse.

Je ne suis pas ici pour me défendre. Je suis ici pour retourner la question, parce que derrière cette métaphore de la femme-louve se cache quelque chose de bien plus révélateur que la nature féminine. Quelque chose qui parle de pouvoir, de peur, et d’un monde qui n’a jamais su quoi faire des femmes qui refusent d’être apprivoisées.

Depuis des siècles, on nomme la femme pour la contenir. Sorcière. Harpie. Mégère. Louve. Ces mots ne décrivent pas, ils condamnent. Ils sont les barreaux d’une cage invisible, forgés par ceux qui avaient peur de ce qu’ils ne pouvaient pas domestiquer.

Observez le mécanisme. La femme forte ? Dangereuse. La femme qui parle ? Insolente. La femme qui refuse ? Sauvage. Et la femme qui ose prendre de la place, dans une salle, dans une décision, dans une vie, on la dit louve. Comme si l’espace qu’elle occupe avait été volé à quelqu’un. Ce n’est pas un accident. C’est une stratégie aussi vieille que la domination elle-même. Nommer, c’est encadrer. Réduire une femme à une bête, c’est se dispenser de répondre à ses arguments.

« On ne naît pas femme, on le devient. »

Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949

On ne naît pas louve non plus. On vous en colle l’étiquette le jour où vous cessez d’être commode. Ce n’est pas un constat sur la nature des femmes. C’est un aveu sur la fragilité de ceux qui les nomment.




Dans la culture des Balkans, la mienne, celle que je porte dans chaque syllabe de mon patronyme, le loup n’est pas simplement une bête. Il est une figure double, irréductible. Tantôt symbole de liberté absolue, tantôt messager de mort.

Le loup est ce qui existe en dehors de l’ordre établi. Ce qui ne se laisse pas apprivoiser.

Ce qui trace sa propre route sans demander la permission.

Il y a un mot : vukodlak. Composé de vuk, le loup, et dlaka, la fourrure. La créature-frontière, ni tout à fait humaine, ni tout à fait animale. Un être des deux mondes que personne ne sait classer, alors on en fait un monstre.

Et qui, dans l’imaginaire collectif, a-t-on toujours placé à cette frontière ? La femme.

Celle qui n’est jamais assez douce ni assez sauvage. Trop forte pour avoir besoin de protection, trop vulnérable pour mériter le respect.

La vućica, la louve, c’est précisément cela : une femme qui refuse d’être rangée dans une case. Qui existe à la frontière. Et qui n’en a pas honte.

Ma culture a mis le loup dans mon nom. Puis elle a passé des siècles à demander aux femmes de ne pas rugir.

Posons la vraie question : pourquoi le prédateur de cette métaphore est-il toujours féminin ? Hobbes écrivait homo homini lupus, l’homme est un loup pour l’homme.

Violence contre violence, égal contre égal. Mais quand on parle de la femme, le loup ne regarde plus son semblable. Il regarde celui qui voulait la domestiquer, et qui ne l’a pas obtenu.

Ce renversement n’est pas innocent. Il dit ceci : la femme est menaçante non parce qu’elle est violente, mais parce qu’elle est libre. Et la liberté de l’autre a toujours été terrifiante pour celui qui a bâti son confort sur sa soumission.

« Le féminisme est la conviction radicale que les femmes sont des êtres humains. »

Chimamanda Ngozi Adichie, Nous sommes tous des féministes, 2014



Radical. Le mot vient du latin radix : la racine. Affirmer que les femmes sont des êtres humains, pleinement, entièrement, sans condition, est encore, en ce siècle, considéré comme radical. Ce seul fait devrait nous tenir éveillés.

Alors oui. Si être une louve, c’est refuser qu’on décide à ma place de ce que je peux être, dire, vouloir, occuper,  je revendique ce nom. Sans excuse. Sans négociation.

Mais soyons honnêtes sur une chose. Si aujourd’hui des femmes montrent les crocs, c’est parce qu’on les y a réduites. On leur a enseigné que le silence protège, il ne protège pas. On leur a promis que la douceur désarme, elle n’a désarmé personne. On leur a pris des mots, des droits, des corps, des nuits, des carrières, des noms. Et l’on s’étonne qu’elles mordent ?

Les crocs ne sont pas une menace. Ils sont une mémoire. Chaque femme qui prend la parole aujourd’hui le fait aussi pour celles qui n’ont pas pu. Chaque femme qui refuse de rétrécir le fait à la place de celles qu’on a étouffées. Ce n’est pas de la rage. C’est de la justice transmise de génération en génération, comme un nom de famille.

Ce discours n’est pas une déclaration de guerre. C’est une invitation. Aux femmes ici : vous n’avez pas à vous faire petites pour mériter votre place, montrez les crocs. Aux hommes : la femme qui se lève n’est pas votre ennemie. Elle est la preuve vivante que vous pouvez faire mieux. Que nous pouvons tous faire mieux.

Je m’appelle Vukadinović. Fille du fils du loup. Ce nom m’a été transmis par des hommes, dans une langue qui ne pensait pas aux femmes en le forgeant. Mais c'est moi qui me lève devant vous aujourd’hui. 

La louve a allaité les fondateurs de Rome.

Si c’est ça la menace féminine — vive la menace.



lundi 12 janvier 2026

Terminales EMC: La femme est l'avenir / le devenir de l'homme (pour tous les groupes traitant cette question en EMC)

 


La phrase:" la femme est l'avenir de l'homme" vient du poème: "le fou d'Elsa" (1963) de Louis Aragon inspirée par sa compagne Elsa Triolet. Elle  s’inscrit dans une vison marxiste: comme le prolétaire libère l’homme de l’exploitation, la femme libère l’humanité de l’oppression patriarcale. 

            Il faut relier cette phrase à la distinction entre sexe (biologique : mâle/femelle) et genre (construction sociale : rôles imposés par la société). Aragon ne parle pas de biologie, mais d’un horizon social où la femme, opprimée dans la société patriarcale (domination masculine), devient l’agent du changement vers l’égalité. Cela annonce l’abandon des hiérarchies genrées pour une société juste. Nous savons bien que cette détermination biologique des sexes est dépassable et qu'il existe une construction par le biais de laquelle l'individu peut démentir l'identification systématique du sexe et du genre. 


        Aujourd’hui, quelques progrès (bien trop faibles) confirment cette vision : les femmes accèdent aux études supérieures et aux postes de cadres (43% en 2023, contre 22% en 1982) ; l’écart salarial à poste égal tombe à 4%, mais c'est encore beaucoup trop. La parité progresse un peu en politique (49% aux élections européennes) ; des mesures comme la bonification des retraites pour les mères réduisent les inégalités, même si de telles mesures limitent le rôle de la femme à celui de mère. Ces évolutions montrent les femmes en actrices du progrès social.

        La femme n’est pas l’avenir de l’homme, mais son devenir en termes deleuziens ( Deleuze et Guattari sont des philosophes qui ont décrit ce concept dans leur livre: Mille Plateaux). Le « devenir femme » ne veut pas dire qu'il faut que les hommes imitent les femmes, mais  qu'il importe de déconstruire les identités rigides (mâle dominant/femelle soumise) : considérer le féminin  comme une disposition, une nouvelle configuration, un mode de pensée qui accorde plus de valeur à la puissance qu'au pouvoir et dont la fluidité soit à même de détruire les oppositions binaires caricaturales et fallacieuses. L’humanité n’est pas sexuée. Etre humain, ce n'est pas être "homme" au sens de mâle, pourtant jusqu'à présent, grammaticalement le féminin doit se mettre en retrait devant le masculin. Pourquoi? Affirmer qu'il existe un devenir féminin qui doit traverser les sociétés ne signifie pas du tout que les mâles doivent devenir des femmes mais que ce mode de pensée plus fluide qui fasse enfin droit à la puissance (contre le pouvoir) , à l'Aiôn (contre chronos) va de pair avec une compréhension plus sereine et tout simplement plus juste, plus pertinente quand à la situation de l'être humain dans le monde, dans la nature, y compris dans l'être. Le dasein n'est pas sexué mais de fait on réalise bien que ce qui le définit en tant que dasein n'est certainement pas un pouvoir mais une puissance qui soit à même de prendre en compte sa contingence, sa fragilité, sa mortalité (des qualités très féminines au demeurant, non pas que le mâle ne soit pas mortel mais le masculin se caractérise par l'acquisition d'un pouvoir social grâce auquel on peut dominer les autres humain.e.s). A cet égard il ne fait aucun doute que l'exercice de la philosophie ne peut se concevoir qu'en tant que devenir féminin.

Pour Gilles Deleuze et Félix Guattari le « devenir minoritaire » est une stratégie d’émancipation : les minorités (opprimées, comme les femmes) ne conquièrent pas le pouvoir majoritaire (État, normes dominantes), mais créent des lignes de fuite, des multiplicités créatives qui échappent à la majorité. Il n’y a pas de « devenir-majoritaire » car la majorité est le standard figé (blanc, mâle, hétéro). Il est plus difficile de devenir "quelqu'un" dans une société patriarcale quand vous êtes mâle, blanc père de famille, parce que vous êtes transparent (vous êtes "monsieur tout le monde", c'est-à-dire PERSONNE) dans un cadre où finalement tout est fait pour vous et vous n'avez plus rien à devenir, ce qui n'est pas le cas d'une femme immigrée, mère célibataire, en devenir de tellement de statuts qui lui manquent etc. L'individuation (à ne pas confondre avec l'individualisme, c'est même le contraire de cela) donne raison aux minorités, aux devenir minoritaires et, sous cet angle, ce que nous vivons en ce moment, c'est l'agonie bruyante du majoritaire, c'est-à-dire du mâle blanc boomer qui gagatise un peu, voire beaucoup (comme Michel Onfray,  ou tous les masculinistes qui essaiment sur le net). Les chiens crient beaucoup (dans une sphère médiatique qui leur donne beaucoup plus de résonance qu'ils n'en ont réellement) mais la caravane est déjà en train de passer, quoi qu'il advienne! Le devenir féminin est le devenir de l'humain, et cela ne veut pas dire du tout que les "garçons" n'ont qu'à la fermer. C'est même le contraire, c'est à eux de défendre ce devenir féminin là, peut-être même plus que les filles sans quoi le risque est grand de devenir un Donald Trump bis, ou un Pascal Praud....C'est vous dire si le danger est menaçant...

        Dans Mille Plateaux (1980), Deleuze et Guattari expliquent que le « devenir-femme » n’est pas devenir biologiquement femme ou singer ses attributs (robes, douceur). C’est un processus où l’homme (ou n’importe qui) échappe à l’identité mâle rigide, phallocratique, imposée par la société patriarcale : le « mâle blanc adulte » comme norme universelle. Au lieu d’une opposition homme/femme figée, on crée une « ligne de fuite » : une transformation fluide vers une féminité multiple, subversive, qui dissout les hiérarchies genrées. Par "féminité" il faut entendre "intelligence" et les garçons aussi, évidemment  ont cette possibilité là. Ce n'est pas une question de sexe.


        L’humanité, donc,  n’est pas sexuée de manière binaire et fixe ; les identités sont des constructions sociales oppressives. Le devenir-femme est le premier mouvement pour que tout devienne minoritaire : hommes, femmes, animaux, imperceptible. L’homme dominant doit « minorer » son pouvoir (agressivité, possession) pour libérer des désirs nouveaux, non genrés. Exemple : un homme qui pleure librement, qui crée en douceur, sans dominer, incarne déjà ce devenir – il n’imite pas la femme, il la produit en lui comme force révolutionnaire.

        C’est une stratégie émancipatrice : les minoritaires (femmes, immigrés, artistes, enfants) ne visent pas à devenir majoritaires (prendre le pouvoir de l’État ou des normes). La majorité est un standard mortifère, un « arbrifié » (hiérarchique, unifié). Le devenir-minoritaire prolifère en multiplicités : flux, connexions, singularités. Pas de « devenir-majoritaire » car cela renforce le système existant ; on minore tout pour inventer un nouveau mode de "zoôn politikon". Ainsi, le devenir-femme de l’homme désexualise l’humanité vers un être à devenir, fluide, créatif, davantage en prise avec l'aiôn qu'avec chronos. 

dimanche 16 novembre 2025

EMC - Seconde 6 : joute oratoire

 


1 -  Peut-on s’informer ?

OUI:

Léonie Loersch - Lola Pereira -  Mina Tachekra

NON: 

Iker Fernandez Carricondo - Jade Aubry - Yoel Okumba

2 - L’écologie est-elle une cause à défendre politiquement?

 

OUI:

Léa Magot - Eloi Schmitt - Maëlys Trévédy - Khalil Boukhelout

 

 

NON: 

Martin Blanchon - Jamylin Robert Dos Santos - Joseph Godart

 

3 - La justice punitive peut-elle efficacement réduire la délinquance?

 

OUI:

Malo Schmitt - Zélie Maignan - Mélissa Cambazard

 

NON:

Zélie Barbier - Noa Flexas - Ambre Schmitt - Faustin Michaud


4 - L’IA fait-elle progresser l’humanité? 

 

OUI:

Loan Deville - Lucien Boulcourt - Alessio Sallet Garcia

 

NON:

Sarah Michel - Yanis Vidinha - Mathilde Reverchon - Léonie Devillers



lundi 1 septembre 2025

EMC Terminales 1, 2, 4, 5, 6, 7, Secondes 8, seconde 6, Première 5 - Présentation d'un film

 


Vous pouvez mener à bien ce travail seul.e ou en groupes (de trois personnes maxi). 

De quoi s’agit-il?  De présenter un film dont le sujet porte sur un sujet de société et qui le traite selon vous avec justesse, à propos, pertinence.  Il va de soi qu’il faut donc choisir ce que l’on appelle des « films à thèse ». "Fight club » de David Fincher ou encore Oppenheimer de Christopher Nolan sont des films à thèse, les Tuche d’Olivier Baroud, non! La présentation ne doit pas dépasser 15 minutes.

Dans ce temps, il faut réaliser trois moments:

1- Donner quelques brèves indications sur le réalisateur, l’année de tournage (éventuellement les acteurs principaux). Mais il faut aussi décrire le synopsis du film (sans spoiler)  Mais SURTOUT les options, le style et les choix techniques du cinéaste. Il est question ici d’exposer « l’angle de vue », la perspective choisie pour entrer dans une question qui concerne tout le monde. Cela peut aussi avoir trait, à la « caméra » du réalisateur  si l’on peut dire. Bien que des considérations formelles, propres aux techniques cinématographiques, puissent ici être évoquées, il convient de ne jamais totalement abandonner le fait que ce film vous a fait de l’effet, vous a touché, ému, révolté, impacté et qu’il est simplement affaire par cet exercice de détailler le « comment », de saisir sa puissance de mobilisation, de focalisation sur une question dont nous entendons parler dans les médias, que nous approchons dans notre existence quotidienne ou qui nous travaille depuis longtemps mais qui va gagner dans cette action d’être filmée une puissance de réalisation inégalable.


2 - C’est justement dans cet esprit (comment il fait?) que vous choisirez alors une séquence qui vous semble décisive dans le traitement du sujet choisi par le réalisateur. Ce n’est pas forcément une scène décisive pour l’action du film lui-même mais plutôt pour le problème de société et pour l’angle de vue choisi par le réalisateur ou la réalisatrice. Il est possible de choisir un moment très court que vous allez vraiment décortiquer plan après plan ou bien dont vous allez analyser finement le dialogue. Il est absolument impossible que cette scène dure plus de 5 minutes (le propos n’est pas vraiment de regarder un film mais de souligner sa puissance d’évocation, sa capacité à éveiller la conscience des spectateur.trice.s. Pourquoi, le cinéma est-il le seul art à pouvoir éveiller de cette manière ? Si cela n’apparaît pas dans votre présentation, c’est très mauvais signe notamment par rapport à la qualité du film choisi. Tout film est  finalement un regard (celui du réalisateur) qui travaille votre regard et dans la pleine compréhension de ce mécanisme qui est celui-là même du cinéma, il s’agit donc pour vous de relever tous les procédés utilisés par l’auteur pour agir de la façon la plus directe, la plus brute sur ce que que c’est « regarder » pour un spectateur.  Vous avez été convaincu.e par ce film, mais pour autant vous n’êtes pas dupe de toutes les méthodes, de toutes les techniques, de tous les choix scénaristiques utilisés par l’auteur pour parvenir à ce but, et c’est là-dessus que vous allez insister. Plus vous serez capable de relier dans cette analyse ces ressorts et les effets qu’ils produisent sur le spectateur, plus vous serez dans l’esprit de cet exercice. En d’autres termes, cela réclame de votre part à la fois un regard assez froid pour détecter ces ressorts (cela suppose évidemment que vous avez regardé ce film plusieurs fois) et en même temps un intérêt authentique, un goût , voire une passion à l’endroit de cette œuvre. Il est quand même bel et bien question de nous faire partager (intelligemment) un engouement, une puissance de séduction du film.


3 - En dernier lieu, il s’agira pour vous de faire très clairement le rapport avec le sujet de société traité. Pourquoi c’est après avoir vu ce film que vous avez pris conscience de telle ou telle question? Vous pouvez utiliser le « je » mais si cela a marché pour vous, cela marchera aussi nécessairement sur les autres.