mercredi 20 mai 2026

Terminales 2 / 5 / 7: Faut-il attendre de la science qu'elle dévoile la vérité de la nature?

 


1 - Introduction

Nous entendons aujourd’hui parler de la notion de « post vérité ». Mais que faut-il entendre par ce terme? Une sorte de « régime » au sein duquel la vérité factuelle ne fait plus autorité. Nous pourrions parler d’une sphère médiatique dans laquelle des faits pourtant constatés ou encore des thèses démontrées ne sont pas reconnues comme vraies au profit d’opinions, de prises de positions idéologiques. On glisse du journalisme d’investigation au journalisme d’opinion dés lors que l’on estime que la vérification, que la convergence des sources, que les preuves ne sont plus nécessaires à l’affirmation d’une proposition. Politiquement nous réalisons clairement que les régimes qui s’orientent vers cette direction sont les mêmes qui s’efforcent de diminuer aussi bien financièrement que sociologiquement la place de la science dans les médias d’information. Logiquement nous pourrions en déduire que l’âge de la « vérité » correspondrait donc à l’autorité de la science (et conséquemment que nous serions en train d’en sortir). Cela supposerait que c’est ou que c’était de la science qu’il fallait attendre une parole « vraie ». Mais est-ce bien le cas? La science a accompli des progrès remarquables lorsque elle a compris comme l’a dit Emmanuel Kant que c’était à elle qu’il importait de prendre les devants et non de se laisser dicter ses lois par la nature: « les physiciens comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans et qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu'elle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle; car autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé d'avance, nos observations ne se rattacheraient point à une loi nécessaire, chose que la raison demande et dont elle a besoin. » Emmanuel Kant décrit ce parti pris d’activité du savant de la science moderne, celui que Galilée appelle « l’essayeur ». La nature n’a rien à dire, dans tous les sens du terme, elle n’a plus qu’à se soumettre, qu’à répondre aux questions que le scientifique lui pose et seulement à celles-ci.  Où se situent vraiment dés lors les « lois » que le savant « localise » comme étant dans la nature? Ne seraient-elles pas plutôt celles de sa raison? Faut-il attendre de la science qu’elle révèle la vérité qui est donnée dans la nature ou qu’elle construise de toutes pièces un modèle rationnel qu’elle lui impose de l’extérieur? Si cette dernière option est valide, sommes nous encore en droit d’utiliser le terme de « vérité »? 


2 - Analyse des termes

 (Attention: nous allons dans cette partie définir précisément les termes. Dans une dissertation, cette analyse tout à fait nécessaire devrait être rédigée de façon plus souple afin de s’intégrer à la forme d’une dissertation type baccalauréat)

La notion de vérité est plurivoque : elle ne renvoie pas à un seul sens mais à plusieurs régimes distincts.  On peut néanmoins distinguer globalement deux sortes de vérités, celles qui supposent une convenance, un accord, une adéquation de telle sorte que la vérité est finalement une sorte d’ajustement  par l’entremise duquel ce que l’on avance est « correct », c’est-à-dire correspond à ce qu’il « faut » avancer. Il y a quelque chose de normatif ici. La vérité est un critère (ce qui peut poser problème alors est le fait que cette définition de la vérité comme critère est sans fond parce qu’elle ouvre le questionnement du critère du critère). Das cette catégorie de la vérité comme correspondance, il faut insister sur le fait que cette convenance ne s’applique pas aux mêmes « éléments »:

a) on parle ainsi (avec Kant) de vérité « assertorique » lorsque la proposition émise porte sur un fait qui s’est produit, qui aurait pu ne pas se produire, comme finalement les faits historiques, « factuels » (oui cela peut apparaître comme un pléonasme mais ce n’est pas le cas). On peut ainsi décrire une multitude faits historiques parfaitement contingents et sans lesquels l’histoire des peuples auraient été différentes.  Mais de fait, ils se sont passés et c’est comme ça: le tout de l’histoire des peuples tient à une multitude de petits riens. 

b) Kant oppose cette vérité assertorique à la vérité apodictique qui n’est pas contingente mais nécessaire, rationnelle, logique, universelle  et incontestable: « 2 + 2 = 4 » ou « un triangle a trois côtés ». Il y a bien ici encore une « adéquation », mais ce n’est pas celle de la proposition et du fait, c’est celle de la proposition et de la conclusion d’un raisonnement qui ne peut être que celle-là. C’est l’adéquation d’une proposition avec la cohérence interne du raisonnement (alors que pour la vérité assertorique, il y a extériorité du fait qui se passe « dans la réalité »). Pour la vérité assertorique, il faut savoir ce qui s’est passé. Pour la vérité apodictique il faut suivre le raisonnement « sans contradiction » interne. 

c) Vérité comme sincérité

Il existe aussi une vérité qui concerne, à l’intérieur du sujet parlant, lui et lui-même. Est-il en adéquation avec soi quand il affirme ou qu’il agit comme ça (ipséïté). La vérité ici ne porte pas tant sur ce que ‘son dit que sur ce que l’on est quand on le dit. Puis être moi-même en mentant? Peut-être que oui si je m’assume totalement en mentant. On peut être sincère avec soi entendant un propos que l’on sait faux. 

Il s’agissait de trois définitions du vrai qui suppose une correspondance entre deux instances, entre deux termes. Mais il existe aussi une vérité de pure révélation, celle qui dévoile l’être. Est vrai ce qui sort d’un retrait, ce qui se « donne » de ce qui est comme l’oeuvre d’art parvient à la révéler. « L »oeuvre Dart ne reproduit pas le visible elle rend visible, elle manifeste le processus par le biais duquel un monde s’effectue, s’incarne plastiquement ici et maintenant. Pour ce sujet, il est évident que cette définition va nous êtres utile puisque le verbe "dévoiler" est présent dans l’énoncé.

Plutôt que de décrire ce que la science est ou serait, nous préférons énoncer 5 critères de scientificité, c’est-à-dire cinq caractéristiques à partir desquelles une proposition peut être dite scientifique:

a) L’élégance (rasoir d’Occam)
Entre plusieurs hypothèses, on privilégie la plus simple, celle qui introduit le moins d’entités ou de suppositions.

b) La cohérence interne
Une théorie doit être logiquement consistante, c’est-à-dire exclure toute contradiction interne et laisser se déployer un raisonnement formel « pur ». Une équation ou un modèle ne doit pas produire des résultats incompatibles entre eux.

c) La cohérence externe
La théorie doit correspondre aux faits observables. Il doit impliquer une adéquation au réel empirique et une validation expérimentale. Une théorie physique doit rendre compte des observations mesurées.

d) La prédictibilité
Une théorie scientifique doit permettre d’anticiper des phénomènes non encore observés. Si une prédiction s’accomplit, c’est que la loi mise à l’épreuve est fiable. Par exemple la découverte de Neptune à partir des calculs de perturbations d’Uranus.

e) La falsifiabilité (Popper)
Une théorie est scientifique si elle peut, en principe, être réfutée par l’expérience.Elle doit continuellement  prendre le risque d’être contredite




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