mercredi 11 mai 2016

Conférence d'Aurélien Barrau au lycée Duhamel de Dole



Conférence d'Aurélien Barrau, astrophysicien 
au lycée Duhamel de Dole (39) le 8 avril 2016



« Michel-Ange exténué, j’ai taillé dans la vie
Mais la beauté, Seigneur, toujours je l’ai servie »
               Le condamné à mort – Jean Genêt

C’est cette beauté qu’il nous faut exciser avec un scalpel, comme le ferait Baudelaire, dans une perspective chirurgicale, non plus celle du macroscope mais celle du microscope, de l’infime, du détail et ce sera paradoxalement dans cette mise en regard que nous serons guidés vers un macrocosme un peu surprenant parce que diversifié dans sa structure elle-même, ce que l’on appelle le multivers. Avant d’en venir à ce qui, de notre science contemporaine nous invite à penser cette pluralité d’univers, peut-être est-il opportun de se plonger d’abord dans le déploiement philosophique, historique et littéraire de cette notion afin de jouir de ce recul qu’il est toujours difficile de mettre en œuvre par rapport à ce que Paul Veyne appelait un perspectivisme, ce que Foucault appellerait un relationnisme, ce que Jean-Luc Nancy appellerait un scepticisme.

1-    Historique de la notion de multivers
a)    L’Antiquité
L’idée d’univers multiples est un thème que l’on retrouve pour la première fois chez Anaximandre de Millet. Ce philosophe est considéré par certains comme l’un des pères de la science, car il est le premier à avoir recouru à un principe fondateur. Les présocratiques étaient, en effet, friands de ces premiers principes comme l’eau, l’air, le feu, etc. Mais chez Anaximandre, le premier principe est l’apeiron, ce qui signifie à la fois l’infini et l’indéfini. Il y a donc une plurivocité constitutive au cœur du principe même qui va ouvrir la porte à un foisonnement à la fois conceptuel et mondain. Anaximandre est également intéressant parce que les interprètes, les exégètes ont trouvé en lui quelque chose qui s’oppose aux topiques (aux canons) de l’histoire, à savoir d’un côté, à la conception de Hegel : l’évolutionnisme et de l’autre côté à celle de Nietzsche qui  procède au contraire par ruptures radicales, à l’instar du geste socratique. Anaximandre  va troubler ça. Il est à la fois l’héritier mais l’héritier dissident et c’est le premier à évoquer la multiplicité des mondes.
Cette idée se retrouvera chez les atomistes, chez Démocrite qui évoque explicitement les Kosmoï (Cosmos au pluriel). Dans une lettre à Simplicius, on trouve en effet cette affirmation selon laquelle non seulement les atomes mais aussi les mondes sont en nombre illimité. Cette idée est fascinante du point de vue de la philosophie contemporaine car Démocrite renonce à la notion aristotélicienne de cause finale, c’est-à-dire à l’explication d’un phénomène par ce vers quoi il tend (je suis ici non pas parce que j’ai pris ma voiture pour venir mais pour pouvoir vous parler). Démocrite va recourir à la cause purement mécaniste, va chercher l’économie des moyens (comme un « pré-rasoir » d’Ockham) et procéder par erreurs rectifiées plutôt que par cet effet de totalisation vers un horizon.
Epicure va infléchir et compliquer le modèle en insinuant la notion de déclinaison, cette turbulence qui fait que les objets peuvent dévier de leur orbe de chute, ce qui ressemble étrangement à ce que nous apprend la physique quantique. Ce qui est très beau c’est le fait que cette multiplicité des mondes qui va se dessiner dans notre discours n’est pas une nécessité externe qui s’imposerait de Dieu mais plutôt une nécessité interne et ce n’est pas un hasard si ce sont les penseurs de l’infiniment petit qui vont ainsi redessiner les linéaments de l’infiniment grand, et en particulier Lucrèce, héritier direct d’Epicure.
Lucrèce, c’est d’abord l’écrivain qui met la science en vers (le « De natura rerum ») et surtout celui qui va porter à son paroxysme une pensée du local (local contre le global). Ensuite, c’est le moyen-âge, les grands systèmes apologétiques, qui se trouvent en porte-à-faux par rapport à la liberté de penser des grecs. Ainsi chez Thomas d’Aquin, le monde est unique, il ne peut qu’être unique parce qu’il est comme indexé au créateur (lequel évidemment ne saurait être multiple).

              b) La Renaissance et l’Age Classique

 C’est à la renaissance que l’on voit refleurir la notion de mondes multiples avec Nicolas de Cues, qui dans « la docte ignorance » évoque une multiplicité de mondes avant Giordano Bruno qui paiera cher son esprit génialement subversif : « Persévère cher Philactéo, fais leur savoir, au tribunal de la sotte ignorance que les mondes sont multiples et que cela est nécessaire » (« De l’infinito universo et mondi »). On comprend pourquoi Bruno a été brûlé par le tribunal de la Sainte Inquisition (même s’il avait ce petit baril de poudre au cou afin d’abréger sa souffrance, comme on le faisait à l’époque pour les condamnés de haut rang) parce qu’il a toujours été celui qui a recherché la vérité sachant qu’elle n’existait pas, geste que l’on pourrait considérer comme déjà scientifique au sens contemporain du terme, comme une aspiration vers une forme d’intersubjectivité corrélée à cette conscience fondamentale que, non seulement cette vérité ne sera pas conquise, mais plus encore qu’elle est tout simplement inexistante. Giordano Bruno, c’est l’empêcheur de penser en rond, le type même de penseur ayant réussi à se faire détester partout et par tout le monde, parce qu’il a toujours saisi les failles, les pierres d’achoppement de tous les systèmes défendus à l’époque. Giordano Bruno, c’est, de ce point de vue, le précurseur de Derrida, le fondateur de la déconstruction. Son frère de cœur français, Rabelais a aussi évoqué les univers multiples mais dans une perspective très différente car il est dans le magique, dans le miraculeux, dans l’auto-exégèse de sa propre écriture. Bruno, au contraire est dans l’au-delà du discours, dans un rapport à l’altérité qui n’est pas encore ce qui intéressait Rabelais.
A l’âge classique, il est impossible de contourner Leibniz et sa conception du meilleur des mondes possibles, mais il s’agit, en réalité d’une perspective qui est totalement contraire à la notion même d’univers multiples, puisque ces univers sont seulement « possibles » mais pas du tout instanciés. La pensée de Leibniz revient à considérer que, de toutes les trajectoires possibles, il faut choisir la meilleure, mais il n’y en a qu’une. Il y a des trajectoires virtuelles et une seule réelle. Il ne pouvait pas savoir que ces trajectoires qu’il définissait comme interdites seraient réhabilitées par la physique quantique. Le virtuel s’oppose au possible parce qu’il n’est aucunement fictif. C’est précisément ce que la fonction d’onde nous imposera de reconnaître notamment dans l’expérience de la double fente.
Au 18e siècle, Fontenelle écrit « Entretien sur la pluralité des mondes », livre extraordinaire, écrit pour séduire, mais fascinant parce que la pluralité des univers n’est pas celle qui pourraient foisonner dans les étoiles et au-delà, mais c’est plutôt la diversité des rapports humains aux étoiles. C’est un éloge du relativisme, au sens digne du terme (distinct du nihilisme du « tout se vaut »), de respect d’une irréductible diversité dans le commun parce que si ce n’était pas dans le commun, cette diversité ne ferait pas sens.

b)    Les auteurs contemporains

En philosophie contemporaine, nous pouvons citer deux exemples de penseurs des univers multiples: d’abord David Lewis, philosophe analytique qui ne veut rien savoir de l’astrophysique mais s’intéresse à des problèmes techniques de philosophie du langage, notamment à la notion de conditionnel contrefactuel. De quoi s’agit-il ? Considérons la proposition suivante : « si notre gouvernement avait été moins lâche, nous aurions ouvert les frontières et il y aurait eu moins de morts dans la crise syrienne. » Cette proposition est vraie, mais d’où savons-nous que c’est vrai, puisque cela n’a pas eu lieu ? C’est le problème de ce que l’on appelle les « truth makers », « les faiseurs de vérité ». Comment pourrais-je savoir que cette proposition est vraie puisque je ne peux pas la tester, puisque il s’agit d’un passé qui n’a pas eu lieu ? A cette question, la réponse de Lewis consiste à poser qu’il existe des mondes parallèles dans lesquels effectivement les frontières ont été ouvertes et dans lesquels effectivement, on a empêché des centaines de milliers de morts. Il n’y a aucun autre moyen de donner sens à ces propositions que d’envisager la possibilité qu’il existe d’autres mondes dans lesquelles ce qui est énoncé est réalisé. Finalement la nature même de la thèse de Lewis est moins celle de la compatibilité physique de ces autres mondes que celle de leur compatibilité logique. L’idée d’univers multiple n’est pas ici posée comme l’ a priori d’un désir forcené de la diversification, d’un pur émiettement gratuit, « idéologique ». Elle est inventée pour résoudre un problème qui, dans son énoncé, n’a a priori rien à voir avec le multivers. C’est ce que l’on appelle le « réalisme modal ».
L’autre philosophe contemporain qu’il est possible d’évoquer sur les univers multiples est Nelson Goodman, professeur à Harvard, qui évoque le multivers au sens d’irréductibilité des systèmes les uns aux autres. Ce qui caractérise la philosophie est d’abord, selon lui, la découverte de l’en-soi du réel, puis la découverte de l’esprit, puis la découverte des concepts, puis la découverte des symboles et il analyse notre rapport au réel en terme de systèmes symboliques, et ce qu’il affirme, c’est que le monde de la peinture, de la musique, de la sculpture n’est pas réductible à celui de la physique théorique, et chacun d’entre nous en conviendra mais il faut en retirer les conséquences, à savoir que nous sommes tous des mondes, des faiseurs de mondes. Dés lors  ce qui l’intéresse, c’est les modalités de construction et aussi les critères de correction des mondes. Tous les mondes ne se valent pas, tous les mondes ne fonctionnent pas, si bien que ce qui est très subversif, révolutionnaire, choquant, c’est que le critère n’est plus celui de la vérité (mais peut-être plutôt la capacité à faire sens).

2-    Les différents modèles de multivers
a)    De l’inconfort comme condition nécessaire à la praxis scientifique

Où en sommes-nous dans cette histoire ? La science contemporaine a-t-elle quelque chose à dire de tout cela ? Comment va-t-elle produire cette sorte d’infraction effractive par le biais de cette histoire d’univers multiples ? Epargnons-nous la réflexion abyssale sur la question de savoir ce qu’est la science contemporaine puisque nous en sommes les auteurs. Peut-être peut-on simplement pointer du doigt  cette efficience d’un inconfort fondamental qui la constitue, d’intranquillité, comme disait Fernando Pessoa. Etre scientifique, c’est, en effet, renoncer à toute visée normative. Toute théorie sera nécessairement remplacée par une autre plus riche (donc toute théorie est d’abord fausse).
Par conséquent, il faut se débarrasser définitivement de tout idéal de vérité avec un grand V. Ce qui prime, en premier lieu, dans la science, c’est d’abord la création. Nous sommes des faiseurs de mondes.
 Prenons un exemple simple : Newton nous apprend que la lune est attirée par la terre, mais admettons que quelqu’un dise que c’est faux, qu’il y a en réalité de l’autre côté un fantôme de la terre qui repousse la lune. Cette théorie a exactement les mêmes équations du mouvement que celles de Newton. Les équations différentielles sont les mêmes. Ces deux théories sont donc indiscernables, quelle que soit la précision de l’expérience. Pourquoi préférons-nous la première ? Parce qu’elle est plus simple ? Non il n’y a pas de critère algorithmique de simplicité. Parce qu’elle est  plus belle ? Oui, il n’y a pas d’autre critère que celui-là. Nous sommes des créateurs mais, en contrepoint de cela, quelque chose s’impose à nous, quelque chose de la nature d’une surprise radicale. Bien sur, le réel n’est pas une construction sociale. On a créé l’accélérateur de particules de Genève pour créer des particules super-symétriques, mais on a reçu un signal imprévu, atteignant une énergie à laquelle rien n’est attendu. On dépense des milliards pour créer une machine pour vérifier une théorie mais on apprend dans le même temps que cette théorie est fausse et que quelque chose de totalement insoupçonné semble poindre. Il y a ainsi une capacité à être totalement mis en défaut qui constitue quelque chose de l’esprit scientifique. Il s’agit d’essayer de penser sur le fond d’une instabilité fondamentale.
Qu’en est-il, dans ce contexte, des mondes multiples ? Nous pourrions d’abord penser à une structure gigogne, gigogne au sens spatial du terme, mais aussi au sens intellectuel du terme. Commençons par les théories les mieux maîtrisées, parce qu’il est important de hiérarchiser nos savoirs, sachant qu’aucune théorie n’est juste.

                                   b) La Relativité Générale

Nous sommes dans la spéculation mais cela ne signifie pas que toutes les propositions théoriques se valent. Certaines sont très fiables. Commençons donc par ce que l’on connaît bien, par la meilleure théorie, la plus belle, la plus philosophiquement magnifique : la relativité générale d’Einstein. Que nous apprend-t-elle ? Que l’espace n’est pas ce que Kant pensait, à savoir transcendantal, forme a priori de la sensibilité. Grâce à Einstein, nous savons qu’il est a posteriori. Il est une quantité dynamique. Nous ne sommes pas dans l’espace mais en interaction avec lui, « impliqué », au sens propre. Quand je frappe la table, mon poing interagit avec la table mais quand je me déplace, je ne fais pas que passer d’un lieu à un autre, j’interagis aussi avec l’espace. Il réagit à ma présence, il se courbe, il se distord, comme si, dans une étrange partie d’échecs, la morphologie des cases variait en fonction de la masse des pièces qui se déplacent en elles. 
Il y a deux manières pour le cavalier de changer de positions, soit parce que vous le déplacez sur l’échiquier, soit parce que l’échiquier lui-même se distord. Je me déplace sur l’espace mais l’espace est lui-même en mouvement. C’est comme si dans un théâtre, le décor changeait de lui-même en fonction du déplacement des acteurs, ou comme si, la distinction entre la forme et le fond devait s’évanouir parce qu’ils ne peuvent pas être indépendants. Le contenu du monde, à savoir nous, les objets, ne sommes pas indépendants du contenant du monde, soient l’espace et le temps. L’espace et le temps sont en train de tomber. Nous tombons en permanence. Etre, c’est chuter de façon ininterrompue. C’est une déconstruction radicale. Le monde se désarrime. C’est une perte complète d’absoluité. Nous ne sommes plus ici et là, nous sommes les uns par rapport aux autres. Le relativisme, au sens physique du terme c’est surtout d’abord le relationnel au sens leibnizien du terme. C’est le sens même du terme « occident ». Cette chute va, dans une certaine mesure, nous amener au multivers. Pourquoi ?
Dans le cadre de l’étude de l’univers dans son ensemble, ce que l’on appelle la cosmologie, il se trouve que la relativité générale est extrêmement utile. C’est elle qui décrit l’expansion de l’univers. L’expansion de l’univers ne correspond pas à un déplacement des corps dans l’espace mais à une dilatation de l’espace lui-même. Quand on dit que l’univers enfle, c’est le mouvement de l’espace en tant que tel et les galaxies que nous connaissons ne jouent que le rôle de « particules-test » mettant en lumière les mouvements propres de l’espace. La théorie est parfaitement cohérente. Elle nous permet de sonder l’histoire de l’univers depuis quelques milliardièmes de secondes après le Big Bang jusqu’à aujourd’hui.
 Quel rapport avec le multivers ? Dans deux cas sur trois, la théorie d’Einstein nous apprend qu’en fait l’espace est infiniment grand. Il convient ici d’être un peu précis : si par univers (« universus » en latin), on désigne la totalité de ce qui existe, alors l’univers est unique par définition. Mais, en science, cela n’a pas grand sens de parler comme ça, car, en physique, je ne peux parler que de ce que je peux tester, ou de ce que je peux voir au sens large du terme avec des instruments d’observation extrêmement puissants. 
Dans cette perspective, je sais ce que c’est que notre univers, c’est une sphère qui est centrée sur la terre et qui a quelques dizaines de milliards d’années lumière, parce que l’univers a une dizaine de milliards d’années et la lumière se déplaçant, par définition, à la vitesse de la lumière, par conséquent ce qui est au-delà de l’horizon m’est non seulement invisible mais ne peut avoir la moindre influence sur moi-même. On appelle ça une sphère de Hubble, et c’est la définition de l’univers pour un physicien.
 Si donc l’espace est infini, les sphères de Hubble sont nécessairement en nombre infini et, dés lors, tout ce qui est possible doit se produire, et même se reproduire une infinité de fois. Notre existence est possible puisque nous sommes là. Par conséquent nos alter ego,  qui doivent nécessairement avoir le même passé que nous, doivent bien exister quelque part à une distance finie de notre univers, mais pas nécessairement les mêmes futurs. On se dit que, comme les lois de la physique sont les mêmes, les futurs devraient être identiques, mais ce n’est pas tout à fait vrai parce que ces univers grandissent de telle sorte que, dans chaque univers, il entre de nouveaux objets. Si ces univers sont identiques, cela ne signifie pas que leurs environnements soient identiques, donc nous pouvons avoir deux univers qui ont exactement le même passé mais pas forcément le même futur, donc nous pouvons imaginer un monde dans lequel nous continuons d’avoir cette discussion pendant une heure et un autre dans lequel suite à la décision de l’un d’entre nous, elle s’interromprait  maintenant. On peut, par conséquent, avoir le même passé mais pas forcément le même futur. Nous voyons ainsi déjà poindre la structure des univers multiples dans le cadre maîtrisé de la relativité générale.

c)    La Mécanique Quantique
Prenons l’autre grande théorie de la physique contemporaine : la mécanique quantique. Elle a été testée avec un très haut niveau de confiance et n’importe lequel de vos Smartphones utilise les acquis de la mécanique quantique. Elle énonce fondamentalement trois choses :
-                                  La première c’est qu’à très petite échelle tout devient discret, discontinu comme si le travail d’ourdissage du réel se révélait
-                                  La deuxième c’est qu’il faut renoncer au reposant déterminisme de la physique classique, c’est-à-dire que quelle que soit ma connaissance d’un système et des lois qui le régissent, il est impossible de connaître avec une précision totale son évolution. C’est une blessure intellectuelle considérable. Il y a une dimension intrinsèquement stochastique (hasard) du réel.
-                                  Troisième point : la mécanique quantique nous enseigne que nous sommes dotés de la capacité d’ubiquité. Les particules élémentaires peuvent se trouver en deux lieux simultanément. Si nous nous représentons deux fentes et que nous envoyons des photons, des électrons au travers de ses deux fentes, nous retrouvons sur l’écran capteur l’impact de cet électron et si on en envoie une autre et encore une autre, on finit par observer un modèle d’impacts correspondant à des interférences. Ce modèle est étrange parce qu’il atteste que les électrons sont passés en même temps par les deux fentes et interfèrent avec elles-mêmes mais comment est-ce possible puisque nous avons envoyé des particules individuelles ? Ces franges d’interférences n’ont qu’une seule explication possible, c’est que les particules sont passées en même temps par les deux fentes.
Mais quel rapport avec les univers multiples ? Il y a un problème ici c’est que nous sommes ici, en ce moment, et pas chez nous. Les particules peuvent être à deux endroits en même temps et pourtant nous n’en faisons jamais l’expérience. Les corps macroscopiques ne sont jamais à deux endroits en même temps. Pourquoi les corps microscopiques sont-ils doués d’ubiquité et pas les corps macroscopiques ? En physique quantique, on est dans une superposition d’états. C’est la fameuse expérience du chat de Schrödinger. 

Prenons un atome qui, en tant qu’objet quantique, est dans deux états en même temps : désintégré et pas désintégré, mais quand il se désintègre il y a un appareil qui mesure cette désintégration et casse une fiole contenant le poison qui va tuer le chat. Tout cela constitue un système fermé à l’intérieur de la boîte.
Quand l’atome se désintègre, la fiole se casse et tue le chat. Quand il ne se désintègre pas le chat est vivant. Mais quantiquement cela ne se passe pas puisque c’est en même temps que l’atome est désintégré et pas désintégré donc en même temps que le chat et à la fois mort et vivant. Et pourtant nous n’avons jamais vu de chat mort vivant. Cela pose donc la question fondamentale de la transition du monde quantique au monde classique. La vision habituelle développée par l’école de Copenhague (Niels Bohr), c’est que quand un objet quantique interagit avec un objet classique, on ne sélectionne qu’un seul état. Quand un objet quantique, qui peut être dans plusieurs états en même temps, interagit avec un objet lourd, on en prend un seul au hasard. C’est la modalité de résolution du problème la plus « canonique », classique.
Mais un physicien de Princeton : Hugh Everett a eu l’idée de réinterpréter différemment la mécanique quantique. Selon lui quand un objet quantique interagit avec un système classique, il y a bifurcation entre univers parallèles : il y a un monde où le chat est vivant et un autre monde où le chat est mort et il a une très belle motivation pour cela, motivation mathématique et esthétique, ce que l‘on appelle la conservation de l’unitarité. Ce qu’il avance est une économie conceptuelle. Disons qu’une décision intellectuelle faite par notre cerveau repose très vraisemblablement sur des phénomènes quantiques. Il y a de la physique quantique dans nos décisions. Si tel est le cas, suivant Everett, il y a un monde : celui-ci où, par exemple, on découvre les interpénétrations fructueuses entre le design graphique et les découvertes récentes de la physique théorique et un autre monde où ce n’est pas le cas. Il y a un monde où Achille et Agamemnon parviennent à se mettre d’accord avant de se battre et un autre où la guerre de Troie a bel et bien lieu.
Est-ce qu’on peut tester ? On peut développer cette question parce que la créance commune est que cette proposition d’Everett est métaphysiquement intéressante mais scientifiquement intestable. « Ici le chat est mort mais ailleurs il est vivant » : qu’est-ce que cela change au monde, à ce monde ci ? On a plutôt envie de répondre : « rien », et bien ce n’est pas vrai. On peut imaginer des cas pour lesquels l’interprétation de Hugh Everett pourrait être mise à l’épreuve. Imaginez que l’univers évolue (quand il est très jeune, c’est encore un système quantique). Il y a une probabilité très faible, de un sur un million qu’il évolue vers l’état A, et puis il y a une probabilité très forte qu’il évolue vers l’état B. Imaginons que pour l’état A, il y ait beaucoup d’observateurs et que pour l’état B, il n’y en ait aucun. Du point de vue de la physique quantique usuelle, on se moque complètement du nombre d’observateurs, donc pour elle il y a 999,999999 % etc. de chances qu’il évolue vers l’état B et donc je dois observer l’état B, mais si je prends la même théorie interprétée par Hugh Everett, il y a la même probabilité, très faible pour A, très forte pour B, mais en même temps ce que cela signifie c’est qu’il y a vraiment un état A et un état B. 

Les probabilités cessent d’être seulement possibles. Elles deviennent réelles. Il y a en effet un univers pour l’état A et 999, 999999 univers pour l’état B, sauf que, par hypothèse, tous les observateurs sont dans l’univers A parce que A a les propriétés favorables à l’émergence de la complexité donc nous, en tant qu’observateurs, ce que l’on doit observer, c’est A et pas B. Le fait que les mondes possibles sont réels chez Everett alors qu’ils ne sont que probables chez Bohr change complètement les probabilités d’observation si on raisonne en termes cosmologiques.

                d) La théorie de l’Inflation
Voilà deux exemples de références au multivers dans des théories bien contrôlées, bien admises mais si nous dérivons doucement vers des considérations un peu plus exotiques, un peu plus spéculatives, nous pouvons évoquer la théorie de l’inflation. 
Nous avons de très bonnes raisons de penser que, juste après le Big Bang, c’est-à-dire il y a 13,78 milliards d’années, (quand on regarde une personne on devine son âge à quelques années prés, quand on regarde l’Univers on peut donner son âge avec un degré de précision inouï par rapport à ce que l’on devine de l’âge de la personne qui nous fait face ; on connaît mieux l’âge de l’univers que celui de la terre) il est vraisemblable que l’univers se soit énormément dilaté. C’est la phase d’inflation exponentielle. Toutes les distances ont été multipliées par un facteur exponentiel 60, et peut-être beaucoup plus. Cette phase d’inflation n’est pas seulement un vœu pieux, c’est quelque chose qui, non seulement résout nos problèmes, mais qui en plus va générer de petites phases d’inflation de densité dont on sait aujourd’hui qu’elles sont très probablement à l’origine de toutes les grandes structures, les amas galactiques, les étoiles, les planètes et donc de nous-mêmes. Nous sommes tous les enfants de l’inflation, ou plus exactement de « l’inflaton », de ce champ physique qui nous donne ce phénomène de l’inflation. C’est cela que l’on sait depuis une trentaine d’années. Mais il faut regarder les choses de plus près et on s’est rendu compte récemment, il y a six ans, que si l’on regarde de plus prés ce phénomène en termes mathématiques, ce ne serait pas un univers bulle mais plutôt une arborescence voire une infinité de bulles d’univers et la raison en est assez simple.
Imaginons une bille dans une cuvette. Quand la bille est en haut on a de l’inflation. Si la bille est en bas il n’y a pas d’inflation comme c’est le cas pour nous. Nous sommes une bulle dans laquelle l’inflation s’est arrêtée, mais on a compris qu’à l’échelle globale, l’inflation ne pouvait pas s’arrêter partout, parce que l’inflation est un objet quantique. Elle va donc nécessairement fluctuer aléatoirement dans un sens ou dans l’autre. Si elle tend vers le bas, l’inflation s’arrête, si elle tend vers le haut l’inflation continue.  Elle a une chance sur deux d’aller vers le bas mais quand elle va vers le haut, elle crée de l’espace exponentiellement. Par conséquent, il y a forcément plus de zones où l’inflation continue que de zones où elle s’arrête. Dans cette perspective, le multivers n’est pas une hypothèse mais une conséquence. Aucun physicien sérieux ne dira : « je crois qu’il y a beaucoup d’Univers parce que ça me plaît ! » C’est son droit de le penser mais pas en tant que physicien. La nature se moque de nos désirs. Le multivers apparaît ici parce que l’inflation le dicte. Or cela nous amène à un point assez paradoxal au regard duquel certains physiciens, parce qu’ils n’aiment pas l’idée d’univers multiples, tronquent les modèles pour que ceux-ci ne prédisent pas cette structure en multivers. Contrairement à certaines rumeurs soutenant que le multivers serait inventé par des prises de position post-modernes ou échevelées d’un point de vue structuraliste, le multivers apparaît dans le prolongement mathématique de nos hypothèses les plus simples. Si on ne l’aime pas on peut bien construire des modèles dans lesquels il n’y a pas de multivers, mais ce sont des modèles plus compliqués d’un point de vue conceptuel. Au regard de ce critère du rasoir d’Ockham, c’est-à-dire de cette idée selon laquelle la théorie la plus simple et la plus économe en terme de concepts est aussi la plus forte, la plus simple, la plus fiable. Le multivers s’impose donc comme le modèle le plus conforme au rasoir d’Ockham, si on l’applique non pas aux conséquences mais aux causes.

                e) La théorie des Cordes
Que se passe-t-il si l’on veut aller plus avant dans la compréhension des lois fondamentales. On pourrait penser que la physique des particules se déploie dans un geste de convergence, d’unification. Il y a donc une sorte de flèche de la pensée sous l’influence de laquelle s’opère une subsomption des concepts dans l’unitarisme d’un certain nombre de lois. Pour aller plus loin dans cette voie, certains physiciens ont développé la théorie dite des cordes. Jusqu’à maintenant, nous n’avons évoqué que de la physique fiable, non pas certaine, mais fiable. La théorie des cordes par contre ne jouit d’aucune corroboration expérimentale. C’est une spéculation intellectuelle, sérieuse, mais cela reste une spéculation. Il convient donc de ne pas lui accorder la même confiance qu’aux théories émises depuis le début de cet exposé. 
Son enjeu, c’est de réinterpréter les particules et les interactions fondamentales comme différents modes de vibrations d’une unique classe de cordes, à la manière de cordes de guitare qui suivant la position des doigts sur le manche, produisent des sons différents, peuvent engendrer des quarks, des électrons, tout ce que l’on peut imaginer comme particules élémentaires. C’est une théorie quantique parce qu’elle est construite pour ça, et c’est une théorie gravitationnelle parce que le boson sans masse de spin 2, le graviton, apparaît spontanément dans le spectre d’excitation des cordes, et le graviton, comme son nom l’indique, propage la gravité, donc cette théorie a tout ce qu’il faut pour nous plaire. Elle s’est déployée au gré de trois révolutions :
- La super-symétrie qui est une théorie. On a cru découvrir théoriquement que les forces et les objets étaient la même chose. D’un côté, il y a les objets : les quarks, les électrons, etc. et de l’autre côté les médiateurs, les photons, les gravitons, etc. mais ce sont deux mondes qui ne se parlent pas. Ce qu’a compris la super-symétrie c’est, qu’en fait, ils se parlaient et qu’il était possible de les relier par des opérations mathématiques assez simples.
- La deuxième révolution de la théorie des cordes, c’est ce que l’on a appelé les relations de dualité. On a compris que les fortes interactions et les faibles interactions étaient vraisemblablement la même chose. Tout cela converge toujours vers cette idée d’unité.
- Et puis vient la troisième révolution qui vient un peu tout détruire, et qui consiste dans la découverte de la notion de « paysage ». Le petit problème de la théorie des cordes qui n’est pas complètement anecdotique, c’est que tout cela marche bien si l’espace a dix dimensions, ce qui n’est pas vraiment facile à concevoir pour la plupart d’entre nous. Il faut donc supposer que ces dimensions supplémentaires sont cachées. Elles nous sont inaccessibles. En mathématiques, on a ainsi besoin d’une compactification, de recroqueviller ces dimensions. La découverte du paysage réside dans la réalisation que les manières de compactifier ces dimensions sont tellement nombreuses que cela génère un nombre quasi infini de lois physiques possibles et cela devient vertigineux si on le conjoint avec ce que nous venons de dire de l’inflation. Celle-ci crée des bulles d’Univers et la théorie des cordes structure ces « bulles » avec des lois physiques différentes, avec des mondes sans lumière, des mondes avec quatre dimensions, des mondes sans étoiles, des monde avec des étoiles super-géantes, etc.

3- La notion de « multivers » est-elle scientifique ?          

Tout devient possible au-delà de notre imagination. C’est vertigineux et c’est peut-être assimilable à ce que fut la révolution Copernicienne mais est-ce bien sérieux ? Il s’agit ici de mondes que l’on ne peut absolument pas explorer. Ne sommes-nous pas en train d’explorer une piste qui repousse dangereusement les cloisons séparant les champs disciplinaires ? Je ne le pense pas.

                a- La quatrième blessure narcissique ?
D’abord nous sommes les héritiers d’un geste dont on peut se prévaloir et que l’on peut revendiquer, à savoir l’unité. On a d’abord pensé que nous étions géocentrés, puis héliocentrés, ensuite galactocentrés, enfin cosmocentrés et nous sommes en train de réaliser que nous sommes peut-être acentrés ou que nous tendons vers une sorte d’excentricité radicale. Tout cela procède également de ce que Siegmund Freud appelait une blessure narcissique, c’est-à-dire une découverte, un peu frustrante pour notre ego, soit en premier lieu la perte de la position centrale de la terre (mais si on pense à ce passage du livre « Du monde clos à l’univers infini » d’Alexandre Koyré, on perd en effet la position centrale, mais du coup on réintègre la terre dans l’espace et le bas est aussi le lieu de la chute, donc certes avec le passage du monde clos à l’univers infini, vous n’êtes plus le centre de tout mais vous gagnez une sorte de principe d’hypostase au sein même du firmament), deuxièmement Darwin, nous sommes les cousins du singe, et enfin Freud lui-même, l’idée selon laquelle la conscience n’est pas la maîtresse de sa propre maison, à savoir dans la pensée d’un sujet. Le multivers pourrait s’apparenter à la quatrième blessure narcissique qui déchoit l’Univers lui-même de son piédestal et le réinterprète comme un petit îlot dérisoire, contingent au sein de cette diversité fondamentale.

Est-ce à dire que rien n’a changé ? Ce n’est pas tout-à-fait vrai. Ce n’est pas de la mythologie mais de la logomythie. Logos, entre autres termes (le terme est l’un des plus intraduisibles du grec), peut se traduire par rationalité. Mythos, c’est le mythe. D’une manière un peu inattendue, ce n’est plus le mythe qui est premier et qui va, comme le voulait le geste Socratique, évoluer d’une pensée par image à une pensée par concept. C’est plutôt l’inverse : on peut commencer par la pensée rationnelle scientifique, froide, qui va entraîner presque mécaniquement vers le merveilleux (lequel n’est pas le surnaturel). Mais tout cela est-il bien sérieux ?

                b- Le critère de la Falsifiabilité (Karl Popper)
Popper propose un critère de distinction entre les sciences et les non-sciences (l’idée même de critère est peut-être, en elle-même, sujette à caution), celui de la réfutabilité. Un modèle est digne d’être considéré comme scientifique si on peut le falsifier, si l’expérience peut la mettre en défaut. Si on admet cette définition, la notion de multivers est-elle scientifique ? Dans un premier temps, la réponse est évidemment : « non » puisque je ne peux pas aller voir dans les autres univers. Si je pouvais y aller, ce ne serait pas d’autres univers, donc l’idée même de plurivers ne peut être plausible qu’à la condition qu’on ne puisse pas la vérifier, par conséquent elle ne peut en aucune façon être considérée comme scientifique. Or, cette conclusion est fausse. Elle est même une erreur de logique : la confusion de la cause et de la conséquence. Le multivers n’est pas une théorie mais la théorie qui génère la notion de multivers, elle, est testable. La relativité générale, la mécanique quantique, l’inflation, la théorie des cordes, sont des théories que l’on peut tester (enfin surtout les trois premières). Elles sont, en principe, testables. Si on falsifie toutes les théories, toutes les conséquences seront entraînées dans la « chute », elles seront discréditées du fait de l’échec expérimental de l’hypothèse. Si au contraire, la théorie est bien corroborée jusqu’à atteindre suffisamment de crédibilité pour devenir un paradigme, une image, un modèle possible du monde, alors on doit la valider avec ses conséquences sans quoi on est non seulement schizophrène mais aussi tricheur. 
Il y a même un argument encore plus général que ça qui est de dire : « finalement, c’est quoi le multivers ? C’est un ensemble d’univers, mais le fait de n’en voir qu’un, c’est déjà quelque chose. On peut déjà dire beaucoup de choses d’un ensemble à partir d’un seul échantillon. Imaginons qu’au LHC, le grand accélérateur de Genève, on n’ait pas fait des milliards et des milliards de collisions mais juste une. Aurions-nous trouvé le boson de Higgs ? Probablement pas, mais est-ce qu’on n’aurait rien pu dire du tout ? Non plus, il y a de nombreux modèles de physique des particules que l’on aurait très bien pu exclure avec une seule collision. Le fait  que l’on ne voit qu’un objet parmi toute la collection des objets prédite par le modèle ne signifie absolument pas que le modèle est intestable, parce que précisément ça relève du geste usuel de la Physique qui est confirmation ou invalidation. On n’est jamais sûr de rien.
On a dit, il y a quelques semaines, que l’on avait découvert les ondes gravitationnelles, ce qui est faux puisqu’on les a découvertes il y a 40 ans. On aurait « vu » pour la première fois des ondes gravitationnelles mais qu’avons-nous vraiment « vu » ? On a vu un très léger changement de contraste sur un interféromètre. On s’est dit que la meilleure interprétation possible de ce changement de contraste sur l’interféromètre de Michelson était une onde gravitationnelle. On a peut-être raison de l’interpréter de cette façon, mais ce n’est qu’une question de degré de confiance. Les physiciens qui ont fait cette expérience ont passé plus de six mois à envisager les erreurs possibles. Ils ont même cherché à savoir si cela pouvait être un canular et ils en ont conclu qu’il était extrêmement probable que le signal soit du à des ondes gravitationnelles. Il n’y a pas de mutation drastique de notre manière de penser quand nous évoquons des théories largement corroborées, mais c’est  peut-être plutôt dans ce à quoi cela mène (à savoir les univers multiples) que l’on se retrouve confronté au merveilleux, et c’est cela qui est beau car lorsque une révolution est trop radicale, elle avorte. C’est très efficace quand le geste « porte » là où il n’était pas prévu, attendu, c’est-à-dire quand il se laisse porter par un mouvement, par une vague qui le précède doucement, sans éclat, comme pour Lucrèce, dans l’inchoatif (l’inchoatif désigne la progression graduelle et presque insensible d’une action) de la turbulence.

                c- Le principe anthropique (anthropos : l’homme)
On se réfère souvent au principe anthropique. Il faut être prudent avec cette notion. Il s’agit du principe anthropique avec un a pas avec un e (l’entropie est le principe de désorganisation d’un système isolé, son érosion). Le monde est tel qu’il est parce qu’il fallait bien que l’homme existe : voilà une certaine interprétation du principe anthropique. Cette version n’est pas du tout intéressante. Elle n’est, en tout cas pas scientifique, mais ce n’est pas du tout à cela que l’on se réfère quand on évoque le principe anthropique en physique. Imaginons que nous soyons des termites et nous nous demanderions « pourquoi n’y-a-t-il que du bois dans l’univers ? » Ce n’est pas qu’il n’y a que du bois dans l’univers, c’est que les termites ne peuvent vivre que dans du bois. Ce qu’il y a autour des termites n’est pas du tout représentatif de la totalité de ce qui existe, et c’est vrai aussi pour les hommes. Nous ne sommes pas du tout dans un endroit typique de l’univers. C’est quoi un endroit typique de l’univers ? C’est du vide. L’univers c’est un proton par m3. Nous sommes une planète tellurique à proximité d’une étoile stable. C’est totalement non représentatif de l’Univers. On a ainsi compris qu’il fallait faire attention et ne pas juger, prédiquer des caractéristiques globales de l’ensemble à partir de l’un des détails de cet ensemble. Dés lors que l’on a compris qu’il y a peut-être une multiplicité d’univers, il faut faire preuve d’humilité et se dire que peut-être notre univers n’est pas du tout représentatif de tout le multivers. Ainsi le principe anthropique est le contraire de ce qu’on lui fait dire. Il ne dit pas qu’il y a un dessinateur intelligent qui aurait tout prévu et tout conçu pour l’homme. Il dit le contraire de cela : ce que nous voyons ici (et cet ici est déjà un ailleurs) n’est peut-être pas la totalité de ce qui existe, par delà notre monde.

Pourquoi les lois physiques qui s’effectuent dans notre univers sont-elles si favorables à l’émergence de la vie ? Peut-être parce que nous avons une chance inouïe dans le coup de dés initial. C’est possible mais peu probable. Peut-être parce que Dieu en a décidé ainsi. C’est possible mais ce n’est pas une explication scientifique, ou peut-être parce que les dés ont été jetés un grand nombre de fois. Si on joue une fois à la roulette on a très peu de chances de gagner, mais on joue une infinité de fois à la roulette, on est absolument sûr que notre chiffre va sortir (et d’ailleurs une infinité de fois). Donc, il est normal s’il y a une infinité d’univers que certains de ces univers présentent un certain nombre de lois particulièrement bien adaptées à l’existence de structures complexes et, parce que nous sommes nous-mêmes des structures complexes, nous devons intégrer ce biais de sélection dans l’évaluation des différents mondes.

                d- Les Chaoïdes (Gilles Deleuze et Félix Guattari)
Avec quoi faut-il penser le multivers ? La science pourrait se concevoir entre autres choses, comme  l’articulation du descriptif, du normatif et du prescriptif mais ici ces pistes se brouillent un peu, et c’est ça qui est beau. Je vais évoquer en conclusion Gilles Deleuze qui est un grand théoricien de la multiplicité. Le multiple ne provient pas de l’agrégation des individualités. Le multiple est premier. L’individuation se fait a posteriori. C’est une « a posteriorité » conceptuelle. Deleuze est un de ceux qui a osé faire face au désordre, au multiple. Il appelle l’art, la philosophie, la science les « Chaoïdes », les filles du Chaos. Quand on évoque la naissance des Dieux dans la Théogonie d’Hésiode, Kaos (chaos) est tout en haut. Le chaos c’est la faille, la béance. Il faut un peu d’espace. C’est ce qui est agaçant dans les politiques culturelles qui sont complètement centrées sur la conservation du patrimoine. Il n’y a pas que ça. Il faut un peu d’espace pour créer, et c’est ça le Chaos, c’est aussi cette vacuité qui permet l’émergence de quelque chose, et cela, Deleuze l’a très bien compris avec son ami Félix Guattari, en ayant senti que l’aspiration fondamentale de la physique n’était pas forcément l’unité. L’art et la science sont comme des vitesses infinies qui fonctionnent en couple par variations, par variables suivant des plans d’immanence, des plans de référence ou des plans de composition. Nous sommes dans une logique d’affrontement créatif. Ce qu’a voulu faire Deleuze, c’est réussir là où Orphée avait échoué, à savoir traverser une fois de plus le fleuve des Enfers et revenir de chez les Morts. Ce que je vous propose, c’est peut-être d’être plus subversif que lui et de penser avec Hadès, c’est-à-dire penser au-delà de la vie elle-même sans tenter de franchir une fois supplémentaire le fleuve des Morts.
Pour conclure, définitivement cette fois, en empruntant une porte de sortie apparemment décontextuelle. Quand on parle de multivers, on pense souvent à la question de la vie extraterrestre. Et nous entendons souvent dire que la découverte d’une forme de vie extraterrestre serait une découverte complètement incroyable, révolutionnaire, une sorte de seuil dans l’histoire de l’humanité. C’est vrai, mais cela manifeste aussi, si l’on y réfléchit, un cynisme proprement terrifiant, parce que ce multivers est là. La  moindre observation à la loupe dans un pré révèle des formes de vie incroyables, sujettes à d’incessantes métamorphoses. Avec une efficacité barbare nous sommes en train de décimer toutes ces formes de vie, ces milliards d’année d’évolution subtile. 

Cherchons, si l’on y tient, la vie extraterrestre mais n’oublions pas non plus ce qu’est la vie « extra-humaine », n’oublions pas ceux avec lesquels nous partageons cette planète et que nous avons réifiés (asservis, exploités, transformés en ressources) comme jamais dans l’histoire. Il serait peut-être temps de les voir, et pour reprendre les termes d’Elisabeth de Fontenay, dans un mélange d’intelligence et d’empathie, d’entendre enfin « le silence des bêtes » (« Le silence des bêtes  - la philosophie à l’épreuve de l’animalité » est un livre d’Elisabeth de Fontenay aux éditions Fayard).

Questions à Aurélien Barrau

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce métier ?

Je ne sais pas vraiment. La question de la vocation est souvent reconstruite a posteriori, de façon arbitraire. La vraie réponse consisterait dans la possibilité d’entretenir un rapport authentique avec une altérité radicale. J’ai un énorme amour pour l’Art. Il est exactement le contraire du divertissement, mais il y a dans le geste artistique quelque chose d’un peu narcissique. Quand on va dans un musée, on peut pleurer devant une toile. L’artiste reste néanmoins un alter ego, un alter ego génial, meilleur que nous, mais c’est quand même un alter ego. C’est un homme qui pleure devant le génie d’un autre homme. Cela reste un événement d’homme à homme. La science n’est pas supérieure en termes de vérité, d’efficacité mais il y a en elle quelque chose qui est différent en terme de capacité de réception d’une altérité.

Le fait que l’on retrouve le multivers comme prolongement de plusieurs théories corroborées prouve-t-il qu’il est incontournable ou plutôt qu’il est une facilité, une sorte de réconfort ?

C’est un bon sujet pour ta prochaine dissertation, c’est le cœur de tout ce dont nous avons parlé et bien sur, je n’ai pas de réponse tranchée à apporter à cette question. Il est certain que cette idée ne peut être prouvée. Quand bien même le multivers serait corroboré par plusieurs théories ou qu’il émergerait comme conséquence de nombre d’entre elles, cela ne prouverait pas qu’il est vrai, mais en revanche, on ne peut pas nier qu’il est pertinent de l’étudier. Prenons des exemples artistiques : pensons à la révolution du début du 20e siècle : Mondrian, Malevitch, Kandinsky inventent l’art abstrait ou Berg, Schönberg qui inventent la musique atonale. On voit en même temps Einstein, Poincaré qui inventent la géométrie Rietmannienne. Il se passe quelque chose de dingue. 
Si l’on évaluait la peinture abstraite avec les canons de l’Esthétique de la peinture de la Renaissance, on ne pourrait pas considérer que c’est de la peinture. Cela signifie que tous les champs disciplinaires se transforment de l’intérieur d’eux-mêmes. S’il y a en ce moment quelque chose de la praxis scientifique qui se transforme de l’intérieur d’elle-même, il ne faut pas recevoir ces innovations de façon trop prescriptive. Peut-être la théorie du multivers n’est-elle qu’un pétard mouillé mais il serait dangereux de fermer cette porte avant même de l’avoir entrouverte. Il faut cheminer un peu dans le fil de cette idée plutôt que de la présumer irrecevable a priori parce qu’elle ne correspond pas aux cadres de la pensée scientifique des années 60. Une telle attitude serait doublement fausse, d’abord parce que le multivers est parfaitement conforme aux modèles reconnus de la scientificité (Popper) et ensuite, même si ce n’était pas le cas, « et alors ? » Tous les chantres du Popperisme radical ne se rendent pas compte de leur naïveté, parce que, si nous les avions suivi stricto sensu, aucune des révolutions scientifiques n’auraient jamais vu le jour. Paul Feyerabend a beau jeu de montrer que la rupture Copernicienne n’a pas seulement changé la considération de l’univers qui le précédait mais les principes même qui étaient utilisés avant lui. C’est ça une révolution, ce n’est pas que les discours qui changent, c’est aussi la grammaire. Il faut être raisonnable. Si le multivers devenait la Doxa, cela n’aurait plus aucun intérêt. Ce serait même dangereux. Laissons lui plutôt son statut « Para – Doxal ».


Que pensez-vous de la théorie des univers gémellaires de Sakharov ?

Il va falloir faire quelque chose. Cela fait seize ans que je fais de la cosmologie. Je n’ai jamais entendu parler de cette théorie ailleurs que dans des conférences de vulgarisation. Donc, il faudrait que tu m’envoies un mail, que tu me dises ce que c’est car moi, je ne sais pas. Mais on m’a déjà plusieurs fois posé la question. Donc je vais commencer à me dire qu’il va falloir que je trouve une réponse.


Est-il possible de connaître l’Univers sans se raconter des histoires de mondes ? (c’est le sujet de dissertation des classes de terminales S2 et S3)

(Rires) Non, je ne ferai pas ta dissertation à ta place :-) 

Peut-on imaginer un monde dans lequel les lois de la Physique ne s’appliqueraient pas de la même manière que celui que l’on connaît ?

Dans la hiérarchie des multivers que j’ai énoncée, multivers qui ne sont pas incompatibles les uns à l’égard des autres. Mais les premiers modèles de multivers que j’ai évoqués, celui des volumes de Hubble dans l’inflation, ou celui de la relativité générale, celui de Hugh Everett, ce sont des univers dans lesquels les lois restent les mêmes mais les phénomènes diffèrent. Les principes sont donc bien identiques mais du fait de la contingence des évènements, il y a des faits divergents et si les météorites n’avaient pas mis fin, dans ce monde, au règne des dinosaures, nous ne serions probablement pas là. 
Ca, c’est le premier niveau mais au second niveau qui est celui de la théorie des cordes, c’est très différent. Non seulement les phénomènes différent mais les lois aussi. Il peut y avoir des univers sans gravitation sans lumière, d’autres sans étoiles, etc. On pourrait objecter que la théorie des cordes devrait être la même partout qu’au-delà des principes qui varient, il y aurait des sortes de « méta-lois » qui seraient les mêmes partout. Certains physiciens ont proposé qu’il existe une strate supérieure de multivers qui correspondrait à une sorte de réalisation de tous les possibles mathématiques. Cela me gêne un peu parce que c’est trop ou trop peu. Trop car cette strate est inventée de façon complètement « ad hoc », sans aucune nécessité conceptuelle, donc elle est arbitraire. Trop peu parce que si on veut aller par là, allons plus loin, pourquoi en rester aux mathématiques ? Pourquoi pas imaginer des mondes dans lesquels les rapports entre les corps ne sont pas régis par les lois mathématiques.

Sachant que les hommes sont déjà ancrés dans un monde centré autour du langage visant par là à jouir d’un certain confort, afin d’éloigner l’inconnu et le mystère, comment se fait-il qu’ils aient pu formuler l’idée d’univers multiples ?

J’ai à peine écouté la fin de la phrase parce que j’étais déjà en train de réfléchir à la première qui est déjà assez abyssale, donc je crois que je ne vais pas répondre parce que c’est une question trop immense pour moi. Mais ce que tu dis du langage est à la fois génial et extrêmement « pas évident » en fait. Beckett disait « Je suis fait de mots mais des mots des autres ». Le langage n’est justement jamais sa création propre. Nous sommes faits par la langue, en partie. On ne procède que par micro-ajustements dérisoires. Moi, quand j’ai le malheur de créer un néologisme, je me fais engueuler par tout le monde. On me reproche de ne pas être clair. Mais on ne fait que d’infimes violences à la langue. On a affaire à quelque chose ici qui, comme dirait Derrida, aurait force de loi. On peut toujours transgresser la loi. Ce que tu dis du rapport à la langue est certainement vrai mais certainement déconstructible aussi. 
Je trouve que cette question que tu évoques a peut-être sa forme la plus belle et la plus radicale dans un petit livre de Jacob Von Uexküll qui s’appelle « Mondes animaux et monde humain ». L’auteur se place du point de vue d’une tique. J’adore cet exemple parce que la tique, ce n’est pas un chaton. Ce n’est pas l’animal qui nous est a priori le plus agréable. Le livre est d’une beauté extraordinaire parce que ce qu’il montre c’est que du point de vue de la tique, le monde est non seulement parfait, mais surtout il est extraordinairement riche. Penser qu’il y a peut-être d’autres univers au-delà de l’horizon est beaucoup moins audacieux et radical que l’acte qui consisterait à se représenter le monde de la tique qui, quand bien même il serait dénué de langage (ce qui est très probablement le cas), n’en est pas moins très riche du point de vue de ses attentes propres (celles de la tique). Je n’ai pas vraiment répondu à ta question mais c’est parce que je ne savais pas le faire.

Se demander si le Big Bang est le produit d’un mouvement volontaire revient-il à se poser la question de savoir si Dieu existe ?

Si je mets ma casquette de Prof d’Université, je vais apporter une réponse orthodoxe, autorisée, canonique et celle-ci consiste à dire que la question n’a pas de sens parce que la question de l’origine du Big Bang n’est pas une question scientifique au sens de la relativité générale. Pourquoi ? Parce que chez Einstein, le Big Bang, c’est l’origine de l’espace et du temps. Cette question est fondamentalement dépourvue de sens parce qu’il n’y a pas de temps avant le Big Bang. Imaginons un explorateur qui va jusqu’au pôle nord et qui se pose la question de savoir ce qu’il y a au nord du pôle nord. La réponse n’est pas : « je ne sais pas ce qu’il y a », ni « je n’ai pas trouvé où c’était ». La réponse est « ça n’existe pas ». Le nord du Pôle nord: « ça n’existe pas ». La question est mal formulée.
Mais si je retourne ma casquette de prof et mets ma casquette de rappeur, je formule alors une réponse non autorisée qui consiste à dire que ce que je viens juste de soutenir est complètement bidon parce que la relativité générale n’est pas utilisable au moment du Big Bang pour une raison technique qui est que la courbure, la densité, la température, toutes les grandeurs physiquement signifiantes ne sont pas efficientes à ce moment là. On dit parfois que l’infini est une pathologie de l’espace-temps mais attention l’espace-temps se porte très bien sans nous. Ce n’est pas l’espace-temps qui est pathologique, c’est la théorie que l’on utilise pour le décrire. La relativité ne marche plus. C’est donc une réponse claire venant d’une théorie dont on sait qu’elle est inutilisable. Il faut chercher par conséquent une meilleure réponse. Dans la théorie des cordes ou les autres modèles de gravité quantique, la question de l’origine peut à nouveau être posée. Voilà une réponse purement scientifique.
Pour le reste on connaît la réponse de Laplace à Napoléon qui l’interrogeait sur l’absence de référence à Dieu dans son livre : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ». Réponse incroyablement insolente. Je ne vais pas l’utiliser néanmoins, parce que cela ne se pose pas en ces termes. Mon sentiment là-dessus, c’est qu’il n’y a pas de problème. Steven Warburg, un des plus grands théoriciens de la physique des champs, un peu scientiste (il a écrit « against philosophy »), disait qu’il était complètement impossible d’être à la fois scientifique et croyant sauf que, malheureusement pour lui, il a eu le prix Nobel avec Abdus Salam, physicien musulman très pratiquant. Warburg avait beau se dire que l’on ne pouvait pas être scientifique et croyant, il a bien du se rendre à l’évidence en voyant son éminent collègue se tourner cinq fois par jour vers la Mecque. Il n’y a pas de problème avec ça dés lors que l’on saisit que la vraie diversité des mondes c’est d’abord la diversité des rapports au monde. Les mondes ne sont pas donnés, ils sont construits. Là où il y a des problèmes c’est lorsque certains mondes prennent trop de place et deviennent prescriptifs à l’égard des autres et lorsque certaines beautés de certains mondes sont opprimés par les préceptes des autres. C’est là qu’il y a un problème. L’abbé Lemaître, l’inventeur du Big Bang, était un chanoine et il était évidemment très croyant. C’était un homme de foi. Le pape commençait à dire que le Big Bang était l’œuvre de Dieu mais c’est Lemaître lui-même qui est allé lui dire, en substance : « Dieu : parfait ! D’accord, mais le Big Bang, ça n’a rien à voir »). C’est très beau.


Si le multivers existe, nos actes peuvent-ils avoir encore de la valeur. Si, dans notre univers on fait un acte que l’on considère comme mauvais, notre alter ego, dans un autre univers, le fera, lui-même différemment donc le transformera en bien, si bien qu’au final, notre acte aura toujours été bon quelque part. Il n’y aurait donc plus de culpabilité.

C’est une question très intéressante. Je ne sais pas si tu fais partie de la classe qui travaille Lucrèce mais la réponse de Lucrèce est la bonne. Ce n’est un problème que si l’on pense de façon globale, et à la fin du « De natura rerum », il y a une sorte de morale : les grands mythes, Tantale, Prométhée qui se fait dévorer le foie par un vautour, Sisyphe et son rocher, il faut y croire mais à condition de le voir dans ce réel ci. Il n’y a pas d’arrière-monde.
L’enfer, c’est Agamemnon et ses reîtres qui pillent Troie, ce n’est pas au-delà du Styx. Il faut jouer les épicuriens contre les stoïciens, la pensée du local contre la pensée du global et, de façon anachronique, Montaigne contre Diderot. Cette multiplicité des mondes ne doit absolument pas nous inciter à une forme de laxisme au niveau local. Si tout est relatif, on pourrait faire des meurtres, des viols, des tueries ? Bien sûr que non: c’est grave. Si on est relativiste, cela signifie-t-il que nos valeurs ne sont pas du tout mises à mal ? Pas du tout, cela signifie que nos valeurs sont considérées comme construites, mais si elles sont construites, c’est qu’elles sont fragiles et si elles sont fragiles, il faut se battre pour les défendre. Donc le risque de faire n’importe quoi existe, mais on peut et on doit le dépasser. Il y a un relativisme intelligent au regard duquel la possibilité de ne faire le bien que « localement », c’est-à-dire dans le petit univers que l’on occupe dans l’immensité du multivers, non seulement ne diminue pas l’attention que nous investissons dans la justesse éthique du geste mais précisément la magnifie.

Vous avez parlé de l’espace-temps, du passé, de la difficulté, voire de l’impossibilité d’envisager des passés alternatifs. Cette théorie peut-elle être appliquée au futur ?

J’ai parlé d’espace-temps parce que la grande découverte d’Einstein, c’est que l’espace et le temps sont la même chose. On ne peut pas distinguer l’espace du temps et, selon le point de vue que l’on a, deux observateurs ne sont pas d’accord sur l’espace et le temps dans lequel se produisent deux évènements. Il y a plus qu’un lien, il y a une identité fondamentale entre l’espace et le temps. 
Prenons un exemple, une charge électrique crée un champ électrique. Un courant électrique, ça crée un champ magnétique. Dans les enceintes, les haut-parleurs, il y a des champs magnétiques. Ce sont deux choses différentes. Imaginons maintenant un fil parcouru par un courant. L’observateur qui est là voit donc un champ magnétique. Imaginons maintenant qu’un observateur se déplace à la même vitesse que le courant. Comme un courant est un déplacement de charge, si on se déplace à la même vitesse que lui, forcément les charges ne bougent plus, donc cela crée un champ électrique. Donc au même endroit, on peut dire que c’est du champ électrique ou du champ magnétique suivant le point de vue. En fait, champs électrique et magnétique sont la même chose. Ce ne sont que les deux émergences artefactuelles d’une même opération fondamentale, de même pour l’espace et le temps, à une différence près, c’est que dans l’espace si je bouge de là à là, je peux revenir en arrière, mais pas dans le temps. Je ne peux pas inverser la flèche du temps. ça, c’est quelque chose qui est plus qu’extrêmement improbable. On peut faire plein de choses en physique, on a même fait des modèles avec plusieurs dimensions de temps différentes, mais la seule chose que l’on ne sait pas faire (on ne peut pas dire qu’elle est infaisable), en tout cas on a aucune raison de croire qu’on peut la faire, c’est d’inverser le sens du temps. On peut ralentir le temps, on peut voguer dans le futur, mais on ne peut pas voyager dans le passé, c’est-à-dire que l’existence d’une flèche du temps consubstantielle à l’existence d’une structure causale, c’est une chose dont on ne peut pas se passer. Je ne sais pas si c’était ta question mais je crois qu’il y a une asymétrie structurelle indépassable entre le passé et le futur.

Qu’est-ce que l’objectivité, sur notre perception et nos représentations ? C’est un questionnement permanent, c’est-à-dire que la fonction de réflexion, elle est aussi à prendre sur le plan de la physique : qu’est-ce que ça reflète à l’intérieur de moi. Cette concentration de la pensée, qu’est-ce que ça reflète à l’intérieur de moi : des émotions qui peuvent parfois limiter ma pensée ?

J’ai du mal à ne pas imaginer une réponse contextuelle. Dans les années 70, on a connu une sorte d’euphorie post moderne avec Deleuze, Foucault, Derrida, Lyotard, Nancy, cette idée que vous avez suggérée était extrêmement présente. Il me semble que nous sommes aujourd’hui dans un retour de bâton extrêmement violent. Je perçois aujourd’hui dans notre époque un désir d’objectivité non seulement dangereux mais proprement létal pour la pensée. Non seulement chez beaucoup de scientifiques mais aussi beaucoup de philosophes, on s’enferme dans une sorte de « surenchère affirmatrice ». Quand je vois ce qu’est la Philosophie des Sciences, je trouve qu’elle devient une sorte d’exégèse, de surenchère de plus en plus radicale dans la légitimation de la primauté scientifique. Il y a quelques jours, Alain Badiou a été victime d’un canular, (sans vouloir défendre forcément cette pensée avec laquelle je n’éprouve aucune affinité). Il me semble que ce canular est représentatif de cette tension dangereuse vers cet idéal obsessionnel d’objectivité.

En plus, c’est Anouk Barberousse que je connais bien qui est à l’origine de ce canular. Mais c’est quand même dingue ! Qu’est-ce qu’on reproche vraiment à Alain Badiou ? D’avoir une pensée qui n’est pas tout le monde, qui est un peu subtile et surtout qui commet le crime de lèse-majesté de mélanger les champs disciplinaires. Anouk Barberousse écrit dans sa critique de Badiou que ce genre de pensées prétendument savantes ou complexes est en train de « gangréner le débat philosophique ». Je suis en strict désaccord, en toute amitié, avec une telle affirmation. C’est même exactement le contraire qui est vrai : ce qui gangrène le débat philosophique, ce sont toutes ces pensées molles, nulles (je ne parle pas de la sienne extrêmement brillante) qui consistent finalement à surenchérir sur ce qu’on savait déjà. On a beaucoup reproché à Derrida de ne rien dire d’autre que des choses étranges, mais enfin, ce qui n’est pas étrange présente-t-il le moindre intérêt ? Si c’est pour dire qu’il fait plus chaud en été qu’en hiver, il n’y aucun doute là-dessus, mais y-a-t-il besoin d’écrire un livre pour le raconter ? Wittgenstein termine le tractatus par cet aphorisme : « ce qu’on ne peut pas dire il faut le taire ». Appliquons-le parfois ! Ce désir qui confine plutôt au besoin (avoir plutôt que être) d’une objectivité radicale qui serait comme instanciée par la pensée scientifique me semble non seulement faux, dans les faits, mais peut-être aussi nuisible dans l’objectif.
Et pourtant, c’est vrai que cet appel vers quelque chose qui serait une sorte d’intersubjectivité absolue est légitime. Il participe aussi d’un geste d’humilité. Mais on ne peut pas être autrement que dans une sorte de tension par rapport à ça. Il faut faire le pari de l’inconfort. Et, en ce moment où la situation politique dans le monde est tout de même très difficile, on n’a malheureusement plus le droit à la pensée subtile et cela me parait dramatique parce que c’est exactement dans ces moments là que la subtilité est plus que toute autre chose, nécessaire.
Il y a quelques jours, j’ai encore eu une altercation avec un ami sur un fait divers atroce, un enfant violé et tué, ce qui a inspiré le discours presque « habituel », malheureusement, qui consiste à affirmer : « Evidemment je suis contre la peine de mort, sauf dans ces cas là ! », mais c’est exactement le contraire, c’est justement dans ces cas là qu’il faut être contre la peine de mort. Si nous le sommes seulement, pour les voleurs de pommes, ça n’a aucun intérêt. Les grands principes régulateurs qu’on se donne, c’est quand ils sont mis à mal qu’il faut les respecter, qu’ils ont du sens. Pondre un état d’exception face à une situation exceptionnelle, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Ce maelstrom dans lequel on est pris en ce moment exige un peu de retenue.

Pensez-vous qu’il y ait un rapport entre le multivers et la théorie de l’infiniment petit ?

Oui, je le crois. Quand Platon s’intéresse à la question de l’origine du Cosmos, il décrit des mathématiques avec des formes géométriques très complexes. Déjà, à cette époque, le lien ténu entre l’infiniment grand et l’infiniment petit est donc sous-jacent. Si j’avais eu le temps, après la théorie des cordes, je vous aurais parlé de la gravité quantique à boucles pour étayer le propos du multivers. Cette théorie nous parle de ce qui se passe à l’échelle dite de Planck, c’est-à-dire à 10 puissance - 33 cm, donc quelque chose qui est environ mille milliards de fois plus petit que ce qu’on conçoit de plus petit à l’heure actuelle.
 Et c’est précisément ça qui est appliqué à la dynamique du Cosmos, lorsque la densité est très grande (juste après le Big Bang). Donc je pense en effet, et c’est une pensée qui, sur ce point, est très argumentée (ce n’est pas une intuition), que la seule manière de connaître de manière à peu prés correcte, le macrocosme, c’est de mieux comprendre le microcosme et un autre exemple que l’on peut donner pour aller dans ce sens, c’est le fait qu’en ce moment l’expansion de l’Univers s’accélère. C’est quelque chose que l’on ne comprend pas bien puisque la gravité est attractive. Pour tenter d’expliquer cette accélération, les physiciens qui sont mis à contribution sont des physiciens des particules donc des physiciens de l’infiniment petit. Historiquement la plupart des cosmologistes ont une formation de Physique des particules. Donc très clairement : oui, la compréhension de l’infiniment grand viendra de celle de l’infiniment petit. Ce n’est pas du tout là le discours d’une forme de mystique comme lorsqu’on dit que les atomes suivent comme des équivalents de cycles planétaires, etc. Ce n’est pas vrai du tout ça. C’est faux de A à Z. Ce n’est pas une sorte de mystique des complémentarités. C’est factuel. Quand l’univers est très dense, la seule physique des particules qui est dominante dans cette analyse, ce ne sont pas les lois à grande échelle. Et comme c’est à ce moment là que se « fait » l’Univers, c’est naturellement de cette physique là (celle de l’infiniment petit) dont on a besoin pour essayer de le comprendre.


Peut-on connaître l'Univers sans se raconter des histoires de mondes? Copie de Laurine Kleisler


     L’homme est en perpétuelle recherche des choses qui l’entoure. Il y a une nécessité de compréhension du monde qui l’entoure et ainsi de l’univers. L’homme, depuis l’aube des temps, a été amené à observer les astres et c’est là que se situe le départ des sciences de l’univers. Les grandes questions de l'origine de l'homme et les questions en rapport avec l'origine de l'univers et de ses destinées sont celles qui, de tous temps, ont le plus passionné les philosophes. Et comme les hommes sont de nature à chercher des réponses et des explications aux évènements qui les entourent, il est important de les résoudre. Ainsi de nombreuses explications, premièrement cosmologiques puis scientifiques sont apparues. Cependant nous pouvons nous demander s’il est possible de connaître l’univers sans se raconter des histoires de monde ?
    
  Dans les vieilles civilisations, les hommes se sont trouvés confrontés des phénomènes naturels qu’ils ne comprenaient pas. Ils ont alors cherché une explication à ses catastrophes. Ainsi, ils ont inventé des dieux qu’ils ont cachés derrière chacun de ces phénomènes incompris. Cette démarche constituant à chercher à donner un sens, quel qu’il soit, au monde qui l’entoure est une démarche propre, fondamentale et incontournable de tout être intelligent, on ne peut vivre sans chercher à donner un sens au monde dans lequel on est plongé. En effet cela est né du besoin culturel des hommes, la culture se résume à l’ensemble des productions d’une société, autant matérielles, comme les habitations, l’art, etc… Qu’immatérielles, comme les croyances, des idées, ou encore des coutumes. L’ensemble de notre culture provient de l’enseignement, des traditions et des coutumes de nos ancêtres. La culture est finalement tout ce qui a été rajouté par l’homme à la nature.  Donc ces divinités cachées sont crées pour combler l’incompréhension que l’homme a du monde. On trouve dans les cosmologies primitives une tendance systématique à introduire une quantité de divinités dont l’importance croit au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la terre. La représentation cosmologique de l’univers dans ces civilisations n’a rien de scientifique ni même de préscientifiques, elle est d’ordre purement mythique. Les hommes partent de l’idée, grâce aux croyances, que le monde à été crée par des où un dieu, qui ont battis le monde et les hommes. Nous pouvons ainsi nous rendre compte qu’au commencement de ces croyances, les hommes ont créé un univers. La question est de savoir si c’est idée d’univers n’est pas restée gravée dans la science moderne.
     Les hommes ont commencé à s’intéresser aux sciences seulement plus tard, lorsque les civilisations ont commencé à acquérir une certaine organisation, les premières raisons de ces recherches scientifiques naissent de l’agriculture. En effet, en fonction des différentes saisons, les récoltes agricoles n’étaient pas les mêmes, il y avait la un besoin important d’étudier l’astronomie. C’est là la naissance du premier calendrier. Pour établir celui-ci, il a fallu aux hommes étudier le placement du soleil dans le ciel en rapport avec les étoiles et autres phénomènes. Ils ont ainsi pu se rendre compte qu’il y avait un lien entre le positionnement des astres et les phénomènes terrestres. Naissent alors les premiers rapports à la physique.
   Chronologiquement et historiquement, on peut ainsi remarquer que la science commence lorsque le mythe finit. Si un physicien cherche à démontrer quelque chose il doit effacer toute connaissance où idées préconçues pouvant s’inspirer de cosmologie par exemple. Tandis, qu’au contraire il adhère à des histoires de monde alors cela voudrai dire qu’il y a d’abord une invention de récit et par la suite une adhésion, cette action suppose alors un renfermement moral sur une chose. Ainsi, on ne s’expose pas à une réalité qui pourrait compromettre l’image rassurante que les hommes se faisaient de l’univers et, alors, bouleverser la vie et les idées qu’ils entretenaient. La question qui se pose alors est de savoir si il est possible pour l’homme de connaître ce qui l’entoure sans partir d’idées préexistantes où d’idées qui pourrait le rassurer sans compromettre la connaissance de l’existence de l’univers ?  L'univers ne nous est pas connu. La grande majorité des corps célestes n'a pas été observée. On ignore, par ailleurs, si l'univers est fini ou infini, les deux hypothèses étant toutes deux difficile à concevoir. 


   Ce pose alors l’idée de l’expérience. Une expérience scientifique n’est pas une expérience naïve, c’est-à-dire une expérience réalisée sans réflexion et qui n’avait pas pour but de démontrer quelque chose mais qui fini par le faire. C’est une expérience savante qui doit être le fruit d’une certaine intelligence capable de faire des liens entre les différents éléments et de pouvoir démontrer, ou non, une idée. Une expérience savante est une expérience qui ne serait pas réalisée par quelqu’un de simple d’esprit. Pour qu’un scientifique puisse avoir l’idée de prendre une lunette et d’observer les étoiles pour en apporter des conclusions est un acte extraordinaire car il montre une volonté de découvrir de nouvelles choses et contredire, dans un certain sens, des idées préexistantes. Ainsi il présuppose des questions et il y a une certaines initiatives d’esprit. Une expérience se base sur des faits réels qui sont observé par un scientifique, ainsi il peut développer des idées et alors développer une hypothèse. Un scientifique, pour prouver une expérience, ne doit pas faire intervenir de spéculation. C’est-à-dire que, si à un moment donné, ses idées prennent le dessus sur les faits réels, alors cela reviendrai à se « raconter des histoires de monde ». Ce pose alors l’idée de savoir jusqu’ou les hommes sont prêts à aller pour prendre en compte une vérité qui peut faire mal, violente, ou détruisant tout ce que nous pensions savoir de l’univers ? 

  Les hommes ont attribués le nom d’univers, mais il n’existe pas de données permettant de prouver que le monde où nous vivons est UNIvers et non pas un multivers. En effet, depuis le début des temps les hommes se sont pensés supérieurs aux autres espèces animales ou présentes sur la surface de la planète. Ainsi ils ont souvent tout tourné autour de leur existence. Les lois que nous utilisons autours des phénomènes gravitationnels sont-elles vraies parce que nous vivons dans un univers ou parce que nous avons voulu qu’elles pour soient réalistes par rapport aux faits que nous voulons une exclusivité ? Pierre Duhem à ainsi élaboré une théorie « un système de propositions mathématiques déduites d’un petit nombre de principes qui ont pour but de représenter aussi simplement, aussi complètement que possible un ensemble de lois expérimentales ». Cette théorie se compose de cinq étapes. La première est, qu’une théorie, doit être dans un premier temps cohérente. En effet, pour établir une théorie, il ne faut pas qu’elle se contredise, cette idée s’impose seulement aux mathématiques qui sont une science de logique. Mais elle ne s’applique pas aux sciences expérimentales comme la physique.

 Car toute théorie peut-être, plus tard, totalement démentie avec l’évolution du monde et des sciences. Il est également très important de chercher à démontrer de nouvelles idées. La seconde étape est d’être capable de prédire et d’anticiper les phénomènes observables grâce à cette théorie. Il faut avoir une idée du résultat escompté. Il faut ensuite qu’une théorie face preuve de simplicité. Henri Poincaré à écrit « Il ne faut pas comparer la marche de la science aux transformations d’une ville, où des édifices vieillis sont impitoyablement jetés à bas pour faire place aux constructions nouvelles mais à l’évolution continue de types zoologiques qui se développent et finissent par devenir méconnaissables aux regards vulgaires, mais d’où un œil exercé retrouve toujours les traces du travail antérieur des siècles passés. Il ne faut donc pas croire que les théories démodées ont été stériles et vaines. » C'est-à-dire que les anciennes théories peuvent toujours, même si elles sont contredites ou fausses, servirent de base à l’élaboration d’une nouvelles théorie. La dernière étape consiste à être sur de pouvoir réaliser une expérience pour démontrer la théorie. 
Cependant les hommes ne doivent pas laisser leurs sentiments entraver une théorie. En effet les hommes ont tendances à s’accrocher à certaines histoires jusqu’au point de s’en convaincre eux-mêmes ou de trouver des moyens, mêmes inconscients pour trouver des réponses qui les arrangent. C’est la que se porte tout notre raisonnement, les hommes peuvent-ils connaître les choses qui les entourent sans se laisser corrompre par des idées et des sentiments, et être totalement hermétique à tout raisonnement extérieur ?  Il est propre à l’homme de ressentir des choses et de réfléchir, nous pourrions alors penser qu’il est alors impossible de ne pas prendre part dans une expérience, d’ailleurs il est probable que certains scientifique est déjà falsifier leurs résultats dans le but de ne pas se révéler une réalité trop dure. De plus il est difficile de faire des conclusions sur l’univers car nous sommes « en » lui, on ne peut pas l’observer de l’extérieur. Tout ce que les hommes pensent est rendu possible car c’est justement l’univers qui fait que ces idées existent dans mon cerveau. 

   Avec les éléments qui font qu’une théorie peut-être envisager ou non, on peut constater que Pierre Duhem se base sur l’autre en partant du préexistant. On voit ainsi qu’il y a un lien entre cosmologie et histoire avec la science. N’est pas un moyen de faire avancer la science ou un moyen de s’enfermer en quelque sorte dans des histoires de monde ? Les expériences sont-elles fiables ou nous montrent-elles les résultats escomptés ?
   Aristote croyait que tous les objets étaient constitués de matière et de forme. La matière étant ce dont les choses sont faites, la forme étant les caractéristiques de chaque chose. Aristote pensait qu'un objet contenait plusieurs formes possibles et que tous les changements de la nature impliquaient la transformation de quelque chose en une forme réelle. Descartes, lui, était un dualiste, il a cherché à contredire Aristote. Pour lui, le monde est fait de deux types de substances : la matière qui occupe l'espace, et l'esprit ou l'âme immatérielle. Elles sont toutes les deux créées par Dieu, mais n'ont aucun contact entre elles, sauf chez les êtres humains où le cerveau permet à l'esprit de communiquer avec le corps. Nous pourrions alors parler de l’expérience réalisée par Descartes concernant le bloc de cire. Il fait une expérimentation, qui est une expérience de pensée, avec un morceau de cire. Il l'approche du feu et ses qualités changent ou disparaissent; pourtant tout le monde continue à dire que c'est la même cire. Est-ce que ce sont les sens qui nous donnent cette connaissance, et qui fondent le jugement de perception ? Descartes va plutôt nous montrer qu’il est impossible d’affirmer l'identité de l'objet, si je ne dispose que des sens. 

En effet, que me livrent mes sens concernant l'objet ? Des informations multiples comme l’odeur, saveur, etc… Pourtant il n’y a pas de lien, mes sens ne m’aident pas à faire une distinction. Les sens ne me donnent pas la chose comme "substance", comme chose. Il faudrait pour cela qu'il y eut un organe corporel qui me fasse sentir cette unité. Nous pourrions, comme comparaison, utiliser l’exemple d’une personne. Lorsque nous voyons une personne coiffée ou habillée d’une certaine manière, et qu’un autre jour tous ses critères de différenciation ont changés, alors nous pourrions tout de même reconnaître la personne car nous connaissons la forme interne des choses. Si nous nous appuyons sur ce que nous dit Descartes alors il serait possible pour l’homme de connaître l’univers. Seulement si nous prenons en compte les ondes lumineuses, qui font que nous voyons le monde d’une certaine façon, ne nous permet pas de valider cette théorie aujourd’hui. De plus, par exemple, les artistes n’ont pas la même façon de peindre, nous pourrions alors penser que les hommes ont un monde propre à chacun. Ne pourrait-il pas alors y avoir plusieurs possibilités de conclusion pour une expérience donnée ?
  
Nous allons prendre pour exemple la célèbre expérience de Young. L'expérience de la double fente avec des électrons et qui sert d'introduction aux concepts quantiques. On considère, pour cela, une fente double séparant une source d'électrons en haut et un écran en bas. Si les électrons étaient des ondes, et passaient donc simultanément par les deux fentes, on aurait sur l'écran une alternance de bandes claires et sombres, les fameuses franges d'interférence que l'on obtient aussi avec de la lumière. Si les électrons étaient comme des balles tirées par une mitrailleuse et passant par une seule fente ouverte, on aurait une série d'impacts discrets distribués selon une courbe continue. L'ouverture d'une autre fente ne changeant que peu cette courbe mais donnant un résultat très différent du cas ondulatoire. Si les deux fentes sont ouvertes, et que l'on s'assure que les électrons passent un par un au travers, on enregistre sur l'écran une série d'impacts discrets mais dont la distribution avec suffisamment d'électrons se fait selon les franges d'interférence d'une onde. Les électrons et autres « particules » quantiques ne sont en réalité ni des ondes ni des particules mais quelque chose d'autre dont les attributs classiques, trajectoire, vitesse, localisation, n'apparaissent qu'en fonction du dispositif expérimental donné. Pour être provocateur, la réalité n'existerait donc fondamentalement pas dans l'espace et le temps et les objets au sens classique n'existeraient pas sans un observateur, peut-être pas nécessairement humain, pour les observer. C'est en tous cas une interprétation possible de la mécanique quantique. C'est là que l'expérience devient stupéfiante. Bien qu'ayant dépassé les deux fentes, c'est le choix de l'observateur qui va déterminer dans le passé par quelle fente le photon a voyagé, par une ou par les deux en même temps. Ainsi, on peut remarquer qu’en fonction de l’expérience qu’un scientifique cherche à démontrer, les résultats ne sont pas les mêmes. Ce qui veut dire que pour une expérience donnée, de nombreuses possibilités de réponses et de théories peuvent être possible.
 
L’expérience du chat de Schrödinger consiste à placer un chat dans une boite fermée. Cette boite est pourvue d’un système destiné à tuer le chat. Ce système est constitué d’un flacon de poison, d’une petite quantité de matière radioactive et d’un compteur Geiger. Lorsque la première désintégration d’un noyau radioactif se produit, le compteur Geiger réagit en déclenchant un mécanisme qui casse le flacon et libère le poison mortel. Ainsi, la désintégration d’un noyau radioactif, un processus microscopique, se traduit par la mort du chat, un événement macroscopique. La désintégration d’un noyau radioactif est un processus purement quantique qui se décrit en termes de probabilités. Il est impossible de prévoir quel noyau se transformera en premier ou bien quand la première désintégration se produira. La seule chose que nous puissions calculer est la probabilité qu’un certain nombre de noyaux se soit désintégré après un temps donné. Nous pouvons par exemple choisir une substance radioactive de telle façon qu’après cinq minutes il y a 50 pour cent de chances qu’un noyau se soit désintégré et 50 pour cent de chances que rien ne se soit produit. Fermons donc la boite et patientons pendant cinq minutes. Puisque la désintégration radioactive s’exprime en termes de probabilités, le sort du chat ne peut être décrit qu’en termes similaires. Après cinq minutes, il y a donc 50 pour cent de chances que le chat soit mort et 50 pour cent de chances qu’il soit vivant. Dans l’interprétation traditionnelle de la mécanique quantique, le chat n’est alors ni mort, ni vivant. Il se trouve dans une superposition de ces deux états. Ce n’est que lorsque nous ouvrons finalement la boite que l’un des deux états possibles devient la réalité. Le chat est alors soit vivant, soit mort. Ainsi il laisse entrevoir la possibilité que dans un monde, le chat soit mort, mais dans un autre qu’il soit vivant. Car si, quand je n’ouvre pas la boite, le chat est à la fois mort et vivant, alors il offre la possibilité qu’il soit dans un état différent dans chaque monde. Ainsi pour n’importe quels évènements du monde on peut en conclure que tous les actes que nous réalisons se passent différemment ailleurs. La question que nous nous posons est alors dépassée car il n’est alors plus question d’un univers. 

  Nous avons vu s’il était possible de connaître l’univers sans se raconter des histoires de mondes, il semble que les hommes, chronologiquement se base sur de nombreuses histoires et mythes qui peuvent nuire aux raisonnements scientifiques. En effet, les hommes ont du mal à ne pas prendre part dans une théorie scientifique et risquer de compromettre la vérité, qui peut parfois être violente ou encore effrayante. Cependant, L’expérience de la double fente et l’expérience du chat de Schrödinger nous permet de nous rendre compte que de nombreuses variantes sont possibles et qu’au-delà d’un univers il existerait d’autres mondes et ainsi un multivers. Nous serions alors incapables de connaître l’univers en se racontant des histoires de mondes.

dimanche 8 mai 2016

Peut-on comprendre l'Univers sans se raconter des histoires de mondes? Copie de Salomé Cuinet (Terminale S2)



Dés la naissance de la philosophie, les hommes ont voulu savoir de quoi l’Univers était fait. Ce mot venant du latin Universum a plusieurs sens. D’abord c’est l’ensemble de tout ce qui existe, de tout ce qui nous entoure de près ou de loin. Ensuite cela peut être un milieu, un environnement ou le domaine psychologique d’une personne. C’est aussi un ensemble de concepts, d’objets abstraits considérés comme un système organisé. En littérature, c’est l’ensemble de l’humanité. Dans ce sujet, nous nous intéresserons principalement à la première définition, celle de l’univers des scientifiques composé de galaxies et de planètes. Or cet univers là a besoin de faits scientifiques pour être connu et compris. Pour autant avons-nous besoin de nous raconter des histoires de mondes pour le connaître ? Devons-nous prendre en compte les histoires de notre monde, notre planète Terre ou de nos mondes, les histoires de chaque personne, de chaque époque de la vie ?

Il faut d’abord différencier cosmologie et cosmogonie. La cosmologie est l’Etude de l’origine, la nature, la structure et l’évolution de l’univers. Elle est purement scientifique et développée par les astrophysiciens qui cherchent à connaître la vérité. La Cosmologie est donc la science des lois générales par lesquelles le monde est gouverné tandis que la cosmogonie  est le récit de l’origine du monde. Elle vient du grec cosmo « monde » et gon : engendrer. Il existe des milliers de légendes de création du monde. Elle se rapporte au sujet dans le fait de se raconter des histoires de monde. La transmission de ces histoires est orale. Ce sont des contes, des fictions. La cosmogonie est irrationnelle. L’une des plus connues est la Théogonie d’Hésiode. Cette histoire raconte comment sont venus au monde les premiers Dieux, comment l’univers a été créé et partagé entre les différentes divinités associés à différents symboles. Ce que nous retenons alors de cette théogonie est que les grecs ont voulu expliquer de manière irrationnelle pourquoi nous existons, comment l’univers s’est fait au travers de la parole du récit et de la légende. Mythos est donc lié à logos, ce qui implique que pour créer la science, il a fallu l’inventer. Aucune civilisation n’a pu pour le moment pratiquer la science sans avoir d’histoires pour expliquer d’abord l’Univers par le mythe.
La science étant ici relié à la cosmologie, ne doit rien inventer ni extrapoler sous peine de s’enfermer dans une histoire de monde qui lui conviendrait, certes, mais l’éloignerait de la vérité et donc de la connaissance de l’univers. Cependant la cosmologie qui étudie l’Univers se trouve dans cet univers donc elle ne peut être objective et cela nous affecte directement. On pourrait la comparer à l’expérience de la double fente de Young, où lorsque l’on place un appareil détecteur pour mieux comprendre le comportement des électrons, ils se comportent différemment.
Donc pour se rassurer et ne pas douter de la science nous avons créé cinq  critères prouvant la scientificité d’une théorie.

Le premier critère est celui de la cohérence interne. Une théorie ne doit jamais se contredire. Elle doit être générale et totalement inspirée de la réalité pour être validée (critère de la correspondance avec la réalité). Le troisième critère est la prédiction, c’est-à-dire que la théorie doit anticiper une loi qui devra s’appliquer dans le futur, elle doit être utile à tout le monde. Viennent ensuite les deux critères les plus importants. Le rasoir d’Ockham qui est la simplicité : une théorie efficace et valide doit être économe en principes afin de ne pas se perdre et oublier notre cohérence interne. Et puis il y a la falsifiabilité selon Karl Popper : une théorie doit être le support d’une démarche scientifique où des expériences ont été nombreuses pour valider sa compétence. Cependant si la théorie échoue, alors elle est réfutée à jamais, mais si elle est validée cela ne veut pas dire qu’elle est vraie car on ne peut pas l’expérimenter dans toutes les conditions possibles. Elle est donc juste validée, mais jamais vraie.
Ainsi ces critères permettent de contrôler scientifiquement  les théories et certains de ses critères peuvent aussi s’appliquer à l’action de se raconter des histoires, ce qui pourraient montrer que les histoires de mondes sont reliées à la connaissance de l’Univers. D’abord la cohérence interne fonctionne aussi pour l’histoire car si l’histoire n’est pas claire, les lecteurs pourraient être déconcertés et se détourner de celle-ci, comme on pourrait le faire avec une théorie. La correspondance avec la réalité et la prédiction ne peuvent s’appliquer à l’histoire car elle peut être inventée de toute pièce et se passer dans un autre monde que le notre (à l’instar de la mythologie faisant intervenir les Dieux et des endroits comme les enfers, ou de la science fiction). De plus l’histoire n’est pas écrite pour nous rappeler nos erreurs du passé afin de ne pas les refaire mais simplement pour garder une trace de notre vie. L’histoire peut anticiper un phénomène à l’avenir mais elle ne peut pas créer de lois. Quant à la simplicité, l’histoire peut ou non choisir d’être compliquée ce qui veut dire qu’elle peut s’appliquer au rasoir d’Ockham d’une certaine façon. Mais pour finir avec le dernier critère, la falsifiabilité ne peut s’accorder avec l’histoire car ce n’est pas une théorie à valider. On peut l’approuver scientifiquement mais si elle est fausse, elle n’est pas à réfuter, à bannir irrémédiablement. Au contraire, elle s’inscrit dans l’époque et le contexte dans lequel elle a été testée, vérifiée.

Donc, dans certaines conditions, l’histoire peut comme la théorie, et plus généralement la science s’intégrer dans certains critères de la scientificité et cela montre ainsi que ces deux domaines sont peut-être liés. D’ailleurs on pourrait se demander si les scientifiques et les auteurs de théorie ne se raconteraient pas des histoires pour avancer dans la connaissance de l’Univers. Par exemple, Einstein  s’est peut-être imaginé des histoires de mondes qui auraient pu l’aider à créer les théories que l’on connaît aujourd’hui. Ainsi le scientifique aurait besoin d’une part en lui d’imagination pour connaître l’Univers.
Descartes dans ses « méditations » s’est posé la question de savoir si’ nous pouvions avoir une certitude quant à l’extériorité des choses qui nous entourent. Il prend alors un morceau de cire comme exemple. Au début, le morceau de cire est un bloc compact, solide, parfumé. Il fait du bruit quand on le frappe. Puis on le met devant une flamme, il devient mou et liquide, perd de son odeur et ne résonne plus. Pourtant on est bien certain que c’est le même morceau de cire mais ces deux apparences ne sont pas la même chose. Nos sens nous disent que ce sont deux choses distinctes alors que nous savons bien que c’est une seule et même matière. Il conclue que seul notre entendement peut savoir et même « voir » la cire là où mes sens me montrent deux choses différentes. Mais Descartes ne se serait-il pas raconté d’histoire d’une seule cire alors qu’il y aurait des millions de possibilités inimaginables ?
Deux autres exemples tirés de la physique quantique pourraient aussi nous faire envisager que nos sens soient trompés face à la multitude de possibilités d’états d’un objet ou d’une chose. Ces deux expériences sont celle de la double fente de Young et le chat de Schrödinger. La première rapporte le comportement étrange des électrons quand ils sont observés. On envoie à travers deux fentes des billes lancées à pleine vitesse. On observe alors deux tranches sur un tableau derrière les fentes. Maintenant on fait de même avec des vagues, on s’aperçoit qu’il n’y a pas deux tranches mais un patron d’interférences avec plusieurs tranches. On essaye alors la même expérience avec des électrons. On en projette donc sur les deux fentes et, au lieu de trouver seulement deux fentes comme avec les billes, on trouve un patron d’interférences. Les scientifiques  essaient alors deux choses. Premièrement, ils envoient un par un les électrons et si, au début, on observe bien deux tranches au bout d’un certain temps, on voit à nouveau plusieurs tranches. Ils ont alors voulu observer de près le comportement  de l’électron pour savoir dans quelle fente il passait. Ils ont alors placé un observateur devant les fentes et dans ces conditions, on a retrouvé le modèle de deux tranches. Cela signifie que premièrement on ne sait toujours pas comment passent les électrons et que deuxièmement l’expérience change selon qu’il y ait un observateur ou pas. Mais alors où est la connaissance de l’univers si une même expérience me décrit deux réalités : onde et corpuscule ?

Imaginons maintenant qu’un chat soit placé dans une boîte dans laquelle il y a un mécanisme qui détecte la désintégration d’un atome radioactif. Si le détecteur capte la désintégration, alors il casse une fiole de poison qui tue le chat. Or, on ne peut pas savoir si l’atome se désintègre ou pas, il y a une possibilité de 50/50. Le chat est donc à la fois mort et vivant tant qu’on n’ouvre pas la boîte. Mais pour savoir s’il est mort ou vivant, il faut ouvrir la boîte, mais si on ouvre la boîte, on imposera le fait qu’il sera mort ou vivant. La superposition quantique ne s’appliquant pas à notre échelle, lorsque la boîte est fermée on peut mathématiquement prévoir l’état du chat : Une chance sur deux qu’il soit vivant. Nous pouvons alors tirer deux conclusions la physique quantique doit rester quantique. On ne peut pas l’appliquer à notre échelle et elle doit rester un concept mathématique (c’est l’école de Copenhague), ou alors il existe un univers parallèle pour chaque état superposé (c’est la théorie d’Everett). Qu’en est-il de l’état où le chat n’est pas mort quand la boîte est ouverte ?
Pour l’interprétation de Copenhague le 2e état n’existe tout simplement pas, le chat est vivant, c’est tout. S’il est mort, il n’est plus vivant, un point c’est tout.
Pour Everett, lorsque la boîte est ouverte le chat est mort ou vivant, mais cette alternative décrit une bifurcation entre deux réalités qui ont également lieu. On sera donc dans un monde où le chat est mort sachant qu’il y en a un autre où il est vivant.
Ainsi ces deux expériences ne nous indiquent pas comment vont réagir les électrons après les avoir lancé contre les fentes ni comment le chat est dans la boîte s’il y a eu désintégration, on ne peut pas prévoir d’avance tant il y a de possibilités imaginables. Et si d’après Everett il y avait la possibilité de plusieurs mondes parallèles où le chat n’aurait pas les mêmes états, cela ne voudrait-il pas dire qu’il existe quelque chose de plus grand, invisible nous mettant devant ces faits accomplis quelque part, sans pour autant tomber dans des histoires de mondes ?

Et si la notion même d’Univers était à revoir, balayant ainsi la question de connaître l’univers sans se raconter des histoires de mondes ?
Comme nous venons de le voir avec Everett, il se pourrait qu’il existe d’autres mondes où le chat soit bien vivant et d’autres dans lesquels il serait mort. Et si l’ensemble de tous ces mondes composait le multivers ? Un multivers dans lequel tout serait possible et où il existerait toutes les versions différentes de nous faisant pratiquement tous la même chose mais différemment ? Le chat dans un monde serait vivant, dans un autre, non, dans un autre encore, le poison n’aurait pas été libéré pareillement, etc.
La théorie du multivers correspond aux critères de la scientificité : elle est simple, élégante et économe en concepts (même si elle ne l’est pas en mondes : many worlds, a few words).
La théorie du multivers est la conséquence de la thèse de l’inflation exponentielle (qui montre qu’il y a une expansion de l’Univers de plus en plus rapide comme les trous dans un gruyère), de l’énergie de la matière noire (étant extrêmement petite alors que c’est elle qui réalise l’expansion et qui, lorsque l’on essaie d’enlever quelques zéros des milliards de milliards de zéros constitue le chiffre de l’énergie afin d’augmenter la valeur de cette énergie - l’univers serait radicalement différent et il n’y aurait pas de vie sur terre, mais qui prendrait alors du sens dans un multivers grâce aux infinies possibilités de retrouver des planètes identiques) et de la théorie des cordes (cordes vibrant de façons différentes créant de nombreuses particules car elles se trouveraient dans les quarks, les protons et et neutrons créant eux des atomes qui eux créent toutes les molécules). Tout cela créerait donc (d’après Guth, Linde, Vilankin qui ont découvert ces théories) le multivers dans lequel on vit.

Le multivers serait donc la fin du raisonnement de la question de la connaissance de l’Univers, comme le dit l’astrophysicien Aurélien Barrau car nous entrons peut-être selon lui dans une forme de « logomythie » où, à l’inverse de la mythologie, il s’agirait, pour la science, le logos, de créer de nouveaux mythes : mythos, sachant qu’il n’est plus question pour le savant de dire la seule vérité possible de ce monde là mais peut-être l’interprétation la plus sobre et la plus élégante de tous les mondes réels.

dimanche 1 mai 2016

Festival de Cinéma: "L'espace d'un instant" - 1ére Edition du 13 au 15 mai 2016

Du 13 au 15 mai 2016 au cinéma l'Antarès de Vauréal (95) et au théâtre de plein air Gérard Philippe à Cergy, le festival de cinéma « L’espace d’un instant » présentera sa première édition, consacrée au thème du voyage spatial. De projections en conférences, de rencontres en créations, le ciel étoilé et le voyage interstellaire vus par le cinéma donneront matière à penser, apprendre, et rêver.
Pour plus de renseignements:  www.festival-lespaceduninstant.fr