samedi 21 février 2026

Lettre ouverte aux puces qui peuvent se gratter

 

Anatomie d'une puce

« La conscience est l’instrument le plus délicat et le plus fragile que nous ayons ; elle est encore jeune, tendre, facilement éblouie, facilement égarée, facilement blessée, facilement rendue muette. C’est encore un jeu d’enfant pour elle de se perdre dans les rêves, de se tromper, de se bercer d’illusions, de se payer de mots. Elle a jeté la clé : malheur à la curiosité fatale qui aimerait regarder par une fente bien loin hors de la chambre de la conscience et pressentirait alors que c’est sur ce qui est impitoyable, avide, insatiable, meurtrier, que repose l’homme dans l’indifférence de son ignorance, accroché au rêve comme sur le dos d’un tigre ! » (Le gai savoir IV §341)


Comme souvent, l’image utilisée par Friedrich Nietzsche est très belle même si finalement elle ne fait que reprendre une thèse qui est déjà présente chez Spinoza, à savoir que la conscience que nous avons tendance à considérer comme une instance de lucidité pourrait se révéler au contraire l’origine même de notre illusion. La conscience c’est ce qui fait naître la croyance en notre libre arbitre. Nous ne nous apercevons pas que nous sommes animé.e.s et mu.e.s par une volonté de puissance qui impulse la dynamique même de la vie et de la nature et ainsi nous définissons comme des sujets libres et responsables quand la vérité est que nous sommes pris dans un mouvement brutal, infini, multiple, « impitoyable », meurtrier. 

« La nature aime à se voiler » disait déjà Héraclite, la référence fondamentale et première de Nietzsche à tout point de vue. La conscience se perd dans le rêve de savoir qui elle est, d’entretenir l’illusion d’un « je pense », d’un je qui saurait exactement qui il et ce qu’il est en se contentant des renseignements que la conscience lui donne de « lui-même » sans s’apercevoir que cette représentation de soi est une bulle qui l’enferme dans une vision fausse et étroite de soi, quand la vérité (brute) est qu’il est accroché à la volonté de puissance comme une puce sur le dos d’un tigre. 



A partir de cette image, on peut augmenter l’amplitude de son domaine de pertinence et lui donner un sens  encore plus vaste, tout simplement parce que l’époque que nous vivons nous y invite et qu’après tout il n’est pas exclu que cette comparaison nous permette d’aller plus loin qu’il n’y paraît en choisissant de traiter l’actualité par l’équivocité de la parabole plutôt que par la tonalité dramatique du désespoir, voire du dégoût (même si, de fait, c’est bien le sentiment qui nous accable aujourd’hui) 

Il m’est arrivé de décrire cette fable comme Nietzschéenne, je pense vraiment qu’elle l’est dans l’esprit mais les propos précédents vise à rétablir la vérité, à savoir que le passage du "gai savoir"  ajouté à l’histoire des animaux intelligents qui se trouve au début de « vérité et mensonge au sens extra-moral » se sont involontairement combinés dans mes souvenirs pour accréditer cette thèse fausse d’une image conçue par Nietzsche lui-même:

 « Au détour de quelque coin de l'univers inondé des feux d'innombrables systèmes solaires, il y eut un jour une planète sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse et la plus mensongère de "l'histoire universelle", mais ce ne fut cependant qu'une minute. Après quelques soupirs de la nature, la planète se congela et les animaux intelligents n'eurent plus qu'à mourir. »

  De fait il est rare que je lise Nietzsche sans penser à cette histoire mais la vérité, c’est qu’elle est le produit d’un jeu de références et de pensées qui se situe dans mon inconscient et que je lui sais gré de cette invention. Nietzsche ne se serait probablement pas reconnu dans sa simplicité et son manque de finesse, mais je la développe aujourd’hui parce qu’elle me semble être la seule à même de traduire la façon la plus adéquate que je puisse adopter d’exister dans un climat idéologique aussi borné, étroit et surtout apeuré.  A quoi ça sert de faire de la philosophie? Trouver les meilleures images pour confondre les dérives d’une humanité enferrée dans ses propres images.


dans tout ça!


Représentons nous des puces vivant sur le dos d’un tigre et créant grâce à une complexion mentale et physique mêlant un indiscutable génie technologique, une avidité démesurée et une capacité imaginative exceptionnelle des représentations « pucéocentrées » de leur fragile existence, au premier rang desquelles il faut nommer l’histoire, l’idée d’un suivi générationnel, par quoi l’histoire des puces fait date….pour les puces dites civilisées. Les quelques  collectifs de puces n’ayant pas éprouvé cette nécessité historienne ayant été progressivement colonisés, « civilisés » et finalement détruits. Certaines religions pucières avaient déjà créé l’illusion collective d’une sorte de Dieu-Puce qui du haut de sa condition transcendante veillerait au grain de la Puce, en lui envoyant les tables de la loi ou son fils, ou une liste de devoirs puciers sacrés. 

Mais quel est le but profond de toutes ces fondements des civilisations pucières: religions, institutions, lois, économies, idéologies, etc? Se rassurer le plus possible à l’idée qu’elles ne sont pas logées sur le dos d’un tigre, qu’elles ne sont pas en train de lui gratter l’échine et remettre à plus tard le tragique de leur situation. Il faut bien préciser que certaines puces dans un lieu précis avaient bel et bien approché cette vérité ce qui avaient donné naissance à l’art, au théâtre, à la beauté pure, brute, donnée, implacable d’une vérité profondément juste et parfaitement ressentie. 

Parmi les religions pucières, il en est qui sont bien plus que d’autres au faite de cette vérité là. Le religieux en lui-même traduit en fait la transe née de cette vérité mais certaines religions se font une profession de foi de servir de base à des visions renfermées sur elles mêmes de bulles à puces structurées, éliminant au besoin en son sein les puces récalcitrantes et éventuellement de temps à autre parcourues de dynamiques hostiles appelant à la destruction des autres « bulles à puces ». 


J'ai l'impression d'avoir déjà vu ce truc à C-News

La philosophie est née de l’étonnement de certaines puces devant la réalisation de leur existence contingente et fragile de puces ayant élu domicile sur une échine de tigre incroyablement sensible et dangereuse. Miraculeusement cette intuition a su se maintenir jusqu’à aujourd’hui et même jusqu’à faire partie intégrante de l’enseignement des jeunes puces dans certaines zones du dos du tigre occupée par les puces, lesquelles n’occupent vraiment qu’une portion infime de ce dos réduites à quelques poils mordorés. La pratique des puces philosophes consistent à s’efforcer de retourner les démangeaisons que la population parasite fait subir au tigre sur cette population elle-même. Serait-il possible de se faire l’écho du ressenti de ce que c’est qu’être tigre, voire envisager la possibilité d’un devenir tigre de la puce? Peut-on approcher par la pensée la vérité de sa condition contingente de puce suspendue au dos d’un tigre? (Etre le poil à gratter de la puce finalement)

Comme nous l’avons noté, il existe finalement deux dynamiques enclenchées par cette situation: celle de porter à son paroxysme le pouvoir des puces de créer autour d’elle le rêve en bulle, opaque, étroit,  et fermé sur lui-même de l’exclusivité pucière en faisant jouer à toute occasion, en tout pays la dynamique apeurée du refermement sur soi, quitte à défendre ses pseudo-privilèges sur les autres peuples puciers.  La durée de vie exceptionnelle de ces insectes siphonaptères engendrant nécessairement des blessures et des démangeaisons de plus en plus douloureuses et insupportables pour le tigre provoque des soulèvements de son échine rendant de plus en plus inhabitables de zones de son dos. Tout ceci ne peut manquer d’opposer les populations de puces les unes contre les autres, et cela au sein mêmes des états de parasites. Le moins que l’on puisse attendre d’une colonie de parasites, c’est qu’elle ait conscience de son statut de parasite et ne se laisse pas berner par la fausse conscience d’être un peuple à part entière. Mais c’est visiblement trop demander à ses puces là qui, dans les périodes de crises font tout pour faire taire les puces lucides: celles qui sont soucieuses de savoir qui elles sont et surtout où est-ce qu’elle sont. La logique du pucéocentrisme est de resserrer tous les cercles de ses identitarismes d'une façon de plus en plus étroite, irrespirable, abjecte. 


puce moustachue avec ceinturon


Prise dans le piège de l’illusion dans laquelle elle consiste selon la puce Nietzschéenne, la conscience se laisse totalement anémier par la peur et devient productrice d’images de plus en plus illusoires: on a même vu des puces utiliser de l‘anti-puces contre sa propre espèce. Les pucéocides deviennent presque monnaie courante ainsi que les camps de puces migrantes, tout ceci se faisant au nom de puces affirmant voir « le monde tel qu’il est », l’invasion des puces étrangères et pas un seul moment ces puces ne s’éveillent à l’idée pourtant claire qu’elles sont toutes logées sur le dos d’un tigre, malgré ses soubresauts.



En réalité, et il faut insister là-dessus, ce n’est pas qu’elles ne s’éveillent pas à cette idée (même si visiblement elles détestent tout ce qui se rapproche du registre lexical de l’éveil « woke » à la vérité de leur condition parasite), c’est même presque le contraire: elles le savent très bien. Comment pourrait-elle ne pas le savoir, elles qui comme toutes les puces sentent aussi bien en elles qu’autour d’elles les trépidations et les mouvements sanguins du tigre sur le dos duquel elles vivent? Elles s’accrochent au rêve dans lequel les a plongé leur conscience, laquelle comme l’avait déjà dit la puce Baruch est une illusion. Conscience, image, peur, réseaux sociaux puciers: tout ceci converge vers une seule direction: marginaliser les puces lucides, faire taire tout ce qui fait écho au ressenti de notre ancrage sur l’échine tigresque, user de tous les ressorts autoritaires pour que la logique de renfermement sur soi des puces les plus étroites d’esprit, les plus entêtées dans la négation d’une évidence de plus en plus avérée fonctionne « à vide » en s’attaquant d’abord aux puces les plus exposées. Il faut préciser qu’il semble assez « logique » qu’à mesure que l’échine du tigre se fait plus menaçante, la peur grandit pour les puces qui jusque là avaient sur tirer avantage de la stratégie de repli sur soi de la bulle pucière. Il n’y a plus de choix possible pour ces puces là: il faut nier l’existence du tigre et supprimer toutes les voix de puces porteuses de l’écho de son rugissement, en un mot: imposer le silence à la honte d'être une puce, à l'Aidôs de la puce.

Nous qui voyons en ce moment dans notre pays, l’agitation médiatique et entendons les vociférations assourdissantes de ces puces nostalgiques de l’utilisation idéologique de l’insecticide et d’un état pucier fort, coercitif, avec l’aval des parasites les plus haut placés espérant ainsi conserver un peu leur place de siphonaptères nantis, nous n'avons finalement qu’une chose à faire: nous décrocher du rêve de la conscience pucéocentriste et nous faire un plaisir, pour reprendre les termes utilisés par notre président, de "chevaucher le tigre », mais en un tout autre sens que le sien. 


La sur-humanité passe à l'action


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