dimanche 10 septembre 2017

Conscience, Inconscient, le Sujet - Texte de René Descartes (1596 - 1650)


"Archimède, pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu, ne demandait rien qu’un point qui fût fixe et assuré. Ainsi j’aurai droit de concevoir de hautes espérances, si je suis assez heureux pour trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable.
Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n’a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n’avoir aucun sens ; je crois que le corps, la figure, l’étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. Qu’est-ce donc qui pourra être estimé véritable ? Peut-être rien autre chose, sinon qu’il n’y a rien au monde de certain.
Mais que sais-je s’il n’y a point quelque autre chose différente de celles que je viens de juger incertaines, de laquelle on ne puisse avoir le moindre doute ? N’y a-t-il point quelque Dieu, ou quelque autre puissance, qui me met en l’esprit ces pensées ? Cela n’est pas nécessaire ; car peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc à tout le moins ne suis-je pas quelque chose ? Mais j’ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps. J’hésite néanmoins, car que s’ensuit-il de là ? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens, que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu’il n’y avait rien du tout dans le monde, qu’il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucuns corps ; ne me suis- je donc pas aussi persuadé que je n’étais point ? Non certes, j’étais sans doute, si je me suis persuadé, ou seulement si j’ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition: Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. Mais je ne connais pas encore assez clairement ce que je suis, moi qui suis certain que je suis ; de sorte que désormais il faut que je prenne soigneusement garde de ne prendre pas imprudemment quelque autre chose pour moi, et ainsi de ne me point méprendre dans cette connaissance, que je soutiens être plus certaine et plus évidente que toutes celles que j’ai eues auparavant."

jeudi 7 septembre 2017

Méthodologie de la dissertation (Sujet 1 et 2 du baccalauréat)



1)    Comment aborder les sujets et en choisir un ?

Deux dispositions d’esprit sont absolument nécessaires pour aborder l’épreuve de philosophie, le jour du baccalauréat :
-       Abandonner totalement l’idée commune selon laquelle on nous pose une question pour que nous y répondions le plus vite possible, de façon définitive et tranchée. Ce que l’on nous demande, c’est de réaliser sa finesse, sa subtilité, de rentrer de plain pied dans son épaisseur problématique en contrariant le réflexe habituel qui consiste à se décourager quand on se rend compte que certains arguments sont susceptibles de renverser totalement les thèses que nous sommes en train de défendre. Il ne s’agit même pas de se faire son opinion sur un sujet, il s’agit de comprendre à quel point la réponse est impossible. Ce point est fondamental, de nombreux élèves se découragent précisément quand ils sont en train de rentrer dans le sujet, c’est-à-dire quand ils s’aperçoivent de la profondeur de l’ambiguité de la question. Une expression leur vient alors : « Mais on ne s’en sortira jamais ! » C’est exactement ce sentiment qu’il faut accueillir, travailler, prendre au pied de la lettre parce que c’est vrai : si on nous pose cette question, c’est parce qu’on ne peut pas « vraiment s’en sortir ». Nous allons explorer avec précision toutes les strates de cette complexité, essayer le plus possible de voir clair dans cette confusion, mais il importe évidemment de la reconnaître et de ne pas prendre peur lorsque l’on commence à percevoir la difficulté d’une question. L’embarras devant un sujet, C’EST le sujet. Par conséquent, nous possédons un critère sérieux de choix d’un sujet : plus la réponse nous semble évidente, exclusive (vous n’en voyez qu’une seule), tranchée, plus nous sommes à côté. Il importe de se souvenir de la phrase de Flaubert : « la bêtise consiste à vouloir conclure ». Nous pouvons comparer la réception d’un sujet à la croissance d’une plante qui se développerait et nous envahirait avec la multitude de nouvelles pousses : « mais cette question elle peut signifier cela, auquel cas, on pourrait envisager telle réponse mais en même temps ce mot signifie aussi cela, alors la réponse précédente n’est plus valable, mais alors….Et ainsi de suite : la question déploie toutes ses ramifications. Nous pouvons en ressentir un sentiment de panique. C’est là qu’il faut au contraire se rassurer car le sujet s’enracine dans notre esprit, il le déborde. C’est parfait, laissons-nous déborder « lucidement », c’est-à-dire en notant toutes les directions que prend le problème.
-       La deuxième disposition est la conséquence de la précédente. Si on ne se sort pas d’un sujet et si notre dissertation doit être précisément l’expression écrite de la réalisation de son épaisseur problématique. Alors cela signifie que nous n’en avons jamais fini. N’avoir plus rien à dire sur un sujet de Philosophie est tout simplement impossible. Si nous arrivons à une telle impasse, à un mur, c’est que nous l’avons raté. Il nous faut non seulement l’avoir perpétuellement en tête, mais aussi comprendre que la nature de l’effort qui nous est demandé est celle de la concentration. Il y a dans l’activation d’une pensée sur un problème une partie dont nous nous rendons compte et une autre qui s’effectue, progresse plus souterrainement. Toute pensée qui se focalise quatre heures de suite sur une question  génère forcément de meilleures idées à la fin qu’au début. C’est un exercice d’endurance. Il n’y pas d’inspiration à attendre, pas de jugement à édicter sur la beauté d’un sujet sa rudesse, etc. Choisissons le sujet dont la profondeur et l’ambiguité nous captivent suffisamment pour que l’idée de passer quatre heures à ne penser qu’à lui s’impose à nous simplement mais aussi pratiquement. En d’autres termes, ce qu’il convient d’avoir en tête dans le choix du sujet c’est l’idée suivante : « c’est précisément parce que je réalise qu’on ne peut pas répondre à cette question que je vais la traiter. Je comprends précisément tout ce qui fait qu’elle me met dans l’embarras, et c’est cette gêne, cette difficulté qu’il convient d’exprimer avec le plus de clarté, de nuances et de subtilité possible.

2)    L’utilisation du brouillon  (la problématique et le plan)

a) La problématisation
De nombreux maîtres dressent leur chien à aller chercher la balle qu’il lance. Considérons le réflexe de répondre immédiatement aux questions que l’on nous pose comme un conditionnement similaire et représentons-nous un chien doté de la capacité à parler qui, au lieu d’aller chercher la balle, irait demander à son maître pourquoi il l’a lancé, ou encore décomposerait le geste du lanceur plutôt que de s’intéresser à la balle (qui symboliserait la réponse). Sans aucun doute, ce serait un chien philosophe (comme Diogène). Cette situation nous permet de poser la distinction entre un sujet et un problème. Le premier est la question littérale que l’on nous pose, le second est le paradoxe implicitement compris dans le sujet et à partir duquel il est aussi difficile, complexe, insoluble.
Par exemple, le sujet : « Puis-je savoir si j’aime ? » pose une simple question qui n’a « l’air de rien », mais un minimum de réflexion nous permet de réaliser que ce qui donne sens à cette question en amont, c’est le fait que la force et la nature irrationnelle, imprévisible, absolue de la passion amoureuse ne permet pas que nous nous en distancions, que nous en prenons conscience. Mais alors si je ne peux pas me rendre compte que j’aime, suis-je vraiment « l’auteur » de cet amour, suis-je concerné par lui ? Me touche-t-il vraiment, « moi » ? Faudrait-il soutenir qu’un amour est d’autant plus authentique qu’il demeure indétectable au « radar » de ma conscience, de mon statut de sujet (d’où l’importance ici du pronom personnel : « Je ») ? L’amour est-il un sentiment assignable à un sujet doté de conscience ? Dire « j’aime » a-t-il un sens si par ce « je », nous entendons l’initiateur d’une action ?
Il s’agit de remonter à la source problématique du sujet plutôt que de se laisser incliner par la pente de sa réponse. D’où vient qu’une telle question (le sujet) puisse effectivement se poser et surtout avec une telle ambiguité, avec une telle profondeur problématique ? Du sujet au problème, nous passons d’une formulation simple, presque courante à une formulation philosophique. Cela signifie que le correcteur percevra très vite dans la problématique (qui figurera à la fin de notre introduction) tous les acquis d’une année de terminale (dans « Puis-je savoir si j’aime ? » il n’y a pas d’évocation littérale de la conscience, du sujet, de la passion, du désir, etc. mais ces notions sont pourtant présentes. Il s’agit donc non seulement de faire la preuve que nous sommes capables de saisir philosophiquement une question posée dans un langage courant, de passer de l’implicite à l’explicite mais surtout de ne pas voir dans une question un problème qui ne n’y serait pas contenu. Cette extraction du problème dans le sujet est décisive pour éviter le hors sujet. 


C’est donc un travail assez déterminant pour être entrepris au brouillon, notamment parce qu’il consiste évidemment à approfondir la compréhension et le sens d’un énoncé mais aussi à reformuler l’interrogation. Il faut que nous considérions notre problématique comme un enrichissement de la question, un affleurement à la surface de toutes les notions philosophiques enfouies dans la question du sujet, mais aussi que nous soyons certains qu’il n’y a pas de « ratés » : c’est bien cela le fond philosophique de ce qui nous est donné.
Ce travail de problématisation n’a pas pu s’opérer sans déjà susciter en nous une multitude de questionnements, de perspectives, d’exemples, de références. C’est finalement cette multiplicité de « pousses », qui croissent à partir du sujet dont il a été question. Il importe de les écrire sur le brouillon, en suivant l’ordre dans lequel elles nous viennent à l’esprit, même si cela nous apparaît plutôt comme un désordre (pour un travail à faire à la maison, cette phase doit s’opérer le plus vite possible et à intervalles réguliers – On peut collecter des idées ici ou là, en regardant un film, en lisant un livre, en écoutant telle ou telle idée évoquée en cours).
On obtient ainsi un « fouillis » de notes, références, exemples ou mieux encore de significations différentes susceptibles « d’essaimer » du sujet. Il est très probable dans le développement de ce « moment » que les premières idées évoquées soient moins approfondies que les plus récentes. On peut faire confiance au temps. Cela signifie que dans l’élaboration au brouillon de notre plan, on doit pouvoir tenir compte de cette progression. Si on mène cet effort avec constance, on s’aperçoit que beaucoup de chemin est parcouru des toutes premières pensées aux toutes dernières. Quelque chose de ce chemin doit imprégner l’esprit de notre plan.
 
b)    Le plan

Deux types de plan sont envisageables : si l’on peut répondre par oui et par non, il est possible de classer, dans un premier temps, toutes les idées, tous les arguments, tous les exemples selon qu’ils contribuent à apporter une réponse positive ou négative à la question. On parle alors de plan de type dialectique. Il convient néanmoins de prêter une grande attention à trois aspects de ce plan :

-       Il faut s’interdire des formulations simplistes et caricaturales du type : « nous allons aborder dans un premier temps la partie oui avant de développer la partie non. » Nous ne choisissons pas ce type de plan parce que nous l’imposons de toute force à une question mais parce que nous estimons que le sujet s’y prête. Il importe de formuler les positions qui correspondraient à la réponse positive et à la réponse négative. Par exemple sur le sujet : « Puis-je savoir si j’aime ? », la thèse qui s’appuie sur le oui correspond à l’affirmation suivante : un sentiment amoureux dont je ne prendrai pas conscience serait pauvre, dénaturé parce que non assumé. Comment pourrais-je aimer si je n’étais pas engagé dans cette action d’aimer. Il faut donc que ce soit une action, et non une passion. » L’antithèse qui se situerait du côté du non utiliserait au contraire des arguments du type suivant : « un amour que nous pourrions revendiquer comme « notre » serait clair, énoncé, adressé à l’autre, volontaire, ce qui ne peut d’aucune façon rendre compte du trouble et de la confusion inhérents à ce sentiment. L’amour est une affection trop profonde pour être exclusivement assimilé à notre conscience (laquelle ne peut se concevoir autrement que superficielle, en surface)

-       Il faudra nécessairement une troisième partie qui dépasse les deux précédentes, c’est-à-dire qui manifeste clairement que l’opposition se produit dans une certaine acception de la question qui manque peut-être de subtilité, de profondeur. Dans la tragédie de Racine, Phèdre déclare : « que ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ? » L’important n’est pas d’aimer ou de haïr mais l’intensité du sentiment, quelle que soit sa nature, que l’on voue à l’autre personne. Phèdre aime et hait Hyppolite. A cette intensité, il est possible de prêter attention.

-       Ce type de plan peut parfois manquer de subtilité notamment si l’énoncé peut se prendre en de multiples sens. Il peut favoriser en nous le développement d’une disposition à la caricature. On veut tellement les classer dans la thèse ou dans l’antithèse qu’on les simplifie au lieu de les approfondir. Il crée dans notre pensée une sorte de protocole d’interrogatoire qui ne prête pas suffisamment attention aux éléments utilisables (cet argument est dans le oui ou le non ?). Il convient donc de se méfier de l’adoption systématique de ce type de plan.






L’autre modèle de plan est dit « progressif ». Il consiste à retravailler la formulation du problème pour comprendre tous les différents sens qu’il est susceptible de revêtir, ou bien à dégager ces sens différents de tout le matériau déjà rassemblé dans notre travail de « défrichage ». Ainsi « Puis-je douter de moi-même ? » peut vouloir dire : « est-il possible de remettre en cause ses capacités, de ne pas être sûr d’être à la hauteur d’une tâche ? » mais aussi « Puis-je douter d’avoir un moi qui soit unique, « même », exclusif, puis-je douter d’être une seule personne ? » ou encore « puis-je douter du fait que j’existe ? » « Douter de soi, n’est-ce pas précisément mettre en œuvre une capacité qui prouve que j’existe ? », etc. Cette compréhension des différents sens du problème n’est pas facile, mais, si elle est bien conduite, elle dessine un plan. Il ne nous reste qu’à classer ces différents sens qui ne se recoupent pas en commençant par le plus simple et en allant vers le plus complexe, le plus subtil, le plus profond. On progresse ainsi dans l’épaisseur problématique d’un sujet, ce qui correspond exactement à ce que nous devons faire.
Dans le cadre de l’épreuve du baccalauréat (4h), il convient évidemment de construire un plan mais de ne pas se l’imposer de façon trop impérative. De nouvelles idées, références ou significations du problème viendront au fil de la plume, et probablement de qualité. Il faut leur faire place et ne pas hésiter à modifier notre plan si nous nous apercevons que ces nouveaux arguments sont meilleurs que ceux que nous avions développé au début. La construction du plan nous permet d’éviter le hors sujet et de progresser du plus simple au plus subtil. Il ne faut pas s’y enfermer mais le considérer comme une structure souple ouverte à la nouveauté. Rien ne nous oblige à annoncer notre plan dés l’introduction.
3) L’introduction
Mais alors à quoi doit ressembler notre introduction ? Elle témoigne de notre capacité à accomplir trois opérations essentielles :
-       Cette question se pose à chacune et à chacun dans la réalité quotidienne de nos vies. On peut relever dans telle ou telle situation courante de l’existence (pas la notre en particulier, celle de tout un chacun) sa présence, même à un niveau qui reste superficiel.
-       La question fait donc signe d’un paradoxe. Il faut remonter à sa source pour trouver ce paradoxe (c’est ce que l’on appelle problématiser).
-       Il convient de formuler ce paradoxe de la façon la plus claire et la plus nuancée possible (c’est la formulation de la problématique) 


Rien ne peut être pire que de commencer notre introduction par : « ce sujet nous interroge sur… » ou « il est question ici de… ». Il n’y a pas d’ « ici » ni de « sujet ». C’est à nous qu’il revient de montrer que la question se pose dans la vie concrète, quotidienne en partant de ce niveau et en décrivant une situation, un exemple, une expression extraits de la vie de tous les jours. Il faut partir du sens commun. C’est le premier temps de l’introduction. Le second doit marquer une rupture avec cette dimension. Le philosophe questionne là où nous avons tendance à résoudre ou à évacuer le problème. Nous avons pointé une situation, nous sommes sûrs qu’elle est un exemple de réalité dans laquelle le sujet qui nous est proposé se manifeste. Il nous revient donc de donner à cette contradiction que la plupart des gens ne voient pas toute son ambiguité en la formulant clairement. Il y a là un problème. Loin de l’éviter, nous devons le percevoir, l’exprimer avec une application (presque sadique) à décrire son caractère difficile, inextricable. Il est étrange que la majorité des gens ne voient pas cette difficulté. En un sens, c’est très compréhensible car ce problème est tellement « prenant » que nous préférons, dans la vie courante le dissimuler et retourner à nos petites affaires. C’est à ce moment là que nous devons nous abstenir de vouloir sortir du sujet. Il faut que notre travail de problématisation montre vraiment à quel point on ne peut pas s’en sortir parce que la réponse positive et la réponse négative sont tout aussi pertinentes l’une que l’autre.
Une fois ce travail de problématisation effectué, nous devons rédiger une ou plusieurs questions qui décrivent de façon claire, efficace et précise ce problème que nous venons de mettre à jour. Cette troisième et dernière étape de notre introduction est déterminante. En la lisant, notre correcteur saura si nous avons compris le sujet ou non.
4) Le style d’écriture
Avant d’évoquer le contenu de ce que nous allons écrire, il faut s’interroger sur la mise en forme, sur le style de l’écriture philosophique. La plus grande difficulté de ce type de rédaction est le renoncement à toute limitation du propos à son avis, son existence personnelle, ou à sa situation. Toute phrase qui commencerait par : « A mon avis… », « de mon point de vue… », à la lumière de ma propre expérience » est à bannir résolument, car nous n’y prenons pas le risque de la réflexion, nous tombons dans l’illusion de penser qu’il suffit qu’une opinion soit mienne pour être admise, ou digne de figurer dans un travail de réflexion.
Pour les mêmes raisons, toute utilisation du « Je » est soumise à cette condition d’exprimer un « je » universel, celui de tout le monde, et pas le notre en particulier. Ce que nous écrivons doit pouvoir être compris, voire admis par le biais de l’argumentation par tout le monde en tout lieu et en tout temps. L’utilisation de connecteurs logiques est donc impérative pour marquer le lien entre nos phrases.
Ce dernier point est fondamental. Aucune phrase ne doit apparaître aux yeux de notre correcteur comme sortie de nulle part. Elle est contraire rendue possible par la précédente. Elle y était déjà contenue mais vous l’en retirez explicitement. Ce processus d’extraction de l’implicite par l’explicite est crucial. Votre correcteur vous suit ainsi avec clarté et aisance. En un sens, il ne peut pas faire autrement. La logique d’une argumentation (c’est-à-dire le fait que toute phrase est la conséquence de la précédente et la cause de la suivante) doit prévaloir dans notre esprit à nos convictions, à nos préjugés, à nos présupposés. Il ne faut pas passer à côté de ce qui peut être le plus gratifiant dans une dissertation, à savoir de s’apercevoir qu’un travail de réflexion nous a permis de dépasser complètement ce que nous croyions au début.
5) Comment rédiger des paragraphes ?
Une dissertation se compose souvent de trois parties (mais il n’y a aucune obligation sauf pour le plan dialectique). A l’intérieur de chacune d’elle il y a des sous-parties, c’est-à-dire des éléments d’argumentation importants. Plusieurs paragraphes se succèdent donc à l’intérieur de chacune des parties. Un paragraphe défend une idée, laquelle nous semble assez déterminante pour justifier que nous lui consacrions 10, 20 ou 30 lignes. Que fait-on exactement dans un paragraphe? On argumente cette idée, on peut lui opposer une objection, la prolonger par ses implications, l’essentiel est que cette thèse soit défendue, traitée, examinée dans une ou plusieurs directions apportant quelque chose de nouveau pour le sujet. Que cette thèse soit celle de tel auteur philosophique est très important à préciser (référence). Dans ce cas, c’est le raisonnement de Platon ou Descartes que nous décrivons mais avec nos mots. L’idée d’un auteur est maîtrisée quand nous sommes capables de la décrire par nous-mêmes.
Un paragraphe peut reprendre la proposition défendue par le précédent et la questionner explicitement (« Mais alors la question se pose de savoir si… »). Il convient donc de traiter cette question en utilisant des auteurs si possible, ou en affinant la question jusqu’à ce que des éléments de réponse finissent pas s’imposer au fil de l’argumentation. Il est alors possible d’illustrer les thèses défendues par un ou plusieurs exemples sans oublier qu’un exemple ne prouve rien en soi. Il y a des situations de la vie courante qui illustrent telle ou telle thèse mais ce n’est pas parce que quelque chose se produit dans la réalité que l’on peut en conclure quoi que ce soit de fondé (ce qui suppose une universalité). Ce qui prime dans un paragraphe, c’est qu’il apporte quelque chose de nouveau et de justifié, que ce soit par le biais d’un auteur ou d’une argumentation solide, et si possible les deux. Les exemples, les citations, sont facultatifs. Il importe donc que qu’il se termine par l’expression claire de cette avancée.
6) Transitions, exemples et références

Il serait vraiment fâcheux que notre travail donne l’impression d’une dispersion. Nous devons au contraire suivre un fil directeur « serré », rigoureux, celui-là même que notre problématisation a exprimé. Cela suppose qu’au fur et à mesure que nous avançons, nous suivons le cours des implications contenues dans les propositions examinées. C’est simplement une question de concentration, de logique et de « bon sens ». Si tel auteur ou notre enseignant nous aide en vous fournissant des éléments, il faut que nous comprenions vraiment non seulement leur contenu mais aussi le lien avec la question, à quoi cela s’articule. Tout paragraphe doit donc commencer par une question ou un connecteur logique qui suit le précédent. Pour justifier que nous passions d’une partie à une autre, il faut que nous soyons dans le sujet et aucunement que nous exprimions un souci méthodologique du style: « il convient maintenant que nous passions à la 2e partie ». Ce serait très maladroit. La transition prouve que vous réfléchissez authentiquement, maintenant. Nous ne sommes pas en train de suivre un listing de références, nous appliquons notre réflexion à un problème.
Les exemples prouvent que nous comprenons assez ce que nous développons pour faire le rapprochement avec des situations de la vie courante ou avec des scenarii de films. Ils ne démontrent rien mais font parfois naître de nouvelles pistes. Les éléments que nous avions dégagés par le raisonnement s’incarnent alors dans un moment de la vie réelle. C’est plus clair et cela prouve que nous ne parlons dans le vide.
Les références sont cruciales. Evoquer les prises de position argumentées des auteurs, c’est bénéficier d’un appui considérable. Que nous y adhérions nous-même ou pas du tout ne doit pas entrer en ligne de compte. Tout philosophe « reconnu » décrit une prise de position cohérente et argumentée sur un sujet, c’est un support sur lequel nous pouvons vraiment nous appuyer à condition de l’exprimer sans le trahir.

7) Rédiger la conclusion

                               « La bêtise consiste à vouloir conclure » - Flaubert: faut-il en déduire qu’une conclusion serait forcément bête? Non car notre dissertation n’est pas interminable, même si le problème abordé est rigoureusement insoluble. Nous avons bien rendu compte du fait que ce sujet avait plusieurs strates de significations, qu’il était complexe et nous avons exploré cette consistance «étagée». Par conséquent un certain chemin a été parcouru et c’est de ce « trajet » qu’il faut donner idée en conclusion: « Nous sommes partis de cette thèse selon laquelle….ce qui nous a amené à considérer…. ». Nous récapitulons les points importants de notre travail.
Puis, nous formulons, en toute humilité (« Il semble que… », nous pouvons en déduire que… », bref pas de formule trop tranchée) ce qui nous apparaît moins comme la réponse vraie que comme la perspective la plus intéressante, en exprimant toutes les nuances à la question que nous avons relevées dans notre dissertation.


mercredi 6 septembre 2017

La conscience, l'Inconscient, le sujet (suite 1)


1)    La conscience et la faute
« Dans le sommeil, dit Alain, je suis tout mais je n’en sais rien ». Dés que je reprends conscience, que j’établis à nouveau cette distance de moi à moi qui me permet de savoir que je vis, je me vois exister comme au travers d’une vitrine, mais cette intégrité dont je jouissais durant mon sommeil n’est plus. Savoir que je vis, ce n’est plus vivre « pleinement », intégralement », « maintenant ». Il est assez troublant de constater que cette alternative entre une vie pleine mais inconsciente et une vie seconde mais connue de moi nous est finalement décrite et racontée dans l’une des histoires les plus anciennes, les plus célèbres, mais aussi les plus fondatrices de notre société.
Dans la Genèse, en effet, Adam et Eve sont autorisés par Dieu à manger du fruit de l’arbre de vie mais il leur est interdit de goûter à celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, celui qui est au milieu du jardin d’Eden. L’interdiction de l’un est la condition de la jouissance de l’autre. Ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, c’est rester dans le giron de l’Eternel, reconnaissables par lui et par lui seul (La première parole de Dieu après la faute est une question : « Où es-tu ? » demande-t-il à Adam). Se laisser séduire par la tentation du serpent, c’est au contraire avoir les yeux ouverts, être comme Dieu et connaître la différence entre le bien et le mal. Mais Dieu, qu’est-il ? Créateur (du monde), libre, omniscient, moral, législateur (c’est lui qui donnera à Moïse les Tables de la Loi). Dieu agit et il sait ce qu’il fait. Dieu est conscient, il est un sujet, il est même « ce que c’est qu’être un sujet », le Sujet absolu (sujet au sens d’initiateur de ses actes, et pas du tout sujet d’un monarque, puisque il est le Monarque). « Je suis celui qui est » dit-il à Moïse pour se « présenter ». Dieu est le symbole même de cette transparence, de ce lien par le biais duquel ce que l’on fait est le résultat de ce que l’on veut. Il est l’idée et l’effectuation d’une volonté libre, et il n’est pas prévu apparemment dans ses plans qu’Adam et Eve jouissent des mêmes prérogatives.
Mais Eve cède à la tentation et fait manger du fruit à son compagnon. Dés lors, les trois effets du fruit se manifestent et correspondent trait pour trait à ce que nous avons déjà évoqué comme constituant le propre de la conscience : ils se rendent compte qu’ils sont nus (distanciation), ils acquièrent le discernement (réflexion) et ils comprennent la différence entre le bien et le mal (conscience morale).
C’est d’ailleurs sur ce dernier point qu’une vraie question se pose, d’un point de vue logique, philosophique, mais pas d’un point de vue religieux (du moins pas du point de vue du fidèle de cette religion). Interdire n’est pas empêcher, et Dieu aurait pu ne pas mettre cet arbre à disposition de ces créatures. En leur interdisant de manger des fruits de cet arbre, il les « teste », mais comment auraient-il pu prendre conscience qu’il était « mal » de manger du fruit si la capacité de discernement du bien et du mal était précisément ce qui vient du fruit lui-même ? Autant une contrainte, un empêchement s’exerce à l’encontre d’un corps, autant une interdiction s’adresse à une conscience, à un sujet doté d’un pouvoir de discernement et de libre-arbitre. Il ne servirait à rien d’interdire quelque chose à quelqu’un qui n’aurait pas préalablement la liberté d’acquérir cette chose. Or cette liberté, on ne voit pas bien d’où Adam et Eve pourraient la tenir puisque ils ne sont à ce moment du récit que des créatures inconscientes, à peine sorti du giron créateur de Dieu. L’interdit présuppose chez Adam et Eve la jouissance d’une faculté qui paradoxalement constitue l’objet même de l’interdiction, à savoir la conscience.
C’est précisément à la lumière de cette contradiction que nous pouvons philosophiquement reconsidérer cet interdit qui se révèle plutôt une alternative et l’incitation proposée par Dieu à Adam et Eve de « choisir » : préférez-vous jouir intégralement d’un bonheur absolu, sans limite, mais inconscient, ou bien devenir conscient de ce que vous vivez mais perdre dés lors le contact avec l’extase de cette vie immortelle, protégée, paradisiaque ? Manger du fruit de l’arbre de vie, c’est bénéficier de l’accès direct à une vie immédiate.
Nous retrouvons ici la fibre mythologique de ce récit. Un mythe a pour vocation de rendre compte de ce qui est, de ce qui constitue notre réalité, mais en recourant à des causes surnaturelles, magiques, irrationnelles. A partir de la malédiction, nous reprenons pied dans notre quotidien : le bonheur désigne la plénitude d’un état de grâce au sein duquel nous sommes, au sens propre, « ravis », baignés dans une dimension « extatique », absolue, « Toute ». Or la conscience, comme le fait remarquer Alain, nous empêche d’être « Tout », entier. Nous rendant compte de ce que nous vivons, nous nous en séparons et lorsque c’est une joie, nous ne la vivons qu’au travers de cette vitrine que la conscience interpose entre moi et les autres, moi et le monde, moi et moi. Nous nous préparons à être heureux lorsque se profile à l’horizon un événement censé nous apporter de la satisfaction, nous nous souvenons l’avoir été, mais nous ne l’éprouvons jamais « en direct ». « Ainsi, nous dit Pascal, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » Le bonheur est un projet, le plus souvent un regret, mais jamais une réalité.
D’autres réalités qui constituent notre condition humaine se voient ainsi « expliquées » (selon une modalité « mythologique ») par ce récit : le lien entre notre mortalité et le travail auquel nous sommes « condamnés », la souffrance. Mais il en est également qui ont été « provoquées » historiquement par cet épisode fondateur. Il est d’ailleurs possible de jouer du double sens du mot « histoire » (passé et fiction) pour rendre compte de cette influence décisive. La genèse nous raconte une « histoire » dont la puissance est suffisante pour marquer notre histoire et s’inscrire dans nos mentalités : le « culte » du travail, la disgrâce de la femme (des progrès sont faits mais la misogynie est loin d’être éradiquée), la malédiction d’une nature sur laquelle l’être humain peut intervenir puisque elle n’est plus divine. Cette histoire fait donc aussi « notre » Histoire, et peut-être même nous impose-t-elle un mode de considération narrative de nous-mêmes, comme si nous étions le personnage principal d’une histoire que nous appelons notre vie. Vivre, pour un homme ce serait construire jour après jour sa « légende personnelle » (pour reprendre l’expression de l’écrivain Paulo Coelho). Adam et Eve se rendent compte qu’ils sont nus. Ils s’en « aperçoivent » et se décrivent ainsi à leurs propres yeux, comme des personnages, des acteurs dont la vie devient mois une réalité à vivre qu’une condition à commenter, à diriger, à revendiquer, une histoire à raconter.
En quoi la référence à ce récit nous fait-elle progresser dans le traitement de la question de savoir si la conscience est un outil grâce auquel nous nous connaissons mieux nous-mêmes ? Réaliser la puissance de l’impact historique et culturel de cette histoire revient sans discussion à mieux comprendre l’origine de notre statut d’êtres conscients, à la situer dans le mouvement d’une généalogie. Au-delà de l’explication « surnaturelle », mythologique de notre conscience, ce récit fondateur rend « réellement », historiquement compte de  notre rapport à la conscience. Adam et Eve ont commis la faute de choisir la conscience mais nous « assumons » cet héritage, et nous l’assumons d’autant plus que cet acte même de la revendication assumée constitue précisément l’objet même du « péché ». L’épée flamboyante tenue par les anges pour nous empêcher de retrouver le paradis perdu décrit exactement cette direction : quels que soient les évènements se produisant dans l’histoire humaine, nous ne les aborderons jamais autrement que comme ça : consciemment, douloureusement, mais aussi avec lucidité, distance et volontarisme.
Il faut suivre les implications de ce récit avec précision : c’est d’un seul et même mouvement qu’Adam et Eve sont fautifs et conscients de l’être puisque la faute consiste justement à être conscients. Lorsque dans notre vie quotidienne, nous agissons mal, nous nous sentons responsables « après coup », comme si c’était parce que nous avions mal agi que nous nous sentions coupables. Mais ce mythe entretient finalement l’idée que la conscience d’être ou d’agir est déjà en elle-même « la » faute. Or, il ne s’agit pas tant ici de « rabaisser » l’être humain que de lui assigner un mode d’être, un style d’existence, une sorte de destin, même si ce destin paradoxalement consiste à devenir libre, responsable, non seulement un être historique (nous ne pourrions pas être des créatures historiques si nous étions restés dans le giron de l’Eternel) mais maître de son histoire, pour le meilleur et pour le pire. Dans cette déchéance, dans cette malédiction, c’est finalement une préférence, une spécificité, voire une dignité qui finalement définissent et caractérisent la condition d’Eve et d’Adam. L’aventure humaine commence là. Ils ont choisi le pouvoir de dire « Je », mais qu’étaient-ils avant ? Un « Nous », un « trois en Un ». Ils composaient avec Dieu un seul et même être, un peu comme le tout nouveau-né qui ne dissocie pas, dans les premiers temps de sa vie, son corps de celui de sa mère. C’est pour cela que l’Eternel ne voit pas l’homme : « Où es-tu ? » lui demande-t-il. Dieu a créé le monde, les forces naturelles, les éléments (pour être précis, ils les a surtout ordonnés, dissociés), les animaux et voilà qu’il donne naissance à un être manifestant la volonté d’avoir une volonté propre, une liberté, une existence assignable à un sujet capable de dire « je ».
De la conscience nous pouvons donc dire qu’elle est à la fois de nature divine puisque Dieu est conscient, et même omniscient, créateur, libre, volontaire, comme le Dieu de Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine, et qu’elle n’est pas un don divin puisque c’est l’homme qui, en violant l’interdiction de l’Eternel, s’est doté de la capacité et du malheur qui lui est associé d’être conscient. On pourrait dire en créant un néologisme que l’homme est devenu le « co-décidant » de Dieu et que c’est précisément pour éviter la « co-incidence » entre eux que Dieu l’a chassé du Paradis Eternel.
La conscience est-elle un outil qui nous permet de nous connaître nous-mêmes ? Oui, puisque elle est ce qui, selon ce récit, nous caractérise et nous définit. Elle dessine un mode d’existence entre l’animalité aveugle et la divinité omnisciente, qui trace son propre chemin, crée sa propre histoire. Nous avons préféré la lucidité à l’insouciance et le payons en « comptant de malheur ». Nous aurions pu nous complaire dans une vie protégée, aveugle et brute mais, comme le dit Maurice Merleau-Ponty, nous avons choisi le souci de l’Universel, c’est-à-dire de la mise à distance à l’égard de cette réalité que nous pouvons dés lors essayer de comprendre « objectivement », c’est-à-dire comme un objet, qui proche de nous, n’est pas nous.


Dans le texte 4 de Maurice Merleau-Ponty, c’est de cette façon qu’il faut comprendre la référence à la mission historique du Judaïsme : « nous sommes tous des juifs dans la mesure où nous avons le souci de l'universel, où nous ne nous résignons pas à être seulement, et où nous voulons exister ». Pour bien comprendre cette phrase, il convient de se souvenir que la Genèse est dans l’Ancien testament, le livre Saint du Judaïsme. L’origine Judéo-chrétienne de notre civilisation se manifeste culturellement ici, dans cette séparation, dans ce souci de l’Universel. L’homme aurait pu se contenter d’être, c’est-à-dire de suivre une vie simplement organique comme l’animal ou le végétal sont supposées la vivre dans l’esprit de cette religion, mais nous avons choisi d’ « exister ». Quelle est la différence ? Exister marque un élan. Une personne qui dit « j’existe » s’affirme comme une présence. Elle aspire à une reconnaissance. Vivre ou Etre désigne simplement le fait d’être vivant, de répondre aveuglément aux nécessités vitales.
Il convient cependant que nous insistions aussi, dans l’esprit de la problématique de notre cours  (la conscience est-elle un outil pour savoir réellement qui nous sommes ou un produit dérivé de la vie en société ?) sur le fait que la nature religieuse de ce texte ne peut être négligée. En faisant de la conscience notre faute originelle et notre condition structurelle, la Genèse fait advenir un modèle de société, celui d’un collectif composé d’êtres autonomes, libres, conscients et responsables. Si Adam n’avait pas « fauté », il n’aurait pas eu besoin de lois, de structures, de commandements. Il est impossible, par conséquent de passer sous silence la vocation « prescriptive » de cette histoire. Elle ne raconte pas seulement une fiction, elle pose une « maquette », elle appelle de ses vœux un certain type de culture, de société et c’est bel et bien ce modèle qu’aujourd’hui encore nous suivons à la lettre (à savoir la représentation d’un être humain maître de ses actes, responsable et autonome). L’étude de ce récit ne nous permet donc pas de répondre définitivement à la problématique.