mercredi 8 février 2023

Terminales 3/5/7: Explication du texte de Jean-Jacques Rousseau - La souricière



 « Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une espèce de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. »

    Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse (1761).



(Les remarques qui suivent essaient de rendre ce passage un peu plus clair, à la fois dans l’esprit de son auteur et dans une perspective plus large, plus strictement philosophique. Il est bon ici de rappeler l’intitulé de l’en-tête du baccalauréat pour le 3e sujet: « la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » Cette formulation est un peu malheureuse si l’on s’attache trop à ce qu’elle mentionne à la fin, notamment le terme de compréhension. Il ne suffit pas de comprendre le texte, il faut le « démêler » patiemment et rigoureusement, le soumettre à un progressif travail de dissection, d’analyse, ce qui prend du temps et de la place.

« La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise »….Bon! Mais ça gêne pas non plus, surtout si, en fait, comme c’est le cas ici vous disposez de plus de temps que 4h pour en venir à bout. Se dire que le jour du bac, vous ne pourrez pas faire ce petit travail de documentation me semble débile et contre-productif : ce que vous êtes en train de faire, c’est justement de préparer cette épreuve, apprendre des détails sur une oeuvre, sur un auteur, je ne vois pas en quoi cela vous ferait perdre du temps. Il se trouve qu’en plus un prof se propose de vous donner quelques renseignements sur l’oeuvre elle-même et sur les intentions du personnage qui prend la parole ici. Le DANGER, ce serait de trop en faire sur ce contexte en soi, c’est-à-dire de perdre de vue que le but poursuivi ici est d’expliquer CE passage là et pas un autre, mais nous le savons et vous ferez attention, pas vrai? Alors on y va!


La nouvelle Héloïse est un roman épistolaire publié en 1761 et qui a connu un énorme succès. C’est une histoire d’amour entre Julie d’Etange et Saint- Preux, son professeur particulier, d’origine modeste. Cette passion partagée donne lieu à une liaison clandestine qui finira par être découverte et condamnée par les parents de Julie, membres de la noblesse. L’héroïne épousera un vieil ami de son père et deviendra Madame de Wolmar, mère de deux enfants.  Elle et Saint Preux se seront échangés beaucoup de lettres avec des périodes de silence causées notamment par les voyages de Saint Preux qui fera le tour du monde et qui finira par revenir là où leur idylle a commencé. 

Qui écrit le passage en question? C’est Julie, dans la lettre 8 de la sixième partie (dernière partie du roman). A ce moment, elle l’ignore mais il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre car un accident qui va survenir peu de jours après (elle va se jeter dans l‘eau pour sauver son fils de la noyade) la rendra malade et finalement mourante. L’extrait qu’il faut expliquer se situe finalement dans une sorte de "lettre-testament" inconsciente au sein de laquelle une femme qui a atteint la maturité, dans tous les sens du terme, exprime ce que l’on peut appeler à bon droit des « leçons de vie » ou plus opportunément ce qu’elle pense de la passion, de l’amour et de ses transports sachant qu’elle a éprouvé pour Saint Preux et qu’elle éprouve encore des sentiments très forts. 

Evidemment on peut penser à « la princesse de Clèves » de Madame de la Fayette mais ce serait inopportun pour de multiples raisons: en premier lieu parce qu’il y a dans « la nouvelle Héloïse » une critique de la société de son temps et des règles de convenance qui vont à l’encontre des sentiments spontanés des amants, ce qui n’est pas le cas de la princesse de Clèves. D’autre part, Saint Preux et Julie ont été amants alors que l’amour entre le duc de Nemours et la princesse de Clèves est toujours chaste tout en étant pas moins « amour ».  Le style d’écriture et le « genre » des deux romans sont différents. Il y a dans la princesse de Clèves une tension d’autant plus forte qu’elle ne révèle pas tout, alors que le roman épistolaire et la personnalité de Rousseau (qui est aussi un philosophe) éclairent continuellement les ressorts de l’action de l’intention des protagonistes et de réflexions philosophiques très développées. La Princesse de Clèves est un roman plus épuré.


Pour bien saisir l’état d’âme de Julie quand elle écrit cette lettre, on peut lire ce qui suit immédiatement l’extrait à expliquer: 

« Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable.

Voilà ce que j’éprouve en partie depuis mon mariage et depuis votre retour. Je ne vois partout que sujets de contentement, et je ne suis pas contente ; une langueur secrète s’insinue au fond de mon cœur ; je le sens vide et gonflé, comme vous disiez autrefois du vôtre ; l’attachement que j’ai pour tout ce qui m’est cher ne suffit pas pour l’occuper ; il lui reste une force inutile dont il ne sait que faire. Cette peine est bizarre, j’en conviens ; mais elle n’est pas moins réelle. Mon ami, je suis trop heureuse ; le bonheur m’ennuie. »

En d’autres termes, elle affirme qu’elle a tout pour être heureuse: un mari attentionné, intelligent, gagné à des idéaux humanistes, des enfants, la proximité de toutes celles et tous ceux qui ont compté dans sa vie, dont Saint-Preux avec qui elle entretient une relation d’amitié, mais elle n’est pas heureuse. C’est bien qu’il y a un problème!  Nous serions vraiment stupides et inconséquents si nous ne faisions pas grand cas de nos désirs parce qu’ils sont tout ce que nous avons, mais en même temps, il faut être lucide sur la sournoiserie, voire la perversité de leurs effets qui finalement nous attachent à des illusions, à des représentations trompeuses auxquelles nous sacrifions le réel. Il n’est pas question de ne pas désirer mais rien ne nous empêche de mesurer l’ampleur du drame dans lequel ce désir nous plonge: celui d’être une créature vaine pour laquelle la seule terre habitable est celle de l’imaginaire. Nous ne pouvons pas viser un autre bonheur que celui de désirer mais c’est précisément ce désir même qui fait de ce bonheur une illusion impossible à vivre.


Quelques jours avant sa mort, une femme intelligente qui a connu la passion, qui y a cédé et dont la vie s’est construite toute à la fois à partir de cette unique passion pour un homme et en même temps contre elle, révèle l’énigme dans l’ignorance de laquelle son existence entière s’est finalement déroulée, celle d’un désir sans lequel elle ne pourrait être heureuse mais aussi à cause duquel finalement elle ne l’est pas, pire, elle ne le veut pas: « le bonheur m’ennuie ».

Ce passage est extrait d’une lettre dans laquelle Julie avoue qu’elle a finalement été toute à la fois écrasée et sublimée par le poids de son existence. Il faut la situer à cette dimension. Quelle dimension? Existentielle: que signifie ce terme, cela désigne cette perception de notre vie à hauteur de laquelle nous la saisissons à la fois comme la notre, et étrangement pas pour autant comme une affaire privée. On s’est toutes et tous demandé ce que nous allions faire de notre vie, ce qu’elle allait être (c’est la question que l’on se pose quand on est adolescents) et puis on se la pose aussi en fin de vie. Maintenant que l’on sait que l’on est plus proche de sa mort que de sa naissance, on a quand même une petite idée de ce que notre existence « est »,  de ce qu’elle a été. Pour peu que l’on ait pratiqué un peu de philosophie, ce qui évidemment est le cas de Julie, on relève alors des traits dont on peut se dire qu’ils constituent à la fois ce dont on a fait l’expérience la plus vive, la plus rapprochée qui soit et qu’ils s’effectuent de la même façon pour toutes les personnes.

En quoi consiste ce fond d’enseignement que Julie retire de l’observation rigoureuse et soutenue de sa propre vie? Qu’il y a dans toute existence l’activation d’une puissance capable de nous transporter et de nous déporter de la réalité même de cette existence et que c’est celle du désir. La conséquence directe de cette corrélation, c’est qu’il n’est de bonheur accessible à l’homme que dans l’émergence pure de ses désirs (« émergence pure » veut dire ici que ce n’est pas ce que vers quoi les désirs tendent qui nous rend heureux mais cette tension seule, en elle-même) et qu’en même temps, cela revient en fin de compte à ce que le bonheur ne soit pas accessible réellement.


Il faut aller jusqu’au bout du bout du paradoxe en posant que nous ne pouvons être heureux qu’en ne l’étant pas. Le désir délimite une sorte de zone hors réalité dans laquelle l’imagination modifie l’objet qu’elle n’a pas encore. C’est ce que Stendhal appellera plus tard la cristallisation. Le temps qui nous sépare de la jouissance réelle de l’objet est mis à profit pour le transformer en une image répondant point par point à nos désirs. En un sens c’est du délire si par ce terme on désigne l’évasion de nos facultés imaginatives de toute limitation par la réalité. C’est le moment où nous lâchons la bride à cette faculté dont nous disposons de nous représenter la situation idéale, le partenaire idéal, l’existence idéale. Lorsque l’on aime une personne et que l’on est aimé(e) d’elle, cette faculté s’en donne à coeur joie. « On ne touche plus terre » au sens propre parce que la réalité que nous vivons semble « rêvée ». On ne désirait rien de plus élevé que d’être aimé(e) et voilà qu’on l’est. Mais quelle sera la part dans le quotidien vécu ensemble de ce qui tient du réel et du rêve?

Julie a bien connu ce moment délicat: amoureuse de Saint Preux et aimée de lui, elle s’est donnée à lui et a tout sacrifié à cette passion contre ses parents, contre une société hostile, contre les circonstances et l’éloignement de son amant. Elle a été passionnée, réprimée, déçue, mariée à un homme aimant et respectable, confrontée au retour de son amant devenu son ami. Elle se demande ce que c’est « être quelqu’un de bien », sachant qu’elle ne s’estime pas à la hauteur de ce qu’elle aurait pu être tout en ne regrettant rien à la passion à laquelle elle a cédé et ressentant encore de l’amour pour Saint-Preux, mais elle aime aussi son mari qui a toujours su faire preuve de lucidité et de bienveillance à l’égard de cet amour pour Saint Preux qu’elle lui a avoué.




Il ne fait aucun doute que Rousseau qui a connu plusieurs aventures (dont on sait tout grâce à ses confessions) s’exprime au travers des paroles de son héroïne. C’est bien ici « ce qu’il pense » du désir et du rapport avec le bonheur. On relève à la fois son goût pour les formules ciselées, bien tournées, et « bien pensées ». Mais il importe maintenant de traverser les lignes du texte lui-même de tout ce que nous avons appris grâce à ce rappel du contexte de l’oeuvre. IL EST ABSOLUMENT CRUCIAL QUE CETTE CONNAISSANCE NE DEBORDE PAS SUR L’EXPLICATION. RIEN NE DOIT DEPASSER DE l’ELUCIDATION DE CE PASSAGE, DE CE PASSAGE EXCLUSIVEMENT.


Quiconque a su manifester à l’égard de ses désirs un minimum de lucidité a pu y voir à l’oeuvre l’activation piègeuse d’un mécanisme de souricière. Le désir est une machine, voire une machination qui nous exalte et qui nous broie avec une telle virtuosité dans le paradoxe existentiel qui dés lors devient notre vie qu’aucune « solution » ne saurait être formulée. Le désir: nous ne sommes heureuses et heureux qu’avec et contre lui. Il nous faut accepter cette conclusion sans en déduire qu’une certaine attitude nous permettrait d’en résoudre la problématique. On pourrait dire que nous sommes cette problématique même et qu’exister pour un Humain, c’est ça, c’est composer avec cette ambiguïté: nous ne pouvons être heureux qu’en ne l’étant pas. 

C’est bien cela qui structure ce passage dans lequel il est d’abord question d’insister sur la suffisance à soi de nos désirs. Désirer être heureux, c’est l’être puisque l’on conçoit l’espérance d’un idéal dont au final il importe peu qu’on l’atteigne ou pas tout le temps que dure l’espérance d’en jouir réellement. Dans un deuxième temps, en effet, le désir est décrit dans tout ce qu’il revêt d‘industrieux, de producteur. Il modifie l’objet de la passion dans une sorte de zone intermédiaire entre l’envie et la réalisation. On se console de ne pas avoir encore en parant l’objet de nos désirs d’une multitude de perfections dont nous ne nous soucions pas de savoir si elles sont réelles ou pas. Cette force nous livre « en quelque sorte » l’objet avant qu’on puisse en jouir, mais cette attente est déjà une jouissance irréelle qui supplée le manque de la jouissance réelle. Le troisième moment du texte est celui qui fait clairement apparaître la nature du piège: nous avons construit un autre objet que celui que nous désirions de telle sorte qu’en fait tous ces attributs fictifs que nous avions prêtés au substitut de l’objet dans une dimension rêvée se révèle à nous comme bien supérieurs à ce que nous avons maintenant que, de fait, la jouissance réelle est à notre portée. Cette force consolatrice nous a déporté du lieu où seule une jouissance réelle aurait été possible, à savoir la réalité même. Finalement le texte tout entier se situe entre deux phrases, l’une est dite, l’autre est non-dite mais elle n’en est pas moins effective dans le constat amer de la fin du texte et du néant dans lequel s’effectuent les choses humaines. La première est « malheur à qui n’a plus rien à désirer », la deuxième est « malheur à qui n’a rien fait que désirer. » Nous nous sommes entretenus nous-mêmes dans l’idée d’un bonheur illusoire et ce pré-conditionnement nous a rendus inaptes à jouir du seul  bonheur réel. 

Le bonheur réel est un état d’âme avec lequel nous nous situons dans une constante et irrévocable inadéquation et ce qui s’effectue dans cette adéquation, c’est le désir. 

Tant que nous désirons une situation dont nous espérons beaucoup, nous expérimentons cette disposition de corps et d’esprit que l’on pourrait désigner du terme d’attente et tant que cette disposition dure, rien finalement ne peut vraiment nous attrister, du moins pour autant que l’on puisse garder cet objet en ligne de mire, car tout est perçu avec ce bonheur à venir en perspective. Il existe donc dans cet état une forme d’auto-suffisance du désir. Finalement le désir ne donne rien de plus que ce qu’il promet puisque il consiste justement dans le mouvement pur de cette promesse, de cette tension. Le désir ne dit pas que tout va bien se passer dans la réalité, mais il oeuvre en vue de faire miroiter dans un temps qui est celui du conditionnel plus que celui du futur ce que ce serait que « bien se passer ». L’attente du bonheur est le bonheur même et il n’est pas évident qu’il y en ait un autre, en fait. Deux formules de minoration sont ici à souligner tant elles revêtent en réalité une importance capitale: « si le bonheur ne vient point » et « qui vaut mieux peut-être ». Ce que suggère la première, c’est que l’on n’est pas complètement dans cette auto-suffisance d’une attente qui se contenterait d’elle-même, ou qu’en tout cas, on ne s’y est pas résolu. On croit encore à l’accomplissement de ce que l’on attend, c’est-à-dire à une jouissance vis-à-vis de laquelle celle que l’on a, à ce moment là est un pis-aller, un moindre être. Nous ne sommes pas encore parvenus à cette lucidité à la lumière de laquelle nous pourrions dire: « le bonheur ne viendra point », tout simplement parce qu’en fait il n’est pas attendu. Cette attente n’est pas un vide, on y construit quelque chose. Quoi? Le substitut de ce bonheur à venir qui va finalement le supplanter fantasmatiquement.

Quant à « qui vaut mieux peut-être », c’est une formule quasi identique: l’hypothétique pointé par le « peut-être » y joue le même rôle que le conditionnel du « si ».  Le désir ne reste pas là les bras croisés, il fantasme, il modifie l’objet. Il construit un clone un Golem complètement artificiel et fictif mais suffisamment puissant et parfait pour s’arroger tous les bénéfices de la fiction sur le réel: cela c’est tout ce qui est développé dans la seconde partie du passage: cette modification du réel par l’imaginaire. Or c’est aussi là que le transport passionnel devient une forme perverse et sournoise de « déportation » sous l’effet de laquelle le désir nous a emmuré dans une dimension au sein de laquelle tout bonheur réel est rigoureusement impossible.

Il ne reste plus qu’à ramasser les morceaux de ce paradoxe dans lequel nous sommes soulevés et broyés d’un seul et même mouvement. Le pays des chimères est le seul DIGNE d’être habité parce que c’est le seul dans lequel nous pouvons jouir d’un bonheur certain sauf que cette certitude n’est pas celle de l’authenticité du réel. Nous ne pouvons pas être réellement heureux, et même quand nous avons tout pour être heureux PARCE QUE nous l’avons REELLEMENT, nous ne le sommes pas. Le bonheur est une condition que nous pouvons assumer fictivement et seulement « là » mais c’est quoi ce « là », c’est du vide, du rien, du désert. Nous ne sommes donc heureux (illusoirement) que de ne l’être pas (réellement). A l’exception de Dieu qui est l’être existant de lui-même par lui-même, il n’est rien que nous puissions désirer réellement. Le bonheur de désirer et de fantasmer le bonheur est lui constamment à notre portée mais comme son nom l’indique il est faux. 

Résumé:  Alors voilà: il y a le Rousseau qui écrit des livres de philosophie comme « le contrat social », " discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes" et celui qui écrit des romans ou des essais littéraires comme « la nouvelle Héloïse » ou « les confessions ». Ce qui est troublant ici, c’est que ce qu’il dit est indiscutablement de la philosophie (pourquoi? Parce que Julie ne parle pas que d’ « elle », elle évoque le désir, « l’homme », l’objet, etc. ) mais qu'en même temps il le fait dans un roman.

En fait, on voit bien qu’il y a dans ce roman un peu du Rousseau philosophe qui parle et qui met dans la bouche de son héroïne quelque chose de ce que, lui, pense sur le désir.   « La nouvelle Héloïse » est un roman composé de lettres, surtout entre Julie et Saint Preux qui fut son précepteur et son amant.  Elle écrit à l’amour de sa vie qui se trouve être maintenant un « ami » très proche mais plus son amant. Julie est mariée à un vieil ami de son père. 

Evidement le jour du bac vous n’aurez pas connaissance du contexte de l’oeuvre. Mais là, oui! On a beau dire, ce contexte éclaire considérablement la compréhension du texte. On saisit ainsi pourquoi il y a un souci de justesse et de beauté dans les formules utilisées. Quel est exactement le style d’argumentation utilisé par l’auteur? Est-ce un mode de déduction pure, de démonstration claire et quasi mathématique?

Evidemment, non! On suit les phrases de ce passage et étrangement, presque inconsciemment, on voit bien qu’elles résonnent soit avec un fond d’expérience que l’on a, soit avec d’autres textes ou idées que l’on a rencontrées chez d’autres auteurs. Ce ne sont pas des maximes populaires, des proverbes, cela restitue parfaitement cette impression très majoritairement partagée selon laquelle on est moins heureux de ce que l’on vit que de l’idée qu’on se fait d’un évènement qu’on espère heureux. Julie dit à son ancien amant qu’elle l’a moins aimé pour ce qu’il lui a donné que pour ce qu’il lui  a donné lieu d’espérer. Ce dont on jouit en fait c’est d’une perspective de bonheur, pas d’un bonheur PRESENT. On fait durer le plaisir de l’attente et on finit par réaliser que c’est tout ce qu’on aura.

Mais, du coup on comprend qu’il y a dans le désir une sorte d’efficacité « auto-performatrice ». Du simple fait que l'on désire être heureux, il se trouve qu’on l’est parce que le désir de bonheur fait l’affaire, en fin de compte et c’est assez miraculeux. C’est comme un « sésame ouvre-toi! » qu’il suffit de se dire pour qu’il se produise, qu’il s’auto-produise.

On parle parfois de prophétie auto-réalisatrice en un sens péjoratif. Ce terme désigne un mécanisme extrêmement pervers par le biais duquel on fait advenir par une sorte de présupposé accusateur à l’égard d’une personne,  son crime, sans se rendre compte que c’est nous qui l’avons provoqué. Si je regarde une personne essayer de réaliser une action et que je ne cesse de lui dire qu’elle n’y parviendra jamais, il y a peu de chances qu’elle la réussisse en effet, mais ce sera davantage à cause de moi qu’à cause d’elle. Le désir n‘est pas du tout de cette nature là, ce n’est pas une auto-réalisation sournoise, c’est plus simple et plus direct que ça: c’est juste que le désir du bonheur fait naître le bonheur de désirer et qu’en fait, il n’y a pas d’autre bonheur que celui-là.

Nous avons déjà entendu cette question qui est d’ailleurs le titre d’une chanson célèbre: qu’est-ce qu’on attend pour être heureux? En fait Julie renverse la question: de quelle intensité de bonheur peut-on créditer notre attente?

Pourquoi cette question trouve-t-elle en nous un écho inattendu? Parce qu’elle formule exactement une hypothèse que, consciemment ou pas, nous nous sommes adressée à nous-mêmes: se pourrait-il, en fait, que nous ne jouissions jamais d’autre chose que de l’attente d’un bonheur? 

De nombreuses énigmes à l’endroit du bonheur se résoudraient ainsi, notamment celle qui fait que nous ne savons jamais nommer une expérience qui nous rendrait positivement heureux, en elle-même. Le bonheur, c’est juste la satisfaction dont on profite quand on envisage un bonheur à venir quand on l’espère. On fait durer le plaisir de l’attente et ce « plaisir » se révèle en fait être un bonheur. On mesure ainsi que tout ce qu’il y a de magique dans ce désir tient à sa limitation. Il ne recèle aucune positivité, aucune « réalité », aucun « être ». Il y a un « charme » de l’attente, une tension née d’une perspective mais en aucun cas d’une «  expérience ». 

        Si cette idée trouve une prise en vous, c’est bien que Julie évoque un état d‘esprit ou d‘âme qu’on a effectivement ressenti. Ce n’est donc pas une démonstration au sens strict, c’est une correspondance entre sensibilités, mais qui n’en touche pas moins sa cible. Il y a bien un usage du « on » qui pour autant n’est pas indifférencié mais fait écho entre chacune et chacun du fond d’une résonance partagée. 

C’est toute la force et la faiblesse dialectique de ce texte: il joue dans le registre qui est le sien et qui se trouve être la littérature plus que la philosophie mais en même temps, il aspire sans contestation à une dimension philosophique au regard de laquelle il s’agit pour nous d’être vigilants, principalement lorsque Julie se laisse aller à gratifier l’être humain « d’une nature avide et bornée ». D’où et pourquoi, et par qui serait-il fait « pour tout vouloir et peu obtenir »?  C’est là une proposition qui part d‘un présupposé de croyance chrétienne qui pose philosophiquement question. 

L’homme a « reçu du ciel » une force consolante. Ici encore on perçoit bien à quoi fait écho ce passage mais son origine est discutable. Dieu aurait donc créé sa créature suffisamment faible pour ne jamais jouir du bonheur réel mais assez industrieuse ou imaginative pour se consoler en se créant un substitut, un Golem, un clone correspondant à son désir plus qu’à l’objet lui-même. « Oui »  répond Julie, c’est cela qui fait de nous des « humains » . Il y a dans ce texte une dimension métaphysique et anthropologique indiscutable. Le désir est une puissance qui nous caractérise en ce sens qu’elle dessine exactement notre limite, ce qui nous sépare de Dieu. Nous ne pouvons pas tout et si c’était le cas, nous n’en serions pas heureux parce que ce n’est pas le mode de jouissance qui nous a été «  alloué », dont nous avons été crédités. Dans cette frustration fondamentale se dessine un mode de bonheur dont la caractéristique est celle d’être un dynamisme, le mouvement même d’une tension vers..dont la nature suppose l’insatisfaction. Le désir nous rend humains parce que dans cette puissance active au gré de laquelle nous composons des substituts s’énonce toute l’habileté dont l’homme est capable mais aussi son drame puisque cette capacité est illusoire. Cette inconsistance métaphysique, substantielle nous définit dans tous les sens du terme.  


Julie passe sans cesse d’un registre individuel à un registre métaphysique, ontologique. C’est vraiment le style de ces lettres et nous pouvons en juger à ce passage qui suit presque immédiatement le passage à expliquer:

« Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable.

Voilà ce que j’éprouve en partie depuis mon mariage et depuis votre retour. Je ne vois partout que sujets de contentement, et je ne suis pas contente ; une langueur secrète s’insinue au fond de mon cœur ; je le sens vide et gonflé, comme vous disiez autrefois du vôtre ; l’attachement que j’ai pour tout ce qui m’est cher ne suffit pas pour l’occuper ; il lui reste une force inutile dont il ne sait que faire. Cette peine est bizarre, j’en conviens ; mais elle n’est pas moins réelle. Mon ami, je suis trop heureuse ; le bonheur m’ennuie. »

Si le roman a connu un tel succès, c’est que Rousseau a sûrement su y développer des idées qui commençaient à voir le jour. Julie est une femme de son temps qui aspire à une émancipation aussi bien en tant que femme, qu’épouse qu’en tant que personne humaine. Toutefois, cette recherche d’indépendance ne saurait aller jusqu’à la remise en cause de toutes les autorités. Dans le roman, elle ne cesse d’exprimer son désir de donner la foi à son époux Monsieur de Wolmar qui est athée. 

Si Rousseau et un amoureux de la nature, il n’est pas pour autant panthéiste et cela éclate dans ce texte notamment par son opposition à Spinoza dans la définition de ce que le désir « est ». 

C’est ici que peuvent être développés des perspectives d’opposition entre tout ce que soutient Julie et le désir comme conatus Spinoziste. Si le bonheur l’ennuie, c’est qu’elle s’est trompée sur sa nature. Cette force consolante n’est pas propre à l’homme et elle ne console de rien, tout simplement parce que du point de vue de Spinoza, il n’y a pas d’autre objet au désir que celui-là même que le désir construit et qui d’ailleurs n’est pas tant un objet que cette capacité d’auto-engendrement de la nature par elle-même. Du coup, nous ne sommes pas du tout dans le pays des chimères mais dans le réel  et l’homme lui-même est pris dans cette puissance qui dans son mouvement immanent est divine. SI Julie décrit le désir comme une puissance positive c’est pour de très mauvaises raisons et une erreur totale de perspective. La vérité du point spinoziste est que le bonheur n’a pas d’objet il ne peut pas s’arrêter là. On ne peut pas être davantage en désaccord que Rousseau et Spinoza. 

On comprend à la lumière de la philosophie de Spinoza tout ce qui crée l’ambiguïté de ce texte notamment sur la positivité du désir. On peut croire dans la première partie que Julie exalte le désir et en un sens c’est bien ce qu’elle fait, mais elle le fait toujours comme s’il était une sorte de lot de consolation, une vertu allouée aux êtres humains pour qu’ils se satisfassent de leur nature limitée, de leur finitude, de leur inaptitude véritable à jouir d’un bonheur vrai, c’est à dire infini.  Dés la deuxième partie ce souci de la limitation apparaît explicitement: « l’homme avide et borné », etc.  Tout ce qui suit à compter de ce moment n’est plus que le produit d’une logique d’associative: Vouloir / Obtenir, Substitut / Objet, Illusion / jouissance, Chimères / réalité, Néant humain / Totalité divine.  Rétroactivement le début du texte s’éclaire et cette exaltation pour le désir révèle son vrai visage, celui d’une renonciation à donner au désir la puissance dont Spinoza lui au contraire le crédite: il est la force d’effectuation dont le monde se dote pour être ce qu’il est, soit la nature naturante.




lundi 6 février 2023

Terminale HLP: Violence et Histoire (3)

 


5) Part immonde de l’être historique - Histoire de l’être immonde 

Evidemment ce n’est pas un hasard si Spinoza prend l’exemple de la mort d’un homme pour illustrer cet asile de l’ignorance dans lequel les adeptes d’une finalité se réfugient. L’être humain est un animal symbolique, c’est-à-dire qu’il ne se conçoit pas autrement qu’en tant qu’ « enfant à la bobine » à condition de donner à ce terme qui fait référence à l’observation freudienne un sens plus large: celui de l’être humain trouvant dans le symbolisme et dans la langue un mode tout à fait spécifique de rapport au monde au sein duquel il s’affirme en tant que « je », c’est-à-dire en tant que libre arbitre. Une revendication à marquer une rupture avec «  la propension des choses », avec « la vie comme elle va »  (et l’absence de la mère) se manifeste dans le mimétisme du jeu et la possibilité qu’il ouvre fictivement d’être l’acteur de ce dont il était la victime (disparition/apparition). Au sein d’une réalité dans laquelle les évènements s’effectuent sans lui, sur lui mais certainement pas par lui, voilà que le symbolisme ouvre la possibilité d’une représentation d’une maîtrise. Mais cette maîtrise jouée via la langue et son pouvoir de découpe du réel devient un pouvoir effectif, une puissance d’impact véritable sur les choses et sur les êtres puisque grâce aux mots, à la technologie, aux échanges inter-humains de véritables actions humaines vont se produire dans un monde qui jusque là suivait son cour (cyclique) propre. 

Mais quand la mort frappe cet individu symbolique, il est difficile voire impossible de revenir de cette croyance au libre arbitre d’où tout est parti, de cette revendication à la maîtrise d’une action. Donc il FAUT bien que cette mort, puisque elle touche un Humain, et qu’un humain est un être symbolique ait une origine autre que simplement physique. Toutes ces micro-causalités qui ne font que coïncider avec la mort de cet homme ne sauraient absolument pas être reconnues comme telles et le paradoxe ici que pointe avec justesse Spinoza, c’est que l’évidence de ces coïncidences dûes simplement aux causes factuelles d’un évènement est précisément utilisée par les finalistes comme une « preuve » de la finalité supérieure de ce décès. Tout semble en effet concourir à cette mort et en un sens c’est bien le cas, mais pas du tout parce que Dieu, ou la fatalité ou le mauvais sort s‘acharne contre cet homme mais parce que c’est comme ça.

Quand une tempête se déclenche à cause de la concordance de plusieurs faits météorologiques, l’homme ne va pas nécessairement évoquer le mauvais sort, la fatalité pas même Dieu….tant que l’Homme n’est pas touché. Mais dès qu’il l’est alors forcément c’est Dieu qui l’a voulu. La dimension divine ou supérieure de la mort d’un humain ne se trouve donc pas du tout dans la réalité mais dans l’esprit de celle ou celui qui veut à toute force y lire cette finalité là et qui l’y projette sans même s’en rendre compte. Du point de vue du finalisme, Il faut donner du sens à une « violence », c’est-à-dire présupposer arbitrairement une intentionnalité à un simple enchaînement de micro-causalités qui ont abouti à la mort d’un homme. 


      

      Mais on réalise alors que la violence n’est en fait nulle part ailleurs que dans cette intentionnalité car ce qui est « violent » c’est qu’une divinité s’acharne contre un humain mais pas du tout que le vent souffle, que le bois travaille, que la pierre s’érode et que l’homme meurt (à cause de toutes ces micro actions), précisément parce qu’il est mort « comme ça » pour rien, parce que le monde est monde et que cela nous fait violence à nous. Cette absence de sens pourtant évidente nous fait violence à nous.

Nous touchons ici le fond de cette question: que le monde soit monde (et que l’homme y soit présent de plain pied, c’est-à-dire pas comme un empire comme un empire), c’est cela qui nous fait violence. Un terme ici peut être évoqué à bon escient tant son étymologie est éclairante, c’est le mot immonde qui vient du latin « immundus » constitué du préfixe négatif im et du terme mundus. L’homme est immonde parce qu’il est une créature « hors monde », hors mundus. Il nous semble anormal que le monde soit, en ce sens qu’il nous semble anormal que le monde s’effectue comme une incessante et imperceptible coïncidence de micro-causalités efficientes sans égard pour nous, et c’est pourtant bien cela qu’il est. C’est en cela que nous sommes immondes mais dans les deux sens du termes: vivant l’existence du monde comme anormale dés qu’elle suit son cours sans égards pour nous (c’est-à-dire tout le temps) , nous interprétons des faits naturels comme violents (la violence est une interprétation humaine du cours pacifique des choses) et répondons par de la violence réelle à cette violence fictive, supposée,  postulée mais fausse. 


Nous nous efforçons de réduire dés lors la nature à la fonction de ressource exploitable au profit des hommes, nous suivons le fil d’une façon d’être immonde dans un monde dont nous vivons l’existence et la temporalité cyclique comme insoutenable, inadmissible. Nous imposons à l’Aiôn la mesure linéaire et divisible de Chronos. Mais plus que tout cela encore nous créons de toute pièce la parenthèse d’une créature historique qui fait des histoires dans l’immensité d’un Cosmos au sein duquel ne se déploie que le cours tranquille des causalités et coïncidences naturelles. Il FAUT que cet homme tué par la chute de la pierre ait un destin comme Il FAUT que la créature humaine ait une histoire, c’est-à-dire qu’il fasse récit et pour ce faire qu’il lui arrive des évènements et sans jeu de mots des « tuiles », des ennuis, des aléas, des crises et des catastrophes. Il est un fond de légende qui demeure, dans tout ce qui de l’Histoire tient encore de son origine mythologique. Cela veut dire que même si l’historien est tenu de par son statut de produire un effet de réel et de vérifier le plus scientifiquement possible la véracité de ces travaux et des ses thèses, il n’en demeure pas moins lié à ce postulat de base selon lequel l’être humain est une créature dont on peut et même dont on doit raconter le développement sous toutes ses formes au gré de toutes les distinctions politiques, civilisationnelles, technologiques qu’il suit. Or, il ne s’agit là que d’un postulat dont la pertinence repose sur le hors monde humain, sur l’idée selon laquelle l’humain ne s‘insère pas dans ce champ de coalescence de toutes les micro-causalités physiques qui font que le monde est monde. Il ne peut exister d’histoire que d’un être immonde, hors monde ET violent.


              Puisque c’est donc aussi en tant qu’il est historique qu’il est immonde, qu’il décline au fil des pages de son récit historique les mésaventures de sa diachronicité, il est clair que ce lien entre la violence et l’histoire trouve son origine dans une interprétation voire dans une fausse interprétation de ce que le monde soit monde, mais en même temps, puisque les évènements provoqués par l’homme s’effectuent bien dans le monde, il faut bien qu’il recèlent en eux, une part de cette pure efficience mondaine. Autrement dit: aussi provoqués qu’ils soient par des êtres humains; ces évènements, ces crises, ces révolutions s’effectuent dans le monde, dans cette dimension naïve, innocente et pléonastique où le monde est monde. C’est exactement ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari appellent « la part non historique de l’évènement ».

Pourquoi est-il VRAIMENT de toute urgence de comprendre ce qu’ils entendent par cette expression? Tout simplement parce que la réalisation de cette part non historique de l’évènement contient nécessairement la clé de la compréhension par l’homme de ce qui fait vraiment dans les évènements historiques qu’il provoque ou croit provoquer de telle sorte qu’en percevant ce qui de l’histoire échappe à l’histoire, il saisit également ce qui de l’immonde échappe à l’immonde (c’est l’innocence du devenir de Nietzsche):




Dans des phénomènes historiques comme la Révolution de 1789, la Commune, la Révolution de 1917, il y a toujours une part d’événement, irréductible aux déterminismes sociaux, aux séries causales. Les historiens n’aiment pas bien cet aspect : ils restaurent des causalités par-après. Mais l’événement lui-même est en décrochage ou en rupture avec les causalités : c’est une bifurcation, une déviation par rapport aux lois, un état instable qui ouvre un nouveau champ de possibles. Prigogine a parlé de ces états où, même en physique, les petites différences se propagent au lieu de s’annuler, et où des phénomènes tout à fait indépendants entrent en résonance, en conjonction. En ce sens, un événement peut être contrarié, réprimé, récupéré, trahi, il n’en comporte pas moins quelque chose d’indépassable. Ce sont les renégats qui disent : c’est dépassé. Mais l’événement lui-même a beau être ancien, il ne se laisse pas dépasser : il est ouverture de possible. Il passe à l’intérieur des individus autant que dans l’épaisseur d’une société

Et encore les phénomènes historiques que nous invoquons s’accompagnaient de déterminismes ou de causalités, même s’ils étaient d’une autre nature. Mai 68 est plutôt de l’ordre d’un événement pur, libre de toute causalité normale ou normative. Son histoire est une « succession d’instabilités et de fluctuations amplifiées ». Il y a eu beaucoup d’agitations, de gesticulations, de paroles, de bêtises, d’illusions en 68, mais ce n’est pas ce qui compte. Ce qui compte, c’est que ce fut un phénomène de voyance, comme si une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose. C’est un phénomène collectif sous la forme : « Du possible, sinon j’étouffe ». Le possible ne préexiste pas, il est créé par l’événement. C’est une question de vie. L’événement crée une nouvelle existence, il produit une nouvelle subjectivité (nouveaux rapports avec le corps, le temps de la sexualité, le milieu, la culture, le travail…).

Deux régimes de fous (1984)


          
 
 Tout ce à quoi Gilles Deleuze et Félix Guattari nous invite est finalement une façon d’aborder les faits humains sous un angle pas qu’humain, voire pas humains du tout. Pour que ces évènements soient, il faut que les hommes les provoquent certes mais aussi il faut qu’existe la dimension temporelle dans laquelle ils s’inscrivent. Il faut que ça se passe « quelque part » ou plutôt dans un « quelque temps » et ce « quelque temps » ne peut pas être seulement du temps humain (Chronos) ne serait-ce que parce que la nature suit son cours en même temps sauf que ce n’est pas le même cours, ni le même temps, c’est Aiôn, un temps cosmique, imperceptible, continu, indivisible et cyclique. 

Mais qu’est-ce que ça veut dire cyclique? Cela veut dire que chaque moment de ce temps là est en même temps début et fin. Il n’y a que des débuts et des fins. Lorsque les Stoïciens nous recommandent d vivre chaque instant comme s’il était le premier et le dernier, c’est parce qu’ils savent bien qu’il y a une dimension et en fait c’est LA dimension au sein de laquelle c’est bel et bien le cas. Mais alors qu’est-ce que cela signifie? Qu’il n’y a dans ce temps là que des naissances de mondes, que chaque instant passé est celui de la nouveauté radicale et pure d’un instant.


Cette fois ci l’opposition n’est plus entre le finalisme et la causalité mais été le temps historique et le temps du monde. C’est le temps de l’histoire qui est celui de cette créature hors monde qu’est l’humain (temps qui est aussi celui de la violence) mais le temps du monde s’effectue aussi et finalement surtout dans tout ce qui s’effectue, y compris dans les évènements humains. Un historien trouve toujours a posteriori des causes historiques qui expliquent l’évènement. On peut dire par exemple que si la 2nde guerre mondiale a eu lieu, c’est notamment à cause du traité de Versailles qui finalement favorisait l’accession au pouvoir d’un chef populiste, totalitaire et nationaliste comme Hitler. C’est vrai mais ça ne se voit qu’après. Pourquoi? Parce que c’est faux, les choses auraient pu se passer différemment même avec le traité de Versailles même avec tout ce qui peut nous apparaître comme des causes de la guerre. En fait, il y a l’expression d’une autre nécessité que celle de l’enchaînement pur d’évènements historiques humains (immondes), à savoir la collusion de cette multiplicité d’héccéïtés (qui cette fois-ci ne sont plus des causalités) et sans la coïncidence desquelles rien ne peut s’effectuer. Ce n’est pas que ça tienne à rien que telle ou telle chose se passe, c’est plutôt que cela tient à une multiplicité de petits riens, et que rien jamais n’est dés lors susceptible de s’effectuer de la même façon (il ne peut pas y avoir de leçon de l’histoire). On peut toujours dire après coup que c’était prévisible, c’et faux. Bergson appelle cette impression l’illusion rétrospective du vrai. Une fois qu’un événement s’est produit, on peut toujours se dire qu’on aurait pu le prédire mais ce n’est pas exact. 




            Il n’y a pas de possible de la guerre avant qu’elle ait effectivement lieu, il y en a après. Le possible que la guerre ouvre, c’est celui qu’elle rend possible en s’effectuant. Tous les évènements sont forcément nouveaux et imprévisibles du fait même qu’ils « sont ». Ils ne sont imprévisibles qu’en étant (ce que tout le monde peut comprendre) mais ils ne sont qu’en étant imprévisibles (ce que l’on a tendance à contester après coup). C’est exactement ce que veut dire Gilles Deleuze quand il parle de « causalités par après ». 

            Nous pourrions utiliser ici l’exemple de l’évènement arrivé à Philippe Lançon et qu’il décrit dan son livre « le lambeau ». Le mitraillage de Charlie Hebdo peut sembler prévisible à cause du contexte, des caricatures de Mahomet, etc. Mais c’est faux, il aurait vraiment pu se passer quelque chose qui empêche cet évènement. Il n’est pas du tout question ici d’invoquer le hasard, mais vraiment pas. C’est juste que la logique des évènements n’est pas celle d’un raisonnement, ce n’est pas celle de l’esprit, ce n’est pas celle de 2+2=4. Tout ce qui arrive, parce que cela arrive dans la chair purement factuelle des « petits riens », des héccéïtés, est nouveau, imprédictible, et au lieu de soutenir que cette proposition est anti-scientifique (parce qu’anti-prédictible) , il faut au contraire réaliser que c’est justement la science qui le dit.

Quand nous croyons aux lois scientifiques, et nous en servons pour prédire des phénomènes qui effectivement ont lieu, le savant observe que le phénomène en question ne se passe pas exactement (avec les mêmes variables) comme le précédent et ici: de deux choses l’une, soit il soutient que ça ne fait rien, et que la loi de toute façon est juste parce que la nature obéit à des lois (et c'est la loi!), soit il réalise que la nature exprime par ces infimes variables que la loi est en train de s’user et que les occurrences des phénomènes sont en train de différer. De fait, la loi est en train de ne plus valoir. On comprend alors la puissance de l’évènement. Il n’ya pas de lois qui permettent de prédire un évènement, il y a des évènements au fil usant desquelles les lois petit à petit se délitent, se dérégularisent, se complexifient. Qu’on réfléchisse un peu et nous réaliserons que si ce n’était pas le cas, la science serait comme un livre fermé dans lequel tout du réel déjà serait dit. Si ce livre de la nature était mathématiquement écrit comme dit Galilée, nous n’aurions plus rien à mettre scientifiquement en oeuvre et en chantier.




Ce point est aussi difficile que central parce que finalement tout en découle: si nous percevons ce qui, de l’histoire des hommes telle qu’ils la vivent et décrivent par le récit historique du passé, échappe à leur compréhension humaine, rien qu’humaine, nous saisirons aussi par la même cette dimension dans laquelle la vision hors monde des hommes (c’est-à-dire leur incapacité à réaliser qu’ils vivent dans le monde, aussi différents ou particuliers qu’ils se pensent être) est invalidée, ce qui évacuerait toute possibilité de violence, d’interprétation des phénomènes naturels comme « violents ». Pour que l’homme cesse d’été immonde, il faudrait qu’il cesse de se percevoir comme « hors monde » et cela suppose qu’il réalise la « vérité », à savoir que des évènements humains, tout humains qu’ils soient, s’inscrivent dans le « devenir monde » du monde avant de s’effectuer à un niveau humain. Certes la révolution française est un bouleversement politique qui se saisit au sein d’une nation comme causé par des phénomènes économiques, idéologiques, sociologiques, etc. 

Mais ce n’est là que ce qu’une interprétation humaine peut en lire, en saisir, en comprendre. Au-delà ou plutôt en deçà de cette perspective la révolution française « a été ». Elle s’est effectuée réellement. Elle s’est incarnée dans la chair factuelle de ce qui « est » ou de ce qui fût. L’historien n’aurait pas pu travailler sur la restitution de cet évènement s’il ne s’était pas produit. Il va chercher les documents, expliquer, décrire, etc. Mais aussi loin qu’il aille, il ne rendra pas compte de la pure effectuation de la révolution. 

Mais comment définir ou, pour le moins, éclaircir un peu cette effectuation? Les actions humaines: la prise la bastille, la destitution du roi, l’organisation des assemblées et des comités, etc, tout ces actions concrètes se sont matériellement insérées à titre de données physiques dans d’autres données physiques. Qu’un fait se produise signifie cela en fait: des fluctuations dans les variables de toutes les forces naturelles qui continument produisent des chiffres, des quantas. Personne, mais vraiment personne, ne peut nier cela, et finalement ce niveau d’interprétation des faits historiques est, à tous égards, le premier, le plus effectif, le moins réfutable. 

Or il ne se situe aucunement au niveau des raisons, des causes, ni des lois. La même analyse vaut dans les sciences. Oui, je pense que le soleil va se lever demain mais en même temps, je sais que le soleil est une étoile de type naine jaune dont la durée de vie est limitée (10 milliards d’années). Le soleil consiste donc moins dans une « chose » que dans un certain type d’énergie qui se libère d’une certaine façon et pour un certain temps. Les évènements décrivent en fait tout ce qui se produit au sein de cette incroyable effectuation de variables dans la multitude des flux de forces qui composent ce moment, cet « instantané d’univers ». 


        En même temps, la fin du soleil ne marque pas la fin de l’univers mais seulement celles de notre galaxie qui n’en est qu’une parmi une infinité. C’est de l’univers dont il est ici question. Mais question pour quoi? Pour savoir où la révolution française se passe « en fait ». Il ne s’agit pas de dire que l’on est bien peu de choses dans le silence éternel des espaces infinis (Pascal), mais de comprendre que l’on ne dira rien de plus vrai sur ce qu’elle est qu’en se situant à cette échelle là qui étrangement est tout autant la plus proche et la plus lointaine, la plus proche parce que c’est la plus matérielle, la plus incontournable physiquement et la plus lointaine puisque elle suppose que l’on puisse voir un évènement de l’histoire de France du point de vue de l’univers.

Admettons tout cela, mais bon! Qu’est-ce qu’on peut dire universellement de la révolution française en terme de naine blanche, de plan galactique, de supernova? Qu’elle ne change rien à « l’ensemble », mais en même temps qu’elle s’intègre à cette totalité de petits rien qui en elle-même ne consiste qu’en cela que dans le fait de changer insensiblement, continuellement et c’est cela que l’on peut appeler le devenir monde du monde. Ce devenir là ne tend qu’à faire monde et la révolution française si peu que ce soit s’inscrit dans le mouvement global de mutation de ses variables. 

Quel sens y’aurait-il à demander en quoi consiste la finalité de l’éclatement d’une naine rouge en supernova? Aucun et c’est exactement la même chose pour la révolution française. Rien ne se produit autrement que comme ça, c’est-à-dire dans la totalité de ce mouvement de devenir monde du monde. Rien n’est plus réel, vrai que ce mouvement et dés lors, rien ne saurait être plus conforme au vrai que de situer les évènements historiques dans la perspective de ce devenir incessant. Il n’est rien que le monde puisse désirer davantage que de devenir parce qu’il est ce devenir même. Dés lors tout mouvement humain qui se saisit lui-même comme du pur, neutre et innocent devenir est plus vrai que tous ceux qui pensent obéir à une causalité particulière ou à une destination qui serait exclusivement humaine. 


            Peut-être peut-on mieux comprendre alors la difficulté du passage sur la bifurcation par rapport aux lois et de la rupture avec la causalité. Nous pourrions la rapprocher dans le domaine de la Science du passage de la physique déterministe Newtonienne à la physique aléatoire quantique. A chaque fois que l’on parle de lois naturelles, on fait comme si la nature était un bloc inerte et figé dans lequel les rapports resteraient les mêmes, mais nous savons maintenant à quel point ces rapports ne relient pas entre eux des éléments « Uns » définis par des lois immuables. Ils sont détectables au sein d’une insoupçonnable multiplicité d’interactions constantes au sein de laquelle rien n’est vraiment séparable du reste. Rien ne compte par soi seul mais en même temps, telle subtile variation ici crée là une onde de mutation aux conséquences imprévisibles et considérables à l’échelle cosmique. Cela signifie que tout micro-évènement crée un nouveau possible et que l’univers dans cette production incalculable de données est comme la chambre d’enregistrement de tous ces possibles dont il incarne la compatibilité. 

Il n’est plus dès lors de « cause » dont on puisse avec certitude dire qu’elle produira tel effet. A cette échelle, tout peut arriver parce que rien ne fait qu’arriver et nous tenons ici VRAIMENT le fin mot de toute cette affaire, c’est-à-dire que cette notion de chair évènementielle des dates historiques n’est plus du tout confuse ou abstraite et que nous comprenons pourquoi en effet elle échappe aux analyses des historiens. Nous découvrons un degré d’interprétation des faits historiques qui n’est ni celui des idéologues ou des théologiens qui veulent à tout force y voir une visée supérieure, un sens de l’histoire, ni celui des historiens qui crible les évènements de l’analyse des causes et des effets de telle ou telle date sur telle autre date. En quoi consiste-t-il? Dans la possibilité de distinguer de l’évènement son effectuation du point de vue de Chronos et celle du point de vue d’Aiôn et plus encore de faire prévaloir la seconde sur la première. En d’autres termes, il s’agit d’adopter le point de vue d’un recul d’ordre quasiment cosmique sur l’évènement à la lumière duquel il est impossible qu’il ne participe pas au devenir monde du monde. Mais ce recul correspond aussi dans les mêmes termes à une lecture au plus prés, au plus infiniment petit de tout ce qui a fait l’évènement lui-même (et cette approche nous est plus accessible). 

« Les petites différences se propagent au lieu de s’annuler »: cela signifie qu’au lieu de croire qu’il ya des lois dans l’univers au regard desquels des variations observables ne seraient que des « incidents de parcours » ou des « impondérables » qui ne revêtiraient aucun statut scientifique, elles se diffusent et se cumulent et oeuvrent déjà insensiblement en vue de générer tôt ou tard une transformation, une irréductibilité à la norme. Ce n’est pas qu’il est des choses qui échappent parfois à une lecture normative du réel, c’est plutôt qu’il n’est rien du réel qui s’effectue conformément à la norme. Le mode d’être du réel c’est l’exception pas la règle. Aucune exception ne confirme la règle, elle la déborde à tout instant et c’est pour cela que le monde « est ».

La référence à Mai 68 est à comprendre dans ce sens: rien ne le laissait prévoir, et même encore maintenant, même si on peut relever tel ou tel fait sociologique majeur qui expliquerait que Mai 68 ait éclaté, cette « révolution » est du possible à l’état pur. Aucun enchaînement de causes ne peut s’y lire comme aboutissant logiquement à lui. Ni finalité ni cause, Mai 68 se résout complètement dans la justification d’être, d’avoir été, et c’est très bien! L’adolescence d’une époque perçoit qu’on veut lui faire endosser un âge adulte dans lequel elle ne se retrouve pas, alors même qu’il est économiquement et socialement radieux (30 Glorieuses). Le niveau de vie des français n’a jamais été aussi haut et une partie de la jeunesse dit « non », comme pour désavouer le primat d’une logique exclusivement économique et individualiste.



Tout le monde essaie de situer idéologiquement Mai 68 et ainsi de le discréditer: « gauchisme », « anarchie », « désordre ». Des « jeunes » qui n’ont rien à faire d’autre descendent dans la rue et manifestent contre…on ne sait pas trop quoi, en fait. Le niveau des français est haut, il n’y a pas de crise, peu de chômage. Ils disposent par rapport aux adolescents d’aujourd’hui d’un avenir autrement radieux. C’est incompréhensible! 

Deleuze et Guattari proposent de prendre du recul par rapport à cet évènement et de réaliser ainsi que c’est justement à cause de cette absence de causalité historique, à cause de cette imprévisibilité qui a pris de court toute la classe politique, Le général de Gaulle inclus, que quelque chose de Mai 68 est un évènement  à l’état pur par qu’il révèle part non historique de l’évènement. 

  Il faut bien comprendre ici le sens du terme « immonde » tel que nous l’avons utilisé dans cette partie, notamment parce qu’en fait, il est la clé qui nous ouvre non seulement la porte de la compréhension entre violence et Histoire mais aussi celle de la solution du problème (en même temps, on réalise que ce n’est pas du tout une porte que l’humanité d’aujourd’hui semble disposé à ouvrir mais c’et une autre……histoire même si ce serait bien qu’ »on » y réfléchisse). 

L’exemple de l’homme malencontreusement tué par une pierre utilisée par Spinoza nous a mis sur la piste de l’incapacité des hommes à accepter ce complexe de micro-causalités inextricable dans lequel nous sommes de fait bel et bien pris. Ce n’est ni du hasard ni de l’intentionnalité divine ou diabolique, c’est dans cette inextricabillité de variables physiques que tout se fait, y compris la mort des hommes qui ici peuvent toujours arguer de leur supériorité, de leur conscience, de leur statut de créature symbolique restent néanmoins dans cette réalité là. 


                Aucune autorité transcendante ne veille au grain. L’idée qu’il y ait un sens supérieur qui s’exprime et qui finalement ramène dans le rang du rationnel ou du bien des évènements violents, chaotiques causés par la bêtise ou l’aveuglement des humains est intenable dés lors que l’on y voit à l’oeuvre le rôle du symbole, c’est-à-dire cette dimension créée par ce petit enfant capricieux et intelligent qui fait surgir de toutes pièces dans une réalité implacable où la mère est absente un cocon linguistique et fantasmatique dans lequel « il » (Je) décide de tout. La croyance au libre-arbitre est née « là » . Dans ce cocon, qu’un humain qui dit « je » puisse mourir parce que le vent souffle sur un toit est inacceptable, insoutenable, du moins tant que l’on n’a pas inventé, par le même procédé que celui du mimétisme symbolique de la bobine un Dieu, un « sort », un destin supérieur, une chance ou une malchance: autant de concepts qui ne reposent sur rien, ou plutôt qui sont impliqués dans le jeu de la bobine d’un enfant qui s’invente un je (dans cette perspective, Dieu c’est le super «  Je » qui fait pendant à celui que l'enfant s'est donné par le jeu).

En fait, tout ce que l’humain a conçu se retrouve dans cette dynamique  mythomaniaque de l’enfant à la bobine. Et c’est ici que l’on peut utiliser le terme  « immonde » en son sens étymologique: l’être humain est une créature « hors monde » parce que l’enfant à la bobine l’est. Il crée une « bulle de filtre » symbolique, linguistique, au sein de laquelle prend corps l’idée fictive d’une maîtrise des évènements purs du monde. 

Or cette maîtrise qui repose en dernière analyse sur le symbolisme suppose la croyance dans un sens particulier: celui d’un « vouloir dire » de la langue. Tous les faits sont donc investis d’un « vouloir dire » par le biais duquel l’être humain interprète ce qui s’effectue réellement comme voulant dire symboliquement quelque chose: la volonté de Dieu, l’accomplissement de la Raison, le mauvais oeil d’une fatalité hostile, etc. 

Il n’est pas faux d’affirmer qu’il existe une intentionnalité qui agit dans l’univers, sauf qu’elle est celle de cet univers lui-même. Pourquoi cette intentionnalité là serait-elle plus crédible, plus indiscutable que celle d’une divinité transcendante, ou d’une finalité supérieure? On serait tenté de faire remarquer que la réponse est déjà dans la question. L’intentionnalité d’un vouloir exister de « la vie » ou de l’être n’est pas sujette à caution: tout enfant qui naît, tout brin d’herbe qui pousse, tout compost qui pourrit en est la manifestation claire, aveuglante. Celle d’un Sens supérieur, d’une Raison ou d’un Dieu transcendant  induit nécessairement qu’à un moment ou à un autre, on y « croit ».

Dés lors, tout un travail de « détricotage » du faux sens en vue de parvenir au vrai s’impose à nous comme une urgence. Pourquoi? Parce que l’on réalise que rien dans ce vouloir exister (désir)  de la vie, de la nature, de l’univers n’’est « violent », en fait, pas même les éruptions volcaniques qui tuent des milliers de personnes, les tremblements de terre, ou les Tsunamis. Nous l’interprétons de cette façon précisément parce que nous sommes « hors monde ». L’esprit du mal est une interprétation humaine de la nature, des faits. L’enfant à la bobine interprète comme violente l’absence de la mère et il y répond par la violence du mot d’ordre: « Da » « Fort ».

A ce stade, la violence n’a aucun « corps », aucun lieu d’occurrence. La violence en fait n’a pas lieu d’être mais l’être humain, suite à cette fausse interprétation, va lui en faire un, est ce sera l’histoire, l’histoire d’une bobine qui part  (fort) mais avec le happy end de son retour (da), mais aussi l’Histoire tout court, la civilisation, les sociétés, bref tous les systèmes organisés linguistiquement par l’être humain pour donner prise à un univers protégé au sein duquel le traumatisme de  la violence ne cessera de s’activer comme le seul leitmotiv à même de relancer inlassablement la machine de la rationalisation, de l’efficience à rendre raison de….L’enfant humain fait histoire à partir de ce qu’il interprète comme une violence de telle sorte que la violence sera intégrée à l’humanité en tant que matrice à faire histoire. De ce que l’être humain se vive comme une créature hors monde, il s’ensuit logiquement, tragiquement et historiquement qu’il soit une créature immonde (au sens d’inhumaine et violente).

Nous sommes partis de cette hypothèse de travail selon laquelle le déni de la violence factuelle par une violence symbolique serait plus violent que la violence elle-même, mais nous réalisons maintenant que la vérité est encore bien pire puisque en fait la violence est, si l’on peut dire, « dans la tête » de la créature humaine qui parce qu’elle est « hors monde » choisit de vivre comme une violence insupportable l’existence d’un monde qui « suit son cours », c’est-à-dire sur un mode indifférent au sort de l’être humain (c’est ça l’innocence du devenir) et qui donc occulte cette indifférence par l’idéologie du sens de l’histoire. La croyance d’un sens transcendant les évènements historiques n’est finalement que la suite logique de cette interprétation de la nature, du monde, comme « violents ». Mais du coup elle « autorise » la violence réelle. Après tout la Shoah s’appuie sur le « droit » des races dites supérieures d’avoir plus de territoire que les supposées « sous-races » et de les exterminer méthodiquement. Au-delà de tout ce que l’on peut pointer ici d’infondé scientifiquement, ce qui frappe est qu’il existe toujours une idéologie justifiant et provoquant les génocides.  

De ce déni naît donc l’incapacité à voir la réalité en face, à savoir qu’il n’y a pas de violence naturelle, ni « cosmique », ni « vraie ». Il y a une non-violence fondamentale de l’aiôn, l’efficience d’une puissance pure, neutre, innocente qui est du monde de devenir monde. 


                Pour bien saisir le rapport entre l’Eternel retour et l’innocence du devenir chez Nietzsche ainsi que tout ce que nous apporte ces deux concepts dans les conclusions qu’il faut tirer ici au sujet du rapport entre la violence et l’histoire, nous devons réfléchir sur la nature de ces deux sens qui s’opposent totalement. L’être humain croit à un sens comme « vouloir dire »  (Sens de l’histoire; dieu, la raison, etc.) d’évènements qui s’inscrivent dans un « vouloir être » (le devenir monde du monde). Dans le premier cas, on fait tout son possible pour entretenir l’illusion selon laquelle tout évènement aurait une finalité cachée aux hommes, supérieure à eux et donc rationnelle en fin de compte (au bout du bout du compte). Dans le second on réalise que tout évènement s’inscrit dans une multitude de « petits riens » et que ces petits riens sont ceux là même par la coïncidence desquels chaque instant du monde accouche du prochain de celui qui vient dans la logique cyclique du devenir. Pourquoi cyclique? Parce que le monde y revient inlassablement à soi. « Le monde désire faire durer le plaisir d’être monde ». C’est cela la logique des évènements et le « miracle » ici, c’est que par évènements on entend aussi bien la révolution française que l’explosion cosmique d’une naine rouge en supernova.  Voir la part historique de tout évènement historique, c’est simplement ça: pointer dans  l’évènement  qui s’intègre à l’histoire des hommes cette part d’effectuation pure, cosmique (mais aussi constituée d’une infinité de petits riens) qui échappe à la compréhension de l’écrasante majorité des hommes.


                Si l’on prend l’exemple de Mai 68, quelque chose doit attirer notre attention mais il est clair que cela ne pourra être le cas que pour celles et ceux qui se détacheront du penchant à classifier politiquement idéologiquement « humainement » cette « révolution », quoi? C’est du pur devenir, c’’est-à-dire qu’une génération de « jeunes » revendique exclusivement le droit d’être jeune, de renouveler les cadres de pensée d’une mentalité, d’une société dans laquelle elle ne se retrouve pas, dans laquelle elle ne peut pas se retrouver en fait, tout simplement parce que ce sont de vieilles façons de penser, de vivre, d’être.  C’est comme si, au-delà des slogans, des leitmotivs politiques, le sens pur travaillant du dessous le monde par le devenir monde se manifestait enfin aux yeux de toutes et tous, c’est comme si là, à ce moment là, en France, une parcelle de vie ou d’être accédait à un degré intense et « pur » de conscience de soi. Si « sens de l’histoire » il y a, c’est justement en tant qu’il n’a rien à voir dans sa causalité avec l’histoire mais qu’en l’occurrence il s‘est bel et bien effectué aussi dans l’histoire. C’est un moment où l’éternel retour de l’aiôn affleure à la surface de chronos, un moment où l’innocence du devenir parvient miraculeusement à s’imposer dans le chaos de toutes les revendications idéologiques de seconde zone.




Conclusion

La logique des évènements, c’est de revenir à eux-mêmes parce qu’il n’ont pas d’autre sens que celui de s’inscrire dans la matérialité pure et brute d’un monde travaillé par cette seule préoccupation de se donner naissance et de faire durer le plaisir de persévérer dans son être. La violence est donc une erreur de lecture, une illusion d’optique, le présupposé d’une créature hors monde de croire dans une nature immonde à laquelle il répond par de l’immonde historique. La « solution » n’est certainement pas de revenir de cette mimétique symbolique qui d’ailleurs ne recèle pas que de la violence et de l’immonde mais avant tout chose de se rendre sensible à l’innocence du devenir, à ce fond de pacifisme indéracinable et finalement premier qui oeuvre en toute effectuation, quel que soit son niveau, son amplitude, sa puissance d’impact. Puisque l’homme ne vit la réalité qu’en y décelant la violence dont il ne s’aperçoit pas qu’elle est toute entière incluse dans sa façon « hors monde » d’être au monde, la solution du problème consiste fondamentalement à réaliser qu’il EST le problème, ce qui induit finalement qu’il réalise d’abord le Da sein, puisque c’est bien e cela dont il est question. 

En effet, si l’homme est la seule créature hors monde, c’est justement parce qu’il ne   le  vit pas comme un milieu, contrairement aux animaux. Le travail alloué à l’homme est donc en effet difficile notamment parce qu’il n’est pas question de revenir de cette spécificité. C’est un fait acquis que l’homme n’a pas de sillon génétique à creuser, de toile à faire comme l’araignée ou de cellule comme l’abeille. Tout ce que l’homme a c’est la conscience qu’il n’a rien et l’angoisse inhérente à la réalisation de ce vide. Mais en même temps, tout est là: il est la manifestation consciente, impliquée de l’innocence du devenir. Il est cette attention affûtée à la nature inexorable de ce devenir monde du monde, celle-là même qui va trouver son bonheur dans la joie de faire durer le plaisir d’être. C’est bien là le fond des dernières lignes du livre d’Albert camus le mythe de Sisyphe:

« Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. »


Bien sûr il est possible de discuter de la pertinence de l’expression: « homme absurde » puisque en fait il serait tout aussi juste d’évoquer l’homme « sensé », celui qui est revenu de toutes les illusions du faux sens de l’histoire, de toutes les idéologies s’épuisant à donner un sens transcendant à des évènements immondes. Nous connaissons l’expression « abonder dans le sens de… » désignant l’accord mais aussi l’implication dans le sens d’une parole que l’on comprend, que l’on accepte, à laquelle on adhère entièrement. Il n’y a pas plus dans les cieux d’esprit bienveillant que de Dieu vengeur, il n’y a pas de « cieux ». On peut faire l’économie de cette très coûteuse hypothèse. Dés lors, tout nous apparaît tel qu’il est: la vie se désire elle-même, la nature est en elle-même animée du désir de se faire « accoucher » d’elle-même et cet auto-engendrement s’actualise partout et dans tous les moments. Le humains aveugles à la dynamique de cette fécondité cyclique ne la conçoive qu’en tant qu’elle leur fait injure « personnellement », et ils la prennent en mauvaise part. De cette injure mal comprise, mal entendue naît la violence de l’histoire, mais de cela aussi la nature n’en a que faire, de telle sorte que rien, pas plus dans le cosmos que dans les évènements dits humains, ne s’écarte du tracé sans avenir d’un devenir persistant, entêtant, continu. Il n’est pas dit que l’Humain  reste toujours aveugle à cette évidence, même si de fait, rien du comportement historique de l’homme ne semble de nature à nous rendre optimistes à cet égard, mais nous n’avons pas à faire preuve d’optimisme ou de pessimisme, juste à tenir cette ligne qui, en tant que Da Sein nous définit spécifiquement, abonder consciemment dans le sens sans finalité, ni but ni avenir, de tous ces univers gagnés par la joie pure de faire durer le plaisir d’être. 




dimanche 5 février 2023

Réforme des retraites: comprendre le sens de la valeur travail

 

        

        De plus en plus de questions de société ne sont pas présentées sur les médias dits "mainstream" d'une façon qui rende possible leur compréhension. Il faut s'orienter alors vers des voix, des personnes compétentes susceptibles d'inscrire certaines expressions dans leur contexte authentique. C'est toujours le cas de Clément Viktorovitch, mais plus encore ici parce qu'il exprime avec simplicité et clarté  le sens de cette "valeur travail" sujette à tant de "punch line" et de buzz complètement à côté du sujet. Pour comprendre le travail il faut le distinguer de l'emploi, c'est exactement ce que fait l'économiste Bernard Friot cité ici par Clément Viktorovitch. 

        La retraite a d'abord été conçue comme un "salaire continué" pour accompagner des formes plus libres, plus intenses et plus assumées  de travailler. Il n'est question pour personne de "paresser" une fois terminé d'être employé(e) mais de sortir de l'emploi pour donner un sens nouveau à son activité. Peut-être a-t-on eu la chance de se nourrir de la certitude de pratiquer un métier sensé depuis que l'on est salarié(e). Mais ce n'est pas le cas de la plupart des employés pour lesquels la retraite est finalement l'occasion qui leur est donnée de VRAIMENT travailler. Le problème n'est donc pas du tout économique mais "politique" et le choix qui nous est (ou pas) proposé, est celui d'un modèle de société auquel on souhaite politiquement adhérer ou pas.

jeudi 2 février 2023

Présentation de la spécialité HLP aux élèves de seconde

 

     L’objet de cette matinée est de vous aider à faire un choix crucial et le premier point sur lequel il est nécessaire d’insister c’est que vous êtes seul(e) face à ce choix. Peut-être y-a-t-il autour de vous des personnes qui, avec les meilleures intentions du monde, vous disent qu’il faut choisir telle ou telle spécialité. Mais ce ne sont pas ces personnes qui vont se retrouver avec trois matières en première, chacune de 4h (donc 16h en tout par semaine) et en terminale deux enseignements de 6h chacune par semaine (donc 12h par semaine).

1) Matières subies ou agies ?

Vous avez déjà choisi des langues, des options mais ici vous choisissez des spécialités qui vont vous permettre d’approfondir des enseignements avec des coefficients assez décisifs pour le bac. Avant de vous projeter dans une carrière, interrogez vous d’abord sur vos capacités mais aussi sur votre ressenti, sur les cours dont vous avez le sentiment qu’ils vous permettent plus que d’autre d’aller au bout de ce qui vous intéresse. Le plaisir est important et s’il vous est arrivé, ne serait-ce qu’une fois de vous rendre compte que vous êtes allé dans un cours « pas à reculons », alors c’est un indice très fiable que l’enseignement en question ne vous est pas imposé mais qu’il vous attire. Quels sont les enseignements que vous subissez? Quels sont ceux que vous activez, c’est-à-dire qui active en vous un plaisir, une puissance, la certitude que quelque chose de vous s’y retrouve, s’y perfectionne et prend plaisir, prend goût à s’y perfectionner.


2) La skholè

Il existe une étymologie qu’il ne faut jamais complètement oublier c’est celle du mot scolaire qui vient du grec skholè et qui signifie loisir studieux. Cela veut dire que les jeunes élèves grecs faisaient de études pour apprendre des trucs, parce que quelque chose de leur devenir adulte se retrouvait dans leur formation. Ils n’avaient pas le sentiment qu’on les formait pour autre chose que  cela: libérer une eux une capacité, une puissance d’agir. Apprendre, approfondir, c’est libérer une puissance d’agir.

Faire cours de philo ou de HLP, c'est garder constamment cette référence à la skholé en tête. Nous tenons là le critère auquel vous pouvez vous fier absolument: quels sont les enseignements pendant les heures desquels vous avez le sentiment de libérer, de conforter une puissance d’agir. Si vous avez des réponses, c’est là qu’il faut aller. 



3) Qualités requises (3): curiosité, émancipation, expression écrite et orale

En quoi consiste la particularité de cette spécialité? En deux mots, il y a des enseignements qui s’adressent à vous en tant que travailleur et qui vous transmettent des techniques, d’autres en tant que citoyen, qu’être socialisé qui vous apprennent des lois, des usages et d’autres en tant qu’être humain qui avant toute chose vous situe en tant qu’individu doté par lui même de capacité de questionnement et c’est ça que nous avons vocation à stimuler.

- Par conséquent fondamentalement  HLP est un enseignement qui convient à des élèves curieux qui ne se satisfont pas des réponses toutes faites et qui sont prêtes ou prêts à pousser ce questionnement tés loin.

- Cela signifie aussi qu’il est nécessaire d’avoir un certain désir d’émancipation, d’autonomie, principalement aujourd’hui. 

Ex: Prenons un exemple, imaginez un pays suffisamment riche pour décider de faire construire dans un désert huit stades flambant neufs avec l’air conditionné par plusieurs centaines d’ouvriers dont une bonne part vont mourrir à la tâche et tout cela pour une compétition dont vous avez corrompu les décideurs pour qu’elle se passe dan cet endroit du globe qui e trouve être naturellement le moins indiqué. De deux choses l’une soit cela ne vous dérange pas du tout parce que ce qui compte c’est quand même que la France soit championne du monde, soit ça vous pique un peu et une pat de vous reste à l’écart. C’est un signe que quelque chose de vous est mûr pour cet enseignement là.

Enfin ce désir d’émancipation et cette capacité de mise à distance doit aussi se prolonger par un désir d’expression. Nous allons encourager, activer motiver en vous vos capacités  mais aussi stimuler le plaisir d’écrire et de parler.


4) Couplage de spécialités

En termes de couplage de spécialités, HLP, à cause de cette polarisation sur l’humanité comme question, peut se marier avec absolument tout. Il n’y a pas de pratique d’activité dont on pourrait exclure un questionnement dont l’objet est l’humain. Si vous envisagez par exemple des études de médecine, notamment la LAS (licence accès santé) distinct du PASS, alors HLP est vraiment une spécialité viable (parce qu’il est impossible d’exercer la pratique des soins sans soigner une personne avant de traites des pathologies)


5) les carrières accessibles 

Le spectre des carrières que couvre la spécialité HLP est très large puisqu’il va de tout ce que l’on appelle les sciences humaines comme psycho / socio/ éducation/ ethnologie/anthropologie/ linguistique jusqu’au Droit en passant par les carrières de soins, de communication,  du social, des arts. Les écoles de commerce sont également accessibles par HLP puisque elles accordent aux épreuves de culture générale un très fort coefficient. Sciences Po est une filière d’excellence à laquelle l’enseignement HLP est vraiment adapté, non seulement par le programme dont les thèmes correspondent aux compétences requises en sciences politiques mais aussi par tout ce qui concerne l’aisance attendue dans les prestations orales.

Aussi bien sur le fond que sur la forme, le programme de HLP questionne le pouvoir de la parole et le stimule chez les élèves qui choisissent cet enseignement (exercices, concours de rhétorique, scènes théâtralisée, etc.)

Il faut savoir également qu’HLP, en terminale, a l’avantage, à cause de cette place qui y est accordée à l’oral et à la prise de parole de vous préparer spécifiquement au grand oral coefficient 10, et évidemment puisque vous faites de la philo dès la première à la philo. Philo et grand oral étant les deux épreuves qui ne font pas l’objet d’un contrôle continu. Ce sont des matières à épreuve. C’est important, si vous avez envie de travailler le rapport à l’épreuve, c’est-à-dire ce que c’est que d’avoir à se mobiliser pour tant d’heures tel jour, HLP est très avantageux.




6) Programme  première et terminale

a) Programme de première:

Les pouvoirs de la parole

  • l’art de la parole
  • L’autorité de la parole
  • Les séductions de la parole

Les représentations du monde

  • Découverte du monde et pluralité de cultures
  • Décrire, figurer et imaginer
  • L’homme et l’animal

b) Programe de terminale:

La recherche de soi

  • Éducation, émancipation et transmission
  • Les expressions de la sensibilité
  • Les métamorphoses du moi

L’humanité en question

  • créations, continuités et ruptures
  • Histoire et violence
  • L’humanité et ses limites