jeudi 22 février 2024

Terminale 2 / 3 / 6 Oeuvre suivie: Problèmes de Philosophie de Bertrand Russell (1912) Chapitre 1 apparence et réalité


L'oeuvre que nous étudierons en lecture suivie est le premier chapitre du livre: "problèmes de philosophie"  de Bertrand Russell qui est mathématicien et philosophe. Les notions mobilisées par cette oeuvre sont "Raison, Réel, Vérité, et Science". 

Nous travaillerons le premier chapitre qui pose la question de savoir si les objets qui nous environnent sont réels. Nous faisons suivre les 9 premiers paragraphes du premier chapitre (qui en comporte 20 en total). Prendre connaissance du début de l'œuvre nous permettra d'aller plus vite lorsque nous la travaillerons. Mais à la rentrée des vacances il nous restera à terminer le cours portant sur l'art: "le propre d'une oeuvre d'art est-il de répondre à un besoin humain?" ( Chacune et chacun de vous trouvera sur pronote la totalité du premier chapitre que nous étudierons) 

Bonne lecture!


B. Russell (1872 - 1970) Problèmes de philosophie (1912)

Chapitre 1. APPARENCE ET RÉALITÉ


(§1) Existe-t-il au monde une connaissance dont la certitude soit telle qu’aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute? Cette question qui, à première vue, pourrait paraître simple, est en réalité l’une des plus difficiles. Lorsque nous nous serons rendu compte des obstacles qui s’opposent à une réponse spontanée et optimiste, nous serons sur la bonne voie en ce qui concerne l’étude de la philosophie; en effet, la philosophie est simplement une tentative pour répondre à des questions de ce genre, non pas à la légère ou dogmatiquement, comme on le fait pour les choses de la vie ordinaire, et même pour les questions scientifiques, mais en exerçant notre sens critique, après avoir examiné tous les éléments qui rendent de telles questions troublantes et après nous être rendu compte de toute l’incertitude, de toute la confusion que dissimulent nos idées courantes.

(§2) Dans la vie quotidienne, nous présumons certaines de nombreuses données; or, à l’analyse, elles se révèlent en réalité si pleines de contradictions manifestes que seule une réflexion suivie nous permet de définir ce qu’il nous est vraiment permis de croire. Dans notre recherche d’une certitude, il est naturel d’étudier en premier lieu notre réaction du moment et, en un sens, nous pouvons sûrement en tirer quelque connaissance. Mais toute affirmation concernant la nature de ce que notre vécu empirique immédiat nous fait connaître a de fortes chances d’être erronée. Ainsi, il me paraît qu’en ce moment je suis assis sur une chaise devant une table d’une forme particulière, sur laquelle je vois des feuilles de papier couvertes d’écriture ou de caractères d’imprimerie. En tournant la tête je vois par la fenêtre des maisons, des nuages et du soleil. Je crois que le soleil est distant de la terre d’environ 149 millions de kilomètres, que c’est un globe de feu, de nombreuses fois plus gros que la terre, et que, à cause de la rotation de celle-ci, le soleil se lève chaque matin, et qu’il en sera ainsi pendant un temps indéterminé. Je crois que, si une autre personne normale entre dans la pièce où je me trouve, elle verra les mêmes chaises, les mêmes tables, les mêmes papiers et les mêmes livres que moi; et que la table que je vois est la même que celle que je perçois en y appuyant mon bras. Tout cela semble si évident qu’il est presque inutile d’en parler, sauf s’il s’agit de répondre à quelqu’un qui mettrait en doute ma connaissance. Pourtant, de cela on peut douter raisonnablement, et toutes ces assertions demandent à être minutieusement discutées si nous voulons être sûrs que nous les avons faites sous une forme absolument véridique.



(§3) Pour bien faire comprendre le problème, concentrons notre attention sur la table. Pour l’œil, elle est rectangulaire, brune et luisante, pour le toucher, sa surface est polie, froide et dure; lorsque je la frappe de la main, elle rend un son de bois. Tout autre que moi, s’il voit et palpe et entend la table, sera d’accord avec la description que j’en fais; on pourrait donc penser qu’il n’y a là aucun problème. Mais dès que nous essayons d’être plus précis, nos difficultés commencent. Même si je crois que la table est "réellement" de la même couleur en toutes ses parties, les parties qui réfléchissent la lumière paraissent beaucoup plus colorées que les autres et certaines parties paraissent blanches par un effet de réflexion de lumière différent. Je sais encore que, si je me déplace, ce seront d’autres parties qui réfléchiront la lumière de sorte que l’apparente distribution des couleurs sera modifiée. Si donc plusieurs personnes regardent la table au même moment, il n’y en aura pas deux qui  verront les couleurs de la même façon, car il n’y en aura pas deux qui verront la table exactement sous le même angle et toute différence d’angle transforme la façon dont la lumière est réfléchie.

(§4) Dans la pratique, ces différences sont sans intérêt, mais pour un peintre, par exemple, elles sont d’une importance capitale; le peintre doit perdre l’habitude de penser que les choses se présentent à l’œil sous l’apparence de leur couleur "réelle", à savoir celle que le sens commun leur attribue, il doit apprendre à voir les choses exactement comme elles se manifestent à lui. Voilà précisément le commencement d’une des distinctions qui constituent l’un des plus graves problèmes philosophiques, la distinction à établir entre l"apparence" et la "réalité", entre ce que les choses semblent être et ce qu’elles sont vraiment. Le peintre veut reproduire l’apparence des choses, l’homme réaliste et le philosophe veulent savoir ce que sont réellement les choses, mais le désir du philosophe est plus intense que celui de l’homme réaliste et la conscience des difficultés que soulève la recherche d’une réponse adéquate au problème l’inquiète encore davantage.

(§5) Revenons à notre table: d’après ce que nous avons constaté, il est évident qu’il n’y a pas de couleur précise unique qu’on puisse lui attribuer, ni même qu’on puisse attribuer à l’une quelconque de ses parties: la table paraît être de couleurs diverses, selon les divers angles sous lesquels on la regarde et il n’y a aucune raison de considérer telle ou telle nuance comme étant celle qui appartient véritablement à la table. Et même à supposer qu’on la regarde sous un angle donné fixe, d’autres variations peuvent se produire: nous savons que la lumière artificielle change les couleurs, qu’un daltonien ou quelqu’un portant des verres bleus voit d’autres teintes et que l’obscurité supprime les couleurs, même si au toucher et à l’ouïe la table reste la même. La couleur n’est donc pas inhérente à la table, mais dépend à la fois de la table, de celui qui la voit et de la façon dont la lumière arrive sur la table. Quand, dans la vie quotidienne, nous parlons de la couleur de cette table, nous voulons seulement parler de la couleur en gros que semblera posséder ce meuble à toute personne normale qui la verra sous un angle normal et dans des conditions normales d’éclairage. Toutefois, les autres couleurs qui apparaissent dans des conditions différentes ont tout autant droit à être jugées réelles; en conséquence, pour être impartial, il nous faut convenir que, considérée dans son ensemble, la table n’a pas de couleur qui lui soit propre.

(§6) On peut dire la même chose à propos de la texture. On peut, il est vrai, discerner à l’œil nu le grain du bois, mais dans l’ensemble, la table paraît avoir une surface lisse et polie. Si nous la regardions au microscope, nous discernerions les rugosités du bois, ses creux et ses élévations et toutes sortes de détails qui ne se voient pas à l’œil nu. Lesquelles de ces choses sont la table "réelle" ? Nous sommes évidemment tentés de dire que les renseignements fournis par le microscope sont plus réels, mais un autre instrument plus puissant nous offrirait une autre vision du bois. Alors, si nous ne pouvons nous fier à ce que nous voyons à l’œil nu, pourquoi faire confiance au microscope ? Et voilà ébranlée la confiance que nous avions au départ dans le témoignage de nos sens.



(§7) Quant à la forme de la table, elle ne nous offre pas une position plus assurée. Nous avons tous l’habitude d’émettre des jugements définitifs concernant les formes "réelles" des choses qui nous entourent et nous le faisons de façon si irréfléchie que nous en venons à croire que nous voyons véritablement les formes réelles. Mais en réalité, une chose donnée présente une forme qui varie selon l’angle sous lequel on la regarde; c’est ce que nous devons tous apprendre si nous tentons de faire du dessin. Si notre table est "réellement" rectangulaire, de presque tous les points elle nous apparaîtra comme présentant deux angles aigus et deux angles obtus; si les côtés opposés sont parallèles, ils nous apparaissent comme s’ils convergeaient vers un point éloigné; s’ils sont d’égale longueur, ils apparaissent comme ayant le côté le plus proche plus long que l’autre. De tout cela, on ne s’aperçoit pas habituellement en voyant une table, parce que l’expérience nous a appris à construire la forme "réelle" de la table en partant de la forme apparente, et la forme "réelle" est ce qui nous intéresse, du point de vue des considérations pratiques. Mais la forme "réelle" n’est pas ce que nous voyons, c’est quelque chose que nous inférons de ce que nous voyons. Et ce que nous voyons change constamment de forme à mesure que nous nous déplaçons dans la pièce où se trouve la table; nos sens ne semblent par conséquent pas nous renseigner avec vérité au sujet de la table elle-même, mais seulement à propos de l’apparence de cette table.

(§8) Des difficultés analogues surgissent à propos du toucher. Il est exact que la table procure en tout temps une sensation de dureté et nous sentons qu’elle résiste à la pression; cependant, la sensation ressentie dépend de la force de notre pression et aussi de la partie du corps qui exerce cette pression. Ainsi les diverses sensations causées par des pressions d’ordre divers ou exercées par diverses parties du corps ne peuvent être considérées comme décelant directement une propriété définie inhérente à la table; ces sensations ne sont tout au plus que les signes d’une propriété qui, peut-être, cause toutes les sensations, mais qui n’est en fait manifeste dans aucune d’elles. Ce même raisonnement s’applique avec encore plus d’évidence aux sons qu’on obtient en frappant la table.

(§9) Il devient donc évident que la table réelle, s’il en existe une, n’est pas celle dont nous avons la perception immédiate par l’entremise de la vue, du toucher ou de l’ouïe. La table réelle, s’il y en a une, n’est pas du tout directement connue par nous, mais doit être inférée à partir de ce que nous connaissons immédiatement. En conséquence, deux questions se posent aussitôt, et deux questions auxquelles il est difficile de répondre: 

-  1 ) Existe-t-il une table réelle ? 

-  2)  Si oui, quelle sorte d’objet peut-elle être ?



(§10)Pour nous aider à élucider ces questions, il est bon de choisir quelques termes dont la signification soit claire. Appelons donc "témoignages sensoriels" ce qui est immédiatement connu dans la sensation, c’est-à-dire les couleurs, les sons, les odeurs, les duretés, les rugosités, et ainsi de suite. Donnons le nom de "sensation" à notre prise de conscience directe de ces choses-là. Par exemple, lorsque nous voyons une couleur, nous avons une sensation de cette couleur, mais la couleur même est un témoignage sensoriel et non une sensation. La couleur, c’est ce dont nous prenons conscience immédiatement et c’est cette prise de conscience qui constitue la sensation. Il est évident que nous ne pouvons connaître quoi que ce soit à propos de la table si ce n’est par le truchement des témoignages sensoriels (la couleur brune, la forme rectangulaire, la surface lisse) que nous associons à la table; mais pour les raisons déjà énoncées, nous ne pouvons pas dire que la table est constituée par ces témoignages des sens, ni même que ces témoignages sensoriels sont par eux-mêmes des propriétés inhérentes à la table. Un problème se pose ainsi qui est celui des relations existant entre les témoignages sensoriels et la table réelle,  à supposer qu’une telle chose existe.

(§11) Nous appellerons la table réelle, en admettant son existence, un "objet physique" . Il nous faut donc étudier les rapports existant entre les témoignages sensoriels et les objets physiques. Ceux-ci prennent dans leur ensemble l’appellation collective de "matière". Ainsi, les deux questions qui se posent à nous peuvent être reformulées de la manière suivante:

1) La matière existe-t-elle?

2) Si oui, quelle est sa nature?

(§12) Le philosophe qui, le premier, proposa une brillante argumentation à l’effet que les objets immédiats de nos sens n’existent pas indépendamment de nous fut Berkeley (1685-1753). Ses Trois dialogues entre Hylas et Philonoüs en opposition aux Sceptiques et aux Athées s’efforcent de prouver que la matière n’existe pas et que le monde n’est constitué que par les esprits et les idées. Hylas, dans l’ouvrage de Berkeley, a jusqu’alors cru à la matière, mais il ne peut résister aux arguments de Philonoüs, qui l’accule sans merci à des contradictions et à des paradoxes, si bien qu’à la fin, lorsque Hylas reconnaît l’inexistence de la matière, son acquiescement semble presque procéder du simple bon sens. Les arguments présentés sont de valeurs diverses, certains étant importants et solides, d’autres confus ou jouant sur les mots. Berkeley garde cependant le mérite d’avoir montré que l’existence de la matière peut être niée sans absurdité et que, s’il y a des choses, quelles qu’elles soient, qui existent indépendamment de nous, elles ne peuvent être les objets immédiats de nos sensations.

(§13) Lorsque nous nous demandons si la matière existe véritablement, nous nous posons en réalité deux questions différentes qu’il est important de bien distinguer. Nous entendons ordinairement par "matière" quelque chose qui est opposé à l’"esprit", quelque chose que nous concevons comme occupant un certain espace et comme étant totalement incapable de toute pensée et de toute conscience. C’est surtout en ce sens que Berkeley nie l’existence de la matière; il ne nie pas que les témoignages sensoriels habituellement pris par nous comme signes de l’existence de la table soient vraiment des signes de l’existence de quelque chose indépendant de nous; ce qu’il nie, c’est que ce quelque chose soit d’un autre ordre de réalité que celui de l’esprit, qu’il soit ni esprit ni idées formées par quelque esprit. Il admet qu’il doit bien y avoir quelque chose qui continue d’exister quand nous sortons de la pièce où nous l’avons vu, ou quand nous fermons les yeux; ce que nous nommons "voir la table", selon Berkeley, nous fournit bien une raison valable de croire en l’existence de quelque chose qui subsiste, même quand nous ne le voyons pas; mais il croit que ce quelque chose ne peut être radicalement différent par sa nature de ce que nous voyons et qu’il ne peut guère être totalement indépendant de la vision, bien qu’il doive être indépendant de notre vision. Ainsi, Berkeley est conduit à considérer la table "réelle" comme une idée existant dans l’esprit de Dieu. Une telle idée possède comme il se doit la permanence et l’indépendance à notre égard sans être pour autant — comme le serait la matière autrement — tout à fait inconnaissable, dans le sens que nous soyons réduits à l’inférer sans pouvoir en faire l’expérience directe et immédiate.

(§14) Depuis Berkeley, d’autres philosophes ont également enseigné que, même si l’existence de la table ne dépend pas du fait que je la vois, elle dépend bel et bien du fait d’être vue (ou perçue par l’entremise d’autres sens) par quelque esprit — pas nécessairement l’esprit de Dieu, mais aussi, comme on l’a soutenu plus souvent, la totalité de l’esprit collectif de l’univers. Ces philosophes avancent cette thèse, comme le fait Berkeley, principalement parce qu’ils pensent qu’il ne peut exister rien de réel (ou en tout cas rien qu’on sache être réel), si ce n’est les esprits, leurs pensées et leurs sentiments. Nous pourrions résumer l’argumentation qu’ils présentent à peu près comme suit: "Tout ce qui peut être conçu est une idée dans l’esprit de la personne qui le conçoit; en conséquence, rien ne peut être conçu si ce n’est des idées dans chaque esprit; donc toute autre chose est inconcevable et ce qui est inconcevable ne peut exister."

(§15) A mon avis, une telle argumentation est fallacieuse, mais, bien entendu, ceux qui la soutiennent ne la présentent pas aussi brièvement, ni aussi brutalement. Quoi qu’il en soit, valable ou non, c’est une argumentation qui a été fréquemment exposée sous une forme ou sous une autre, et de très nombreux philosophes, peut-être la majorité, ont enseigné qu’il n’existe rien de réel si ce n’est des esprits et leurs idées. Ces philosophes sont appelés "idéalistes". Lorsqu’ils en viennent à vouloir expliquer la présence de la matière, ils déclarent, comme Berkeley, que la matière n’est rien d’autre qu’une collection d’idées, ou alors ils affirment, comme Leibniz (1646-1716), que la matière, ou ce qui apparaît comme telle, est en réalité constituée d’esprits plus ou moins rudimentaires.

(§16) Mais ces philosophes, tout en niant l’existence de la matière en tant qu’opposée à l’esprit, n’admettent pas moins dans un autre sens la réalité de la matière. Rappelons que nous nous sommes posé deux questions: 1 ) Existe-t-il une table réelle ? 2) Si oui, quelle sorte d’objet peut-elle être ? Or, Berkeley, comme Leibniz, admet qu’il y a une table réelle, mais Berkeley l’assimile à un certain nombre d’idées dans l’esprit de Dieu et Leibniz à un regroupement d’âmes individuelles. Ainsi tous deux répondent affirmativement à notre première question et ne sont en désaccord avec les vues du commun des mortels que par la façon dont ils répondent à notre deuxième question. En fait, presque tous les philosophes semblent d’accord pour convenir qu’existe une table réelle: ils admettent presque tous que, quelle que soit la mesure dans laquelle nos témoignages sensoriels (couleur, forme, poli des surfaces) peuvent dépendre de nous, ils indiquent cependant que quelque chose existe indépendamment de nous, quelque chose qui diffère peut-être complètement du témoignage de nos sens, mais qui doit être tout de même regardé comme la cause de ces témoignages et qui se produit chaque fois que nous nous trouvons dans les conditions requises, en présence de la table.

(§17) Évidemment, le point sur lequel les philosophes sont d’accord (à savoir qu’il y a une table réelle quelle que puisse être sa nature) est d’une importance vitale, et il sera profitable d’examiner quelles raisons il peut y avoir de nous rallier à cette opinion avant de passer à la seconde question celle de la nature de la table réelle. Notre prochain chapitre sera consacré aux raisons sur lesquelles on peut se fonder pour supposer qu’existe une table réelle.

(§18) Avant de continuer notre étude, il sera bon de récapituler les points acquis jusqu’à présent. Voici donc nos conclusions actuelles: prenons un objet ordinaire quelconque que nous présumons pouvoir connaître par l’intermédiaire de nos sens; ce que nos sens nous apprennent immédiatement n’est pas vrai de l’objet, puisqu’il est séparé de nous ["apart from us"] mais vrai seulement de certains témoignages sensoriels qui, autant qu’on puisse en juger, dépendent de la relation établie entre nous et l’objet. En conséquence, ce que vous voyons et sentons directement n’est qu’"apparence", apparence que nous tenons pour le signe d’une "réalité" latente. Toutefois, si la réalité n’est pas conforme à l’apparence, possédons-nous un moyen de savoir qu’il y a même une réalité quelconque ? Et si oui, disposons-nous d’un moyen pour découvrir en quoi consiste cette réalité?

(§19) De tels problèmes sont déconcertants et il est difficile d’admettre que même les hypothèses les plus bizarres peuvent être justes. Ainsi, notre table qui, jusqu’à présent, n’a suscité en nous que de vagues interrogations, est soudain la cause de problèmes aux solutions surprenantes. La seule chose dont nous soyons sûrs, c’est que cette table n’est pas réellement ce qu’elle paraît être. Au delà de ce modeste résultat, au point où nous en sommes, nous pouvons nous permettre toutes les conjectures. Leibniz nous dit que cette table est formée d’âmes individuelles réunies en une communauté ["community of souls"]; Berkeley affirme qu’elle est une idée divine; la science aux vues réalistes à peine moins étonnantes nous apprend que cette table est un énorme amas de particules électriques violemment agitées.

(§20) Devant ces solutions surprenantes, le doute s’élève et suggère que la table n’existe peut-être pas du tout. La philosophie, si elle ne peut répondre effectivement à toutes les questions que nous voudrions poser, est au moins capable de poser des questions qui accroissent en nous l’intérêt que suscite le monde; nous pouvons ainsi soupçonner les merveilleuses possibilités que recèlent les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne.

mardi 20 février 2024

Terminales 2 / 3 / 6: notions travaillées ou approchées en prévision du Bac Blanc (14/03)




Le 14/03 prochain, vous passerez une épreuve de philosophie type baccalauréat, en temps limité. Quelles sont les notions qui sont susceptibles d'être mobilisées à cette occasion parmi celles qui constituent le programme de terminale?
 17 notions au programme de terminale:  L’art, le bonheur, la conscience, le devoir, l’État, l’inconscient, la justice, le langage, la liberté, la nature, la raison, la religion, la science, la technique, le temps, le travail et la vérité.

A l'occasion des sujets de dissertation et des textes que nous avons travaillés depuis septembre, 12 notions ont été traitées :

- Conscience

- Inconscient

- Langage

- Nature

- Technique

- L’art (Cf: "le propre d'une oeuvre d'art est-il de répondre à un besoin humain?)

- Liberté (Totalitarisme linguistique et opposition langue / parole)

- l’Etat (« L’homme est un animal naturellement politique »)

- Le temps (Aiôn / Chronos / Kaïros - Technique, progrès et temporalité)

- Le bonheur (dernière partie de vivre en s’acceptant - Imaginer Sisyphe heureux)

- La religion (Transcendance / Immanence - Mythologie - Les ontologies de Philippe Descola)

- La raison ( Langue / logos)


Celles qui n'ont pas encore fait l'objet d'un traitement suffisant pour être mobilisées le 14/03 sont donc: 

- Devoir

- Justice

- Science

- Travail 

- Vérité



samedi 17 février 2024

La dévastation du monde par le dernier des hommes

 


Terminale HLP: 12 propositions de scènes théâtrales

 Voici 12 propositions  à partir desquelles vous êtes libre de composer une scène par groupe que vous jouerez fin avril début mai. Il vous est également possible d'en concevoir d'autres à partir d'autres sujets présentant un rapport avec le cours sur les métamorphoses du Moi ou "création, rupture et continuité". Le résultat sera noté et sera intégré à votre moyenne trimestrielle (coef 1). 



1) Scène à trois personnages: un couple amoureux discute avec l’une ou l’un de leurs ami.e. qui essaie de les convaincre de ce que dit Pascal, à savoir que l’on ne peut pas être aimé.e pour soi-même. A vous d’écrire la suite (tout est possible: l’ami.e peut les convaincre ou être désavoué.e ou même être convaincu.e à son tour de la position contraire)


2) Dans une boulangerie, imaginez une discussion qui va progressivement devenir très, très philosophique et tourner autour de la question de savoir si nous avons vraiment un moi. On pourrait imaginer qu’une discussion entre un partisan de Hume (il n‘y a pas de moi parce qu’il n’y a pas de sensation du moi)  et un autre de Descartes  (la substance pensante, le cogito) s’engage et évidemment tout peut arriver.


3) Dans un couple, les deux partenaires finissent par se brouiller parce que l’un pense aimer l’autre à cause des eccéités et l’autre pour ses qualités.


4) C’est à vous de choisir le contexte mais l’essentiel ici est d’opposer une personne qui croit à la mêmeté chez Ricoeur et qui s’oppose à  celle ou celui qui essaie de lui faire comprendre l’ipséïté. Il n’est pas nécessaire de poser les choses à un niveau philosophique. Les termes mêmes peuvent ne pas être évoqué. Il s’agit de montrer pourquoi et comment la mêmeté est une impasse, c’est-à-dire pourquoi le « moi je suis comme ça! » Est une impasse.


5) Imaginez un héros de la mythologie (Oedipe, Ulysse, Orphée) en séance de psychanalyse.




6) Un rousseauiste défendant la démarche des confessions discute et s’oppose à un Proustien (la madeleine) sur la question de la vérité du Moi.


7) Dialoguez une rupture dans laquelle interviendra l’incompréhension entre l’amoureux éconduit  (j’aurais pu offrir des fleurs mais ça peut être autre chose) et la partenaire bergsonienne et implacable. L’essentiel ici est de montrer que nous ne sommes qu’au fil de ces incidences qui font de la vie une continuité de coïncidences (euh…. revoir le cours si nécessaire ou pousser la scène jusqu’au délire)


8) Imaginez un adepte de Berkeley ou de Kant ou d’Oscar Wilde essayer de convaincre une autre personne ou un groupe de personnes ou une classe d’élèves (pourquoi pas?) du bien fondé de sa théorie.


9) Imaginez Cézanne présentant à sa femme le portrait qu’il a fait d’elle (femme à la cafetière)



10) Au Musée d’Orsay à Paris, un visiteur passe en maugréant devant des toiles de Monet, ou de Cézanne, ou un peintre plus abstrait encore (ce ne sera pas au Musée d’Orsay mais c’est pas grave!) . Imaginez que le peintre miraculeusement sorte d’un autoportrait et le prenne à parti pour lui faire comprendre ce qu’il a réellement fait.


10) Imaginez un dialogue entre une personne qui se pose la question de la perception (voyons-nous  vraiment la réalité telle qu’elle est?) et une autre qui ne comprend rien à cette interrogation. Tout est possible.


11) Jouez la scène décrite dans l’Odyssée des larmes d’Ulysse. Vous pouvez imaginer toutes les variations possible autour d’un héros ou d ‘une héroïne qui se voit raconter par quelqu’un d’autre sa propre histoire sans que l’autre ne se doute de la situation.

  

12) Variations autour des mille et une nuits et particulièrement d’un dialogue entre Shéhérazade et le sultan Shahriar (voir conclusion du dernier cours)




jeudi 15 février 2024

Présentation de la spécialité HLP aux élèves de seconde



1) Le spectre large

Ce court moment de présentation s'adresse à vous toutes et à vous tous et pas seulement à celles et ceux qui sont intéressé.e.s par cette discipline. C’est finalement une manière d’entrer déjà dans la matière puisque de fait la philosophie se caractérise par ce que l’on pourrait appeler un « spectre large » qui se déploie dans toutes les dimensions de l’existence de l’être humain. Il est impossible d’être présent dans un cours de philosophie en se disant je ne suis qu’un élève qui assiste à un cours. De fait le cours traitera de questions qui débordent totalement le cadre scolaire de ce qu’un élève vit en tant qu’élève. Pour être plus précis et pour caractériser vraiment cette matière, on peut dire que si vous faites spécialités SI (sciences de l’ingénieur) ou spécialité gestion et finances, vous êtes mobilisé.e.s en tant que travailleur, que professionnel; si vous faites une spécialité HGGSP ou SES vous êtes mobilisé.e en tant que citoyen; si vous choisissez HLP, vous êtes mobilisé.e en tant qu’être humain.

L’un des avantages de cette discipline c’est que vous assistez à un cours comme un autre sauf qu’à un moment, si tout se passe bien, si vous saisissez de quoi il est question, vous allez vous rendre compte que toutes les situations qu’on évoque, toutes les questions qu’on aborde  vous ont touché ou vous toucheront de près un jour et pas de façon théorique. Elles vous toucheront de plein fouet.  Ce qui est paradoxal, c’est que parfois, des élèves se font une idée très abstraite, très perchée de cette spécialité alors que c’est peut-être l’une de celles qui l'est le moins en ce sens qu’elle a pour objet le réel concret de la vie de chacun et de chacune, des questions qu’il est impossible qu’un être humain ne se pose pas. 

Une élève avait fait remarquer il y a longtemps alors que le cours évoquait la mort chez Heidegger que, je cite, « ce n’était pas au programme de terminale », mais comme il est possible de lui faire remarquer par la suite, la mort par contre est bel et bien au programme de sa vie. Cela vous donne une première indication, si vous n'êtes pas curieux.se de ce qui vous concerne au plus prés, effectivement ce n’est pas une spécialité pour vous. 


2) La "clé"
Cela dit mon propos est de vous dire quand même quelque chose qui puisse vous aider, chacune et chacun même et peut-être surtout si a priori vous vous dites que ce n’est pas une spécialité pour vous et vous avez peut-être raison, mais je voudrai profiter de ce forum qui me donne la chance de pouvoir rencontrer des élèves de seconde que je ne croiserai peut-être plus après, pour leur communiquer une information qui me semble importante à prendre en compte.

Si vous êtes ici, c’est pour choisir une spécialité coefficient 16 pour le baccalauréat qui va donc s’avérer cruciale pour votre réussite à l’examen mais aussi pour votre poursuite d’étude et peut-être pour votre métier. Quelque chose de votre travail futur, de votre profession va peut-être se décider dés l’année prochaine et sur ce point il y a une donnée absolument cruciale qu’il faut que vous que vous gardiez en tête. Vous avez probablement noté que pour ce choix deux signaux qui vous sont envoyés:

1) Il y a ce que vos parents, vos enseignants, vos amis vous disent sur ce qu’il faut choisir sachant que cela fait de bonnes carrières, un compte en banque bien garni, une bonne considération dans la société;

2)  Il y a le ressenti des cours et le fait que certaines disciplines vous attirent ou pas, le fait que peut-être certaines séances se passent de telle sorte que quand la sonnerie retentit, vous vous dites « Déjà? » Et non pas « Enfin! » Tout mon propos aujourd’hui est de vous conseiller très vivement de favoriser le second critère par rapport au premier, parce que vous vous trouvez précisément à la croisée des chemins, et que même si il est compréhensible que vous demandiez des conseils aux autres, il y a là, dans ce choix que vous vous apprêtez à faire, un caractère insubstituable qui constitue la raison pour laquelle vous devez venir au front de la décision, vous et personne d’autre. Le fond de l’affaire c’est que ce n’est pas à la société de vous dire qui vous êtes mais c’est à vous de dire quelle type de société vous voulez et l’on peut être sûr que quiconque commence sa phrase par « vu l’état de la société en ce moment" est en train d’essayer de vous influencer idéologiquement. Ce ne sont pas les hommes qui sont faits pour la société mais toujours la société qui est faite pour les hommes et ce que cela veut dire  concrètement maintenant, c’est que ce ne sont pas les élèves qui sont faits pour s’adapter aux spécialités mais les spécialités qui sont là pour que vous et vous seule vous y retrouviez.


3) La fable du raté riche

Si on va encore un peu plus loin en philosophie, on va réaliser que le fond de cette histoire, comme, par exemple Spinoza nous le fait comprendre, c’est qu’il est impossible d’appliquer une logique de moyens à fins à l’existence. Je ne peux pas faire quelque chose seulement pour une autre chose, ce n’est pas possible. Vous ne devez pas choisir une spécialité qui vous ennuie en vous disant que cela vous apportera quelque chose après coup. Je fais médecine non pas parce que le corps humain m’intéresse, non pas parce que l’acte de soigner suscite en moi une forme de passion, mais parce que c’est une profession qui rapporte et qui jouit d’une bonne considération. Ce type de pensée se retrouve chez celles et ceux que j’appelle des « ratés riches » et il y a des milieux et des partis politiques où l’on en croise beaucoup. Qu’est-ce qu’un raté riche? C’est forcément quelqu’un qui à 60 ans, faisant ses courses chez Vuitton  avec son SUV Mercedes se dira: « je ne manque de rien sauf que je ne suis pas celle où celui que j’avais à devenir. » 



Voilà le seul critère que vous devez faire jouer dans cette matinée. Si les signaux que vous recevez quand vous êtes en cours de maths sont favorables, alors faites spé maths, si c’est quand vous faites du dessin, de la musique, du théâtre, alors faites spécialité arts plastiques. C’est comme la naissance la mort, la maladie ou l’amour: là il est impossible de déléguer. Ecouter les autres c’est toujours bien mais si vous sentez qu’ils sont en train de juxtaposer leurs intérêts aux vôtres, il faut rompre avec cette influence toxique. Montez au front de la décision! 


La vérité simple qu’il faut garder en tête dans cette situation qui est la vôtre est la suivante. Je vais vous la donner comme une clé, un critère précieux à partir duquel vous pourrez choisir. Toute le monde vous dit que vous allez vivre DE votre métier mais personne ne vous dit que vous allez surtout et avant tout VIVRE VOTRE METIER, et que si vous ne le vivez pas avec passion, vous aurez raté votre vie. Vivre une existence sans passion ne présente pas le moindre intérêt et le raisonnement qui consiste à se dire que vous allez vous ennuyer cinq jours par semaine pour vous éclater dans les deux suivants est, d’un pur point de vue comptable, absurde. La plupart des salariés qui font un travail qui les dégoûte sont les premiers responsables parce qu’il y a un moment où ils ont craqué devant une évidence. Ils se sont dit, j’accepterai n’importe quoi pourvu que j’ai de quoi vivre, mais la vérité  c’est qu’un être humain ne s’effectue vraiment en tant qu’être humain quand il travaille non pas pour vivre mais pour être. Aucune conduite humaine n’est vitale en fin de compte et l’être humain c’est justement cet être à part pour lequel il est impossible de dissocier ce qu’il vit de ce dont il vit. Vous n’avez pas à vous soumettre à des exigences vitales vous avez à créer les vôtres et c’est cela que l’on appelle « exister ».



4) Questions lycéennes

Je vais pour terminer essayer de répondre à deux questions:

  • Quel profil d’élèves peut-il se retrouver dans cette spé?
  • Quels sont les avantages pour un lycéen de la choisir? 

Il va sans dire que les considérations qui vont suivre sont moins cruciales que la précédente. Si les signaux que vous recevez dans toutes les disciplines qui requièrent avant tout un engagement personnel et une curiosité existentielle (et toutes ne le demandent pas), alors ce choix est réellement ouvert et viable pour vous.

Pour toutes celles et tous ceux qui sont intéressés par les métiers de contact, ceux qui réclament de l’écoute et de la prise de parole, le programme de première est très orienté vers cette démarche. Ce sont des cours dans lesquels il est absolument exclu que vous restiez dans une attitude passive. Il faudra se lever prendre la parole, jouer un rôle, ne jamais déléguer votre présence à un quelconque "effet de groupe". Si vous êtes timide, il ne convient pas de vous dire que ce n’est pas fait pour vous; ça l’est justement et à cause de cela. Il vous faudra sortir de votre coquille et tout sera fait pour cela. Tous mes cours commencent par la formule: « est-ce qu’il y a des questions? » Et la totalité de la séance peut consister à répondre aux interrogations ou à laisser les élèves le faire. Jamais une question ne peut être stupide, seules les réponses sont susceptibles de l’être.



Il importe d’être suffisamment impliqué.e dans le questionnement pour résister à la tentation de le clôturer par manque de réponse immédiate. Cela peut être un critère si vous êtes fasciné.e par les hommes de pouvoir qui se présentent à vous avec une solution tranchée pour tout, ce n’est pas une spécialité pour vous. Comme le dit Friedrich Nietzsche:

« la bêtise d’un être humain, se mesure à son incapacité à se maintenir dans l’humilité de ses questionnements personnels. Il faut avoir des leçons à recevoir de tout le monde pour n’avoir de comptes à rendre à personne. »



Les quatre qualités les plus attendues à la fois pour l’écoute l’oral et pour l’écrit sont:

  • Curiosité, 
  • Passion
  • Humour
  • Ouverture d'esprit

Le plus important est de ne pas venir en cours pour vous mettre au fond de la classe et attendre que l’on vous dicte. Il est certain que nous vous demanderons de sortir de votre zone de confort parce que c’est seulement là, dans cette zone là, que vous situez vraiment et seulement. " là" Chacune, chacun de nous le sait bien.


Quels sont les avantages de cette spécialité dans une optique purement lycéenne? 

  • La préparation aux épreuves qui, en terminale, ne feront pas l’objet d’un contrôle continu, à savoir le grand oral et la philosophie. 
  • L’entraînement à l’oralité, à gagner une aisance dans toute prise de parole quelle que soit le contexte (conférence, entretien d’embauche, présentation , etc) , faire comprendre que la parole est une puissance.
  • C’est une spécialité qui est très ouverte aux autres domaines de compétence. Il est impossible de faire HLP sans s’intéresser à la sociologie, à la psychologie, aux sciences, à l’art, à l’histoire, etc.



Plus que toute autre chose, ce qui vous aidera, si vous choisissez cette spécialité à y réussir, c’est la passion et la certitude que l’adolescence loin de répondre aux questions que vous vous posiez enfant, les a affutées, aiguisées comme si vous vous rendiez compte qu’aucun âge de la vie ne répondra vraiment à tous ces questionnements et qu’il y a là du coup de quoi attiser votre soif qui de toute façon heureusement n’est en aucun susceptible d’être comblée, comme le dit Kierkegaard:

« Ce qui me manque, au fond, c'est de voir clair en moi, de savoir ce que je dois faire, et non ce que je dois connaître (…) il s'agit de trouver une vérité qui en soit une pour moi, de trouver l'idée pour laquelle je veux vivre et mourir. Et quel profit aurais-je d'en dénicher une soi-disant objective, de me bourrer à fond des systèmes, des abstractions et des idéologies? C'est de cette vérité que mon âme a soif, comme les déserts de l'Afrique aspirent après l’eau (…) C’est là ce qui me manque pour mener une vie pleinement humaine et pas seulement bornée au connaître, afin d'en arriver par-là à baser ma pensée sur quelque chose - non pas d'objectif comme on dit et qui n'est en tout cas pas moi - mais qui tienne aux plus profondes racines de ma vie, par quoi je sois comme greffé sur le divin et qui s'y attache, même si le monde croulait. »

                                                                      Sören Kierkegaard (1813-1855)