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jeudi 26 mars 2020

Réflexions sur le confinement - Corentin (TL2)

(où il est aussi question de La Vierge, de Margaret Thatcher, des Sims et de mon chat)  

Chapitre 1: le début parce qu'il en faut un
Bon les gars!  Faut qu'on parle: rien ne va plus… On m'a dit que le coronavirus était dangereux pour les personnes âgées (pas seulement en fait!) mais pas qu'il rendait les gens marteau !!

Tout d'abord, petite citation du jour d'une grande lumière du quartier:  « wesh Queja t'as vu les flics maint'nan c'est 135 euros si tu vas faire tes courses au Cora alors qu't'habites près du Leclerc, ils nous maravent en vrai, je capte plus rien Ziva mon frère! C’est quand la fin du corona ?"

Ça fait toujours du bien de se faire éclairer dans ces moments de trouble.

La vie de Corentin
Clairement je viens ici raconter ma vie, faut bien s'occuper quand on reste confiné. Ma santé mentale et à peu près préservée.
Pour passer le temps, j'écoute le chant des oiseaux, regarde mon voisin gueuler après la tondeuse, je bosse ma philo !!! Et surtout… SURTOUT! SURTOUT…. JE SUBIS LA VOIX DE LA VOISINE  QUI A TOUT VU ET TOUT FAIT !!!
Hobbes l’avait bien dit: « le voisin est un loup pour l’homme », même s’il ne l’a pas dit comme ça…..
Donc! Reprenons nos esprits histoire que je vous raconte comment je dois survivre entre (je cite la voix de la sagesse de JB:  « une mytho et une gourdasse » (petit parenthèse de JB: la vérité m’oblige à préciser que le qualificatif de « gourdasse » fut employé par Corentin en premier lieu, je ne fais que suivre son pas en évoquant la mytho, je sais: on n’avait dit: « pas d’insulte » mais c’est la faute à Corentin).  Commençons par la gourdasse c'est le cas le plus simple à comprendre.

La minute de JB
   

La gourdasse (définition simple et précise): la plupart des femmes sont plus intuitives et subtiles que les hommes. C’est vraiment ce que je pense mais il arrive parfois que des « Margaret Thatcher » apparaissent ici ou là, au grand dam des avancées sociales et des stylistes. Margaret Thatcher est à la politique ce que la gourdasse est à la condition féminine: une totale anomalie. Parmi les innombrables conneries commises par Margaret Thatcher citons ces deux là:
- « I want my money back » (ultimatum envoyé à l’union européenne)
- « There is no such thing as society » (Une sorte de cri du coeur d’une économie hyper libérale stigmatisant, au-delà même du socialisme, toute référence à la société dans un Etat). Merci Margaret, tu peux te rassoir maintenant!
  

Petite note: la gourdasse se différencie de la mytho de la même façon que Margaret Thatcher se distingue de Sylvain Durif. Au moins avec Sylvain Durif on rigole un peu!
Mais je m’égare.
    
Corentin reprend le fil de son histoire
Si vous avez une voisine qui, à première vue, est dépourvue du moindre talent, don, voire tout simplement de neurones, vous vous représenterez pleinement la gourdasse en question.
Pour commencer, elle parle fort, très fort… Trop fort… Après l'annonce du confinement par le gouvernement, le seul moyen de prendre l'air sans raser une forêt pour imprimer des autorisations quotidiennes de sortie est de s'asseoir tout simplement sur sa terrasse ou dans son jardin. Cependant cela ne veut pas dire être au téléphone et partager sa conversation avec tout le quartier. Ex:"ouais! mais moi tu vois j'ai de la chance de vivre dans une grande maison avec un immense jardin" (ta maison c'est pas Versailles! Relax! C’est pas parce que t’as un jacuzzi portatif et deux statuettes de nains qu’il faut te prendre pour Louis XIV).
Je vous épargne le "à mais moi je parle plusieurs langues couramment" ou "j'étais première de ma classe au lycée" (avec 12 en philo et 10 en maths?t'as fait quel bac ? Je veux le même !)

Chapitre 2: la Mytho
    

Mais malheureusement je crois que ce n'est pas le cas le plus grave… C'est ma voisine d'en face qui m'inquiète un peu plus… Je crois bien qu'elle vit mal le confinement car avant hier elle est venu nous parler (la première fois depuis 17,5 ans) et genre: elle nous a dit mot pour mot:
-« ça va ? Vous allez bien ? Il faut croire vous savez ? La vierge va venir nous secourir, je l'ai vu cette nuit, elle est notre sauveuse »
Difficile de garder son sérieux. Mais elle a poursuivi:
" vous avez de belles violettes dans votre jardin (faites vous des infusions avec, ça vous protégera).
J'ai oublié de mentionner le fait qu'elle s'est mise à bénir les statues de bouddha de son jardin (oui elle a vu la vierge mais a des statues de bouddha dans son jardin et alors ?!) tout les soirs vers 20h.

La minute de JB
Entre le culte chrétien de la vierge Marie et la méditation bouddhiste, il n’existe pas le moindre rapport. Le Bouddha, Siddhartha Gautama n’est ni une femme, ni vierge. L’enfant qu’il a eu n’était pas une opération du Saint Esprit.

Corentin:

Vous comprendrez que je me sente un peu moins en sécurité maintenant… J'ai donc demandé conseil à mon référent, le grand JB qui me dit "c'est un cas intéressant, mais tant qu'elle ne rentre pas chez vous cueillir des violettes et bénir le mobilier, vous êtes en sécurité ». Ses paroles empruntes de  sagesse m'ont réconforté.

Le confinement de Corentin
Et moi comment je le vis le confinement ? Oh et bien mes journées se résument à manger, travailler, dormir et manger mais sinon tout va bien.
Ah si !!! J'ai eu une pensée qui m'a traversé l'esprit en lisant le blog de sa merveilleuseté  JB. (note du blogger: j’aime bien ce passage!)

La petite pensée:
Admettons que nous sommes confinés (très bon exemple!), plus le droit de sortir et de vivre notre vie habituelle donc!
Et que nous avons la possibilité de jouer aux sims. Cette nouvelle addiction serait plutôt quoi ?
- Une illusion créée par un jeu dont notre intellect nous pousse à y jouer pour passer le temps et vivre notre vie qui s'est momentanément arrêtée ?
- La fuite de l'intellect qui nous pousserait à faire autre chose de notre temps, comme travailler pour être encore plus intelligent et avoir notre bac accessoirement ?
    

- La preuve que nous sommes nous-mêmes en train d’être les sims d’extra terrestres hyper puissants  ou de Ryuk, le Dieu de la mort, qui rigole en ayant appuyé sur la touche « pandémie » après avoir appuyé sur la touche « Trump ». S’il y a la touche « Zemmour président! » je préfèrerai qu’il se mette à la belote……….Vous avez 4h

Epilogue
Oui oui j'en viens à me poser ce genre de questions… mais en même temps c'est la débandade ! J'y peux rien si mon cerveau grille !
Je ne suis même plus maître dans ma propre maison(vous avez la référence j'en suis sûr).
Mon chat squatte mon lit toute la journée ! Trop c'est trop je vous le dis ! Je prends mes clics et mes clacs et je me barre ! (ah bah non du coup… Mince..) 
                                                                Corentin

dimanche 22 mars 2020

C'est pas parce qu'on est confinés qu'on est des cons finis - Les milieux autorisés

Nous vivons une situation exceptionnelle justifiant des mesures et par suite des attitudes, des rapports aux autres, au monde et à nous-mêmes que nous n’avions jamais connus avant. Si nous n’en profitons pas pour réfléchir, observer et partager nos impressions quelque chose de riche, d’intense et d’unique sera à tout jamais gâché.
        Ce que cette rubrique se donne pour objectif de collecter, c’est simplement cette substance précieuse faite de toutes nos pensées, de toutes ces attentions précises ou globales qui se manifestent à nous durant cette période . Susciter ce réflexe de les formuler, de les écrire et de les publier, c’est justement œuvrer en vue de les rendre sinon parfaitement conscientes du moins lisibles, transcriptibles, je dirai bien « métaphorisables » mais cela risque de  fatiguer mes élèves de terminales avec lesquels nous n’arrêtons pas de tourner autour de cette notion très Nietzschéenne.
      
  Il n’est pas question de contester ici quoi que ce soit. Ce n’est ni une tribune politique ni l’expression d’une indignation quelconque, car comme le dit….. qui déjà? :
« L’amateur de la connaissance doit écouter attentivement et avec soin ; ses oreilles doivent être partout où l’on parle sans indignation, car l’homme indigné, celui qui se lacère la chair de ses propres dents (ou, à défaut de lui-même, Dieu, l’univers, la société), celui-là peut être placé plus haut, au point de vue moral, que le satyre riant et content de lui-même ; sous tous les autres rapports il sera le cas plus ordinaire, plus quelconque et moins instructif. D’ailleurs, personne ne ment autant que l’homme indigné. »
      
       
Parmi les mesures opérationnelles, figure donc celle de « l’attestation de déplacement dérogatoire. » Nous nous « autorisons » à sortir pour un certain nombre de raisons limitées et précisément formulées (il y en a 5). Sans cette dérogation, nous encourons une amende de 135 €. Cela veut dire que « sortir » de chez soi est à très juste raison devenu une affaire d’Etat, au sens propre. Cette situation exceptionnelle donne légalement et je serai tenté de dire légitimement à l’Etat le droit de s’insinuer dans des zones de notre vie dans lesquelles il était déjà présent sans que nous nous en rendions forcément compte.
        Il se crée ainsi un certain type d’attention d’une intensité redoublée à l’égard de gestes qui, de ce fait, ne nous semblent pas aussi « quotidiens » qu’avant. Sortir, marcher, courir, respirer ici, inspirer là constituent des actions et des fonctions organiques qui demeurent naturelles certes mais dont l’exécution ou l’interdiction détermine aussi le profil d’une citoyenneté, d’un type d’attitude conforme aux lois françaises et aux nouveaux décrets.
        Nous serions mal inspirés de critiquer cette attention nouvelle qu’il nous faut désormais accorder à notre existence « infraordinaire », car à bien des titres , c ‘est celle que nous devrions susciter continuellement tant il est vrai que rien jamais n’est vraiment anodin et que nous n’agissons jamais plus bêtement, voire dramatiquement que lorsque nous nous comportons de telle sorte que nous savons bien que nous allons à l’encontre de toutes les autorisations, y compris  et surtout celle que nous devrions perpétuellement nous donner à nous-mêmes. Puis-je m’autoriser à parler aussi durement à telle personne? Puis-je m’autoriser à être aussi négligent à l'égard de mon entourage proche?
       
L’étymologie du terme « autorité » est l’une de celle qui pose le plus de questions philosophiques. Auctoritas, auctoritatis vient du latin auctor: « celui qui fait croître » et le linguiste Benveniste allant encore plus loin remonte à Augeo: accroître, augmenter en faisant remarquer que ce verbe ne convient pas seulement à celle ou celui qui est la cause d’une action mais aussi voire surtout à celé ou celui qui la promet, qui l’encourage, qui finalement aide à faire croître sans être pour autant la cause efficiente de ce qui croît.
        En d’autres termes, l’autorisation recèle étymologiquement de quoi nous rendre plus humbles que soumis, et c’est en ce sens que l’on peut considérer cette dérogation. Ces actions qu’il nous faut maintenant encadrer de circulaires, d’autorisations, de verbalisations sont des actes naturels que nous sommes maintenant tenus d’accompagner de « retenue », de pudeur, d’attention. Sortir de chez soi n’est pas rien, courir n’est pas rien, rencontrer quelqu’un n’est pas rien, faire ces courses n’est pas rien. Quelque chose ici vaut la peine d’être réglementé, c’est-à-dire souligné et peut-être même célébré humainement. Il est un bon usage possible des institutions qui consistent à discerner toujours la part de sacré qu’elles recèlent, mais cela ne doit pas nous empêcher d’être extrêmement vigilant à tout ce qui, de l’état et du gouvernement, pourrait sombrer dans la tentation de faire passer comme " sacré ou digne de l’être" ce qui relève de l’intérêt d’une classe quelconque. Ici encore il convient de faire la part dans l’autorité politique de ce qui d’elle relève de la puissance, et ce qui s’y réduit à l’exercice paranoïaque de son pouvoir.

mercredi 18 mars 2020

C'est pas parce qu'on est confinés qu'on est des cons finis!

Je vous prie d’excuser cette entame très douteuse mais l’époque actuelle définit sans aucun doute le cadre d’une réflexion. Il y a beaucoup de choses que nous pourrions nous dire sur le fait qu’on ne peut pas se voir, mais comme on ne peut pas se voir, il est difficile de nous les dire. Je pense que le Chat de Geluck pourrait exprimer quelque chose comme ça. C’est pourquoi m’est venue l’idée (pas trop débile j’espère) de créer une petite rubrique dans ce blog dans laquelle nous pourrions publier des essais d’écriture complètement libres (pas injurieux ni grossiers évidemment) sur les pensées qui nous viennent dans ces conditions nouvelles qui nous sont imposées par la situation. Cela peut prendre la forme que vous voulez (poésie, nouvelle, dissertation, commentaire rapide d’un fait d’actualité, etc.) Tout est permis (manquerait plus qu’on s’interdise quelque chose!)
Vous disposez toutes et tous de mon adresse mail. Si cela vous tente, envoyez moi vos productions (j’insiste sur le fait qu’il n’y a aucune exigence de longueur ni de style ni de mise en forme), par mail et je les publierai sur le blog.
Merci à vous et portez-vous bien!