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mercredi 2 décembre 2015

"Un meurtre que tout le monde commet" - Le tact de "faire silence"


« Un meurtre que tout le monde commet » est le titre d’un roman de Heimito Von Doderer, paru en 1990. L’intitulé de ce roman est digne à lui tout seul d’attirer notre attention. Il y a les meurtres dont on parle (beaucoup) parce qu’ils sont violents, spectaculaires, horribles, ou bien parce que ceux qui les commettent se réfugient derrière des « causes » : « ne croyez pas que nous tuons, comme ça par hasard, Nous tuons des français parce que la France bombarde en Syrie, etc. »
 Nous avons affaire ici à ce que l’on pourrait appeler des meurtres politiques, idéologiques, médiatiques. Mais il y a des meurtres dont on ne parle pas, parce qu’il est tout simplement impossible et extrêmement gênant d’en parler, ce sont ceux que l’on commet sans le savoir par le fait d’avoir été pour quelqu’un l’infime goutte d’eau qui a fait déborder le vase de son seuil de tolérance à l’égard de l’existence.
On a dit quelque chose dans une conversation anodine, on l’a dit comme on aurait pu dire autre chose (et on aurait sans doute mieux fait) mais cette chose a suivi pour une personne présente dans l’assistance un cheminement étrange, sinueux. Elle est entrée en résonnance avec un vécu que nous : « l’orateur », le « beau parleur », ignorions complètement. C’est un sentiment qui parfois affleure à la surface de l ‘échange lorsque, évoquant un sujet, une situation difficile, insupportable, notre interlocuteur se manifeste à nous pour nous dire que cela vient de lui arriver et nous disons alors :
-       Excuse-moi ! Je ne pouvais pas le savoir. »


Si nous nous excusons, cela signifie bien que nous admettons qu’il vaut mieux se taire en pareille circonstance. Mais malheureusement nous nous remettrons à en parler ailleurs, devant quelqu’un d’autre et peut-être la personne concernée n’osera-t-elle pas nous faire la même remarque que la précédente. Que savons-nous alors de la réaction en chaîne qui, à partir d’une simple évocation, d’un simple souvenir, d’une parole anodine jetée sans y faire attention, pourrait ici, comme le papillon des terres australes, provoquer un ouragan « là » ? La théorie du Chaos appelée aussi l’effet papillon ne doit pas seulement être considérée d’un point de vue scientifique, mais également « social ».
Vivre en communauté, c’est exister au cœur d’une toile hypertendue, ouverte et sensible aux plus subtiles inflexions d’une atmosphère, aux moindres velléités de jugement, à toutes les esquisses de signes de désapprobation. « L’anodin » n’y existe pas. Tout y est tellement lié à tout que rien ne peut y être isolé. Essayer, autant que nous le pouvons, de nous rendre sensible à l’intensité de ce maillage, reviendrait probablement à réaliser quantité de drames auxquels nous avons très inconsciemment et involontairement participé. Cela suffirait à nous rendre silencieux pour le restant de nos jours et il n’est pas certain que cela serait souhaitable, encore moins que cela soit seulement « possible ». Mais pensons-y rien qu’un instant lorsque nous sommes confrontés à une personne qui parle peu. Pourquoi ne pas tenter de percevoir la richesse de ses silences ? De quoi leur vide apparent sont-ils le « plein » authentique ?

Quiconque prend la parole dans un lieu estime que la richesse de son propos vaut davantage, non seulement que les pensées de celles et ceux qu’il interrompt, mais aussi que cet écho sourd qu’entretiennent entre elles les résonances des choses, des couleurs, des corps. Sommes-nous sûrs que cela vaut la peine ?
Il y a une richesse des rapports humains qui est dilapidée par la conversation. Toute personne un tant soit peu sensible a nécessairement éprouvé ce sentiment de l’extrême finesse de la glace qu’on brise en disant « ça va ? ». Avant il y avait la présence de l’autre, l’expression de son visage, la justesse de la proximité de son corps par rapport au vôtre, l’exactitude de son port de tête, de la mèche de cheveux posée précisément là où elle doit être. Tout est bien parce que tout est là : se rencontrer est un événement présent, doté d’une certaine épaisseur physique, d’un ancrage, d’une densité si palpable qu’on la croirait presque chiffrable (et elle l’est en effet).
Et puis on craque, on dit « ça va bien ? » en priant le ciel pour que l’autre nous dise : « oui » et qu’on passe à autre chose, qu’on sorte de ce suspens insoutenable de deux corps en face-à-face, simplement « donnés », vrais parce qu’« en présence ». Dans le film de Stéphane Brizé, le directeur des ressources humaines (qui joue son propre rôle, ce qu’il est effectivement « à la ville ») se gratte l’oreille au moment même où il dit : « Je ne vais pas tourner autour du pot ». Il est vraiment inutile d’avoir un diplôme de psychologie pour saisir qu’il se donne, par le geste, la contenance même qui, d’un point de vue éthique, lui est interdite. Qu’est-ce qui le force à se gratter l’oreille ? La conscience qu’il a de faire exactement le contraire de ce qu’il prétend faire : tourner autour du pot, noyer le poisson.

Peser le moins possible sur la subtilité et la susceptibilité des relations qui se tissent dans le vivre ensemble de la société, c’est ce que nous devrions prendre en compte avant chacune de nos prises de parole, chacun de nos gestes surtout dans le cadre privé de la cellule familiale. Kafka décrit dans son journal l’effet produit par la violence de l’attitude de son père qui, un soir durant lequel le petit Franz ne parvenait pas à dormir et hurlait dans l’appartement de Prague, le sortit de son lit pour le mettre à la porte de l’habitation. « Tu es inutile. Ta présence est nulle et non avenue ». Kafka ne s’est pas tué, et, en un sens, on pourrait même dire que la profondeur de ce sentiment de culpabilité est la matrice même de l’œuvre de l’écrivain, mais c’est encore trop peu de dire que Kafka n’a jamais connu le bonheur, la satisfaction, l’estime de soi et son père en assume la responsabilité quasi totale, parce qu’il a réalisé exactement la chose à ne pas faire, parce qu’il a dit la chose à ne pas dire.


Prêtons attention aux postures de recueillement de nos représentants politiques : même leur silence est bavard, Même leur façon de se taire est encore une pose, une contenance, un « Regardez-moi ! » sentencieux, démonstratif, médiatique,  presque indécent. Leur façon de ne rien dire est si parlante, si pleine de leur auto-suffisance que l'on préférerait encore qu'ils fassent un discours creux. Ils ignorent que la capacité à faire silence demande un véritable entraînement, un « travail », la libération d’une « puissance ». La simple existence suppose l’incessant labeur visant à la neutralité. Tant de gens souhaitent laisser leur empreinte sur cette terre ainsi que dans l’esprit des autres et n’y parviennent que trop bien. Ils ne réalisent pas que « le but ultime » se situe exactement à l’opposé : ne pas peser sur les évènements, avoir été « insignifiant » comme ces gouttes d’eau qui demeurent intactes à la surface de tissus imperméables, ne rien dire par « tact » et par sens de l’équité, c’est-à-dire de « l’innocuité ». « Faire réellement silence » est un luxe qui n’est pas donné à « tout le monde ». Il n’est pas exclu qu’il soit réservé aux pauvres, ou du moins à ceux qui ne se préoccupent pas de « pouvoir », ce qui veut dire que c’est justement parce qu’en réalité, contrairement à ce qui était dit précédemment, il  est donné à tout le monde qu’il n’est authentiquement pratiqué que par quelques-uns. Contre le meurtre, il s'agit donc, avec discrétion, de faire écho au "bien que tout le monde perçoit".




vendredi 27 mars 2015

L'Indifférence - Texte de Pashka Debard (T STMG1) et de Marius Bouffare (T STI1)


Nous avons tous en nous quelque chose d’unique qui nous distingue des autres. Cependant l’homme ne prend pas cela en compte. Il nous perçoit comme un être commun c’est-à-dire qu’il ne nous voit que sous l’angle de ce que nous partageons avec les autres. Il utilise des expressions comme « tout le monde » ou « il y a trop de monde », comme si les hommes n’était qu’une masse  compacte, uniforme. Etre indifférent, c’est d’abord indifférencier les individus. Pourtant nous avons tous une histoire différente, nous avons été transformés par des expériences personnelles, exclusives. Nous sommes tous des façons particulières de vivre comme des perspectives différentes d’une seule et même chose. Vivre, c’est s’engager dans un certain style de vie, par quoi nous « existons » et ne nous contentons plus seulement de vivre. 

Il faudrait réaliser qu’au-delà de nos jugements : (« celui-là, je l’aime bien » ou « un tel, je ne peux pas le sentir »), il y a forcément quelqu’un d’intéressant, une approche singulière du fait d’exister, et jamais un « troupeau » de « gens » (même si souvent nous nous comportons comme tel). Chaque homme est riche de cet art de styliser l’existence que nous appelons « l’humanité ». C’est comme un kaléidoscope auquel nous retirons absurdement des perspectives quand nous disons qu’ « un tel ne nous intéresse pas ».
Il n’y a pas de « Monsieur Tout le monde ». Personne ne veut l’être et nous faisons tout pour éviter ce statut. « Les gens » : ce sont toujours les autres. Finalement les gens ne font pas attention aux gens, et ce sera toujours le cas tant qu’ils les verront comme « des gens ». Du coup, nous essayons de nous distinguer à tout prix des gens, d’être reconnu par les autres comme étant « un » autre, non assimilable à la « moyenne » « au-dessus du lot ». Nous voulons nous « faire un nom ».

 On peut décimer plusieurs millions de la population mondiale pour marquer les esprits de son nom. Nous savons tous qui est Hitler. Aurait-il été si soucieux de se faire connaître s’il n’avait pas d’abord été rabaissé, humilié, rejeté ? Il a voulu que son nom soit gravé dans l’histoire. Par d’autres moyens que lui, nous aspirons nous aussi à ce que l’on se souvienne de nous, mais honnêtement qui le fera ? Qui se rappellera de nous ? Personne.

(Pashka et Marius évoquent cette assimilation continuelle de l’autre personne à une masse de gens et notre acharnement à vouloir échapper à cette banalisation par la reconnaissance de notre unicité. Devons-nous travailler à nous faire reconnaître après notre mort ? Faut-il, comme Léonidas dans le film de Zack Snider « 300 », que nous nous sacrifions pour que l’on se souvienne de nous. De ce point de vue, le titre est très intéressant parce que ce dont on se souvient c’est qu’ils étaient « 300 » et Léonidas est devenu une marque de chocolats belges. Donc, c’est raté (pas la peine de tuer autant de soldats perses pour finir en pralines).


 Devons nous « faire notre numéro » pour marquer les esprits ou travailler notre « chiffre » ? C’est quoi : « le chiffre » ? C’est l’indice physique de notre présence. Nous libérons à tout instant dans nos actes, dans nos perceptions, dans nos rencontres, une certaine énergie. Nous « tenons » à exister de façon quantitativement différentes et c’est dans cette libération perpétuelle de chiffres que nous consistons vraiment. L’artiste comprend bien cela. Van Gogh, c’est d’abord et seulement une intensité de regard « hors du commun » et il ne signait jamais ses toiles. Plutôt que de nous faire un nom, travaillons à libérer toujours notre chiffre, notre chiffre « exact »)



vendredi 22 novembre 2013

Tous azimuts: "Marchands de réveil" - Théo Padovani



Dans cette rubrique, nous publierons  les contributions de toutes celles et ceux qui souhaitent mettre leur "grain de sel" dans la cuisine de ce modeste laboratoire de pensées en tout genre. Après Kevin Ozanon, c’est Théo Padovani qui évoque ici cette démarche qu’est « l’écriture dans un blog » et tout ce qui la différencie d’un certain type de transmission « savante » de savoir (sur le modèle de ce que le cinéaste Jean-Luc Godard appelait avec humour "les professionnels de la profession"). Le rapprochement qu’il suggère à la fin de son texte avec la Philosophie ouvre, à mon sens, des pistes nouvelles et riches de sens à quiconque s’interroge sur la différence entre « connaître » et « réaliser », au double sens de ce terme : percevoir et créer. Quelque chose de l’héritage de Socrate demeure indiscutablement en jeu dans cette question. Un grand merci à Théo pour cette sensibilisation ainsi que pour ces talents « d’archer ».

Lorsqu'on se lance dans un travail d'écriture « publique », et ce indépendamment de la composition de ce même public, il semble se profiler un devoir « informatif », la transmission d'un savoir primordial, à la fois utile et pertinent pour les lecteurs potentiels. C'est précisément ce qui d'ailleurs, pour ma part en tout cas, à tendance à freiner mes envies de partage en les reconsidérant comme des matières pas assez « nobles » pour être libérées et ainsi exposées. Si l'on se penche sur l'aspect historique de cette question de l'information « utile », il me semble que majoritairement, il a toujours été question d'êtres « sachant » - détenteur d'un certain bagage dans le domaine évoqué - qui s'adressaient à des individus si ce n'est « ignorants », du moins « sachant moins »
 De ce fait, l'acte de se prononcer, d'émettre même une simple conjecture apparaît comme un acte prétentieux. L'homme qui dit est celui qui sait, et si je veux dire, je ne peux me permettre de ne pas savoir. Il est cependant assez courant, dans la vie de tous les jours, de se retrouver face à des messages sans grand intérêt, de se dire qu'on ne doit pas franchement être la « cible » -au sens marketing du terme- de telle ou telle annonce publique. De même, face à un interlocuteur exprimant une certaine idée, qui n'a jamais pensé « qu'il aurait mieux fait de se taire sur ce coup » ?
Ainsi, tout message, tout texte, n'importe quelle image devient sujet à interprétation et se présente à nous par le prisme d'une instance -interne, personnelle et sans doute parfois inconsciente – jugeant de l'utilité de la chose perçue. Il semble parallèlement que plus le message est clairement adressé et centré sur notre personne, plus cette instance est sévère puisque elle base son verdict par rapport à un étalonnage affiné et connu : notre Moi. Quand une personne s'adresse à nous, directement, nous sommes la seule cible et de ce fait une partie de nous même attend une certaine « personnalisation du message émis ».
     
Toutefois, je pense qu'Internet et plus précisément la démarche de partage, notamment via des blogs comme celui-ci, est empreinte d'une certaine idée de « transmission libre ». On vient y piocher telle ou telle information, telle ou telle référence mais c'est dans tous les cas une démarche personnelle et jamais forcée. En parcourant les innombrables articles de la toile, on vient chercher le message que l'on veut, du moins on affine « nos critères de recherche » de manière à reposer cette « instance décidant de l'utilité d'un apprentissage ». Même si je suis loin de prêcher en faveur de ces oeillères que l'on place sur le côté de nos yeux en affinant justement notre recherche, elle rassure cependant celui qui écrit. « Celui qui me lira l'aura un peu cherché » si je puis dire.
    Dans ce détachement avec la réalité du lecteur potentiel, il me semble que l'on évoque le versant « artistique » de l'écriture publique. Il s'agit alors d'un acte d'expression au sens de partage d'impressions, non pas la transmission de savoirs primordiaux mais la mise en lumière de résonances souvent communes. L'artiste se positionne dans une démarche désintéressée, il ne cherche pas à convaincre mais plutôt à éveiller, à mettre en tension des expériences dans chacun de nos esprits. Son message n'en est pas pour autant moins personnel, puisqu'il se livre en exposant son propre ressenti ; cependant, en refusant d'adresser le message porté par la toile qu'il peint ou la musique qu'il joue à une personne en particulier (une cible marketing), il ne fait qu'exposer. Le spectateur, l'auditeur a alors tout le loisir de s'émouvoir ou de rester hermétique devant son œuvre, mais il l'aborde froidement, comme une chose pas « faite pour lui ». Cette idée qui consiste à faire « confiance » au destinataire du message, en l'invitant à s'imprégner de nos paroles, à s' y confronter, est à mon sens très proche de ce qu'est la philosophie.

Il s'agit davantage d'une prise de conscience de cette aptitude à penser que chacun détient, plutôt que de la transmission d'un savoir nécessaire et primordial. Cela ne signifie pas qu'elle n'a rien à voir avec Autrui, bien au contraire. Gilles Deleuze dit cette phrase très juste à mon sens :  «Les gens qui se font réveiller à un moment, se font toujours réveiller par quelqu'un ». L'artiste, le bloggeur et le philosophe -qui peuvent être une seule personne- sont en ce sens des « marchands de réveil » à l'inverse des « vendeurs de rêves » pour qui l'on est une cible.

 

   Pour conclure, je pense qu'un blog est résolument ancré dans ce devenir de la philosophie qu'évoque Deleuze. Un devenir expérimental, sorte de vitrine toujours ouverte sur le « champ des possibles » de bloggeurs dématérialisés que l'on rencontre via leurs écrits, par rapport auxquels on se positionne et qui constitueront bientôt des parties de nos agencements personnels. C'est cette spectaculaire quantité de « flèches lancées » sans connaître leur cible -sans s'arrêter sur cette dernière mais en la traversant- qui fait toute la richesse de ces blogs.

Voila ce qui pour moi, me donne envie d'écrire ici. Seulement pour tirer une flèche dans le champ des possibles, pour voir se déployer une intelligence au sens premier du terme : créer du lien. Non pas travailler ensemble sur quelque chose, mais créer entre des « cibles-archers » sphériques, ouvertes dans toutes les directions.
                                                                             Théo Padovani





                                                                              


jeudi 31 octobre 2013

Tous azimuts - L'expérience de Milgram - Kevin Ozanon



L'expérience de Milgram est une expérience de psychologie réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Cette expérience cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime et à analyser le processus de soumission à l'autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. L'objectif réel de l'expérience est de mesurer le niveau d'obéissance à un ordre même contraire à la morale de celui qui l'exécute. Des sujets acceptent de participer, sous l'autorité d'une personne supposée compétente, à une expérience d'apprentissage où il leur sera demandé d'appliquer des traitements cruels (décharges électriques) à des tiers sans autre raison que de « vérifier les capacités d'apprentissage ». L'université Yale à New Haven faisait paraître des annonces dans un journal local pour recruter les sujets d'une expérience sur l'apprentissage. La participation devait durer une heure et était rémunérée 4 dollars américains, plus 0,5 $ pour les frais de déplacement, ce qui représentait à l'époque une bonne affaire, le revenu hebdomadaire moyen en 1960 étant de 25 $ donc se qui permis d’avoir extrêmement beaucoup de personnes pour cette fameuse expérience. L'expérience était présentée comme l'étude scientifique de l'efficacité de la punition, ici par des décharges électriques, sur la mémorisation.
Cette mémorisation consiste à faire mémoriser une liste de mots d’environ 30 lignes, et dont chaque ligne et composée d’un mot associé à un adjectif (ex : nuage – bleu). La majorité des variantes de l'expérience a eu lieu dans les locaux de l'université Yale. Les participants étaient des hommes de 20 à 50 ans de tous milieux et de différents niveaux d'éducation. Les variantes impliquent le plus souvent trois personnages :

-L’élève, qui devra s'efforcer de mémoriser des listes de mots et recevra une décharge électrique, de plus en plus forte, en cas d'erreur.

-L’enseignant, qui dicte les mots à l'élève et vérifie les réponses. En cas d'erreur, il enverra une décharge électrique destinée à faire souffrir l'élève.

-L’expérimentateur, représentant officiel de l'autorité, vêtu de la blouse grise du technicien, de maintien ferme et sûr de lui.

L'expérimentateur et l'élève sont en réalité des comédiens et les chocs électriques sont fictifs.
Dans le cadre de l'expérience simulée (apprentissage par la punition), élève et enseignant sont tous deux désignés comme « sujets ». Dans le cadre de l'expérience réelle (niveau d'obéissance, soumission à l'autorité), seul l'enseignant sera désigné comme sujet. Au début de l'expérience simulée, le futur enseignant est présenté à l'expérimentateur et au futur élève. Il lui décrit les conditions de l'expérience, il est informé qu'après tirage au sort il sera l'élève ou l'enseignant, puis il est soumis à un léger choc électrique (réel celui-là) de 45 volts pour lui montrer un échantillon de ce qu'il va infliger à son élève et pour renforcer sa confiance sur la véracité de l'expérience. Une fois qu'il a accepté le protocole, un tirage au sort truqué est effectué, qui le désigne systématiquement comme enseignant car l’élève étant donc toujours le comédien qui joue ce fameux rôle. L'élève est ensuite placé dans une pièce distincte, séparée par une fine cloison, et attaché sur une chaise électrique. Le sujet cherche à lui faire mémoriser des listes de mots et l'interroge sur celles-ci. Il est installé devant un pupitre où une rangée de manettes est censée envoyer des décharges électriques à l'apprenant. En cas d'erreur, le sujet enclenche une nouvelle manette et croit qu'ainsi l'apprenant reçoit un choc électrique de puissance croissante (15 volts supplémentaires à chaque décharge). Le sujet est prié d'annoncer la tension correspondante avant de l'appliquer.
Les réactions aux chocs sont simulées par l'apprenant. Sa souffrance apparente évolue au cours de la séance : à partir de 75 V il gémit, à 120 V il se plaint à l'expérimentateur qu'il souffre, à 135 V il hurle, à 150 V il supplie d'être libéré, à 270 V il lance un cri violent, à 300 V il annonce qu'il ne répondra plus et à 380 V il simule un coma. Lorsque l'apprenant ne répond plus, l'expérimentateur indique qu'une absence de réponse est considérée comme une erreur. Au stade de150 volts, la majorité des sujets manifestent des doutes et interrogent l'expérimentateur qui est à leur côté. Celui-ci est chargé de les rassurer en leur affirmant qu'ils ne seront pas tenus pour responsables des conséquences. Si un sujet hésite, l'expérimentateur lui demande d'agir. Si un sujet exprime le désir d'arrêter l'expérience, l'expérimentateur lui adresse, dans l'ordre consécutif, ces réponses :

« Veuillez continuer s'il vous plaît. »

« L'expérience exige que vous continuiez. »

« Il est absolument indispensable que vous continuiez. »

« Vous n'avez pas le choix, vous devez continuer. »

                Si le sujet souhaite toujours s'arrêter après ces quatre interventions, l'expérience est interrompue. Sinon, elle prend fin quand le sujet a administré trois décharges maximales (450 volts) à l'aide des manettes intitulées XXX situées après celles faisant mention de Attention, choc dangereuxÀ l'issue de chaque expérience, un questionnaire et un entretien (environ 3 mois minimum après l’expérience) avec le sujet permettaient de recueillir ses sentiments et d'écouter les explications qu'il donnait de son comportement. Cet entretien visait aussi à le réconforter en lui affirmant qu'aucune décharge électrique n'avait été appliquée, en le réconciliant avec l'apprenant et en lui disant que son comportement n'avait rien de sadique et était tout à fait normal. Il a aussi été prouvé que plus de 80% des sujets de l’expérience réalisé on mis la faute sur la justice en répétant clairement que la justice leur obligeait à se plier au test. Un an après l'expérience, il recevait un nouveau questionnaire sur son impression au sujet de l'expérience, ainsi qu'un compte rendu détaillé des résultats de cette expérience.

                Au total, dix-neuf variantes de l'expérience avec 636 sujets furent réalisées, permettant ainsi en modifiant la situation, de définir les véritables éléments poussant une personne à obéir à une autorité qu'elle respecte et à maintenir cette obéissance. Ces variantes modifient des paramètres comme la distance séparant le sujet de l'élève, celle entre le sujet et l'expérimentateur, la cohérence de la hiérarchie ou la présence de deux expérimentateurs donnant des ordres contradictoires ou encore l'intégration du sujet au sein d'un groupe qui refuse d'obéir à l'expérimentateur. La plupart des variantes permettent de constater un pourcentage d'obéissance maximum proche de 65 %. Il peut exister des conditions extrêmes allant d'un comportement de soumission à l'autorité élevé (près de 92 %) dans le cas de chocs administrés par un tiers à un comportement de soumission faible (proximité du compère recevant les chocs) ou nul.

Les résultats ont suscité beaucoup de commentaires dans l’opinion publique, mais la méthode utilisée a fait naître critiques et controverses chez les psychologues et les philosophes des sciences. Lors des premières expériences menées par Stanley Milgram, 62,5 % (25 sur 40) des sujets menèrent l'expérience à terme en infligeant à trois reprises les électrochocs de 450 volts. Tous les participants acceptèrent le principe annoncé et, éventuellement après encouragement, atteignirent les 135 volts. La moyenne totale des chocs maximaux (niveaux auxquels s'arrêtèrent les sujets) fut de 360 volts. Toutefois, chaque participant s'était à un moment ou à un autre interrompu pour questionner le professeur. Beaucoup présentaient des signes patents de nervosité extrême et de réticence lors des derniers stades (protestations verbales, rires nerveux, etc.).
Milgram a qualifié à l'époque ces résultats « d’inattendus et inquiétants ». Des enquêtes préalables menées auprès de 39 médecins-psychiatres avaient établi une prévision d'un taux de sujets envoyant 450 volts de l'ordre de 1 pour 1000 avec une tendance maximale avoisinant les 150 volts. Les expériences ayant eu lieu avant 1968, à une époque à laquelle il était donc donné à l'autorité un poids qui ne lui fut plus autant reconnu par la suite, il était ensuite espéré que, de ce fait, une amélioration du pourcentage de résistants aux pressions.

                Cette expérience permet donc ainsi brièvement d’en conclure que l'homme est un être social, mais cela ne l'empêche pas d'avoir une certaine autonomie. Lorsqu'il est autonome, l'homme obéit à ses propres besoins, désirs et à sa conscience.
                                                                                Kevin Ozanon