samedi 18 mai 2019

L'Heure des Pros... de la "Beauf attitude"





Cette émission a déjà été largement commentée sur la toile. Beaucoup de questions s'y posent mais, plus encore, on mesure en l'écoutant les ravages de l'idéologie du débat. C'est comme si l'on y voyait s'activer "à nu" ce tour de passe-passe par le biais duquel on diffuse sournoisement une opinion rampante et totalement discréditée scientifiquement en faisant mine de vouloir débattre à son sujet, voire en l'épousant tout en croisant les doigts derrière son dos ou en adoptant un ton clairement ironique. Pascal Praud n'est pas un journaliste et son extrême susceptibilité sur ce point, loin, comme il le croit (mais peut-être fait-il aussi semblant de le croire) de lui donner raison accroît ce malaise. Prenons un exemple de dénégation : un homme ne jouerait pas autant "au gros mâle" si son identité sexuelle n'était pas en danger. Pascal Praud ne serait pas aussi sourcilleux face aux attaques qui lui retirent le titre de journaliste s'il était sûr d'en être un. De fait, quel journaliste, après avoir dit "qu'on allait parler du climat"pourrait répondre à son invitée Claire Nouvian, qu'il a perdu ses fiches sur l'IPBES (international science policy plat-form on biodiversity and ecosystem services). C'est même pire que cela: ces fiches n'existent pas. Peut-on même aller encore plus loin: Pascal Praud essaie de faire rire ses copains et sa copine Elisabeth sur le fait qu'il n'a pas de fiches, qu'il n'a aucune idée de ce dont il est question et qu'il n'a pas effectué en amont son travail de journaliste. 
- Non mais au moins il sait organiser un débat
- Eh bien non, justement, ça non plus, il ne sait pas.
Il n'est même plus question de faire du journalisme mais de faire rire sur le fait que l'on n'en est pas un, que l'on n'a pas préparé l'émission. Pourquoi préparer puisque chacun a le droit de débattre? Puisque à aucun moment de cette émission nous ne sommes à l'abri d'un avis, d'une opinion. On peut se rappeler de l'excellent Clément Viktorovitch citant les résultats d'une étude scientifique sur la très bonne santé mentale (bien meilleure que celle de nombreux enfants de foyers hétéro)  des enfants élevés par des couples homosexuels coupé par Charlotte d'Ornellas avec un argument frappant:
- "Ces résultats ont été contestés". 
A quoi bon faire une étude dans ce cas? Pourquoi faire de la science? D'ailleurs elle n'a jamais dit par qui, sur quoi et encore moins comment.
Claire Nouvian en demandant si l'on allait parler de l'IPBES demandait finalement si l'on allait vraiment traiter d'une information sur une chaîne d'information. Poser cette interrogation sur Cnews, c'est un peu comme demander du tofu aux algues dans un bouchon Lyonnais: "Oh là mais où vous croyez vous? Vous pensiez vraiment que l'on allait s'opposer des arguments scientifiques, des tableaux de statistiques, des analyses de chercheurs, et pourquoi faire du journalisme tant que vous y êtes?
C'est quasiment de cette façon qu'il répond puisque il l'accuse en plaisantant à peine de vouloir "prendre le pouvoir" et décider toute seule des sujets à traiter. Vous qui pensiez nous informer, commencez donc d'abord par "discuter", par débattre et la question n'est pas selon Pascal Praud: qu'allons-nous faire face à ce passage millénaire de l'holocène à une autre ère géologique qui nous attend? Mais y-a t-il vraiment réchauffement climatique quand on voit qu'il fait froid en mai alors qu'il est censé faire chaud? (Mon pov mossieu!). Si on regarde attentivement les émissions de cet "animateur", on s'aperçoit qu'il joue constamment et exclusivement sur trois registres, sur trois tonalités de prises de parole:
- Bonhommie candide ou ironique
- Colère et coup de sang
- Neutralité feinte de l'entre-soi.
L'émission de ce jour là est un modèle de bonhommie orientée: j'accentue tellement le ton comminatoire de ma voix (on ne plaisante pas avec le réchauffement) en faveur de la transition climatique que je fais bien passer le message que je suis un climato-sceptique (quand il dira à Claire Nouvian: des climato-sceptiques, il y en a beaucoup: Pascal Praud est ce "beaucoup", c'est exactement le gros problème du délire de majorité selon Gilles Deleuze). C'est le raciste qui n'arrête pas de vous envoyer des messages ironiques sur le modèle multiculturaliste pour savoir si vous partagez avec lui ce vieux fond de soupe franchouillarde qui croupit dans le chaudron de sa tête.
Pascal Praud a aussi des coups de sang quand ses invités parlent en même temps, quand l'un d'entre eux développe sa pensée, quand deux ou trois mauvaises herbes de philosophie parviennent à pousser entre les pavés de cette "bien pensance"  de droite qu'il prend tant de temps et d'application à dissimuler  dans "son" émission (car c'est "son" émission). 
Il est aussi le champion de la fausse neutralité et de l'oeillade complice adressée à ses amis. On ne compte plus ses hommages aux forces de l'ordre qui font un métier "dangereux et pénible", ni ses condamnations brutales de France-Inter qui ne donnent pas à des hommes politiques d'extrême droite de tribune libre. Il s'agit de laisser parler tout le monde, aussi bien l'extrême gauche que l'extrême droite, fût-ce pour dire n'importe quoi, du moment qu'il y a "discussion". On peut laisser Robert Ménard se complaire dans sa méconnaissance pathétique de la religion musulmane, Elisabeth Lévi étaler ses compétences d'éditorialiste du "causeur", journal à très petit tirage (heureusement) et dont l'audience est quasi confidentielle, ou encore Jean-Claude Dassier débiter d'un ton satisfait et très imbu de lui-même des platitudes sahariennes sur la fonction présidentielle. Ces personnes dont le pouvoir de représentation serait réduit à quasiment rien sans l'aide de ces chaînes de désinformation continue constitue un "entre-soi" dans lequel on peut "discuter" de la transition climatique comme si elle était une thèse parmi tant d'autres. Le tribunal du saint-siège non plus ne se savait pas "bouger". 
Jean-Paul Sartre décrit la torture du regard des autres dans "Huis clos": un homme et deux femmes forcés de se supporter dans un espace limité sans possibilité de sortir, mais "nous", pourquoi nous imposons-nous ça? Imaginez un repas auquel vous êtes conviés pour partager une bonne côte de boeuf avec Pascal Praud, Elisabeth Lévi, Jean-Claude Dassier et Jean-Marie Sermier. Pire que l'enfer, c'est l'Eternel retour Nietzschéen de la "Beauf attitude". 


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