mercredi 12 octobre 2016

"Ne sommes-nous liés que par de l'Interdit?" - Compréhension du problème



Nous ne nous attachons jamais à une personne, à un groupe, une collectivité, une institution, un état, une religion sans que cette « adhésion » (mettons ce terme entre guillemets car notre intégration dans un état ou une religion est souvent une donnée « de fait » que nous n’avons pas choisie en naissant ici plutôt qu’ailleurs, dans telle famille pratiquante, ou pas) sans que cette relation ne soit préalablement posée à l’intérieur de limites prédéfinies. Les termes utilisés dans certains propos, voire « manuels » de bonne éducation des enfants sont particulièrement édifiants : un enfant a besoin de « règles », de « structures ». Il faut qu’il sache jusqu’où il peut aller. Avoir des enfants, ce serait d’abord imposer des limites. Cela signifie donc que le lien parental qui, en un sens, est le plus « naturel » qui soit : relation des géniteurs à leur progéniture, ne peut se concevoir comme la libération exclusive d’un sentiment d’affection, d’attachement. Ce rapport, censé être bâti sur le fait donné d’une approbation essentielle, fondatrice et protectrice, une sorte de « OUI » inconditionnel à l’existence de son enfant s’accompagnerait en fait de l’entrée en vigueur d’un « NON », non moins essentiel visant à inscrire ce lien dans un certain registre de relations au sein duquel on pourrait faire certaines choses à l’exclusion d ‘autres décrétées « interdites », illégales, incorrectes, « tabous ».

L’Éternel, dans la Genèse, ne se comporte pas autrement à l’égard de ses créatures en leur accordant le droit de manger le fruit de l’arbre de vie, mais pas celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. A peine Adam et Eve ont-ils été créés que déjà ils se voient limités dans leur liberté d’action par un Interdit. C’est comme si le fait d’être s’accompagnait d’emblée par un « ne pas faire » fondamental.
Cette énergie positive par le biais de laquelle nous sommes enclins à lier connaissance avec Autrui, à entrer en rapport avec lui, à lui vouer une affection « première », semble contrariée voire ramenée au second plan par la négativité radicale de l’interdit : « Tu ne dois pas », « mais du fruit, tu ne mangeras pas ». Il semble bien que cette efficience positive du lien ne puisse donc se concevoir, pour les êtres humains, sans ce pendant négatif de l’interdiction. C’est comme si nous ne pouvions pas développer notre « inter – activité » ailleurs que dans cette zone « interstitielle » de « l’inter – diction ». De la transgression de l’Interdit édicté par l’Eternel va naître l’engagement de la communauté, suivant les pas de leurs géniteurs désobéissants, dans une « voie », certes douloureuse mais humainement « interactive ». La question est donc de savoir si les liens qui nous unissent à nos semblables, quelle que soit la nature de ces liens, peuvent échapper à ce « non ». Sont-ils condamnés à n’être que le positif d’un « négatif » premier, d’un acte de répression et d’autorité sans lequel aucun rapport humain ne pourrait se constituer ?

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